Les effets Ringelmann et Köhler


Aujourd’hui, je vais vous décrire deux effets qui sont importants pour la compréhension de la motivation dans le travail de groupe.
Je vais décrire rapidement les effets, puis expliquer ma théorie.

L’effet Ringelmann

L’effet Ringelmann est un effet de démotivation.

Il a été découvert en 1913, par Max Ringelmann (l’article est disponible ici: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54409695.image.f14).

En étudiant les différentes façons de déplacer une masse (en tirant, poussant, etc…), Max Ringelmann a découvert une propriété amusante du travail de groupe.
Quand une personne tire de toutes ses forces une corde, elle exerce une puissance donnée.
Mais quand deux personnes tirent simultanément une corde, la somme totale de la puissance est inférieure à la somme de la puissance des deux !
Plus on augmente le nombre de personnes, plus la force exercée par chacun diminue.
La page 9 donne les valeurs en fonction du nombre de personnes:

  • Nombre de personnes => Pourcentage fourni par chaque personne
  • 1 => 100%
  • 2 => 93%
  • 3 => 85%
  • 4 => 77%
  • 5 => 70%
  • 6 => 63%
  • 7 => 56%
  • 8 => 49%

Donc 8 personnes en groupe produisent l’équivalent de 4 personnes individuelles.
Les psychologues parlent de “paresse sociale”.

L’effet Köhler

L’effet Köhler est au contraire de l’effet Ringelmann un effet de motivation.

Il a été découvert en 1927 par Otto Köhler.
Je n’ai pas réussi à retrouver l’article d’origine, nommé “Über den Gruppenwirkungsgrad der menschlichen Körperarbeit und die Bedingung optimaler Kollektivkraftreaktion”. Industrielle Psychotechnik, 4, 209-226.
La description la plus complète que j’ai trouvée est ici: http://wayback.archive.org/web/*/http://www.uni-hamburg.de/fachbereiche-einrichtungen/fb16/absozpsy/HAFOS-40.pdf

L’effet Köhler est un phénomène qui apparaît quand des individus moins capables font une tâche mieux avec d’autres individus, que quand ils la font seuls.
Le gain de motivation est plus prononcé quand le résultat de la performance dépend de l’individu le plus faible.

Oui, mais…

Les psychologues cherchent encore à comprendre les mécanismes de ces effets.

Avant de vous emballer et de vous dire: “ha oui, c’est génial, je vois comment faire en sorte que mon groupe fonctionne encore mieux”, je dois vous avouer que des expérimentations récentes (http://wayback.archive.org/web/*/http://www.uni-hamburg.de/fachbereiche-einrichtungen/fb16/absozpsy/eaesp_koehler_05.pdf) ont montré que ces 2 effets ne fonctionnent pas comme prévu quand les tâches à réaliser sont d’ordre intellectuel, même s’ils ont un vrai effet dont il faut tenir compte.

Ma théorie

Dans mon cas bien précis, qui est la résolution de problèmes intellectuels, je confirme l’effet Ringelmann.
Plus le groupe contient de personnes, plus l’effort individuel diminue.

Je le vois tous les jours quand plusieurs personnes marchent ensemble dans la rue, elles réduisent leur vitesse non pas pour se synchroniser sur le plus lent, mais pour se synchroniser sur ce qu’elles pensent être le plus lent.

En 1950, W. Edwards Deming expliquait déjà que l’effort d’un groupe n’est pas égal à la somme des efforts individuels, mais à la somme des efforts plus la somme des interactions des individus.
Il suffit qu’une seule personne ne s’entende pas avec le groupe pour que la somme des efforts devienne nulle !

J’ai aussi noté qu’un groupe est plus efficace quand les individus sont honnêtes entre eux (même s’il y a des désaccords) plutôt que quand ils sont tous d’accord en apparence (je parlerai du paradoxe d’Abilène dans un prochain article).

Mon explication de ce phénomène est que l’individu en groupe s’ajuste au niveau moyen du groupe, pour ne pas se démarquer. Plus le groupe est grand, et plus la moyenne diminue.

