L’Art de la Rétrospective (première partie)


Je vais enfin vous parler de rétrospective !
Comme j’ai beaucoup de choses à dire, j’ai décidé de découper cet article en deux parties: la première partie expliquera ma vision de la rétrospective, la seconde partie vous donnera des astuces pour mener une bonne rétrospective.

Définitions

Une rétrospective est une réunion dans le but d’améliorer la qualité du travail. Celui qui anime la rétrospective est appelé facilitateur.

Merci

Avant de continuer, je tiens à remercier toute l’équipe des développeurs d’Augure, qui m’ont permis d’expérimenter sur eux de nouvelles techniques, pas toujours avec succès d’ailleurs. Merci à: Caroline, Emmanuel, Franck, François, Nicolas, Olivier C., Olivier R., Tony et Youssef !
Merci aussi à Fabien et Jonathan qui m’ont laissé toute latitude pour animer mes rétrospectives.

Ma découverte de la rétrospective

Il y a 4 ans, un coach agile nous a fait vivre notre première vraie rétrospective sur 2 jours. Cela a été une vraie révélation pour moi, parce que j’ai compris tout de suite l’intérêt psychologique de l’exercice: j’ai réalisé qu’on pouvait accompagner une équipe à son auto-amélioration (rappel: j’avais suivi une psychanalyse, et j’ai saisi les parallèles entre l’introspection et la rétrospective).

Quelque temps après,  j’ai proposé d’animer les rétrospectives dans notre équipe, parce que nous n’arrivions pas à passer en mode agile.
J’ai lu le livre d’Esther Derby et Diana Larsen « Agile Retrospectives: Making Good Teams Great ».
A l’époque, je ne connaissais pas le livre de Norman Kerth: « Project Retrospectives » (vous pouvez le commander en ligne pour 10 dollars ici: http://www.dorsethouse.com/books/PR-ebook.html). Ce livre est excellent, mais il y a trop d’informations, et je le trouve difficile à lire, il est plutôt adressé à ceux qui veulent devenir facilitateurs professionnels.

La nécessité d’adapter à la culture française

J’ai immédiatement détesté la façon impersonnelle de mener une rétrospective à la « Agile Retrospectives ». J’ai senti que ce n’était pas du tout comme cela qu’il fallait s’y prendre: une rétrospective, ce n’est pas une procédure mécanique, c’est une interaction entre êtres humains. Je crois que vous avez deviné ce que je pense des Core Protocols.

J’ai décidé de faire autrement, j’ai donc créé ma propre version, qui, après un début laborieux, a fonctionné et nous a permis de passer le cap difficile de l’agilité.

Fin 2010, j’ai voulu partager ma façon de faire au reste du monde agile, et je l’ai donc présentée sous forme d’atelier dans 3 conférences agiles sur Paris, mais je n’ai réalisé qu’un an plus tard (lorsque j’ai croisé un participant de ma première présentation) que je n’avais pas expliqué les vrais secrets de ma méthode. Je vous les donnerai dans la seconde partie de cet article.

Ma présentation

Vous pouvez télécharger la dernière version de ma présentation ici: Rétrospectives Conférence Agile 2011

Déroulement d’une rétrospective

Pour résumer ma présentation, le schéma d’une rétrospective est toujours:

  1. Introduction
  2. Bilan de la précédente rétrospective
  3. Collecte
  4. Vote
  5. Langue de bois
  6. Analyse
  7. ROTI

Ne sautez aucune de ces étapes !

Ma vision de la rétrospective

Une rétrospective doit durer une heure par semaine de travail

« Hein ? Une heure par semaine ? Mais c’est beaucoup trop, je ne trouverai jamais le temps, je suis trop occupé ! »
Voici le premier obstacle: le fait de ne jamais se donner du temps pour réfléchir comment améliorer la situation. Si nous voulons que notre situation s’améliore, il faut que nous nous accordions du temps pour y réfléchir tous ensemble. Cette heure par semaine est rentabilisée dès le début !

