Les Mythes de l’Agilité


Hier, je suis tombé sur cet article:
http://developers.slashdot.org/story/12/07/14/1242237/new-analyst-report-calls-agile-a-scam-says-its-an-easy-out-for-lazy-devs

En gros, la traduction du titre, c’est « l’Agile, c’est une arnaque ! ».
Certains commentaires sur Slashdot sont excellents, je vous conseille de les lire.
Il est évident que l’Agile ne laisse pas indifférent.

Avant de continuer, je vais définir quelques termes, afin que vous me compreniez:

  1. Agile : les méthodologies agiles, le mouvement agile
  2. Agilité : le manifeste agile, l’approche philosophique
  3. agile (en minuscules) : en appliquant l’agilité

J’aime beaucoup la conclusion du rapport:

The Agile movement is designed to sell services. … Out of over 200 survey participants, we received only four detailed comments describing success with Agile.

Le mouvement Agile essaye en effet de vendre des services, ce que je ne peux nier (j’en reparlerai dans un prochain article).
Cependant, méfiance avec les sondages de ce genre !
En effet, ceux qui répondent sont souvent les plus mécontents. Les personnes satisfaites ont tendance à se taire, c’est un fait bien connu dans les sondages.

Je ne vais pas entrer en polémique, parce que se justifier est juste une perte de temps.
Plus j’essayerai d’avoir raison, et plus les personnes ayant l’opinion opposée seront persuadées que j’ai tort.

Je vais donc plutôt vous parler des mythes de l’Agilité.

Les mythes de l’Agilité

1. L’Agile, ce n’est pas de la psychologie

Je mets ce point en premier, parce que c’est un peu la raison d’être de ce blog.
En effet, je constate à quel point peu de gens comprennent la psychologie dans l’agilité.

Les leaders du monde agile essayent de trouver des protocoles pour éviter les interactions humaines, et surtout les conflits.
Avez-vous lu les Core Protocols ? C’est vraiment une invention de psychopathe, ou alors d’un type qui n’a jamais parlé avec des gens réels.
Réduire les interactions humaines à un algorithme pour éviter les conflits indique à quel point on ne veut pas perdre le contrôle de la relation (et les gens le sentent inconsciemment).

Quand je relis le manifeste agile, la première ligne dit:

Nous sommes amenés à valoriser les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils

Pourquoi l’Agile est-il devenu une suite de processus et d’outils, alors même que nous disons privilégier l’humain ? Saisissez-vous cette contradiction ?

Une des explications est que les promoteurs de l’Agilité sont des développeurs, et comprennent les ordinateurs mieux que les êtres humains.
Je vais essayer de préparer une conférence sur la psychologie dans l’agilité, j’avoue que je ne sais pas par où commencer !

2. Les méthodologies agiles sont faciles à mettre en place

Je vais vous confier pourquoi les méthodologies agiles fonctionnent dans une équipe: l’influence sociale !
L’influence sociale, c’est l’effet de groupe, le conformisme, l’effet boule-de-neige, ce que j’appelle aussi l’effet mouton.
Les pros de l’agilité savent bien qu’il faut chercher un « champion » dans l’équipe, que tout le monde va suivre.
L’air de rien, l’influence sociale est un excellent outil de manipulation.
Une petite remarque amusante: les processus mis en place dans Scrum ressemblent étrangement à un mélange de GTD et de méthode des Alcooliques Anonymes (!).

Malheureusement, nous avons un problème culturel, parce que notre culture française est très particulière.
Par exemple, le Japon a la culture la plus conformiste (ce qui explique leur manque de créativité, et pourquoi ils copient et améliorent).
Les USA ont aussi une culture plutôt conformiste, mais ce n’est pas le cas de la France. Nous sommes anti-conformistes, les américains mettent en avant notre tendance à faire la grève !
Lean fonctionne très bien au Japon, parce que c’est compatible avec leur culture.
Scrum est plutôt adapté aux US (et encore…).
Kanban semble plus compatible avec notre culture.
En France, il faut adapter, on ne peut pas utiliser ces méthodologies directement !
C’est pour cela que j’avais présenté les Rétrospectives à la Française lors de ma première conférence.
Ne copions pas des techniques qui fonctionnent avec des cultures différentes, adaptons-les !

3. L’Agile, c’est tellement bien que l’entreprise sera convaincue et deviendra agile

L’agilité par capillarité, c’est une croyance des défendeurs de l’Agile: toute l’entreprise va devenir agile parce que ça fonctionne.
Comme si un raisonnement logique pouvait suffire à convaincre !
Je rappelle que nos décisions sont irrationnelles, et que nous les expliquons rationnellement après coup.

