Les effets Ringelmann et Köhler


Aujourd’hui, je vais vous décrire deux effets qui sont importants pour la compréhension de la motivation dans le travail de groupe.
Je vais décrire rapidement les effets, puis expliquer ma théorie.

L’effet Ringelmann

L’effet Ringelmann est un effet de démotivation.

Il a été découvert en 1913, par Max Ringelmann (l’article est disponible ici: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54409695.image.f14).

En étudiant les différentes façons de déplacer une masse (en tirant, poussant, etc…), Max Ringelmann a découvert une propriété amusante du travail de groupe.
Quand une personne tire de toutes ses forces une corde, elle exerce une puissance donnée.
Mais quand deux personnes tirent simultanément une corde, la somme totale de la puissance est inférieure à la somme de la puissance des deux !
Plus on augmente le nombre de personnes, plus la force exercée par chacun diminue.
La page 9 donne les valeurs en fonction du nombre de personnes:

  • Nombre de personnes => Pourcentage fourni par chaque personne
  • 1 => 100%
  • 2 => 93%
  • 3 => 85%
  • 4 => 77%
  • 5 => 70%
  • 6 => 63%
  • 7 => 56%
  • 8 => 49%

Donc 8 personnes en groupe produisent l’équivalent de 4 personnes individuelles.
Les psychologues parlent de “paresse sociale”.

L’effet Köhler

L’effet Köhler est au contraire de l’effet Ringelmann un effet de motivation.

Il a été découvert en 1927 par Otto Köhler.
Je n’ai pas réussi à retrouver l’article d’origine, nommé “Über den Gruppenwirkungsgrad der menschlichen Körperarbeit und die Bedingung optimaler Kollektivkraftreaktion”. Industrielle Psychotechnik, 4, 209-226.
La description la plus complète que j’ai trouvée est ici: http://wayback.archive.org/web/*/http://www.uni-hamburg.de/fachbereiche-einrichtungen/fb16/absozpsy/HAFOS-40.pdf

L’effet Köhler est un phénomène qui apparaît quand des individus moins capables font une tâche mieux avec d’autres individus, que quand ils la font seuls.
Le gain de motivation est plus prononcé quand le résultat de la performance dépend de l’individu le plus faible.

Oui, mais…

Les psychologues cherchent encore à comprendre les mécanismes de ces effets.

Avant de vous emballer et de vous dire: “ha oui, c’est génial, je vois comment faire en sorte que mon groupe fonctionne encore mieux”, je dois vous avouer que des expérimentations récentes (http://wayback.archive.org/web/*/http://www.uni-hamburg.de/fachbereiche-einrichtungen/fb16/absozpsy/eaesp_koehler_05.pdf) ont montré que ces 2 effets ne fonctionnent pas comme prévu quand les tâches à réaliser sont d’ordre intellectuel, même s’ils ont un vrai effet dont il faut tenir compte.

Ma théorie

Dans mon cas bien précis, qui est la résolution de problèmes intellectuels, je confirme l’effet Ringelmann.
Plus le groupe contient de personnes, plus l’effort individuel diminue.

Je le vois tous les jours quand plusieurs personnes marchent ensemble dans la rue, elles réduisent leur vitesse non pas pour se synchroniser sur le plus lent, mais pour se synchroniser sur ce qu’elles pensent être le plus lent.

En 1950, W. Edwards Deming expliquait déjà que l’effort d’un groupe n’est pas égal à la somme des efforts individuels, mais à la somme des efforts plus la somme des interactions des individus.
Il suffit qu’une seule personne ne s’entende pas avec le groupe pour que la somme des efforts devienne nulle !

J’ai aussi noté qu’un groupe est plus efficace quand les individus sont honnêtes entre eux (même s’il y a des désaccords) plutôt que quand ils sont tous d’accord en apparence (je parlerai du paradoxe d’Abilène dans un prochain article).

