La Psychanalyse


Aujourd’hui, je vais vous parler de psychanalyse, ou plus exactement, je vais vous décrire mon expérience personnelle de la psychanalyse.

Je vais essayer de vous décrire les processus intérieurs lors d’une psychanalyse, et dans un prochain article, je vous expliquerai comment j’applique ces techniques lors de mes rétrospectives.

Comme il fait très chaud et que j’ai dû oublier pas mal de choses, je ferai un second article si j’ai assez de contenu. N’hésitez pas à me poser des questions !

Le contexte

Avant de commencer ma psychanalyse, il y a 15 ans, j’étais très mal. Bien qu’entouré de personnes, j’avais perdu tout contact avec eux, et je m’enfonçais dans mon travail, j’étais en burn-out. En gros, je commençais à sombrer dans la dépression et dans la folie.
Ne trouvant aucune solution, je me suis décidé à consulter un psy.
Je suis allé voir le psy le plus proche de mon domicile, et il m’a dit que nous commencerions dans un mois.

La première séance

Après un mois d’attente (c’est une éternité quand on est vraiment mal), j’avais préparé tout un tas de choses à dire.
A ma grande surprise, le psy m’a demandé de m’allonger dans le divan, et là, je me suis retrouvé fixant le plafond du regard.
Je ne savais plus du tout quoi dire, et un long silence s’est installé: par où commencer et surtout à qui dois-je m’adresser ?
En effet, quand on fait une psychanalyse, on ne parle pas à quelqu’un mais à soi-même, ce qui explique pourquoi le psy n’intervient que rarement et est hors du champ de vision.
Ensuite, je peux dire ce que je veux, je peux mentir ou me vanter, mais en fin de compte, je suis seul face à moi-même et en plus, ça me coûte de l’argent.

Au bout d’un très long moment, j’ai décidé de me lancer, de dire ce que je n’avais jamais osé dire à personne.
J’ai libéré ma parole, et la parole m’a libéré.

Les premières séances

Dès les premières séances, mon diaphragme s’est détendu (je ne m’étais pas rendu compte à quel point j’étais stressé), et je me suis senti beaucoup plus léger dans ma vie de tous les jours.

Le second sentiment dont je me souviens est d’avoir réalisé à quel point je me limitais mentalement.
Je croyais que je ne pouvais être qu’un programmeur de jeux vidéo toute ma vie, mais cette limitation a volé en éclats très rapidement: en fait, je peux devenir ce que je veux. Mais qu’est-ce que je veux ?

Les techniques

Voici quelques unes des techniques personnelles que j’ai découvertes lors de mon analyse: remise en cause, reformulation personnelle, association d’idées, analyse des rêves, mécanisme pensée/parole/action, prise de conscience.

Par exemple, à un moment donné de ma vie, j’ai été confronté à une situation très embarrassante pour moi (non, je n’en parlerai pas ici), et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et surtout pourquoi je me laissais faire.
C’est une des rares fois où mon psy est intervenu et a parlé de « chantage émotionnel ».

La remise en cause est permanente lors d’une analyse. En effet, la seule façon de me connaître est de regarder comment j’agis, et ensuite de me demander pourquoi j’ai tel comportement dans une situation donnée, en particulier si mon comportement est inadapté. Par exemple, je veux me faire des amis, mais mon comportement fait fuir les gens. Curieusement, il est très difficile d’avoir du recul par rapport à mes propres actions, mais parfois je me voyais me mettre en situation d’échec en temps réel et je me disais « ça y est, ça recommence, pourquoi j’agis comme ça ? ».

La reformulation personnelle, c’est de reprendre les mots et de se les approprier.
Au lieu de rejeter le concept, je répète le terme (ici « chantage émotionnel »), et je commence à expliquer en quoi il correspond à ma situation, même si je ne suis pas d’accord. Mon cerveau a tendance à ne pas voir certaines évidences, et la reformulation permet de vérifier si je ne souffre pas d’aveuglement.