Je ne réduis jamais cette durée. J’ai déjà essayé de faire des rétrospectives en 30 minutes, mais les participants sentent que je suis pressé de finir, que je ne me donne pas le temps d’aborder les problèmes en profondeur, et ils ne s’impliquent pas.

D’après mon expérience, le meilleur rythme est une fois par semaine au début, puis une fois toutes les 2 semaines au bout de 2 mois. Quand j’anime une rétrospective toutes les 2 semaines, j’y consacre 2 heures.
Plus le délai entre les rétrospectives est court, plus le changement est rapide au début, ensuite il est important de garder le rythme. L’amélioration demande un effort constant, n’arrêtez pas les rétrospectives quand tout commence à aller bien: de nouveaux problèmes apparaissent tous les jours, nous pouvons toujours améliorer la situation, surtout si nous sommes nombreux dans l’équipe !

Trouvez les leçons à retenir

Le but premier d’une rétrospective est de réfléchir sur le travail, sur l’équipe et sur les processus:

  • Qu’ai-je vécu depuis ma dernière rétrospective ?
  • Qu’est-ce qui s’est bien passé ?
  • Qu’est-ce qui s’est mal passé ?
  • Quelles leçons puis-je en tirer ?

Le réflexe naturel est de se dire qu’on n’a rien à retenir de la semaine passée. Détrompez-vous ! Un groupe trouvera toujours quelque chose à améliorer. Ces petites améliorations incrémentales changent considérablement la façon de travailler.

Focalisez-vous sur votre rôle de facilitateur

Mes rétrospectives se ressemblent toutes: j’utilise toujours les mêmes étapes et la même façon de les présenter. Varier sans arrêt la présentation peut dérouter les participants, et les faire sortir de leur cadre confortable. La seule variation que je m’autorise est de proposer des énigmes toujours différentes, avant de passer à l’analyse. Le plus important n’est pas la présentation, mais la qualité de parole qui sera échangée par les participants.

Mon rôle en tant que facilitateur est:

  • de définir des règles au début, et de faire en sorte qu’elles soient respectées.
  • de faire circuler la parole: chaque participant doit parler. Souvent, les plus taciturnes ont un regard très différent.
  • de respecter le temps imparti: tous les sujets remontés ne seront pas abordés. En 2 heures, une équipe aborde en général 2 ou 3 sujets seulement, mais en profondeur.
  • de m’assurer que la discussion ne diverge pas.
  • de ne laisser parler qu’une seule personne à la fois.
  • de ne pas laisser les participants se couper la parole.
  • de ne laisser personne monopoliser la parole: si quelqu’un a tendance à être bavard, négociez avec lui avant la rétrospective un système pour lui couper la parole.

Comme vous pouvez le constater, ce rôle prend beaucoup d’énergie, et je n’ai pas le temps de participer à la réunion.

Libérez la parole

Ce qui rend une équipe excellente, c’est sa liberté de parole.
Plus je peux dire facilement ce qui ne va pas, plus je serai capable de changer les choses. Moins je suis libre de parler, moins je remettrai en cause le système, et plus j’apprendrai à le supporter, et le travail deviendra de plus en plus douloureux.
A chacune de nos rétrospectives, j’ai la chance d’assister à des moments d’honnêteté brutale, ce qui m’impressionne à chaque fois: c’est cela une vraie équipe !
Dans la partie suivante, je vous donnerai quelques techniques pour libérer cette parole, et des conseils pour mener une rétrospective.

Jean-Charles Meyrignac

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Regrets Éternels


Je voulais vous parler de rétrospective, mais j’ai décidé d’aborder un sujet plus sérieux, qui est le sens de la vie.
La rétrospective, c’est pour mon prochain article, promis !

En France, nous ne sommes que très rarement confrontés à la mort. On la voit tous les jours à la télévision, mais jamais autour de nous, et il ne faut surtout pas en parler: c’est trop dérangeant. Les mourants finissent leur vie loin de nos yeux, ce qui nous donne un faux sentiment d’immortalité: nous pouvons mourir à tout instant.
Mais c’est pourtant la mort qui est notre moteur le plus précieux pour réaliser des choses sur Terre !
Quand on passe le cap des 40 ans, on se rend compte qu’on est plus proches de la fin que du début, alors comment retrouver du sens à sa vie ?

