La Quête du Bonheur


Aujourd’hui, je vais parler du dernier niveau de la motivation d’être: le bonheur.

Absolument tout le monde rêve d’être heureux, mais je suis toujours surpris à quel point très peu de gens cherchent à l’être durablement.
Oui, bien sûr, nous avons souvent des satisfactions, quelques fois du plaisir, plus rarement de la joie, mais est-ce que nous sommes vraiment heureux ?

J’adore l’histoire suivante:
un empereur chinois avait demandé à un groupe de savants d’écrire l’histoire de l’humanité.
Après 20 ans, les savants reviennent voir l’empereur avec une encyclopédie en 20 volumes, mais l’empereur leur dit qu’il est trop vieux et qu’il ne pourra jamais lire cet ouvrage entièrement.
Il leur demande si quelqu’un peut lui résumer cet ouvrage.

Alors, le plus vieux savant s’approche et lui dit:

l’homme naît, ensuite il souffre, et finalement il meurt.

Et notre vie est cela: une longue suite de souffrances, ponctuée par quelques moments de joie, et puis nous mourons.

Qu’est-ce que le bonheur ?

A 30 ans, je suis allé dans un centre bouddhiste, et j’ai eu droit à la devinette un peu pourrie suivante:

« rappelez vous un moment heureux de votre vie, puis imaginez que vous devenez aveugle, pouvez-vous être heureux sans la vue ? »
(et ainsi de suite avec les 5 sens)

Très franchement, j’ai calé sur la première partie de la phrase: « rappelez vous un moment heureux de votre vie ».
A 30 ans, après deux ans de psychanalyse, j’avais beau chercher, je n’avais aucun souvenir heureux (mais beaucoup de souvenirs malheureux), et le pire, c’est que je n’avais aucune idée de ce qu’était le bonheur !

Pendant une semaine, cette devinette a tourné dans ma tête, et un jour, alors que j’étais dans une laverie automatique à attendre que mon linge sèche, je suis sorti, il y avait un peu de soleil dehors, et je me suis senti heureux pour la première fois de ma vie, inexplicablement.

Ce jour-là, j’ai compris que le bonheur est un état intérieur.

Qu’est-ce que le malheur ?

La notion de bonheur est souvent associée à la notion de malheur.

En fait, chacun de nous veut vivre des moments agréables et fuir les moments désagréables.
Nous nommons les moments agréables « le bonheur », et les moments désagréables « le malheur ».
Et nous espérons tous que dans notre vie, il y ait plus de moments agréables que de moments désagréables, sinon comme le dirait le grand philosophe Caliméro, la vie serait trop injuste.

Bien évidemment, il est facile de se sentir heureux quand tout va bien, mais est-ce que je peux me sentir heureux même si tout va mal ?

Revoyez « les Intouchables », où un homme riche devient prisonnier de son corps.
Comment peut-il être heureux ?
Ha mais si: il a plein de pognon, c’est facile d’être heureux quand on est pété de tunes.
Mais non, il n’a plus aucune sensation physique !

Qu’est-ce qui peut me rendre heureux ?

Certains croient que pour être heureux, il faut réussir sa vie familiale, alors ils font beaucoup d’enfants (un peu comme dans les contes de fée), et ils ont quelques moments de joie et beaucoup de galères.
Et à la fin de leur vie, ils sont amers, parce qu’après tous leurs sacrifices, leurs enfants se sont montrés ingrats.

Certains rêvent d’avoir des enfants, mais ne peuvent pas en avoir, et cela les rend malheureux.

Certains croient que pour être heureux, il faut réussir sa vie professionnelle, alors ils travaillent dur, et ce travail remplit leur vie, mais ils sacrifient leur vie personnelle, et ils finissent seuls et malheureux.

Certains se disent qu’ils sont plus malins que les autres, alors ils veulent à la fois réussir leur vie professionnelle et leur vie personnelle, et comme on ne peut pas courir deux lapins à la fois, ils ratent l’une des deux, et le divorce est souvent le dur retour à la réalité.
Ils recommencent alors à zéro, en reconstruisant une seconde famille, et ils se disent que c’est bon, cette fois-ci, ils vont enfin arriver à être heureux.
C’est le concept Shadok: plus j’échoue, plus j’ai des chances de réussir !

Certains se donnent tellement de conditions pour être heureux qu’on se demande s’ils cherchent à l’être vraiment !

Dans tous les cas, le raisonnement est: « je serais heureux lorsque j’aurais ceci ou cela ».

Mais obtenir ceci ou cela est du plaisir temporaire, pas du bonheur.

Par exemple, je ne dis pas « je suis heureux d’avoir mangé ce gâteau », mais plutôt « j’ai eu du plaisir à manger ce gâteau ».

Le bonheur n’est pas lié à la possession d’un objet ou à la réussite de quelque chose.

