Le Métier de Programmeur de Jeu Vidéo


Quand je dis que j’ai programmé des jeux vidéos pendant 18 ans, le regard de certains de mes interlocuteurs s’éclaire, notamment ceux qui jouent beaucoup ou plus curieusement les développeurs dans le monde « professionnel ».

La réalité du jeu vidéo

Malheureusement, le monde du jeu vidéo n’est pas aussi magique qu’il y paraît.

Le travail y est dur, car le milieu est extrêmement compétitif (bien plus que dans le domaine « professionnel ») et demande d’être sans cesse à la pointe de la technique, ce qui fait que seuls les plus résistants survivent. Dans le milieu professionnel, il suffit de connaître 2-3 langages, et vous pouvez tenir 20 ans, sauf si vous aimez apprendre les dernières techniques à la mode.

Jeu vidéo et technique

Juste pour vous donner une idée des challenges techniques, imaginez qu’un jeu digne de ce nom tourne à 50 images par seconde, ce qui nous donne 20 millisecondes pour calculer chaque image. Quand vous avez ce genre de contraintes, vous êtes obligé de penser différemment, vous codez au niveau le plus bas possible (assembleur et C/C++) et vous utilisez des librairies de code que vous programmez vous-même ou que vous savez performantes, et notamment vous évitez les grosses bouses comme STL !

Une fois sorti du jeu vidéo, j’avoue que j’ai eu du mal à appréhender certains concepts, comme le SQL: c’était complètement inimaginable pour moi d’avoir accès à des données de manière aussi lente !
Et le plus triste, c’est que je fais de plus en plus de SQL 😦

Les salaires dans le jeu vidéo

Pour vous donner une idée des salaires dans le jeu vidéo, je vous conseille cet excellent article qui vous décrira la situation actuelle:

http://www.afjv.com/news/1709_etude-emploi-metiers-salaires-jeu-video.htm

Oui, mais…

Attention ! Pour toucher un gros salaire, il faut être une grosse pointure du jeu vidéo, avec une expérience reconnue. Si vous avez un super niveau théorique mais aucune expérience, n’espérez pas gagner plus que la moyenne.
Le plus incroyable est que les plus diplômés sont incapables de finir un jeu.

Il faut comprendre que faire un jeu vidéo, c’est beaucoup plus dur que faire du logiciel traditionnel. On doit gérer simultanément des contraintes de temps de réponse, de mémoire utilisée, d’espace de stockage, de temps de développement, etc…

L’insécurité chronique

Il y a assez peu d’entreprises dans ce secteur, donc les places sont rares.

J’ai connu 2 grosses crises dans le jeu vidéo, où la majorité des entreprises ont coulé. Seuls les éditeurs de jeu et certaines petites entreprises sachant faire du jeu ont pu survivre à ces crises.

De nos jours, il est peut-être possible de faire carrière dans le jeu vidéo, mais à l’époque où j’y étais (1984-2002), c’était exceptionnel !

De rares professionnels

Enfin, pour vous décourager du jeu vidéo, je tiens à signaler que je n’y ai rencontré que de très rares professionnels vraiment dignes de ce nom dans le jeu.
En 18 ans de travail, sur au moins 200 programmeurs, je n’ai croisé qu’une dizaine de personnes ayant un excellent niveau.
Et ne croyez pas que vous serez meilleurs que la moyenne, quand vous commencez, vous partez de zéro, et le niveau est élevé.
Il faut une dizaine d’années d’expérience pour devenir un expert.

Conclusion

Si vous voulez une vie tranquille ou avoir une famille, fuyez le jeu vidéo !
Si vous voulez vous éclater techniquement et que l’argent n’est pas votre moteur principal, faites du jeu vidéo, chaque jeu est un vrai challenge technique mais surtout une aventure humaine.

Le jeu vidéo est la meilleure école pour apprendre comment livrer du logiciel et surtout pour comprendre ce qu’est la motivation: tous ceux qui y travaillent croient dans ce qu’ils font.

Publicités

3 réflexions sur “Le Métier de Programmeur de Jeu Vidéo

  1. Merci pour cette article tellement vrai 🙂

    J’ai fait mon stage de fin d’étude dans une boite de jeu (Cyanide) et franchement ça m’a calmé. Finalement le code n’était pas plus sexy que ça et il fallait un dévouement à tout épreuve (ce que je n’avais pas à ce moment).
    C’est bête car le produit sur lequel on travaille lui fait réver et te motive bien plus que les « non produits » qu’on croise dans l’informatique de gestion classique.
    En gros c’est un choix de vie que je n’ai pas voulu assumer 🙂

    Après j’ai essayé l’industrie et les applications lourdes pour y faire de la 3D mais sans plus de succès … pourtant je ne dirais pas non à refaire de l’opengl et des shaders 😀

    Au plaisir de discuter avec vous, le 20 novembre !

    • Je confirme pour le code, c’est un peu à la va-comme-je-te-pousse, mais les développeurs sont d’un dévouement total. J’ai assisté à de nombreux actes d’héroïsme.
      Mais le métier est très usant, et il n’est pas facile d’avoir une vie normale dans le jeu vidéo, donc je comprends bien tes choix.

      Je serai en effet à l’Agile Tour 2012 à Paris, et je serai ravi de discuter avec toi (on peut se tutoyer, je ne suis pas si vieux).

    • Celui qui aime le cade « beau » et « efficace » ce doit de faire son stage dans les rares sociétés qui developpent elles mêmes leur propre technologie (et qui réussissent). Là, c’est une toute autre histoire 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s