La Bienveillance


Mon père était un chrétien pratiquant très croyant.
Il a toujours cherché à faire le « bien », et il n’hésitait jamais à aider les gens sans rien attendre en retour.
Personnellement, j’ai détesté son attitude que je prenais pour de la faiblesse, mais j’ai découvert à quel point il était apprécié, après sa mort.

Avec le recul, je pense qu’il aurait pu être moins naïf dans ses actions, mais il m’a montré comment appliquer le concept, indispensable à la conduite du changement, dont je vais vous parler aujourd’hui: la bienveillance.

Définition

Voici la définition fournie par Wiktionary:

Disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui.

La bienveillance en pratique

La bienveillance demande du temps et une attitude désintéressée, c’est pourquoi elle est précieuse.
Comme je ne peux pas la pratiquer en permanence, elle est plutôt réservée à mes proches, parce que je suis persuadé que je suis bienveillant avec ceux que j’aime.

Mais en y regardant de plus près, est-ce que je suis vraiment bienveillant avec mes proches ?
En fait, pas vraiment !

Les obstacles

Beaucoup de choses m’empêchent d’être bienveillant: mon passé, le futur que j’espère, mon éducation, mon égoïsme, mes buts personnels et professionnels, mes préoccupations, mon désir de modeler les autres comme je voudrais qu’ils soient, mes calculs quand je donne, ma perception de la réalité complètement à côté de la plaque, etc…

Est-ce que je suis capable de bienveillance naturellement, sans me forcer ?
Probablement, mais mon éducation a ajouté des centaines de couches (appelées aussi bonnes raisons) qui m’empêchent de l’utiliser.
Un travail sur soi (par une thérapie, la foi ou la méditation) permet de faire partir quelques-unes de ces couches, mais c’est un travail très long, parce qu’il a fallu beaucoup de temps pour les mettre en place.

Je vais vous montrer avec un exemple ce qui bloque le plus la bienveillance.

Exemple pratique

Je suis ScrumMaster/coach, et un membre de mon équipe me demande pourquoi il devrait adopter une méthodologie de type Scrum.

Voici quelques réponses possibles:

  • Ne t’inquiète pas, ça va être génial dans quelques semaines, fais-moi confiance !
  • Si tu n’es pas d’accord, va voir ton responsable, qui a pour ordre de te faire travailler en Scrum.
  • Je ne suis pas contre toi, mais avec toi. Crois-moi, je vais t’aider à mieux fonctionner. (Variante: je veux faire ton bonheur)
  • Arrête de douter, Scrum c’est LA solution à tous nos problèmes.
  • Scrum est vraiment plus efficace que la façon dont tu travailles. Regarde comme c’est bien pensé, tout est logique et bien organisé.

Je peux vous promettre que l’utilisation d’une des phrases ci-dessus va mettre le demandeur en position de défense, ou pire de rejet !
Aucune de ces réponses n’est bonne, parce que j’invalide le demandeur.

Qu’est-ce que l’invalidation ?

L’invalidation, c’est le fait de nier l’émotion de la personne en face de vous.

Hein ? Il exprimait une émotion ?
Hé oui, dans l’exemple donné, l’émotion mise en œuvre est la peur, ou plus exactement la peur de l’inconnu, la peur de changer.
Ce n’est pas facile à voir, parce que nous avons tous pris l’habitude de cacher plus ou moins subtilement nos émotions « négatives ».

Voici quelques phrases typiques d’invalidation:

  • Ne t’inquiète pas
  • Rassure-toi
  • Arrête de te plaindre
  • Tu es le seul à te plaindre
  • Arrête de tout prendre pour toi
  • Mais tu n’as pas compris
  • Mais je te respecte
  • Mais je t’écoute
  • Quel est ton problème ?
  • Qu’est-ce qui ne va pas ?
  • Tu devrais être heureux
  • Ne pleure pas, ne te mets pas en colère
  • Arrête de pleurer/de rire
  • Calme-toi
  • Je plaisantais
  • Tu mets tout le monde mal à l’aise
  • Il n’y a pas de quoi s’énerver
  • Mais pourquoi tu t’énerves ?
  • Soyons rationnels
  • Tu es trop sensible
  • Tu ne devrais pas dire ça de telle personne
  • Je suis sûr qu’il n’a pas voulu dire cela
  • Tu l’as juste mal pris
  • C’est pathétique
  • Il n’y a aucune raison de…
  • Honnêtement, je ne te juge pas
  • Ne sois pas…

Cela ne vous rappelle rien ?