Bien sûr que les méthodologies agiles fonctionnent dans la majorité des types de projets informatiques !
Le problème est que l’Agile fonctionne parce que c’est une méthode de groupe, or dans le management, chacun travaille seul, et ne comprend pas l’intérêt de ces méthodes de groupe.

Je me souviens de la première fois où j’ai voulu présenter l’agilité à des managers: j’ai présenté Scrum, quelle erreur !
Ca n’a franchement aucun intérêt pour eux !
Alors comment présenter l’agilité ?
Je l’ai compris récemment, quand j’ai présenté les valeurs agiles et comment les pratiquer.
Mes recherches actuelles sont sur comment appliquer l’agilité seul, parce que je crois qu’il est possible d’être agile seul, ou même agile dans un environnement totalement non agile.

4. L’Agile, c’est toute une terminologie

Sur ce blog, j’essaye de présenter l’agilité sans jargon, vous devez l’avoir senti à la lecture.
Le jargon de l’Agile fait qu’on a l’impression de faire partie d’un cercle d’initiés, d’une secte.
Il est perçu comme forme de snobisme, et cela joue beaucoup contre l’agilité: tout le monde ne peut pas consacrer 2 jours à apprendre le jargon agile !
Parlons simplement de l’agilité !

Je continue sur les mythes anti-Agiles (notez le A majuscule).

Les mythes anti-Agiles

1. L’Agile, c’est juste une mode

Beaucoup de managers gèrent leurs équipes comme dans les années 80 (voyez mon article sur « Management et Croyances »), sans comprendre que le monde a évolué, et évolue de plus en plus vite.
L’agilité, c’est le management du 21ème siècle, ou au moins des 2 premières décennies.
Un manager est individualiste, ce qui lui permet de progresser dans les échelons. Mais il a beaucoup de mal à comprendre le fonctionnement d’une équipe. Une équipe, ce n’est pas simplement des individus, c’est un état d’esprit.

L’agilité permet à chacun des intervenants de se sentir membre d’une équipe, d’être plus solidaire, ce que ne proposent pas les autres alternatives.

Beaucoup de managers pensent que les informaticiens sont des mercenaires, et cela est vrai pour certains d’entre nous.
Il se trouve qu’en tant qu’informaticiens, nous sommes tout en haut de la pyramide de Maslow (nous gagnons assez bien notre vie pour pouvoir faire des choses qui nous plaisent), alors nos préoccupations peuvent paraître futiles, mais nos motivations sont celles qui préoccupent les gens qui cherchent à s’accomplir. Si vous ne comprenez pas, ne vous en faites pas, c’est que vous n’avez pas encore travaillé 20 ans.

Les meilleurs managers que j’ai croisés ont tous pratiqué l’agilité.

2. L’Agile est mort

Je tiens cette information de cet excellent article:
http://douche.name/blog/2011/08/08/l-agile-est-mort/
J’avoue que personne ne m’avait prévenu !

En fait, les méthodologies agiles comme Scrum doivent évoluer. Saviez-vous que les rétrospectives ne sont apparues dans Scrum officiellement que depuis 2011 ?
Ceux qui pratiquent l’agilité basculent de Scrum vers Kanban, parce que Scrum n’est pas vraiment un processus agile (pas de changement dans un sprint, alors qu’on nous parle d’adaptation au changement ???).

Ce qui me gêne le plus dans l’article est l’attitude de défaitisme ambiant.
Comment changer les choses ?
La solution est : en commençant à changer soi-même !
C’est le rôle de chacun d’entre nous de changer le monde extérieur, en changeant intérieurement.
Dans mon cas personnel, je vais avoir 47 ans, et je commence à me connaître un peu, j’ai beaucoup éliminé ce qui me limitait, et j’essaye de changer le monde autour de moi.

3. L’Agile, cela permet aux développeurs paresseux d’éviter la planification et la documentation

Je n’ai jamais croisé de développeur paresseux en presque 30 ans de carrière, mais beaucoup de développeurs démotivés.

Si une documentation est inutile, pourquoi l’écrire ?
Certains managers prétendent qu’elle est utile pour la maintenance, mais elle sert surtout à les couvrir en cas de problème.
Une documentation demande beaucoup d’énergie à écrire et surtout à maintenir, cet effort pourrait-il être plus utile ailleurs ? Si la réponse est non, alors il faut écrire la doc.

Pour la planification, il est clair que si un manager veut garder le contrôle (illusoire) sur son projet, l’Agile va le rendre mal à l’aise.
L’Agilité sort tout le monde de sa zone de confort.
Scrum propose une méthode simple de planification, ce qui explique son succès auprès du management.