Question existentielle

Lors de ma présentation sur l’organisation du temps, pour illustrer le fait qu’il faut être goal-driven (avoir des objectifs personnels) et non pas task-driven (avoir des choses à faire), je raconte l’histoire suivante:

Vous ne vous sentez pas très bien, et vous allez voir votre docteur. Après toute une série d’examens, il vous déclare que vous allez mourir dans les 6 prochains mois.
Que faites-vous maintenant ? Quelles sont vos vraies préoccupations, vos vraies priorités ?

Ne me dites pas que votre priorité est de résoudre un problème avec un client !

Allons plus loin

J’ai trouvé un article intéressant en anglais, que je trouve complémentaire au film « Les Intouchables »:
http://www.inspirationandchai.com/Regrets-of-the-Dying.html
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec certaines des suggestions (je pense qu’il faut se concentrer sur le présent et pas sur le passé), mais j’applique depuis quelque temps déjà la majorité des conseils.
Je tenais à vous faire partager son contenu en français.

Voici ma traduction, sans commentaire, et que je pense fidèle:

Regrets des mourants

Bronnie Ware a travaillé pendant plusieurs années dans les soins palliatifs. Ses patients rentraient chez eux pour mourir. Elle les assistait pendant les 3 à 12 dernières semaines de leur vie. Quelques moments de grâce ont été partagés.

Les gens progressent rapidement quand ils font face à leur propre mortalité. J’ai appris à ne jamais sous-estimer la capacité de chacun à grandir. Certains changements ont été phénoménaux.
Chacun est passé par une variété d’états: déni, peur, colère, remords, plus de déni et en fin de compte acceptation.
Chacun des patients a trouvé la paix avant de partir, chacun sans exception.

Quand on leur demande quels regrets ils avaient ou qu’est-ce qu’ils auraient fait différemment, des thèmes communs apparaissaient encore et encore.
Voici les 5 plus communs:

1) J’aurais voulu avoir le courage de vivre comme je le voulais, et pas comme les autres l’attendaient de moi

C’est le regret le plus commun de tous. Quand les gens se rendent compte que leur vie est presque finie et qu’ils la regardent avec du recul, il est facile de voir combien de rêves n’ont pas été réalisés. La plupart des gens n’ont pas réalisé la moitié de leurs rêves et devaient mourir en sachant que c’était dû aux choix qu’ils avaient pris, ou qu’ils n’avaient pas pris.

Il est très important d’essayer et de réaliser au moins quelques-uns de vos rêves tout au long de votre vie. Quand vous perdez votre santé, c’est déjà trop tard. La santé apporte une liberté que très peu de gens réalisent, jusqu’à ce qu’ils ne l’aient plus.

2) Je regrette d’avoir autant travaillé

Tous les patients masculins que j’ai accompagnés avaient ce regret. Ils avaient raté la jeunesse de leurs enfants et la compagnie de leur partenaire. Certaines femmes aussi avaient ce regret. Mais comme elles étaient d’une génération plus vieille, la plupart des femmes n’avait jamais travaillé. Tous les hommes que j’ai soignés ont profondément regretté d’avoir passé la plus grande partie de leur vie dans leur travail.

En simplifiant votre style de vie et en faisant des choix conscients au fur et à mesure, il est possible de ne pas avoir besoin du niveau de revenus que vous croyez. Et en créant plus d’espace dans votre vie, vous devenez plus heureux et plus ouvert aux nouvelles opportunités, celles qui conviennent mieux à votre nouveau style de vie.

3) J’aurais voulu avoir le courage d’exprimer mes sentiments

Beaucoup de gens ont réprimé leurs sentiments afin d’avoir la paix avec les autres. Par conséquent, ils se sont contentés d’une existence médiocre et ne sont jamais devenus ce qu’ils étaient vraiment capables d’être. Beaucoup ont développé des maladies à cause de l’amertume et du ressentiment qu’ils éprouvaient.