Lisez cet article pour quelques conseils:
http://citoyennedumonde.hautetfort.com/archive/2006/05/12/l-effet-ringelmann.html

Quant à l’effet Köhler, j’avoue que je ne l’ai découvert qu’hier, donc je reste encore dubitatif.
J’ai quand même vérifié qu’il fonctionne avec des groupes de 2 individus dans les cas suivants:

  1. quand un individu (ou même les 2) n’est pas motivé pour faire une tâche, faire la tâche à deux va le rendre plus efficace
  2. quand il y a un désir de partager la connaissance de la part du plus expérimenté, le second va être plus efficace s’il a le désir d’apprendre
  3. quand la différence de niveau entre les deux est très grande, le plus faible va faire tous les efforts pour ne pas paraître le plus faible

Mon explication du phénomène est que l’individu le plus faible d’un groupe va faire tout son possible pour ne pas se démarquer. Plus le groupe est petit, plus il va faire de son mieux pour rentrer dans le rang.

Dans les deux effets, je pense que l’individu essaye inconsciemment d’éviter de se démarquer et s’ajuste à la moyenne imaginée du groupe. Ceux qui essayent de se démarquer sont en général rapidement expulsés du groupe (les plus individualistes se moquent de faire partie du groupe).

Mes conseils

Voici mes conseils:

  1. Si la tâche que je dois faire me motive, je la fais seul, je serai plus efficace qu’à deux
  2. Si je n’ai pas les connaissances pour faire la tâche allouée, je la fais avec quelqu’un qui me montrera comment faire. Je suis le conseil de Confucius: dis-moi et j’oublierai, montre-moi et je me souviendrai, implique-moi et je comprendrai. Donc je la fais moi-même en suivant ses conseils, sinon je ne comprendrais pas !
  3. Si la tâche que je dois faire ne me motive pas, je la fais avec quelqu’un d’autre, même s’il n’est pas motivé. Je vais demander de l’aide le plus tôt possible, pour éviter de me sentir en échec
  4. Si la tâche demande plus de 2 personnes, je découpe la tâche pour la faire à 2, par exemple je fais des réunions avec le minimum possible de personnes.
  5. Si je dois former un groupe, je m’assure que la différence de niveau entre le plus faible et le plus fort n’est pas trop grande. Si un des membres est trop fort ou trop faible, le groupe le rejettera inconsciemment, sauf si l’individu est capable de s’adapter.

Je dois avouer que certaines de mes conclusions rejoignent celles de Google.

Maintenant, il va vous falloir apprendre à ne pas avoir honte de demander de l’aide !

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9 réflexions sur “Les effets Ringelmann et Köhler

  1. L’effet Ringelmann, qui est un effet de démotivation, peut également être utilisé en technique de harcèlement, et je sais de quoi je parle. Un ami est exacement dans cette situation en ce moment. Attention, je précise ici que cela ne se passe pas dans ma société, je n’ai rien contre elle !

    Si votre chef tire sur la corde de toutes ses forces et tout seul pour vous faire craquer, il exerce une puissance donnée.

    Mais si il associe des collègues pour tirer simultanément la même corde contre vous, la somme totale de la puissance est inférieure à la somme de la puissance des personnes en face de vous.

    Dans ce cas aussi, plus votre chef augmente le nombre de personnes dans le but de vous démotiver, plus la force exercée par chacun diminue.

    Comme cela, il ne se fatigue pas pour vous harceler et va même arriver à vous épuiser car vous êtes seul en face à tirer sur la corde à 100 %.

    C’est aussi ce qu’on appelle de la “paresse sociale”.

    Alors ils vous reste deux solutions : ne pas rester seul à tirer, ou lâcher-prise

    • En effet, c’est une situation difficile à vivre.
      Je ne pensais pas à ce genre de tir à la corde quand j’ai écrit l’article 😉

      J’ai déjà connu des harceleurs (et de toutes les sortes !), et je sais maintenant comment m’en débarrasser, mais j’avoue que ce n’est pas facile.

      Ce week-end, un ami m’a appelé pour me dire à quel point il était malheureux parce que tout le monde l’oppressait (sa vie, son boulot).
      Je lui ai dit 2 choses:
      1) j’ai une solution pour toi: continue comme tu le fais actuellement !
      Franchement, si tu te plains comme cela, c’est que tu as envie que ça continue, sinon tu aurais déjà bougé ton cul. Si tu t’attends à ce que je te plaigne, tu te mets le doigt dans l’oeil !
      2) ce qui m’attriste le plus, ce n’est pas que tu me baratines avec tes excuses foireuses, franchement je m’en fous, ça ne changera pas ma vie. Ce qui m’attriste, c’est que tu te baratines toi, en essayant de trouver des justifications à ta situation (les autres sont méchants, je suis un gentil, pourquoi ils me font du mal ?).