4. L’Agile, c’est juste pour le logiciel

La façon dont le mouvement Agile se focalise sur le logiciel montre qu’il ne s’intéresse pas à autre chose.
Mais l’agilité peut fonctionner avec n’importe quel métier !
Essayons de le présenter en enlevant la partie logicielle.

Conclusion

N’importe quel projet informatique ou non est une aventure humaine.

A mes débuts dans le jeu vidéo, j’ai connu les projets faits avec une ou deux personnes, mais ce genre de projets n’existe plus de nos jours.

Comment réaliser un projet dans les meilleures conditions devrait être la préoccupation première de chaque entreprise et de chaque individu, et l’agilité est là pour leur apporter des réponses.

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12 réflexions sur “Les Mythes de l’Agilité

  1. Pingback: Les Mythes de l’Agilité | Agile (project) management | Scoop.it

  2. Pingback: Les Mythes de l'Agilité | Psychologie Agile | Méthodes Agiles et User Experience, Agile-UX | Scoop.it

    • Ta présentation est une très bonne description sur le processus d’humanisation.
      Mais ce n’est pas de la psychologie !

      La psychologie va essayer d’expliquer les mécanismes mis en œuvre, ce qui donne une lecture au second niveau.

      Personnellement, j’utilise un troisième niveau, si tu arrives à lire entre mes lignes 😉

    • Bravo pour l’utilisation dans l’enseignement, c’est une excellente idée !

      Engager les élèves permet de les faire monter en puissance, par l’effet de l’influence sociale.
      J’ai lu dans un livre que les plus mauvais élèves n’osaient en fait pas demander quand ils ne comprenaient pas, parce que l’image sociale qu’ils avaient d’eux-mêmes primait (=je ne veux pas passer pour un nul, donc je ne demande pas).

      Il faudrait aussi trouver une alternative aux notes, qui favorisent la motivation extrinsèque.

      Mes prochains articles devraient te parler encore plus que celui-là !

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  4. Pingback: Les Mythes de l’Agilité | Psychologie Agile | Un regard sur le cloud

  5. Merci !!!

    Merci pour ces articles sur l’Agile qui concrétisent mille pensées confuses qui tourbillonnent dans ma tête, à chaque stand-up, chaque itération, moi rédactrice technique devant écrire la documentation, travaillant avec des développeurs qui me semblent tout aussi perdus que moi (moi qui débute, moi qui suis totalement novice, à qui on a RIEN expliqué sur la méthode Agile, même pas ce qu’était le Kanban…).

    L’Agile sort tout le monde de sa zone de confort, c’est sûr !!! Et franchement, je n’y vois absolument aucun avantage. Si déjà les développeurs se sentent perdus avec cette méthode, imaginez le cas de leurs proches collaborateurs. Déjà que la doc est largement sous-estimée, méprisée, alors imaginez avec l’application de la méthode Agile y compris pour le rédacteur technique…

    • J’essaye d’expliquer l’agile sous un angle humain (et non technique), ce qui déroute énormément mes collègues agilistes, parce qu’ils adorent le côté technique.
      A titre indicatif, j’ai donné une formation agile dans une société de jeux vidéos, et ils ont compris tout de suite que c’était de la psychologie de groupe.

      En effet, faire de la doc avec l’Agile, ce n’est pas vraiment le but, ça doit être bizarre comme poste 😉
      Mais si ça a une vraie valeur, alors une équipe agile doit fournir des efforts sur la doc.

      En fait, l’Agile est la méthode naturelle de manager des équipes de moins de 10 personnes.
      En informatique, les managers aiment manager leurs équipes comme s’ils avaient 100 personnes, ce qui fait que tout devient bureaucratique. L’Agile permet juste de dire: STOP ! Faisons avancer le projet, regardons ce qui a de la valeur, arrêtons de nous prendre le chou sur le respect d’un processus de développement qui ne convient pas à l’équipe.
      Malheureusement, les vrais bénéfices de l’Agile disparaissent quand le management (ou pire: les équipes elles-mêmes) commence à mettre en place un système lourdingue de travail.

      PS: ce serait bien que vous assistiez à une conférence agile. Pour 200-300 euros, vous aurez droit à un stage accéléré très utile.

    • Les AA avaient compris comment faire, avec leurs réunions de groupe où chacun se confesse publiquement, ainsi que le parrainage individuel pour les nouveaux (c’est quelque chose qui manque à l’agilité, ça).

      Le truc le plus sournois est qu’il s’agit d’un processus de manipulation mentale: comment pousser des gens à s’engager (dans le sens « s’investir ») dans leur travail ?

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