Nous ne pouvons pas contrôler les réactions des autres. Cependant, bien que les gens puissent initialement réagir quand vous changez votre façon d’être en parlant honnêtement, à la fin, la relation s’élève à un niveau tout autre et bien plus sain. Ou alors cela vous libère de vos relations malsaines dans votre vie. Dans tous les cas, vous y gagnez.

4) J’aurais voulu rester en contact avec mes amis

Souvent, ils ne se rendaient pas compte des vrais avantages d’avoir de vieux amis jusqu’au dernier moment, et il n’était pas toujours possible de les retrouver. Beaucoup ont été tellement pris par leur propre vie qu’ils ont laissé filer leurs amitiés au fil des années. Il y avait beaucoup de profonds regrets de ne pas avoir donné aux amitiés le temps et l’effort qu’elles méritaient. Les amis manquent quand on va mourir.

Il est habituel pour quelqu’un de laisser filer les amitiés à cause d’un style de vie débordé. Mais quand vous faites face à votre mort prochaine, les détails physiques de la vie tombent d’eux-mêmes. Les gens veulent mettre leurs affaires financières en ordre si possible. Mais ce n’est pas l’argent ou le statut qui revêt une réelle importance pour eux. Ils veulent tout mettre en ordre à l’intention de ceux qu’ils aiment. Malheureusement, ils sont souvent trop malades ou fatigués pour pouvoir s’occuper de cette tâche.
À la fin, ce qui est important c’est l’amour et l’amitié. C’est tout ce qui reste dans les dernières semaines: l’amour et l’amitié.

5) J’aurais dû me laisser aller à être heureux

C’est un regret étonnamment commun. Beaucoup ne se sont pas rendu compte jusqu’à la fin que le bonheur est un choix. Ils sont restés coincés dans de vieux schémas et de vieilles habitudes. Le « confort » a envahi leurs émotions ainsi que leur vie physique. La peur du changement leur faisait prétendre à eux et aux autres qu’ils étaient contents. Mais au plus profond d’eux-mêmes, ils espéraient encore rire et faire des bêtises dans leur vie.

Quand vous êtes sur votre lit de mort, ce que les autres pensent de vous est votre dernière préoccupation. Comme c’est merveilleux d’être capable de se laisser aller et de rire à nouveau, longtemps avant de mourir !

La vie est un choix. C’est VOTRE vie.
Choisissez consciemment, choisissez sagement, choisissez sincèrement. Choisissez le bonheur.

Jean-Charles Meyrignac

La Bienveillance


Mon père était un chrétien pratiquant très croyant.
Il a toujours cherché à faire le « bien », et il n’hésitait jamais à aider les gens sans rien attendre en retour.
Personnellement, j’ai détesté son attitude que je prenais pour de la faiblesse, mais j’ai découvert à quel point il était apprécié, après sa mort.

Avec le recul, je pense qu’il aurait pu être moins naïf dans ses actions, mais il m’a montré comment appliquer le concept, indispensable à la conduite du changement, dont je vais vous parler aujourd’hui: la bienveillance.

Définition

Voici la définition fournie par Wiktionary:

Disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui.

La bienveillance en pratique

La bienveillance demande du temps et une attitude désintéressée, c’est pourquoi elle est précieuse.
Comme je ne peux pas la pratiquer en permanence, elle est plutôt réservée à mes proches, parce que je suis persuadé que je suis bienveillant avec ceux que j’aime.

Mais en y regardant de plus près, est-ce que je suis vraiment bienveillant avec mes proches ?
En fait, pas vraiment !

Les obstacles

Beaucoup de choses m’empêchent d’être bienveillant: mon passé, le futur que j’espère, mon éducation, mon égoïsme, mes buts personnels et professionnels, mes préoccupations, mon désir de modeler les autres comme je voudrais qu’ils soient, mes calculs quand je donne, ma perception de la réalité complètement à côté de la plaque, etc…

Est-ce que je suis capable de bienveillance naturellement, sans me forcer ?
Probablement, mais mon éducation a ajouté des centaines de couches (appelées aussi bonnes raisons) qui m’empêchent de l’utiliser.
Un travail sur soi (par une thérapie, la foi ou la méditation) permet de faire partir quelques-unes de ces couches, mais c’est un travail très long, parce qu’il a fallu beaucoup de temps pour les mettre en place.