Mon explication de ce phénomène est que l’individu en groupe s’ajuste au niveau moyen du groupe, pour ne pas se démarquer. Plus le groupe est grand, et plus la moyenne diminue.

Lisez cet article pour quelques conseils:
http://citoyennedumonde.hautetfort.com/archive/2006/05/12/l-effet-ringelmann.html

Quant à l’effet Köhler, j’avoue que je ne l’ai découvert qu’hier, donc je reste encore dubitatif.
J’ai quand même vérifié qu’il fonctionne avec des groupes de 2 individus dans les cas suivants:

  1. quand un individu (ou même les 2) n’est pas motivé pour faire une tâche, faire la tâche à deux va le rendre plus efficace
  2. quand il y a un désir de partager la connaissance de la part du plus expérimenté, le second va être plus efficace s’il a le désir d’apprendre
  3. quand la différence de niveau entre les deux est très grande, le plus faible va faire tous les efforts pour ne pas paraître le plus faible

Mon explication du phénomène est que l’individu le plus faible d’un groupe va faire tout son possible pour ne pas se démarquer. Plus le groupe est petit, plus il va faire de son mieux pour rentrer dans le rang.

Dans les deux effets, je pense que l’individu essaye inconsciemment d’éviter de se démarquer et s’ajuste à la moyenne imaginée du groupe. Ceux qui essayent de se démarquer sont en général rapidement expulsés du groupe (les plus individualistes se moquent de faire partie du groupe).

Mes conseils

Voici mes conseils:

  1. Si la tâche que je dois faire me motive, je la fais seul, je serai plus efficace qu’à deux
  2. Si je n’ai pas les connaissances pour faire la tâche allouée, je la fais avec quelqu’un qui me montrera comment faire. Je suis le conseil de Confucius: dis-moi et j’oublierai, montre-moi et je me souviendrai, implique-moi et je comprendrai. Donc je la fais moi-même en suivant ses conseils, sinon je ne comprendrais pas !
  3. Si la tâche que je dois faire ne me motive pas, je la fais avec quelqu’un d’autre, même s’il n’est pas motivé. Je vais demander de l’aide le plus tôt possible, pour éviter de me sentir en échec
  4. Si la tâche demande plus de 2 personnes, je découpe la tâche pour la faire à 2, par exemple je fais des réunions avec le minimum possible de personnes.
  5. Si je dois former un groupe, je m’assure que la différence de niveau entre le plus faible et le plus fort n’est pas trop grande. Si un des membres est trop fort ou trop faible, le groupe le rejettera inconsciemment, sauf si l’individu est capable de s’adapter.

Je dois avouer que certaines de mes conclusions rejoignent celles de Google.

Maintenant, il va vous falloir apprendre à ne pas avoir honte de demander de l’aide !

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L’effet Zeigarnik


Aujourd’hui, je vais vous parler de l’effet Zeigarnik, qui est l’un des 3 effets psychologiques les plus utiles en agilité.

Ensuite, je vous expliquerai ma théorie du cerveau (elle est originale, je n’ai vu cette théorie nulle part), et enfin je vous donnerai des astuces pour réduire votre stress.
Sautez directement à « Comment réduire la tension » si vous voulez lire mes conseils, parce que l’article est long !

L’effet Zeigarnik s’énonce ainsi:

On se rappelle mieux les tâches interrompues que les tâches finies

Cet effet a été découvert en 1926 par une psychologue russe, Bluma Zeigarnik (1901-1988).

Elle a découvert cet effet en regardant travailler des garçons de café. Ceux-ci étaient capables de mémoriser toutes les commandes de chaque table, mais étaient incapables de se souvenir des commandes déjà réglées.

Lisez la page wikipedia pour plus d’infos: http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Zeigarnik

Les corollaires

Le plus intéressant de cet effet sont les corollaires:

Je sais à chaque instant tout ce que j’ai commencé et où j’en suis dans mes tâches

Curieusement, je sais exactement à quel pourcentage de finition j’en suis sur chacun de mes tâches ouvertes.

