Gestion des Conflits (première partie)


Aujourd’hui, comme vous l’avez demandé avec vos votes, je vais vous parler de la gestion des conflits.

Afin de me documenter, je viens de lire quelques articles en ligne sur la gestion des conflits.
Je suis en désaccord avec la majorité des méthodes préconisées, parce qu’elles reposent sur le raisonnement.
Or un conflit est avant tout quelque chose d’irraisonné, et parfois d’irrationnel.

Comme mon article est long, j’ai décidé de le découper en deux parties.
La première partie expliquera ce qu’il ne faut pas faire, et la seconde partie, comment je m’y prends.

Définition de Conflit

http://fr.wiktionary.org/wiki/conflit

  1. Lutte armée, combat entre deux ou plusieurs personnes ou puissances qui se disputent un droit.
  2. Violente opposition de sentiments, d’opinions, d’intérêts.
  3. Expression d’exigences internes inconciliables, telles que désirs et représentations opposés, et plus spécifiquement de forces pulsionnelles antagonistes.

Toutes ces définitions se rejoignent sur un point:
quelqu’un désire quelque chose, et ce quelque chose n’est pas conforme à ce que veut quelqu’un d’autre (ou à la réalité).
C’est ce décalage qui est à l’origine du conflit.
La source du conflit est le désir, si vous ne désirez pas, vous ne pouvez pas avoir de conflit (c’est la base du bouddhisme).

Bon, assez de philosophie, regardons un peu ce qu’il ne faut pas faire.

1) Laisser pourrir la situation

Si j’étais capable de résoudre les problèmes au fur et à mesure de leur apparition, je n’aurais aucun conflit dans ma vie, je n’aurais que des problèmes mineurs.
Le conflit vient souvent du fait que j’ai trop attendu, peut-être que j’ai laissé passer le moment d’aborder le problème ou alors que ce moment ne s’est jamais présenté.
Quoiqu’il en soit, le problème qui était bénin à l’origine est maintenant devenu énorme, et la résolution va faire mal.

Je vais être très direct: le fait que je n’ose pas aborder un conflit est de la peur.
Ce peut être la peur de plaire, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de reproduire une situation de notre passé, etc…

Quand j’ai commencé à travailler sur moi, j’ai réalisé combien j’étais submergé par mes peurs.
J’ai décidé de les affronter, par exemple, j’ai fait du saut à l’élastique pour me débarrasser de mon vertige (oui, ça a l’air con, mais ça marche !).

Mais l’acte le plus courageux dans toute ma vie a été le suivant:
j’ai appelé au téléphone toutes les personnes avec qui je m’étais fâché (à l’époque, il y en avait beaucoup), afin de m’excuser.
Cela n’a l’air de rien, mais vous ne pouvez pas imaginer combien ça m’a fait du bien, et m’a permis de clore beaucoup de conflits qui étaient restés ouverts.

Pour affronter ses peurs, il n’y a pas de solution miracle, on ne peut pas faire ça en réfléchissant ou en raisonnant, il faut agir.
Souvent, un conflit va nécessiter une remise en cause de moi-même, et c’est pour cela que je n’ose pas affronter certains conflits, parce que ça me coûte trop cher intérieurement !
Plus la résolution du conflit est remise à plus tard, plus l’effort pour le résoudre sera grand.
Un seul conseil:

Courage !

2) Ne pas préparer la confrontation

Evidemment, quand je suis sous le coup d’une émotion très forte, ce n’est pas le meilleur moment pour résoudre un conflit.
La résolution d’un conflit passe souvent par la négociation, et comme toute négociation, il vaut mieux avoir préparé son sujet avant.
Préparer une confrontation prend du temps, révisez votre sujet juste avant de vous coucher, votre inconscient va travailler dessus pendant la nuit !
Dans la seconde partie, je reviendrai sur la préparation.

3) Vouloir avoir raison à tout prix

Parfois, je sais que j’ai raison, mais même avec les meilleurs arguments du monde, je n’arriverai pas à imposer mon point de vue.
J’ai vécu plusieurs fois des situations où quelqu’un dominait les confrontations grâce à ses argumentations, mais dans les faits, il avait perdu l’estime de toute l’équipe, ce qui curieusement soudait l’équipe contre lui.
Je dois surtout éviter d’attaquer mon interlocuteur, parce qu’il va se mettre en position de défense, et nous ne pourrons plus progresser.
Dans un conflit, ce sont avant tout deux égos qui s’affrontent, et le gagnant final ne sera pas celui qui restera le plus inflexible.

Attention à ne pas tomber dans l’excès inverse, comme je l’ai fait à un moment de ma vie, c’est à dire que j’acceptais les opinions des autres alors que je savais qu’ils avaient tort.
La meilleure position est l’honnêteté vis-à-vis de soi même et des autres. Mais est-ce que je suis assez lucide pour cela ?

4) Laisser éclater ses émotions

C’est un conseil qui revient dans tous les articles que j’ai lus, mais je ne suis pas complètement d’accord avec cela.

Dans certaines situations, me mettre en colère ou pleurer a surpris mon interlocuteur, ce qui m’a permis de mettre en avant mon point de vue, mais la méthode est loin d’être garantie.
Si j’aborde un conflit avec une forte colère, il y a de grandes chances que mon interlocuteur va se mettre dans un état comparable, ce qui n’aidera pas à résoudre notre conflit.
Enfin, si je me mets à pleurer, mon interlocuteur peut penser que je suis quelqu’un de faible, parce que je ne sais pas maîtriser mes émotions, mais je peux aussi l’émouvoir.