L’association d’idées, c’est utiliser des évènements de ma vie qui me font réagir, et exprimer les ressentis qu’ils font surgir en moi. Par exemple, tel documentaire vu à la télévision m’a fait pleurer ou mis en colère, tel comportement de ma part à mon travail me paraît inexplicable. Quels souvenirs cela me rappelle-t-il ? Qu’est-ce que cela éveille en moi ?

L’analyse des rêves est le fait d’essayer de se rappeler d’un rêve et de réfléchir en quoi ce rêve s’applique à ma situation actuelle. Quelle est la symbolique de ce rêve ?

Le mécanisme pensée/parole/action est la façon dont nous sommes le plus efficace pour résoudre un problème:

  1. Pensée: il faut d’abord comprendre que quelque chose ne va pas, puis identifier le problème intellectuellement. Dans mon cas, ce fut difficile, parce que j’avais limité mon cerveau aux activités intellectuelles et que je découvrais les interactions humaines, mais le processus intellectuel est le même.
  2. Parole: la seconde étape est d’exprimer le problème. Tant que mon discours est confus, ma pensée n’est pas claire et le problème n’est pas correctement identifié.
  3. Action: la troisième étape est d’agir, une fois qu’on a fini de parler du problème. Tant que je parle de mon problème, je ne suis pas en état d’agir, je dois continuer de l’exprimer en l’abordant sous de nouveaux angles. Quand l’expression du problème est simple et claire, la solution ne demande pas d’effort. Tant qu’agir me demande des efforts, c’est que ma solution est inadéquate ou que je résiste au changement.

La prise de conscience est un processus difficile à décrire, parce qu’il n’est ni verbal ni mental.
La prise de conscience est un déclic intérieur qui se produit quand on est prêt.
Voici comment j’aime la définir, lorsque je présente le processus de créativité:

  1. Je cherche une solution de toutes mes forces
  2. J’oublie complètement mon problème
  3. La solution apparaît

Le déclic est entre l’étape 2 et l’étape 3.
Il ne s’agit pas d’un processus intellectuel ou logique, bien que la solution soit évidente à la fin.
En psychanalyse, le déclic apparaît souvent après l’expression des émotions, une fois que le mental s’est calmé, et surtout quand j’ai arrêté de me focaliser sur la recherche d’une solution.
Dans mon cas de « chantage émotionnel », je suis rentré chez moi et j’ai résolu spontanément le problème en 2 minutes !

Ce que m’a apporté la psychanalyse

Ce que la psychanalyse m’a apporté avant tout est de pouvoir exprimer clairement mes états intérieurs.
Cela peut paraître assez anodin, mais je n’ai rencontré personne qui puisse exprimer son état intérieur de manière détachée. Tout le monde a le réflexe de se dire: « c’est beaucoup trop intime » ou « ça fait trop mal » !
Alors qu’en fait, ce qui me définit n’est pas tant mon état intérieur, mais plutôt tout ce que j’ai mal vécu et que j’ai essayé d’oublier (de refouler): toutes mes peurs, mes hontes, mes lâchetés, tout ce qui peut nuire à mon image idéalisée de moi-même.
La liberté intérieure, c’est le fait de pouvoir aborder tous les sujets même si je n’en sors pas grandi, c’est de commencer à être honnête avec moi-même et cela réclame du courage.
Devenir honnête avec moi-même m’a aussi aidé à arrêter de juger les autres selon mes propres critères.

Ce qui m’a le plus surpris est que j’ai découvert que j’étais bourré de névroses, moi qui me semblait parfait: je ne vivais pas vraiment dans la réalité, mais dans mon monde intérieur.
J’avais consacré ma vie à développer mon cerveau et ses capacités à résoudre les problèmes, au détriment de mon corps et des interactions humaines.
On pourrait dire que je vivais comme un « pur esprit », sans corps réel, et j’en tirais une certaine fierté à l’époque (j’avais un gros QI).

J’ai découvert l’improvisation: plusieurs fois, j’avais essayé de préparer ce que je voulais dire allongé sur le divan, mais au bout de 5 minutes, je partais dans des directions inattendues.
J’ai compris qu’il était inutile de préparer sa séance, mais qu’il fallait plutôt venir avec un thème et oser en parler.