Quand quelqu’un me demande une liste de ce que j’ai fini, j’ai déjà tout oublié

Qu’est ce que j’ai fait la semaine dernière ? Aucune idée !

Plus je commence de tâches sans les finir, plus mon stress augmente

Parfois, c’est difficile à sentir, mais essayez de commencer 4 choses à la fois !

Plus je suis motivé, plus l’effet sera fort

Plus j’y crois, plus ça va me rendre malade.

La tension diminue quand je finis une tâche

Je me sens soulagé quand je finis une tâche, bizarre, non ?

Je retiendrai mieux quelque chose si je la fais en plusieurs fois

Si je lis un livre important pour moi, il vaut mieux le lire petit à petit.
Quand je lis un livre d’une traite, je l’oublie aussi vite, sauf dans de rares cas.

Si j’ai quelque chose de difficile à faire, je commence par la partie facile

Si je commence par la partie la plus difficile, je vais juste me décourager, ou en profiter pour abandonner à la première difficulté.
Pareil pour quand je déteste ce que j’ai à faire, j’essaye de commencer par la partie qui m’intéresse le plus.
Pensez à des petites victoires plutôt qu’à des grandes défaites.

Je peux réduire l’effet en accomplissant une tâche similaire à la tâche inachevée

Je donne un exemple plus bas, dans mes conseils.

Ma théorie du cerveau

Selon moi, le cerveau est un organe de perception, comme le sont le nez pour sentir, les oreilles pour entendre, etc…
Le cerveau peut faire beaucoup de choses différentes, mais ce n’est pas un organe très efficace.
Beaucoup de gens prétendent que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau, mais je suis certain que c’est faux.
Des études montrent que tout notre cerveau travaille quand nous faisons des choses simples.
Le cerveau n’est pas très efficace, il est beaucoup plus lent qu’un ordinateur, mais c’est un peu comme un couteau suisse: il peut faire beaucoup de choses différentes (centraliser les informations, analyser les perceptions, penser, déformer la réalité, etc…).

Il y a quelques années, j’utilisais toute la partie logique de mon cerveau, parce que j’avais sacrifié toute la partie relationnelle.
Certains autistes ont l’air exceptionnellement doués, mais c’est parce que justement, ils ont réduit leurs capacités à un tout petit sous-ensemble, et leur cerveau est donc un outil très dédié.

Vous comprenez pourquoi pour moi, le QI est une mesure dérisoire, c’est comme mesurer votre vision.

Personnellement, je vois mon cerveau comme un réseau Internet, où des informations transitent.
Le problème, c’est que la vitesse de traitement n’est pas géniale, et le pire, c’est que sa bande passante est très limitée, ce qui fait que le réseau s’engorge rapidement dès qu’il y a beaucoup de signaux.

Heureusement, le cerveau dispose d’un grand nombre de filtres pour éliminer la grande majorité de ces signaux.
Et d’ailleurs, ces filtres éliminent parfois des signaux très importants: j’ai déjà eu un accident à cause de cela, parce que j’étais à côté de chez moi, et une voiture est passée à un endroit où il n’y avait pas de voiture d’habitude. Bien évidemment, j’ai vu la voiture, je n’ai pas réagi et j’ai fini à l’hôpital.

Quelques chiffres

Dans mon cas, je peux facilement mettre par terre mes capacités de traitement en faisant plus de 2 choses à la fois.
Voici mes estimations personnelles sur des tâches simples (en pourcentage de bande passante occupée):

  • conduire une voiture -> 80% (tous les sens sont sollicités)
  • écouter de la musique activement -> 20%
  • écouter de la musique passivement -> 5%
  • travailler ou réfléchir -> 90%
  • dormir -> 100%
  • téléphoner -> 30%
  • monologue intérieur -> 0 à 100%

Par exemple, si je conduis une voiture et que je téléphone en même temps, j’utilise 110% de la bande passante de mon cerveau.
Cela signifie que mon cerveau va devoir sacrifier de l’information pour pouvoir traiter ce qu’il peut.
En général, le sacrifice se porte sur la tâche qui m’intéresse le moins, donc ma conduite va en souffrir.