Je vais vous montrer avec un exemple ce qui bloque le plus la bienveillance.

Exemple pratique

Je suis ScrumMaster/coach, et un membre de mon équipe me demande pourquoi il devrait adopter une méthodologie de type Scrum.

Voici quelques réponses possibles:

  • Ne t’inquiète pas, ça va être génial dans quelques semaines, fais-moi confiance !
  • Si tu n’es pas d’accord, va voir ton responsable, qui a pour ordre de te faire travailler en Scrum.
  • Je ne suis pas contre toi, mais avec toi. Crois-moi, je vais t’aider à mieux fonctionner. (Variante: je veux faire ton bonheur)
  • Arrête de douter, Scrum c’est LA solution à tous nos problèmes.
  • Scrum est vraiment plus efficace que la façon dont tu travailles. Regarde comme c’est bien pensé, tout est logique et bien organisé.

Je peux vous promettre que l’utilisation d’une des phrases ci-dessus va mettre le demandeur en position de défense, ou pire de rejet !
Aucune de ces réponses n’est bonne, parce que j’invalide le demandeur.

Qu’est-ce que l’invalidation ?

L’invalidation, c’est le fait de nier l’émotion de la personne en face de vous.

Hein ? Il exprimait une émotion ?
Hé oui, dans l’exemple donné, l’émotion mise en œuvre est la peur, ou plus exactement la peur de l’inconnu, la peur de changer.
Ce n’est pas facile à voir, parce que nous avons tous pris l’habitude de cacher plus ou moins subtilement nos émotions « négatives ».

Voici quelques phrases typiques d’invalidation:

  • Ne t’inquiète pas
  • Rassure-toi
  • Arrête de te plaindre
  • Tu es le seul à te plaindre
  • Arrête de tout prendre pour toi
  • Mais tu n’as pas compris
  • Mais je te respecte
  • Mais je t’écoute
  • Quel est ton problème ?
  • Qu’est-ce qui ne va pas ?
  • Tu devrais être heureux
  • Ne pleure pas, ne te mets pas en colère
  • Arrête de pleurer/de rire
  • Calme-toi
  • Je plaisantais
  • Tu mets tout le monde mal à l’aise
  • Il n’y a pas de quoi s’énerver
  • Mais pourquoi tu t’énerves ?
  • Soyons rationnels
  • Tu es trop sensible
  • Tu ne devrais pas dire ça de telle personne
  • Je suis sûr qu’il n’a pas voulu dire cela
  • Tu l’as juste mal pris
  • C’est pathétique
  • Il n’y a aucune raison de…
  • Honnêtement, je ne te juge pas
  • Ne sois pas…

Cela ne vous rappelle rien ?

Le mécanisme interne

Quand quelqu’un me parle de ses émotions négatives, mon réflexe est de me protéger, en essayant de le raisonner et d’inhiber son émotion, parce que c’est ce qu’on m’a montré depuis tout petit: « ça ne se fait pas ».
Regardez bien, vous le faites probablement à votre insu, avec tous les gens autour de vous !
Si vous avez des enfants, regardez comment vous leur parlez.

Voici le message que je fais passer:
La seule émotion que tu as le droit d’exprimer est la joie.
Tu as une émotion négative: de la tristesse, du dégoût, de la peur, de la colère, de la surprise, du mépris ?
Ton émotion me dérange, cache-la, et si tu n’y arrives pas, réfléchir t’aidera à la contrôler.

À votre avis, est-ce que cela fonctionne sur moi ?
Oui, parce que je suis obéissant, et je suis bien entraîné à inhiber mes émotions.
Non, parce que mon émotion est toujours là, cachée par mon mental, attendant le bon moment pour s’exprimer violemment.

On ne peut pas utiliser la logique pour calmer les émotions !

Parfois, mon émotion est trop envahissante, alors pour l’exprimer, j’utilise une forme indirecte, comme la tristesse au lieu de la colère.
Ou alors, je déverse mes émotions négatives sur mes proches, ce qui ne leur fait pas forcément plaisir.
Ou si je ne veux blesser personne, je la retourne contre moi.