5) Ne pas communiquer ses émotions

Curieusement, je n’ai jamais trouvé ce conseil nulle part: communiquez vos émotions !

Tout le monde a tellement peur de montrer ses émotions (qui font pourtant notre humanité), qu’on les réserve seulement à nos proches.
Lorsque j’ai suivi ma psychanalyse, j’ai dû apprendre à mettre des mots sur mes états intérieurs, à communiquer sur mes émotions.
Est-ce que vous aussi, vous êtes capable de communiquer sur vos émotions ?
Je vous propose une petite question:

Comment ça va ?

Si vous me posez cette question, vous aurez une réponse différente chaque jour !
Mon état intérieur n’est pas une constante, qui serait toujours au beau fixe ou tout du moins dans un état neutre. J’ai quelques hauts, et beaucoup de bas.
Dans le prochain article, je vous expliquerai comment communiquer ses émotions dans un conflit.

N’hésitez pas à laisser en commentaire un conseil sur ce qu’il ne faut pas faire !

Jean-Charles Meyrignac

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6 réflexions sur “Gestion des Conflits (première partie)

  1. Merci, Jean-Charles !
    Tres Intéressant.
    À mon avis, le point 4 « Laisser éclater ses émotions » est identique au 5.
    C’est le mt « éclater » qui est tendancieux, mais ce que j’entends, c’est « exprimez vos émotions, autorisez-vous à en avoir, et à les dire, sans jugement. »
    Ça veut aussi dire « soyez à l’écoute de vos émotions » et souvent au début, ça peut sortir mal, mais il faut mieux que ça sorte la plupart du temps.
    C’est très Ignacien, comme démarche.
    Mettre les bon mots est aussi un exercice délicate.
    La CNV en deuxième partie ?
    Amicalement

    • Salut Rémy !

      En fait, je comptais opposer les points 4 et 5.
      Le conseil 4 est: ne laissez pas sortir vos émotions violemment
      Le conseil 5 est: communiquez vos émotions
      D’un côté, exprimez vos émotions, mais de l’autre côté, ne vous laissez pas dominer par elles. Le fait de les exprimer permet de prendre du recul par rapport à soi.
      Je dis ça, mais à chaque fois que je pique une colère (ça m’est arrivé 4 fois en 8 ans au travail), je remarque que cela permet de changer instantanément la perception que les gens ont de moi.

      Je ne connais pas la CNV (Centre National des Variétés ? ha ok, c’est Communication Non Violente, c’est à la mode en ce moment, et un peu bidon à mon avis, puisqu’on ne travaille encore que sur le comportement, pas sur la cause), et je pense que tu mentionnes Ignace de Loyola, que je ne connais pas du tout non plus.
      Mon approche est plutôt zen ou stoïcienne (j’ai adoré lire Marc Aurèle).

      Le principe est: j’essaye d’être honnête avec moi-même (c’est déjà super dur), et ensuite, j’essaye de communiquer clairement ce que je veux aux autres, sans les démolir (j’étais un spécialiste de la démolition humaine, mais j’ai arrêté d’être cruel gratuitement), et après on voit ensemble ce qu’on décide.
      La question est: comment faire cela quand on est en état de conflit, c’est à dire bien chargé émotionnellement ?
      Et cela sans se mettre dans un état second (alcool, drogue, médicaments,…) !
      C’est ce que je vais essayer de décrire dans la deuxième partie.

  2. Pingback: Gestion des Conflits (1) | Agile Stories | Scoop.it

  3.  »j’ai appelé au téléphone toutes les personnes avec qui je m’étais fâché »
    Voilà quelque chose de courageux qui a du te faire prendre beaucoup sur toi en y réfléchissant, mais quel soulagement une fois cela fait !

    Je suis en pleine lecture de Marc Aurèle, et je ne pense pas que la CNV soit  »bidon ». Elle ne traite certes pas la cause, mais c’est un moyen puissant de contenir ses émotions et cela m’aide personnellement dans ma gestion des conflits depuis quelques mois.

    Excellent article dont j’attends la suite avec impatience.

    • « c’est un moyen puissant de contenir ses émotions »
      C’est justement là le problème !
      Tout le monde essaye de contenir ses émotions, ce qui fait que nos émotions s’accumulent, et quand elles sortent elles font très mal, et je crois que pas mal de gens se rendent malades à force de les contenir.
      Une fois que toute ton émotion est sortie, tu es libéré de cette émotion et des émotions passées, parce que curieusement, tu peux résoudre un ancien conflit en résolvant un conflit similaire maintenant. Une autre découverte marrante, c’est qu’on tombe toujours sur le même type de conflits (sous des formes différentes) jusqu’à ce qu’on le résolve, et à ce moment-là un nouveau type de conflits apparaît.

      En ce moment, je sors beaucoup de colère, mais c’est de la colère que j’ai accumulée toute ma vie (probablement vis-à-vis de mes parents et de moi-même).
      J’espère être libéré un jour de cette colère, elle tombera comme une vieille chaussette parce que je ne suis pas dupe de mes émotions.

      Enfin, comment veux-tu te connaître si tu ne connais pas tes émotions ?

  4. Pingback: Comment se comporter dans un conflit ? (première partie) | Psychologie Agile

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