Comment changer ?


J’avais déjà écrit un article il y a un peu plus d’un an sur le changement, mais mon point de vue a beaucoup changé depuis.

Aujourd’hui, je vais d’abord expliquer comment la recherche des valeurs intérieure et extérieure influe sur le changement, ensuite j’expliquerai comment fonctionne le processus de changement et enfin je proposerai quelques approches pratiques.
J’aborde ici le processus de changement humain, pas organisationnel.

Changement et valeur intérieure

Je veux prouver que j’ai une valeur intérieure, donc je cherche à avoir une bonne image de moi-même.
Alors je cherche à devenir l’image idéale que j’ai de moi-même.
Cela peut être une image de réussite professionnelle, comme devenir mon propre patron ou gagner beaucoup d’argent, ou alors une image de réussite personnelle, comme avoir une grande famille ou faire le tour du monde.

Ha, comme j’aimerais devenir ce « moi » idéal, malheureusement j’en suis loin.
En fait, je suis très habitué à ce que je suis parce qu’il m’a fallu pas mal d’efforts pour arriver à cet état, alors je veux bien changer, mais pas trop quand même…
Comment devenir ce que j’aimerais être ?

Changement et valeur extérieure

Je veux prouver que j’ai une valeur extérieure, donc je cherche à projeter une bonne image de moi extérieurement.
Alors je crois que je peux changer en fournissant des efforts, avec de la volonté.
Regardez: un régime ne me fait pas peur et je peux arrêter facilement de fumer !
J’aime montrer que j’en veux, que j’ai de l’ambition et que je suis capable de réussir socialement.
Tout n’est qu’une question de volonté et d’efforts !

Il est vrai qu’au bout de 2-3 mois, tous ces efforts me pèsent un peu, alors je me relâche.
Dès que j’arrête, mes anciennes habitudes reviennent, comme fumer ou grossir, alors je culpabilise parce que ma volonté n’est pas assez forte.
Je cherche ensuite des moyens de tenir (dopants, croyances, religion, thérapie, sexe, etc…).
Ca avait l’air pourtant si simple quand j’ai commencé mes efforts, pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Changement et volonté

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?
Il y a quelques années, je croyais naïvement que le changement était une question de volonté, et que je pouvais devenir ce que je voulais: je peux changer si je le veux de toutes mes forces.
En fait, ceci est une grosse erreur:

le changement n’a rien à voir avec la volonté !

J’ai passé plus de 40 ans de ma vie à vouloir changer de manière volontaire, mais je change réellement depuis que je ne me fais plus violence.
En fait, plus je veux changer, et moins je vais y arriver, parce que j’espère changer dans une direction, mais le changement va dans n’importe quelle direction.

Changement et habitudes

J’ai aussi cru que je pouvais changer en acquérant de nouvelles habitudes.
L’idée est de changer incrémentalement en intégrant des petites habitudes pour avoir moins d’efforts à fournir.

Malheureusement, intégrer une habitude ne permet pas de changer.
Oh, c’est sûr, je peux intégrer une ou deux habitudes, mais elles ne vont pas révolutionner ma façon d’être.
Elles vont juste venir compliquer mon système, alors que j’aurais plutôt besoin de simplicité.

Changement et méthodes

J’ai aussi cru que je pouvais changer en utilisant des méthodes, et c’est un peu l’idée de base des régimes et de Scrum.

Le problème est que dès qu’il y a effort, il faut le maintenir.
Dès que j’arrête, je reviens à une situation pire qu’avant.

En fait, tant que je fournis un effort, je ne change pas, je suis juste en train de croire que je change.
Et je fournis souvent plus d’efforts pour me convaincre de mon changement que pour changer réellement.

Qu’est-ce que le changement ?

J’ai commencé à observer sérieusement mon processus de changement il y a quelques mois, et je vais vous expliquer comment ça fonctionne.

Le changement est un processus naturel, il est spontané et sans effort.
Nous changeons tous à chaque instant, tout le temps et sans nous en rendre compte.
Nous ne pouvons pas percevoir notre propre changement, ce sont les autres qui peuvent le voir.
En fait, ce qui est crevant, ce n’est pas de changer, c’est de rester dans un état « stable », parce que la stabilité n’est pas un état naturel.

Par exemple, je vieillis à chaque instant, et si je veux ralentir ce vieillissement, ça va me coûter très cher.
C’est la même chose pour le travail: chaque tâche est nouvelle, mais j’essaye toujours de rapprocher ces tâches à des situations que je connais, parce que je ne veux pas avoir d’imprévus.
D’ailleurs, les individus qui essaient de systématiquement retomber sur des cas qu’ils connaissent sont très peu créatifs, ils ont l’impression de garder le contrôle mais rien de nouveau ne paraît.

Comment changer ?

En fait, j’ai compris que je ne pouvais pas me forcer à changer.
Comment changer alors ?

Tout simplement en arrêtant de refuser le changement !

