Les Boulets


Aujourd’hui, je vais vous décrire les boulets et comment les gérer.
Je vais utiliser ma propre expérience en tant que boulet.

Qu’est-ce qu’un boulet ?

J’avais déjà décrit brièvement les boulets dans mon précédent article sur le développement personnel:
https://psychologieagile.wordpress.com/2013/01/20/le-developpement-personnel-cest-quoi/

Rappelez-vous le diagramme:

DevPerso

Dans ce diagramme, il y a 4 quadrants:

  1. en haut à droite: les compétents humainement et techniquement. Ils sont très rares.
  2. en haut à gauche: les boulets techniques. Ils savent s’y prendre avec les individus, mais ne savent pas faire. Généralement, ils évoluent vers un poste de manager. Attention: je ne sous-entends pas que les managers sont des boulets !
  3. en bas à droite: les boulets humains. Ce sont des experts techniques mais ils sont insupportables. Ils veulent être admirés mais ils sont juste détestés. Généralement, ils sont très forts dans leur travail, mais il vaut mieux qu’ils n’évoluent pas vers du management.
  4. en bas à gauche: les boulets techniques et humains. Ils souffrent autant que leurs collègues de la situation.

Comment s’y prendre avec les boulets ?

Maintenant, je vais supposer que j’ai un boulet dans mon travail.
Qu’est-ce que je peux faire ?
Comme à mon habitude, je vais décrire dans un premier temps les solutions extérieures à moi, puis les solutions intérieures à moi.

Les solutions extérieures

Je m’en débarrasse

La solution de loin la plus simple est de se débarrasser des boulets.
C’est ce que font les entreprises américaines avec leur système d’évaluation annuelle.
Le responsable détermine la valeur de chacun, et les trie en 3 catégories: overperformer, performer et underperformer.
Le calcul peut parfois être ridicule, lorsque le top management demande de classifier l’équipe en 15% d’over, 70% de performers et 15% d’under. Ridicule, parce qu’en fonction de l’équipe le niveau peut varier considérablement, par exemple un type brillant peut être classé dans les underperformers quand il est dans une équipe excellente, et un type nul peut être classé dans les overperformers quand son équipe est nulle.

J’ai lu que certains « génies » évitaient de se retrouver dans des groupes trop forts, afin de rester dans les overperformers.
De plus, certaines entreprises ne s’embarrassent pas et virent carrément les underperformers, ce qui introduit du stress dans toute l’équipe: qui sera le prochain viré ? Difficile de travailler sereinement quand on doit se préoccuper d’autre chose que de son travail.

Enfin, comme le calcul est souvent pifométrique, le responsable peut favoriser certains individus au détriment d’autres.

En France, on doit souvent cohabiter avec des boulets, donc la solution de s’en débarrasser n’est pas trop jouable, surtout si d’après le principe de Peter, le boulet a un rôle important.

Je lui demande de se focaliser sur la qualité livrée

Très souvent, le boulet est obnubilé par le résultat, peu lui importe la manière d’y arriver, alors il fait n’importe quoi.
Pour changer sa façon de voir, le mieux est de changer de paradigme: je lui demande de fournir un travail de qualité !
Plus la qualité augmentera, plus il sera fier de son travail, plus son estime de soi augmentera et plus son niveau montera.
Plus il se focalise sur le résultat, moins il sera fier de son travail, plus son estime de soi diminuera et plus il bâclera.
Je dois tout de même insister sur le fait qu’il doit livrer son travail. J’ai déjà vu des projets échouer pour cause de perfectionnite aiguë.

J’essaye de lui faire prendre conscience qu’il est un boulet

J’aimerais bien que mon boulet change, malheureusement, je ne peux pas forcer quelqu’un à changer !
Le changement vient de soi, et toujours parce que la situation actuelle devient insupportable.
Tout le monde a des « biais cognitifs »: chacun croit qu’il est supérieur à la moyenne, et chacun a tendance à minimiser son incompétence.

La grande difficulté est d’expliquer à quelqu’un son incompétence sans entrer dans un engrenage de jugement.
Cette technique nécessite un bon niveau de maturité, et mériterait un article à elle seule, aussi je m’arrête là.

Quand le boulet a pris conscience de son incompétence, une chance de changer s’offre à lui.
Quelques techniques existent pour l’aider, par exemple suivre une formation ou alors travailler à deux (afin de partager la connaissance et monter en compétence).
J’aborderai dans un prochain article un effet psychologique qui peut être utile dans ce cas.

Je laisse l’équipe s’en occuper

C’est la technique bien connue du « maillon faible » dans l’agilité: une équipe auto-organisée élimine d’elle-même les éléments indésirables !
Je fais confiance en l’équipe.
Si elle est auto-organisée, le boulet trouvera sa place exacte (parfois en dehors de l’équipe).
Si je veux forcer l’équipe, celle-ci protégera le boulet, suivant le principe de « et si j’étais le prochain à dégager ? ».

Les solutions intérieures

Je change de référentiel

La technique la plus simple à mon niveau est de laisser tomber mon système de valeurs: personne n’est complètement incompétent, et en réalité, nous sommes tous le boulet de quelqu’un d’autre.
Chacun a des talents dans divers domaines, même s’il paraît incompétent dans son rôle actuel.
Il existe des tests pour déterminer les domaines de compétence d’un boulet: MBTI, ennéagramme, etc… Personnellement, je n’aime pas l’approche réductrice de ces tests, je préfère travailler sur la motivation intrinsèque.