Bien évidemment, un chauffeur de taxi qui conduit toute la journée va avoir un pourcentage beaucoup plus réduit, parce que son cerveau va s’adapter pour être plus efficace sur la conduite, il pourra facilement conduire et téléphoner à la fois.

Notre limite de traitement de tâches dépend de la bande passante utilisée par chaque tâche.
Tant que les tâches restent simples (ou plus exactement adaptées aux capacités de notre cerveau), nous pouvons en ajouter.
Mais dès que les tâches deviennent compliquées, alors mon cerveau commence à être en surcharge et ses performances se dégradent très rapidement, ce qui fait que passé un certain seuil, je n’avance plus du tout.
Quand le cerveau est surchargé pendant une grosse période, je commence à me trouver en burn-out.
Et si je n’écoute pas mes signaux et que j’insiste, je peux en mourir ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Kar%C5%8Dshi ).

Je vais donner un exemple très simple: ma femme regarde des films et fait des mots croisés en même temps.
Ces 2 tâches mettent son cerveau en surcharge sans qu’elle le réalise, et le résultat est qu’elle ne retient pas les films qu’elle voit, et ses grilles sont remplies de fautes.

Comment je réduis la tension

J’utilise plusieurs techniques pour réduire le stress.

Je note la liste des tâches

Le fait de noter sur un support extérieur permet au cerveau de ne plus avoir à gérer la liste des tâches, ce qui économise beaucoup d’énergie, l’air de rien.

Je fais des pauses, je récupère

Ma performance dépend directement de ma capacité à récupérer.
Dès que c’est possible, j’en profite pour arrêter de penser.
Regardez cette vidéo très intéressante à partir de 18 minutes 30:

Je réduis les stimuli

Chaque stimulus me bouffe un peu de bande passante, donc il faut réduire les stimuli.
Voici quelques conseils en vrac:

  • le corps: isolez-vous (l’open-space est l’organisation des bureaux la plus stressante), évitez les dopants (café, clopes, sucre, drogues)
  • l’audition: travaillez en silence, écoutez de la musique douce (le rock ajoute du stress) ou utilisez un générateur de bruit blanc
  • la vision: enlevez les objets sur votre bureau afin de réduire la sollicitation des yeux
  • l’odorat: pas d’odeur !
  • le goût: buvez de l’eau

Je finis les tâches similaires par paquet

Notre cerveau optimise naturellement le travail quand nous faisons des tâches similaires les unes après les autres.

Voici une astuce bien pratique si j’ai une tâche en cours que je ne peux pas finir: je fais une tâche similaire à la tâche d’origine.
Par exemple, si j’ai un deuil de proche à faire, je peux faire le deuil d’un animal, même mort il y a longtemps. J’ai essayé, ça fonctionne très bien !

Je refuse certaines tâches

Le conseil le plus simple quand on est débordé est d’arrêter d’en ajouter !
Malheureusement, nous sommes dans une époque d’instantanéité, de disponibilité absolue: tu m’appelles, je suis disponible tout de suite.
Alors c’est difficile de refuser.
Et puis, j’ai aussi ma propre image intérieure: je suis quelqu’un de gentil, gentil=disponible, alors c’est mal de refuser.
Tout ce genre de conneries fait que je suis prisonnier de moi-même, que j’ai du mal à dire non.
La prise de conscience ne fait pas grand chose ici, il faut s’habituer à dire non, et cela demande du courage au début !