Le pire est l’auto-invalidation, en voici un exemple quotidien:
En arrivant au travail chaque jour, on me demande « Ça va ? ».
Je réponds: « Oui, ça va », variante: « Oui, ça va très bien ».
En réalité, je n’ai pas le moral aujourd’hui, je déteste mon travail, mes parents viennent de mourir, ma femme m’a quitté, mes enfants sont en prison, mais je ne vais surtout pas montrer une émotion « négative », donc je m’auto-invalide.

Mais alors, que faire ?

Acceptez d’abord les émotions, puis corrigez le comportement.

Il n’y a pas de recette miracle.
J’essaye de faire parler la personne en état d’émotion, par exemple, en disant: « si tu veux en parler, je t’écoute », ou « je sens que tu as une émotion, parlons-en ».
Je laisse les gens exprimer leurs émotions, et surtout, j’exprime les miennes !
Je fais quand même attention à ne pas déverser mes émotions sur les personnes qui n’y sont pour rien.

Pour pouvoir accepter les émotions des autres, j’ai appris à accepter mes propres émotions. Il ne s’agit pas d’une question de volonté, mais vraiment de faire le ménage en soi et surtout d’être sincère avec soi-même.
Je commence aussi à comprendre qu’il n’existe pas une émotion « positive » (joie) et des émotions « négatives » (tristesse, dégoût, peur, colère, surprise, mépris), mais simplement un état intérieur incontrôlable, et je peux l’exprimer de manière constructive, j’en reparlerai une autre fois.

Cette phrase me touche beaucoup:
Une personne connaissant bien ses émotions ne va pas invalider les sentiments d’une autre personne, surtout s’il s’agit d’un enfant sensible.

C’est la première étape vers la bienveillance !

Voici un article en anglais sur les effets désastreux de l’invalidation : http://eqi.org/invalid.htm

Dans mon prochain post, je vous parlerai de rétrospective.

Jean-Charles Meyrignac

Le Changement


Pour commencer l’année 2012, je vais vous parler de changement.
Par changement, j’entends « changement d’attitude » ou « changement de comportement ».
En fait, pour être plus exact, je devrais parler d’évolution, plutôt que de changement.

Mon cas personnel

A 28 ans (j’en ai 46 maintenant), j’ai traversé une grave crise existentielle. Je me sentais tellement limité intérieurement que je voulais à tout prix changer. J’ai donc commencé par une psychanalyse, puis j’ai fait de la sophrologie caycédienne, puis j’ai rencontré ma femme, puis j’ai abandonné le jeu vidéo, puis j’ai travaillé pour Augure, puis je suis devenu champion de mots fléchés, puis j’ai découvert l’agilité, puis je suis devenu conférencier agile et maintenant, je coache ou plus exactement, j’essaye de faire évoluer les mentalités autour de moi.
Chacun de ces changements m’a demandé beaucoup d’efforts.
Récemment, j’ai croisé un ami que j’avais perdu de vue il y a 15 ans, et il avait été très impressionné par ce que j’étais devenu, je suis passé de l’introversion à l’extraversion. Je n’ai aucune idée de ce que je vais devenir dans un an.

Les trois temps

Lorsque j’ai commencé, j’ai très rapidement compris qu’il fallait passer par les 3 phases: pensée, parole puis action.
Pensée: pour comprendre un problème, il faut en prendre conscience.
Parole: pour accepter un problème, il faut être capable de l’exprimer.
Action: pour résoudre un problème, il faut avoir le courage d’agir.

Les habitudes

J’ai aussi compris qu’il fallait commencer par les habitudes les plus simples. Quand une habitude semble trop compliquée à intégrer, c’est que nous ne sommes pas prêts à l’appliquer et que nous allons droit à l’échec, il vaut mieux en trouver une plus accessible.
Par exemple, si je suis timide, il m’est inutile d’essayer de parler devant 100 personnes, cela me bloquera encore plus. Il vaut mieux m’entraîner à parler devant une ou plusieurs personnes, et augmenter progressivement mon auditoire.