Quand j’ai obtenu ce que je voulais, après la joie, je ressens comme un sentiment de lassitude, et il m’est difficile de conserver l’enthousiasme initial, et c’est normal !
Le sens de ma vie change à chaque fois que j’ai atteint un but que je m’étais fixé.
Ma capacité à définir de nouveaux buts dans ma vie ne crée pas du bonheur, mais un sentiment d’insatisfaction: j’en veux toujours plus !

Est-ce que quelqu’un peut me rendre heureux ?

Certains sont persuadés qu’il existe quelqu’un sur Terre qui va les rendre heureux.

Ils croient que s’ils ne sont pas heureux, c’est la faute de leurs parents, de leurs professeurs, de leurs voisins, des chinois, des terroristes, etc…
Si je suis malheureux, c’est forcément à cause de quelqu’un !
Donc je serai heureux quand je rencontrerai ma personne destinée, avec un peu de chance.
Et ils sont sûrs que sans cette personne, ils resteront malheureux.
Et comme dans la réalité, personne ne les rendra heureux, ils passent d’un partenaire à l’autre.

Ceci est une croyance difficile à faire tomber, parce qu’il est facile d’accuser les autres de son propre malheur.

Le bonheur et le malheur ne dépendent que de soi.

Personne d’autre que moi-même ne me rendra heureux ou malheureux !

Comment éviter le malheur ?

Il est impossible d’éviter les expériences désagréables, le « malheur ».

Pour ma part, je crois que j’ai eu la souffrance précoce, j’ai compris très jeune que j’étais malheureux, alors je me suis mis à stocker des connaissances, ce qui est un moyen comme un autre d’ignorer la souffrance.
Les « malheurs » qui me sont arrivés sont en fait des expériences, des leçons de vie, et je dois dire que ces leçons ont été chèrement payées !
Quand j’ai commencé ma psychanalyse, j’ai compris qu’il fallait que j’apprenne les leçons de chacune de mes expériences passées.

La souffrance cesse d’être douloureuse au moment où j’arrête de lutter contre l’expérience de la réalité.

Il ne faut pas rejeter les difficultés de la vie, ce sont elles qui nous définissent, qui font de nous des êtres uniques.

La source du malheur

Bouddha a compris il y a très longtemps quelle était la source du malheur: ce sont nos pensées.

Tant que je veux ceci mais pas cela, je serai malheureux, parce que la vie ne m’apporte que rarement ce que je veux, et si elle l’apporte, ce sera éphémère.
Je me souviens d’avoir lu une expérience en psychologie qui montrait qu’un évènement désagréable est 5 fois plus marquant qu’un évènement agréable.

L’Iphone 5 est sorti ? Vite je cours l’acheter, je vais vivre un petit instant de bonheur (hé hé, je vais pouvoir frimer auprès de mes amis).
Ah zut, je n’ai pas assez d’argent, je suis vraiment un raté, incapable d’acheter des objets qui me rendent heureux, et je suis jaloux de ceux qui peuvent l’acheter, ah que je me sens malheureux.

Et oui, nous sommes tous comme cela !
Nous oscillons sans arrêt entre ces deux états, perpétuellement insatisfaits, et en voulant toujours plus de moments agréables et moins de moments désagréables.

Le malheur est simplement dû à notre façon de penser la réalité.

La publicité ajoute à la surenchère: nous cherchons non seulement des choses agréables, mais surtout excitantes !
Plus cela m’excite, plus j’aurai du plaisir.
Et si je n’ai pas d’excitation, mon plaisir me paraît trop simple.

Comment changer ma façon de voir la réalité ?

Je vais vous l’avouer: « être optimiste », ou « voir la vie du bon côté », et autres « pensée positive », ça ne fonctionne pas !

« Etre optimiste », c’est mentir vis-à-vis de la réalité, qui n’est ni belle ni juste.
Les optimistes sont complètement décalés par rapport à la réalité, et ont beaucoup de mal à récupérer après un échec, parce que l’échec ébranle leur confiance en eux-mêmes, ou plus exactement leur croyance irrationnelle que tout va aller toujours mieux.
Regardez ces anciennes vedettes bouffies d’alcool, tout leur réussissait dans leur jeunesse !
Regardez ces gens qui luttent contre le cancer, en se disant qu’ils vont le vaincre. Vaincre quoi ? Le cancer est une maladie auto-immune, ils luttent contre eux-mêmes !

« Voir la vie du bon côté » ou la « pensée positive » ne fonctionnent pas quand je dois vivre des évènements très durs comme un décès.
Qu’est-ce qu’il y a de positif dans un décès, à part l’héritage ?
Le pire, c’est le décès de ses propres enfants: il n’y a pas d’héritage !
Comment surmonter une telle épreuve ?

Curieusement, il semble que l’acceptation de l’imminence de notre propre mort permette de changer profondément notre façon de penser.