Je renonce à certaines tâches

Franchement, ma liste de tâches est énorme.
J’ai des tas de projets, et pas assez de temps pour les faire tous.
J’ai toujours du mal à me dire non à moi-même, mais il faut se rendre à l’évidence: je ne pourrai pas tout faire.
Alors je renonce à pas mal de choses, cela réduit mes propres exigences envers moi-même, ouf !

Je ne fais qu’une seule chose à la fois, le mieux possible

Quelqu’un avait demandé à un maître zen quels miracles il était capable de réaliser, il a répondu:

quand je mange, je mange et quand je dors, je dors.

Il est pourri son miracle ? Hé non: quand il mange, il est à 100% dans l’action de manger, et quand il dort, il est à 100% dans l’action de dormir.
Cela peut paraître simple, mais c’est très difficile à faire, parce que notre cerveau est toujours parasité par des milliers de pensées, qui prennent de la bande passante à notre insu.
La seule façon de casser cela est de ne faire qu’une chose à la fois, avec toute son attention possible.
Au bout de quelques mois, cela devient naturel.
Là encore, il faut lutter, parce que faire plusieurs choses à la fois est souvent considéré comme naturel et indispensable.

J’essaye de réduire mon monologue intérieur

Deux techniques pour cela:

  • penser renforce le monologue intérieur, exprimer ses pensées l’atténue: l’important est que ça sorte. Si vous avez quelqu’un de confiance, confiez-vous, sinon allez vous confesser, allez voir un psy ou faites de la peinture, etc… Après une certain niveau de nettoyage intérieur, il suffit ensuite d’être honnête autour de vous pour éviter que le monologue intérieur ne reprenne sa force.
  • la méditation sans objet: je médite sans fixer mon attention et en ne m’accrochant pas à mes pensées (je fais ça presqu’une heure par jour dans les transports en commun)

Je lâche prise

C’est le conseil le plus difficile à appliquer. Je vais vous l’expliquer par un exemple.

Depuis quelque temps, j’ai un problème de fuite avec mon toit, eh bien, ce souci m’a pris plus de 50% de ma bande passante pendant une semaine, et j’ai même réussi à me rendre malade.
Franchement, il n’y a pas vraiment de solution:

  • ça va me coûter cher (et je n’ai pas trop d’argent pour ça en ce moment)
  • j’ai fait venir un grand nombre d’artisans il y a 2 mois et j’attends toujours leurs devis
  • je me vois mal réparer moi-même mon toit (avec mes 95 kilos, je pense faire plus de dégâts qu’autre chose)

Je ne peux pas renoncer, ni refuser, et en plus, cela dépend de quelqu’un d’autre, alors j’ai cherché une solution avec toute mon énergie, mais il n’y en a pas.
Plus j’ai refusé la situation, plus je me suis senti mal et cela me préoccupait.

La seule solution est d’accepter la situation telle qu’elle est.

Je n’ai pas de solution pour l’instant, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour résoudre ce problème sans succès, j’en suis tombé malade, alors j’ai arrêté de chercher.
Bien évidemment, cette tâche reste ouverte, mais je n’y accorde plus aucune importance, j’attends qu’une solution apparaisse. Ca peut paraître illogique, mais cela a toujours fonctionné pour moi !

Conclusion

Essayez d’appliquer les conseils que je vous ai décrits, ils doivent se faire sans effort.
Si vous sentez que vous devez faire un effort, arrêtez tout de suite, et essayez autre chose !

Bilan de vie


J’aurai 47 ans dans un mois.
Aujourd’hui, je vais faire un bilan de ma vie, et je vais en profiter pour me vanter un peu.

Mon enfance

Très jeune, j’ai compris que j’étais très différent des autres enfants. J’avais des centres d’intérêt différents (j’étais fasciné par les mots, mon livre de chevet était un dictionnaire), je sentais que j’étais plus intelligent que les enfants de mon âge, j’avais soif d’apprendre.