Quand je veux changer de comportement dans une situation donnée, je vais devoir fournir un effort pour intégrer une nouvelle habitude. Quand cette habitude ne me demande plus d’effort, c’est qu’elle est ancrée et naturelle, et cela indique que mon changement a réussi.

Leçons à retenir

Les leçons à retenir pour le changement sont:

  1. il faut admettre qu’on est en souffrance pour changer. Si on ne souffre pas, on n’a aucune raison de changer. Il est parfois difficile de se rendre compte qu’on est en souffrance, tellement on s’y est habitué.
  2. le changement est un processus incrémental. A cause de l’effet Zeigarnik, on ne peut changer qu’une seule habitude à la fois, et ça nous prendra beaucoup de temps et d’effort. Il faut donc commencer par les habitudes les plus simples. Au fur et à mesure que nous acceptons d’abandonner nos vieilles attitudes, la prise d’habitude demande de moins en moins d’efforts.
  3. il faut trouver des personnes qui vont nous aider à changer. Le changement est d’abord une initiative personnelle, mais nous avons besoin que quelqu’un nous explique honnêtement ce qui ne va pas (c’est le fameux feedback, ou retour), parce que cela accélère notre processus.
  4. le changement est un processus perpétuel. Une fois qu’on a commencé, on ne peut plus arrêter la dynamique. Il ne faut pas se contenter d’un petit peu de changement pour améliorer la situation, il faut tout revoir ! Il y a toujours quelque chose à améliorer. Mais par où commencer ? C’est là qu’intervient le coach.
  5. il est impossible de changer quelqu’un d’autre que soi-même. Étant donné l’effort à fournir pour changer soi même, essayer de changer les autres est une mission perdue d’avance. Par contre, vous pouvez donner envie aux gens d’évoluer, en les aidant à réaliser leur souffrance ou leur manque d’efficacité, et s’ils vous demandent ce qu’ils peuvent faire, vous pouvez les aider à trouver une solution qui leur convienne.
  6. chercher les causes racines du problème n’est pas nécessaire. Vous pouvez chercher des raisons à tel ou tel comportement toute votre vie, mais en fait, vous cherchez de bonnes excuses (j’utilise le terme « motifs nobles »), et pas vraiment à résoudre le problème.

Un peu de théorie sur les étapes du changement

Dans les conférences agiles, on nous décrit les différentes étapes du deuil, qui sont les signes détectant l’acceptation du changement.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuil

  1. Le choc ou la sidération
  2. Le déni
  3. La colère
  4. L’abattement, la tristesse jusqu’à la dépression
  5. La résignation
  6. L’acceptation fataliste
  7. L’accueil ou la résilience

Dans l’agilité, on décrit ces phases ainsi:

  1. Le déni
  2. La colère
  3. Le marchandage
  4. La dépression
  5. L’acceptation

Je ne nie pas l’intérêt de ces états, mais il s’agit simplement d’un outil de diagnostic, et en ce sens, cela ne sert qu’à déterminer à quel niveau d’acceptation quelqu’un d’autre que soi se trouve.
De plus, ces étapes sont des états passifs. Voyons quels états actifs sont mis en œuvre lors du changement.

Un peu de théorie sur les étapes actives du changement

Le docteur Chris Johnstone propose le modèle suivant, qui est plus détaillé que mon modèle Pensée/Parole/Action:

  1. Précontemplation: prise de conscience de la nécessité de changer
  2. Contemplation: examen du pour et du contre et motivation grandissante
  3. Préparation: organisation et préparatifs
  4. Action: réalisation et actualisation du plan
  5. Achèvement
  6. Consolidation ou Rechute: intégration ou échec du changement dans sa vie quotidienne

Ces états montrent qu’on peut décider de changer, et comment s’y prendre. J’en reparlerai par la suite, ainsi que le modèle FRAMES de Miller & Sanchez.

Dans mon prochain post, je vais vous décrire un outil pratique essentiel si vous devez aider des personnes à évoluer.

Jean-Charles Meyrignac