Le mécanisme interne

Quand quelqu’un me parle de ses émotions négatives, mon réflexe est de me protéger, en essayant de le raisonner et d’inhiber son émotion, parce que c’est ce qu’on m’a montré depuis tout petit: « ça ne se fait pas ».
Regardez bien, vous le faites probablement à votre insu, avec tous les gens autour de vous !
Si vous avez des enfants, regardez comment vous leur parlez.

Voici le message que je fais passer:
La seule émotion que tu as le droit d’exprimer est la joie.
Tu as une émotion négative: de la tristesse, du dégoût, de la peur, de la colère, de la surprise, du mépris ?
Ton émotion me dérange, cache-la, et si tu n’y arrives pas, réfléchir t’aidera à la contrôler.

À votre avis, est-ce que cela fonctionne sur moi ?
Oui, parce que je suis obéissant, et je suis bien entraîné à inhiber mes émotions.
Non, parce que mon émotion est toujours là, cachée par mon mental, attendant le bon moment pour s’exprimer violemment.

On ne peut pas utiliser la logique pour calmer les émotions !

Parfois, mon émotion est trop envahissante, alors pour l’exprimer, j’utilise une forme indirecte, comme la tristesse au lieu de la colère.
Ou alors, je déverse mes émotions négatives sur mes proches, ce qui ne leur fait pas forcément plaisir.
Ou si je ne veux blesser personne, je la retourne contre moi.

Le pire est l’auto-invalidation, en voici un exemple quotidien:
En arrivant au travail chaque jour, on me demande « Ça va ? ».
Je réponds: « Oui, ça va », variante: « Oui, ça va très bien ».
En réalité, je n’ai pas le moral aujourd’hui, je déteste mon travail, mes parents viennent de mourir, ma femme m’a quitté, mes enfants sont en prison, mais je ne vais surtout pas montrer une émotion « négative », donc je m’auto-invalide.

Mais alors, que faire ?

Acceptez d’abord les émotions, puis corrigez le comportement.

Il n’y a pas de recette miracle.
J’essaye de faire parler la personne en état d’émotion, par exemple, en disant: « si tu veux en parler, je t’écoute », ou « je sens que tu as une émotion, parlons-en ».
Je laisse les gens exprimer leurs émotions, et surtout, j’exprime les miennes !
Je fais quand même attention à ne pas déverser mes émotions sur les personnes qui n’y sont pour rien.

Pour pouvoir accepter les émotions des autres, j’ai appris à accepter mes propres émotions. Il ne s’agit pas d’une question de volonté, mais vraiment de faire le ménage en soi et surtout d’être sincère avec soi-même.
Je commence aussi à comprendre qu’il n’existe pas une émotion « positive » (joie) et des émotions « négatives » (tristesse, dégoût, peur, colère, surprise, mépris), mais simplement un état intérieur incontrôlable, et je peux l’exprimer de manière constructive, j’en reparlerai une autre fois.

Cette phrase me touche beaucoup:
Une personne connaissant bien ses émotions ne va pas invalider les sentiments d’une autre personne, surtout s’il s’agit d’un enfant sensible.

C’est la première étape vers la bienveillance !

Voici un article en anglais sur les effets désastreux de l’invalidation : http://eqi.org/invalid.htm

Dans mon prochain post, je vous parlerai de rétrospective.

Jean-Charles Meyrignac

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4 réflexions sur “La Bienveillance

  1. Pingback: La Bienveillance | Agile Methods | Scoop.it

    • En effet, mais définir directement la bienveillance me paraît difficile.
      Montrer ce que n’est pas la bienveillance est beaucoup plus parlant.
      Par exemple, « je ne dois pas invalider les autres » est une invalidation de soi, comment être bienveillant à la fois avec soi-même et avec les autres ?

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