Je pense que j’étais un enfant surdoué, mais mes capacités intellectuelles m’ont juste encouragé à ne rien faire, ou plus exactement à stocker de la connaissance, et comme je m’ennuyais, je n’apprenais que ce qui m’intéressait.

L’effort

Après avoir raté mes études entre autres à cause de ma paresse (le talent ne compensera jamais le travail), j’ai dû apprendre à faire des efforts.
Pour mes parents, l’effort était la chose la plus importante au monde, je suis maintenant certain qu’ils avaient tort.

J’ai surtout travaillé n’importe comment, en y mettant une énergie folle, et en sacrifiant toutes les relations sociales.
Avec le recul, je pense que j’étais Asperger (une forme d’autisme).

Des résultats

J’ai fait des tas de choses dans ma vie, en voici un rapide résumé:

  • j’ai commencé à faire des jeux vidéo à 20 ans, j’ai dû travailler sur plus de 30 jeux pendant 18 ans
  • j’ai écrit des démos sur Atari ST, afin d’améliorer mes connaissances techniques
  • j’ai organisé et participé à des concours internationaux de programmation (je suis un spécialiste des problèmes NP complets)
  • en 1999, j’ai lancé un des premiers projets de calcul distribué
  • en 2003, j’ai établi le record de la plus grande grille de mots croisés sans case noire
  • en 2004, j’ai abandonné le jeu vidéo pour recommencer ma carrière à zéro, je travaille pour Augure depuis
  • en 2008, j’ai été champion de France de mots fléchés
  • en 2008, j’ai commencé à évangéliser l’agilité
  • en 2010, j’ai commencé à être conférencier
  • en 2012, je commence à être formateur

Quel gâchis !

Mais curieusement, je me sens ridicule d’avoir autant travaillé pour si peu (j’ai gagné peu d’argent par rapport à mes efforts).

Oui, j’ai accumulé des connaissances techniques, mais j’ai toujours ignoré les humains, parce que j’étais plus fasciné par les ordinateurs et surtout par ma propre capacité à concevoir des programmes.

Bien sûr, j’ai beaucoup programmé dans ma vie, mais je débute à peine dans les relations humaines.
J’ai dû apprendre les bases, puisque je ne les avais pas, et je constate que peu de gens maîtrisent ces bases, puisqu’ils les ont apprises seuls au fur et à mesure de leur vie. Je dois avouer que j’en tire une certaine fierté.

Du changement, toujours du changement

Il y a 7 mois, j’ai découvert que j’étais intolérant au gluten, ce qui me causait les symptômes de la colopathie fonctionnelle. En une semaine de régime sans gluten, ma vie a radicalement changé.
Des scientifiques ont prouvé que la colopathie (en anglais Irritable Bowel Syndrome) réduisait l’intelligence émotionnelle, et c’est un fait que je constate tous les jours: mon intelligence émotionnelle a énormément progressé ces derniers mois.

Mais le plus grand changement de ma vie a eu lieu il y a 4 ans.
A ce moment-là, ma femme est tombée dans un escalier et se trouve dans un fauteuil roulant depuis, puis je suis devenu champion de France de mots fléchés (ce qu’on appelle « peak performance » en psychologie positive).
Quelque chose s’est déclenché en moi, et, alors que j’avais été introverti depuis mon enfance, je suis devenu extraverti en quelques mois. J’ai commencé à acquérir de la confiance en moi et à prendre des responsabilités à la fois dans ma vie et dans mon travail, et surtout j’ai commencé à être plus honnête, ce blog en est une des preuves.

Le bilan

Quatre ans plus tard, le constat que je peux faire est le suivant:

la sagesse ne s’apprend pas

Toutes les connaissances acquises durant toute ma vie n’ont pas fait de moi un homme plus sage, mais un homme plus instruit.
La sagesse a commencé à apparaître quand j’ai arrêté de courir après les connaissances externes, quand j’ai commencé à réordonner ma vie en profondeur, en éliminant tout ce qui est inutile (c’est l’approche agile « Lean ») et en donnant du sens à ma vie.