Quelques sujets de réflexion

  1. est-ce que je n’attends pas trop de mon boulet ? Je sais de quoi il est capable dans le pire, mais de quoi est-il capable dans le meilleur ?
  2. dans Lean, on se focalise beaucoup sur le gaspillage, et un des gaspillages les plus fréquents est la sous-utilisation des employés. Comment faire en sorte que les employés utilisent pleinement leurs capacités dans leur poste actuel ? Comment faire en sorte qu’ils dépassent ce que j’attends d’eux ? Cela passe par le fait de ne pas les réduire à un rôle bien défini. Pensez à autonomie/maîtrise/dessein.
  3. je suis compétent quand ce que je fais me plait. Comment mon boulet peut-il (re)trouver de l’enthousiasme dans ce qu’il fait ?
    La motivation n’est jamais facile à trouver. Par exemple, les primes érigées en système ont tendance à détruire la motivation. Comment favoriser la motivation intrinsèque ?

Conclusion

Comme vous l’avez constaté, il y a beaucoup de techniques pour gérer un boulet.
Je pourrais probablement écrire un livre entier sur ce sujet.
D’ailleurs, n’hésitez pas à me suggérer vos techniques dans les commentaires.

Pour finir, si vous avez du mal avec un boulet, posez-vous cette question:

en quoi suis-je un boulet ?

Comment détecter les manipulateurs


Aujourd’hui, je n’ai pas envie d’écrire sur les boulets, mais sur les manipulateurs.

Je vais essayer de vous faire partager quelques astuces pour repérer un manipulateur, et notamment comment nous nous laissons manipuler.

L’amitié

La technique la plus utilisée par le manipulateur est de me faire croire que je suis indispensable à sa vie.

Il m’explique que je suis son meilleur ami, il me flatte, il me fait sentir que je suis important pour lui.
En fait, il s’agit de manipulation affective.

Je dois avouer que de ne pas tomber dans le panneau est difficile, parce que je rêve secrètement de ne pas me sentir seul, de ne pas être abandonné, d’avoir un vrai ami.
Même un mauvais accompagnement semble préférable à la solitude. Ah, si quelqu’un pouvait m’aimer !

Pour sortir de ce schéma intérieur, j’ai dû chercher ma propre valeur intérieure, sans référentiel extérieur.
C’est malheureusement trop compliqué à expliquer ici, j’y reviendrai si vous êtes intéressé.

Le manipulateur agit sur mon désir d’être aimé.

L’intérêt

Quand l’amitié ne fonctionne plus, la deuxième étape est de me faire croire qu’il est indispensable à ma vie.

Par exemple, si j’ai un projet que je veux monter, le manipulateur va essayer de montrer qu’il peut m’aider, qu’il connait du monde qui va m’aider, etc…
Il est assez facile de discerner ce genre de manipulateurs, parce qu’il ne fait rien, plus exactement il promet beaucoup de choses mais elles restent à l’état de promesses.

Le piège fonctionne tant que j’accorde de l’importance à la parole du manipulateur.
Tant que j’attends quelque chose de lui, je suis sous sa coupe.

Pour sortir de ce schéma intérieur, j’ai dû apprendre à accepter la responsabilité personnelle, ce qui n’est pas facile du tout parce qu’elle vient avec tout un tas de contraintes, et j’ai horreur des contraintes. Ah si quelqu’un pouvait me décharger de toutes ces responsabilités !

Le manipulateur agit sur mon désir d’être assisté.

La menace

Quand l’intérêt ne fonctionne plus, l’étape suivante est la menace.
Celle-ci peut être de plusieurs sortes: physique, financière, sentimentale, culpabilité, etc…

Personne n’aime les menaces, surtout quand elles laissent libre court à notre propre imagination.
Nous imaginons aisément le pire, et c’est ce qui fait la force d’une menace.
Au jeu d’échecs, un adage dit: « la menace est plus forte que l’attaque ».
Et le plus incroyable avec notre imagination, c’est qu’elle fait remonter toutes nos peurs.
Pour sortir de ce schéma intérieur, j’ai appris à affronter mes peurs.

Le manipulateur agit sur mes peurs.

Conclusion

Beaucoup de personnes pensent qu’il est facile de se débarrasser d’un manipulateur, sous prétexte que c’est intellectuellement évident.
Malheureusement, les manipulateurs agissent au niveau des émotions, pas au niveau de la raison.
Ils savent repérer les signes extérieurs d’émotion chez les gens, et les utilisent à leur profit.
Vous pourrez toujours chercher à rationaliser, l’émotion sera toujours plus rapide que la pensée.

Donc le vrai travail à mener si vous voulez vous débarrasser des manipulateurs est de travailler sur vos émotions.
Une fois que les vraies émotions auront été exprimées et acceptées (par exemple, la peur de l’abandon), plus aucune de ces techniques ne fonctionnera contre vous.
Une petite astuce: pour faire remonter les émotions, commencez par énumérer ce que vous attendez de cette relation, et réalisez que vous n’avez pas besoin de cette relation.

Enfin, je tiens à signaler qu’il n’y a pas vraiment une solution unique à chaque situation, mais plutôt des dizaines de solutions !
Il suffit simplement de trouver celle qui vous semble la plus accessible.