      En gros, je lui ai donné un bon coup de pied au cul, afin de le faire réagir. Il a ri, et je sens que c’était la réponse qu’il attendait.

      Beaucoup de personnes sont malheureuses dans leur travail, mais ne font rien pour changer d’attitude, elles se complaisent dans l’état de victime.
      Bien sûr que le harcèlement, c’est difficile à vivre, mais là, ton ami n’est pas honnête: il ne parle pas directement à ses harceleurs.
      Parler à des personnes n’ayant rien à voir avec son problème lui permet d’éviter de le résoudre, et c’est l’acte de lâcheté le plus commun.
      S’il veut résoudre son problème, il va falloir qu’il soit direct et honnête, sinon il va reproduire cette situation encore et encore.
      Note: je n’ai aucune idée comment il peut la résoudre, mais il a plein de solutions: ne plus être une victime (c’est toujours faisable !) ou changer de boulot (mais ce n’est que remettre le problème à plus tard).

      Oui, c’est vrai que c’est pratiquement impossible de changer une situation comme cela, mais comme je l’ai expliqué plusieurs fois, il faut prendre l’habitude d’être honnête, alors il faut commencer petit, il faut dire de petites honnêtetés.
      Quand il commencera à être à l’aise, il pourra être beaucoup plus honnête, et sa vie va se simplifier dramatiquement.

  2. L’effet Ringelmann est la meilleur dénonciation du collectivisme que j’ai vu depuis des années !

    En réduisant le nombre de développeur on gagne en productivité déjà parce qu’on élimine les pertes de temps qu’aurait couté la communication entre eux. Ensuite par l’effet Ringelmann.

    • Salut Eric !

      Je ne fais pas de politique ici 😉

      C’est évident que moins on a de développeurs, moins on perd de temps, donc on est plus rapides.
      Le problème est que certains logiciels demandent beaucoup de monde, et comme certains managers ont peur du risque, et la seule façon qu’ils connaissent de réduire le risque est de mettre 50 personnes sur leur projet.
      On retombe sur le syndrome du mythique homme-mois:
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mythique_homme-mois
      C’est à dire:
      « Neuf femmes ne font pas un enfant en un mois »

      Il faut vraiment trouver le bon équilibre:
      – une équipe trop petite aura trop de travail
      – une équipe trop grosse perdra beaucoup d’énergie
      J’aime beaucoup les pourcentages de Ringelmann, ils indiquent la valeur optimale de la taille d’équipe.
      Dans l’agilité, une équipe, c’est maxi 9 personnes (testeurs et responsable du projet compris).

      Sinon, une autre astuce: comme les gens s’ajustent à la moyenne de l’équipe, il suffit alors de n’avoir que de bons éléments dans l’équipe !

      • On a plusieurs proécédés pour réduire le nombre des développeurs.
        Le premier consiste en un recrutement sévère. Seul 1/10 des postulant programmeur arrive a passer le test d’admission. Il sont moins nombreux mais meilleurs, le travail est mieux fait, il demande moins de ligne de code et se debug plus rapidement
        Le second consiste a utiliser des technologies maisons. Mieux maitrisées, plus flexibles, totalement autonomes les développeurs ne sont pas dépendant d’une boite noire. Et là encore on débug plus facilement ce qu’on connait bien.
        j’ai du mal à comprendre pourquoi il y a un max de 9 personnes et d’où vient cette limite, mais bon, ca doit ettre un mantra !

    • Elles sont très bien tes pratiques !

      9, c’est la limite pour qu’un groupe s’autogère correctement, c’est une technique de psychologie sociale.
      Au dessus, c’est le chaos, il faut mettre beaucoup de management, et ça fait perdre du temps à tout le monde.

      Tu te souviens du temps où on faisait les jeux tout seuls ou seulement avec une poignée de personnes ? On était super efficaces à l’époque.
      Maintenant, faire le moindre petit truc demande une logistique énorme.
      Dans le jeu, on peut découper les grosses équipes en plusieurs équipes indépendantes, et l’équipe la plus grosse n’est plus celle des développeurs.
      Dans les projets où je travaille, nous n’avons que des développeurs, et plus il y en a, plus le projet prend du retard.

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