Je suis souvent surpris par ma façon d’agir, qui n’a rien à voir avec ce que j’avais appris ou vu ailleurs.
Je me surprends chaque jour à dépasser mes limites qui me semblaient fixées, et le plus incroyable est que j’ai l’impression que je suis spectateur de ma vie, c’est à dire que tout cela se fait sans effort de ma part.

Voilà, j’espère que vous arrêterez de courir après les connaissances, et que vous commencerez à réaliser la sagesse en vous, en étant plus honnêtes et spontanés chaque jour.
Bon courage !

Les 10 Commandements Agiles


Ce qui m’a le plus influencé ces 20 dernières années c’est le Zen.

J’apparente beaucoup l’Agilité à l’approche Zen.
Par exemple, les 3 valeurs du leadership selon le Zen sont: Humanité, Clarté et Courage, ça ne vous rappelle rien ?

Dans l’approche Zen, l’important est de découvrir ce que l’on est.
Cette découverte ne peut pas se faire avec des mots ou avec des pensées, mais par l’action et l’intuition (et aussi une bonne dose de chance).

Malheureusement, tout le monde est très attaché aux mots et aux pensées, ce qui fait qu’on essaye de percevoir la réalité avec notre cerveau, et cette réalité est très déformée et pauvre.
J’adore les phrases complètement paradoxales qu’affectionnent les maîtres Zen, et qui sont incompréhensibles pour ceux qui essayent de raisonner (sauf au prix d’un long raisonnement), par exemple: contrôler sans contrôle.
Entre nous, la phrase de Descartes « Cogito ergo sum » (« je pense donc je suis ») est une grosse connerie.

Zazen et Scrum

La discipline du zazen (s’asseoir dans une certaine position pendant un long moment en essayant de ne pas s’accrocher aux pensées) permet de faire disparaître notre filtre mental avec le temps, et d’accéder à la réalité.

J’apparente beaucoup la discipline stricte du zazen avec Scrum, en ce sens que le but du zen est l’éveil, et zazen est un moyen d’arriver à ce but, mais zazen n’est pas le but.
Scrum est un moyen pour arriver à l’agilité, mais ce n’est pas l’agilité, et ce n’est surtout pas un but.

Le problème de Scrum, c’est l’illusion de l’agilité: pratiquer Scrum ne mènera jamais à l’agilité, puisque l’agilité est d’abord une attitude intérieure.
Pour moi, être agile, c’est avant tout être capable de m’adapter au changement, et Scrum est probablement une des pires méthodologies agiles pour s’adapter au changement.

Je rêve depuis quelque temps déjà de créer une méthodologie agile sans forme, afin d’aider les individus à devenir agiles sans dépendre d’une méthodologie.

Après moult réflexions, cette méthode sans forme pourrait s’exprimer sous la forme de 10 commandements, copiant le principe de la Bible.

Les 10 Commandements, version 1.0

  1. Tu seras assidu dans ta pratique
  2. Tu seras honnête avec ton équipe et avec toi-même
  3. Tu fourniras un travail de la meilleure qualité possible
  4. Tu afficheras tout ce qui reste à faire
  5. Tu participeras à l’organisation du travail
  6. Tu auras du feedback à toutes les étapes de ton travail
  7. Tu élimineras ce qui est inutile
  8. Tu feras les choses simplement
  9. Tu accueilleras le changement de manière créative
  10. Tu privilégieras l’action à la parole, et la parole à la pensée

Explications

Ces commandements sont évidents, et pourtant je suis certain que vous avez besoin d’explications.
Les voici…

1. Tu seras assidu dans ta pratique

Afin d’être efficace, il est très important d’être régulier et discipliné.
Si j’utilise un rythme irrégulier ou si je relâche ma pratique, je peux perdre tout le bénéfice de mes efforts en très peu de temps. L’important est vraiment d’acquérir des habitudes saines.