Enfin, j’ai compris que parler de soi et de ses problèmes ne servait à rien si je n’agissais pas dans ma vie.
Parler de moi crûment m’a donné le courage de changer.

Les limites de la psychanalyse

J’ai arrêté la psychanalyse au bout de 3 ans, parce que j’avais d’autres activités qui étaient plus efficaces que la psychanalyse, j’en parlerai prochainement. Si j’avais tenu 7 ans, j’aurais pu devenir psychanalyste moi-même.

Le principal écueil de la psychanalyse est qu’il s’agit d’un travail long et solitaire.
Long, parce que les phases de plateau sont nombreuses, et que les progrès sont peu visibles.
Solitaire, parce que la psychanalyse est plutôt un outil de compréhension intellectuelle de soi, hors de toute interaction avec les individus, et que le psy n’est là que pour dépanner en cas de blocage.
De nouvelles thérapies sont apparues récemment afin de résoudre plus rapidement les problèmes: les thérapies comportementales cognitives (en anglais « Cognitive Behavioral Therapy« ).
Elles permettent de corriger nos névroses en quelques séances, sans aborder les détails innombrables de notre vie (c’est à dire sans remuer toute la merde).
Enfin, je crois beaucoup dans la dynamique du groupe, qui force l’individu à changer et qui est complémentaire au travail sur soi.

Le plus gros reproche que j’ai envers la psychanalyse est l’idée de vouloir aborder l’inconscient avec le conscient.
Personnellement, j’ai vu que cela fonctionnait un peu, mais que c’était très long, limité et superficiel.
Je peux passer toute ma vie en analyse, je n’aurai jamais fini de décortiquer l’inconscient.
Je me souviens d’une séance d’art-thérapie qui m’a vidé émotionnellement pendant 4 jours, sans que mon mental ne soit sollicité. Aucune séance d’analyse ne m’a jamais apporté cela.

Une des conséquences de l’analyse intellectuelle est que cela ancrait la mauvaise habitude de réfléchir à tout instant, ce qui fait que je perdais ma spontanéité. Le fait d’avoir les outils pour comprendre l’humain me donnait une impression de pouvoir tout comprendre intellectuellement, et de pouvoir manipuler les gens autour de moi (et, entre nous, c’est très facile !).

L’analyse des rêves me semble tout aussi inutile, parce qu’elle ne cherche qu’à analyser des artéfacts au lieu d’essayer de réaliser ce que je suis dans ma globalité: la compréhension de ce que je suis n’est pas un processus intellectuel !

Enfin, ce qui me gêne beaucoup chez Freud est sa fixation sur la sexualité.
Il vivait dans une époque où la sexualité était taboue, mais je pense qu’il y accordait une trop grande importance, et qu’il cherchait en fait à justifier le fait qu’il soit un obsédé sexuel (il ne se privait pas de coucher avec ses patientes !).

Conclusion

La psychanalyse est un outil intéressant pour essayer de se comprendre intellectuellement, et surtout pour améliorer son expression orale, parce qu’elle se focalise sur la parole.

La psychanalyse est très adaptée aux névroses et aux problèmes, mais complètement inadaptée à la recherche du sens de la vie, au développement de l’intuition et surtout à la découverte de nos potentialités.

Aussi, je conseille de la combiner avec une activité non intellectuelle, comme l’art, la sophrologie ou le yoga.

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5 réflexions sur “La Psychanalyse

  1. J’ai deux sortes d’expérience avec les psys.

    Entretien type analyse (mais assis face à face) : des grands silences, je n’ai rien à dire / ne sais pas de quoi parler… je n’ai fait que 3 ou 4 séances (j’ai dû déménager pour raisons professionnelles), mais je n’en retiens rien à part l’absence quasi totale de retour du psy.

    Entretien type thérapie comportementale: le dialogue avec le psy est plus facile, mais j’ai l’impression que souvent la discussion déraille vers soit des détails soit des problèmes dont j’ai déjà conscience, et qu’au fil des séances on tourne en rond sans aborder le fond (que je n’arrive toujours pas à formuler).

