L’Art de la Rétrospective (troisième partie)


Voici la troisième et dernière partie de mon article sur les rétrospectives.

Aujourd’hui, je vais vous donner des conseils pour les participants d’une rétrospective.
Certains de ces conseils sont redondants, mais ils permettent de mieux comprendre ce que je veux exprimer.

Conseils pour les participants

Ne cherchez pas les compliments, mais les critiques

Ce sont les critiques honnêtes qui nous font progresser.
D’après mon expérience, chercher ce qui va bien ne m’apporte pas grand-chose. Si je veux tendre vers l’excellence, je dois regarder franchement ce qui ne va pas afin de le corriger. Bien évidemment, j’ai le droit de ne pas être d’accord avec toutes les critiques, je dois défendre mon point de vue !

Remettez-vous en cause !

Je ne prends jamais une situation comme définitive: je peux toujours agir pour l’améliorer.
Quelles sont les leçons que nous n’avons pas retenues depuis la dernière rétrospective:

  • Qu’est ce qui a bien marché et que nous pourrions répéter ?
  • Qu’est-ce que nous pouvons encore améliorer ?
  • Comment pouvons-nous faire pour que telle ou telle situation ne se reproduise plus ?
  • Telle personne a fait une grosse erreur, quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Seule une réflexion de groupe peut permettre de voir toutes les facettes de ces questions.
Notez que ce travail de réflexion est à la base du travail psychanalytique.

Acceptez ensemble les responsabilités

Quand je commence à travailler avec un groupe, j’ai tendance à proposer mes solutions au début, mais au fur et à mesure, je laisse le groupe décider ce qu’il y a de mieux à faire, parce que seul le groupe peut trouver des solutions adaptées à ses propres problèmes.
J’ai souvent vu des managers décider pour leur équipe, par exemple en choisissant un protocole que devra utiliser l’équipe. Le manager n’utilisera jamais ce protocole, mais forcera tout le monde à le faire, même s’il est complètement inadapté à la situation et qu’il fait perdre plus de temps qu’il n’en fait gagner.

Quand le groupe commence à prendre ses propres décisions, à agir de manière plus responsable, le niveau de satisfaction augmente considérablement, et chacun arrête de se sentir comme une victime et réalise qu’il peut faire quelque chose pour que la situation change.
Je dois avouer que c’est un grand plaisir personnel de voir un groupe devenir autonome et se transformer en une vraie équipe, composée de fortes individualités.

Apprenez à dire non

En général, la première leçon qu’apprend un groupe, c’est comment dire non.
Par exemple, il nous a fallu 3 rétrospectives pour mettre en place un système à base de tickets pour gérer les demandes des utilisateurs.
Un système était déjà en place, mais il a fallu 6 semaines pour que tout le monde le respecte.
Pourquoi ? Simplement parce qu’à chaque fois, les utilisateurs essayaient de contourner le système et s’adressaient directement à chacun de nous.
Certains savaient dire non, mais d’autres pas (c’était mon cas), ce qui fait que les utilisateurs venaient nous interrompre systématiquement, en demandant à chacun de nous de résoudre son problème, dans l’espoir de tomber sur quelqu’un qui dise oui.
Un jour, j’ai réalisé que mon attitude ruinait l’effort du groupe, j’ai compris que je me laissais abuser, j’ai donc arrêté d’accepter de « rendre service ».
Cela a obligé les utilisateurs à utiliser le système en place. Ils le détestent, mais ça nous a permis de sortir du mode « panique ». Relisez mon article sur « A la Recherche du Temps Perdu » pour d’autres astuces.

Tenez des rétrospectives régulièrement

Ce n’est pas parce que tout commence à aller mieux que tout va aller bien définitivement.

Ceux qui sont très individualistes pensent que les rétrospectives sont une perte de temps, mais malheureusement le temps où chacun travaillait dans son coin est révolu.
Nous sommes obligés de travailler ensemble, de collaborer, de nous coordonner, et cela demande de la réflexion et du recul.
Si nous ne nous donnons plus le temps de cette réflexion, chacun remet la tête dans le guidon et retourne à sa vision locale de ses problèmes, en oubliant les contraintes des autres.
Il faut avoir une vue globale de la situation et des interactions entre chacun pour trouver une solution convenable pour tous.
C’est cette partie qui fait le plus peur au management: le fait que chacun commence à avoir une vue globale, alors qu’habituellement, le manager est le seul à « savoir », et le savoir, c’est le pouvoir.

Soyez vous-mêmes

C’est le conseil le plus difficile à appliquer.
Comment puis-je savoir ce que je suis ? Si je suis honnête, et que je suis le seul à exposer mon avis, est-ce que ça ne va pas se retourner contre moi ?
Pour devenir honnête, il faut commencer petit.
En tant qu’animateur, j’essayais au début de faire cracher le morceau à l’équipe, mais ce n’est pas la bonne solution.
Il faut laisser le temps à la parole de s’installer. L’exercice de la « langue de bois » aide beaucoup la parole, mais ne remplacera pas le fait que je sois exemplaire en tant qu’animateur. Plus je montre que je respecte et que j’écoute les participants, et plus ils se sentiront à l’aise pour exposer des avis pas forcément plaisants pour tous.
J’ai invité deux fois des coachs agiles, et ils ont été surpris du niveau de parole de nos développeurs. Ceux-ci sont vraiment eux-mêmes, et agissent en tant que tels. J’espère que cette honnêteté rejaillit dans leur vie, comme cela l’a été dans la mienne.

Voilà, j’espère que vous avez appris quelques petites choses.

Jean-Charles Meyrignac

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2 réflexions sur “L’Art de la Rétrospective (troisième partie)

  1. Je vais faire un test sur 2 groupes la semaine prochaine, j’essaierai de te faire un retour. En tout cas merci, pour l’ensemble des informations.

    • Je suis certain que ça se passera bien. Tu as déjà suivi des rétros, donc rien de vraiment neuf pour toi 😉
      Ha, si tu as 5-10 minutes pour un jeu, je te recommande de faire un jeu de type « trouvez des mots sur un thème ». Par exemple, les sports des JO d’été (je crois qu’il y a 20 sports différents). C’est plus dur que ça en a l’air.
      N’hésite pas à communiquer pour ton retour.

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