La solution

En fait, la solution est vraiment toute simple: il suffit d’arrêter de penser !

J’ai découvert que mes moments de bonheur sont les moments où je ne pense plus à rien, ni à mes soucis, ni à mon passé, ni à ce que je pourrais faire dans le futur, ni à une réussite ou un échec hypothétiques.
Je suis juste là, dans le présent, en me focalisant sur ce que je fais, et en faisant de mon mieux.

Malheureusement, arrêter de penser est extrêmement difficile.
Essayez donc de ne plus penser à rien pendant quelques minutes ! Vous verrez, c’est impossible.

Personnellement, je pense beaucoup, et d’ailleurs j’en tire une certaine fierté: ma voix intérieure n’arrête pas de me parler continuellement, et des fois, elle m’encense: qu’est-ce que tu es intelligent !
Et des fois, elle me descend: putain, t’es trop nul !

Certains écoutent tant leur voix intérieure qu’ils se déconnectent de la réalité extérieure et sombrent dans la folie, et leur monde intérieur devient leur seule réalité.

La drogue ou l’alcool permettent d’arrêter brièvement cette voix intérieure, ce qui fait que certains sombrent dans la drogue ou l’alcoolisme, parce qu’ils essayent de prolonger l’effet.
L’amour donne des effets un peu plus longs, mais pas durables dans le temps, ce qui fait que certains courent après l’amour toute leur vie, pour retrouver ce sentiment de bien-être.
Le chocolat, la nourriture ou le tabac activent certains de nos centres du plaisir, mais augmentent la voix intérieure.

Comment arrêter de penser ?

Certains psychotropes permettent d’arrêter le processus de pensée, mais nous transforment en zombies.
Est-ce que je peux y parvenir seul, sans substance ?

Là, je vais probablement vous surprendre: ni la méditation ni la prière ne permettent l’arrêt de la pensée !

Elles permettent juste de focaliser la pensée, au lieu de la laisser partir dans toutes les directions.
Mais dès que nous arrêtons la méditation ou la prière, le vacarme intérieur revient, ça repart dans tous les sens.
Croire que méditer ou prier toute la journée va nous rendre heureux est illusoire, parce que nous n’expérimentons rien pendant ce silence.

En fait, la pensée tombe comme un fruit trop mûr quand elle ne sert plus à rien, et c’est ce que nous expérimentons quand nous vivons nos rares moments de bonheur, quand toute pensée est inutile.

Personnellement, j’ai expérimenté la chute de mon processus de pensée il y a 15 ans.
Un soir, après une séance de sophrologie sans rien de particulier, je suis rentré chez moi, et inexplicablement, je me suis mis à pleurer de tout mon corps.
Après une nuit de pleurs, je suis sorti, et j’ai vécu une journée sans aucune pensée, je ne m’étais jamais senti aussi naturellement en paix, sans aucun conflit.

Malheureusement, cet état n’a pas duré, et mon mental a repris sa place le lendemain, et je n’ai plus jamais vécu une telle expérience depuis.
Le résultat a été que mon volume de pensées a considérablement été réduit, et toutes les pensées parasites qui me bouffaient avaient disparu.
Cela a fondamentalement changé ma vie du jour au lendemain !

Quelques techniques

Voici un exercice tout simple pour arrêter vos pensées quelques secondes:
Posez-vous la question: quelle sera ma prochaine pensée ?

Il existe des techniques simples pour réduire progressivement la pensée:

  1. ne pas mentir (mentir requiert beaucoup de pensées)
  2. être spontané (moins calculer lors de nos interactions avec les autres)
  3. exprimer ses émotions dans le respect des autres (retenir ses émotions en rationalisant augmente le bruit intérieur)
  4. ne pas regarder trop sérieusement les informations à la télévision (trop de mauvaises nouvelles qui ne nous concernent pas) ni les publicités (trop d’illusions de bonheur et trop d’excitations)

Je vous présenterai quelques autres techniques plus durables dans un prochain article.

Conclusion

Si vous me lisez, vous utilisez votre pensée, donc vous comprenez intellectuellement ce que j’écris ici, mais vous n’en faites pas l’expérience.

Il est probable que vous tenez tellement à vos pensées que vous vous dites qu’on doit se faire chier si on n’a aucune pensée, ou qu’on devient un zombie ou pire un débile mental.
Ou alors, vous ne réalisez pas que vous tenez à vos pensées, vous suivez ce qu’elles vous disent, et vous n’avez aucun recul sur vous-même.

En fait, l’état sans pensée n’est pas vide de pensées.
La pensée est juste un outil que j’utilise quand j’en ai besoin, par exemple pour lire ou pour programmer.
D’autres processus non mentaux viennent progressivement remplacer la pensée: l’action non pensée et l’intuition.
J’en reparlerai une prochaine fois.

En attendant, soyez heureux !

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