    Au final, je suis malheureux sans que ça soit trop inconfortable, le burnout progresse doucement…

    • Une psychanalyse, ce n’est jamais en face à face, c’est un travail solitaire.
      Les 2-3 premières séances sont très douloureuses, parce qu’il faut parler de soi honnêtement et c’est très difficile de se mettre à nu.

      Pour l’entretien en thérapie comportementale, j’ai aussi pratiqué, mais ce n’est pas très efficace. Il faut essayer des thérapies moins verbales, comme l’EMDR ou la Gestalt, qui remuent beaucoup de choses sans parler. J’ai essayé diverses techniques comme le focusing (qui est de la visualisation avec psychodrame).
      Un bon thérapeute doit pouvoir te mettre face à toi-même, et te renvoyer une image réaliste mais peu glorieuse de toi.

      Dans ton cas, si tu sens que ça n’a rien apporté, c’est que tu ne souffres peut-être pas d’une névrose grave.
      La majorité des personnes souffrent plus d’un manque de sens dans leur vie, et je vais en parler dans mon article dans 2 semaines.

      Je crois beaucoup dans la thérapie par l’action.
      Si tu sens des limitations dans ta personnalité, le mieux est d’essayer de trouver un moyen pour court-circuiter le mental.
      Par exemple, pour vaincre ma timidité, j’ai appris à parler en public. Pour vaincre le vertige, j’ai fait un saut de 60 mètres en élastique.

      • Manque de vie tout court hors du boulot, donc peu de possibilités pour me changer les idées ou voir un autre paysage social. Je ne prends presque jamais d’initiatives, par paresse, perfectionnisme (rêver c’est plus facile que faire), ou pour beaucoup de choses simples, parce que je ne ressens pas le besoin (se balader, faire du sport) ou que j’anticipe une expérience désagréable (voyager seul par exemple: même si je sais que tout se passerait bien, je suis persuadé qu’au mieux je m’ennuierais, au pire je serais mal à l’aise, perdu seul et sans but dans une ville inconnue). Timidité + peur de la solitude… et pourtant je peux rester chez moi plusieurs jours de suite sans voir personne 🙂

  2. …Enfin, ce qui me gêne beaucoup chez Freud est sa fixation sur la sexualité.
    Il vivait dans une époque où la sexualité était taboue, mais je pense qu’il y accordait une trop grande importance, et qu’il cherchait en fait à justifier le fait qu’il soit un obsédé sexuel (il ne se privait pas de coucher avec ses patientes !)…
    Super votre « analyse » sur Freud ! je pense le même.
    Les bénéfices de voir un psy: Je suis plus légère, par contre le « mutisme » du professionnel me gêne un peu. J’attendais un feed-back plus rapide ou peut-être ma faute est de vouloir trouver des réponses chez quelqu’un qui me connait à peine. En tout cas je continue..

    • >Les bénéfices de voir un psy: Je suis plus légère, par contre le « mutisme » du professionnel me gêne un peu. J’attendais un feed-back plus rapide ou peut-être ma faute est de vouloir trouver des réponses chez quelqu’un qui me connait à peine. En tout cas je continue..

      L’intérêt d’une psychanalyse n’est pas le feedback, c’est le travail solitaire sur soi, mais accompagné.
      Ne pas avoir de feedback nous fait monter progressivement en confiance (parce qu’on n’est pas jugé), et finalement on sort tout ce qu’on est.
      La grande difficulté est de rester honnête, de ne pas chercher à plaire au psy ou à soi-même (!), d’être juste soi-même sans masque.
      Pour ma part, au bout de 3 ans, j’ai vu les limites du système, et j’ai cherché autre chose, que je n’ai d’ailleurs trouvé qu’il y a quelques semaines.

      Si vous cherchez du feedback rapide, je recommande des thérapies comportementales, comme l’EMDR ou certaines formes de coaching. J’ai testé sans succès les psychologues, je ne recommande pas.

      La psychanalyse est un chemin difficile, mais on en sort toujours grandi !

      Bon courage !

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