2. Tu seras honnête avec ton équipe et avec toi-même

La notion d’honnêteté inclut toutes les autres notions, comme le respect, la confiance, la communication et la bienveillance.
En étant honnête à la fois dans mes critiques et dans mes compliments, je peux aider les gens autour de moi à s’améliorer.
En étant honnête avec mon groupe, je peux l’aider à résoudre ses vrais problèmes, au lieu d’essayer de trouver des solutions foireuses qui contournent les vrais problèmes.
Oui, les vrais problèmes sont humains, pas méthodologiques !
En étant honnête avec moi-même, j’apprends à dire non à ce que je ne veux pas faire, sans chercher à me justifier.

3. Tu fourniras un travail de la meilleure qualité possible

Je dois me focaliser sur la façon de faire, pas sur le résultat.
Dès que je me focalise sur le résultat, je bâcle mon travail.
Je vise l’excellence dans ce que je fais, sinon j’évite de le faire.
Attention: excellence ne veut pas dire perfection !

4. Tu afficheras tout ce qui reste à faire

Je dois visualiser mon travail.
Une feuille de calcul Excel (qui sollicite le cerveau) ne remplacera jamais des post-it, qui sollicitent nos sens (vue, toucher et goût).
La planification doit être visuelle aussi. Plus c’est visuel, et plus le groupe sentira que le projet est clair.

5. Tu participeras à l’organisation du travail

Je dois aider mon groupe à mieux fonctionner en s’auto-organisant.
Si je laisse quelqu’un d’autre décider à ma place, je ne dois pas m’étonner de me sentir victime de mon travail.
L’organisation implique aussi ma participation à l’amélioration des processus, la remise en cause des décisions, et surtout la communication dans le groupe.

6. Tu auras du feedback à toutes les étapes de ton travail

Je ne suis pas parfait, et je peux me tromper dans mon travail.
Comment puis-je mettre en place le retour le plus rapide pour déceler mes erreurs ?
Plus le retour est long, et plus la correction du problème sera chère.
Au niveau personnel, le feedback passe par l’honnêteté.
Au niveau du groupe, le feedback passe par la rétrospective.
Au niveau de mon travail, le feedback passe par des tests et des livraisons régulières.

7. Tu élimineras ce qui est inutile

Avant de commencer à travailler, je commence par éliminer le travail inutile.
La loi de Pareto indique qu’avec 20% d’efforts, je peux obtenir 80% du résultat.
Quels sont ces 20% qui méritent mon attention ?
Bosser énormément est inutile si je suis capable de réduire mon travail à ces 20%.
Au niveau du temps, j’essaye aussi d’en gagner, en évitant les réunions inutiles, et en évitant les individus qui me font perdre mon temps (sauf quand j’ai envie d’en perdre !).

8. Tu feras les choses simplement

La simplicité, c’est la chose la plus compliquée du monde.
Comment faire les choses simplement ? Comment les simplifier encore plus ?
En découpant nos tâches en tâches plus petites, en ne faisant qu’une seule chose à la fois, et en construisant des cabanes au lieu de construire des châteaux (je peux raser une cabane, mais pas un château).

9. Tu accueilleras le changement de manière créative

Avant, je passais une grosse partie de mon énergie à lutter contre le changement, c’était crevant.
Maintenant, j’apprends à accepter les choses comme elles viennent, ce n’est pas toujours facile.
Mais j’ai aussi le droit et le devoir de refuser un changement intolérable !

10. Tu privilégieras l’action à la parole, et la parole à la pensée

Agir est 2 fois plus important que parler, et parler est 2 fois plus important que penser.
Je peux rester des années bloqué sur la pensée, puis des années encore sur la parole.
Attention, l’action sans pensée ni parole est dangereuse dans un groupe !

Ces 10 commandements sont un premier jet.
N’hésitez pas à me proposer vos suggestions.

Jean-Charles Meyrignac