Quelques approches

Il n’existe pas de « technique » pour changer, mais je vais quand même vous proposer quelques approches:

  1. Première approche: je réalise que je ne veux pas changer.
    En fin de compte, ma situation est assez confortable même si elle a quelques inconvénients.
    Est-ce que je peux oublier l’image idéalisée de moi-même et m’accepter tel que je suis ici et maintenant ?
  2. Deuxième approche: je prends conscience de ce que je refuse dans ma situation, sans rien chercher à changer.
    Tout processus de changement commence nécessairement par le fait d’accepter la situation telle qu’elle est.
    Le plus souvent, le changement va remettre en cause ma perception de la réalité. Ma perception sera toujours plus facile à changer que la réalité.
    Si un de mes proches décède, je peux pleurer tout le reste de ma vie, ou alors décider d’accepter ce qui arrive et continuer de vivre sans culpabilité.
  3. Troisième approche: je fais le contraire de ce que je fais d’habitude, afin de découvrir ce qui ne me demande pas d’effort.
    Le changement est un processus sans effort, alors pourquoi est-ce que j’en fournis ?
    Parfois, ce que je fais me demande beaucoup d’efforts et je ne m’en rends pas compte parce que j’en ai pris l’habitude.
    Par exemple, si je me sens obligé d’être gentil avec les autres, et que j’en souffre, ça vaut le coup d’essayer d’être moins gentil, jusqu’à trouver la bonne attitude qui ne demande aucun effort: ni gentil, ni méchant, juste moi.
  4. Quatrième approche: je laisse tomber tout contrôle, j’arrête de résister.
    Comme je l’ai dit précédemment, ce qui me demande de l’effort est mon désir de garder le contrôle.
    J’ai expliqué ce qu’il y a derrière ce contrôle: le désir d’avoir une bonne image de moi, sans corrélation avec la réalité.
    Mais, qu’est-ce que je contrôle réellement dans ma vie ?
    Pas mon passé, parce que c’est déjà trop tard, mais je peux enjoliver mes souvenirs.
    Pas mon avenir, parce que je peux mourir à chaque instant, je ne sais vraiment pas de quoi demain sera fait. Prier pour un meilleur futur ou aller voir une voyante ne servent à rien !
    Un petit peu mon présent, et encore ! Ce qui me fait souffrir est tout ce sur quoi je n’ai pas de contrôle: mes interactions avec les autres et ma situation actuelle.
    En regardant au fond de moi, je vois bien que je ne contrôle pas mes émotions ni mes pensées.
    En fin de compte, qu’est-ce que je contrôle ?
    Seulement ce que je fais ici et maintenant.
    Arrêter tout contrôle est quelque chose de très libérateur.

Conclusion

En fait, je voulais vous expliquer que nous changeons naturellement tout le temps et sans effort.
Alors pourquoi résister au changement ?
Pourquoi continuer à faire comme d’habitude quand vous voyez que ça fait juste mal ?

Comment faire pour que l’avenir s’améliore ?
Rien ne peut amener l’avenir à s’améliorer, il faut juste accepter ce changement permanent, et surtout voir pourquoi nous le refusons.
Parfois, le changement nous arrange, mais la plupart du temps, il nous dérange parce qu’il nous met dans une situation que nous voulions éviter.

Commencez par accepter votre situation actuelle et laissez tomber votre image idéale de vous-même, le changement viendra tout naturellement ensuite.

L’air de rien, je vous ai fait une introduction avancée au bouddhisme et à la religion, bien que je ne sois ni bouddhiste ni croyant.

La Procrastination


Je vais vous décrire le premier aspect pratique de la recherche de valeurs: la procrastination.

Dans cet article, je vais vous décrire pourquoi on procrastine, et comment en guérir.

La procrastination, qu’est-ce que c’est ?

En quelques mots, la procrastination, c’est l’action de remettre systématiquement au lendemain les actions qu’on pourrait faire aujourd’hui.

La procrastination et le perfectionnisme sont étroitement liés.

Wikipedia fournit comme d’habitude une définition excellente: http://fr.wikipedia.org/wiki/Procrastination
Mais ils se plantent totalement sur les raisons, et je vais vous expliquer pourquoi.

Qui procrastine ?

Tout le monde est plus ou moins sujet à la procrastination, notamment quand il faut être créatif ou quand il faut déclarer ses impôts.
Chez certains, cela peut être extrêmement difficile à vivre, parce que ça peut empêcher toute action ou bien mener à une pénalité de 10%.

Pourquoi je procrastine ?

Personnellement, j’ai beaucoup procrastiné, et je vais vous décrire ce qui se passe intérieurement en utilisant mon système de mesure de valeurs.

Je mesure ma valeur extérieure

Extérieurement, je veux projeter une bonne image de moi-même.
Je veux montrer que je suis ultra-compétent, donc je tiens absolument à faire les choses parfaitement.
C’est facile de faire des choses quand le résultat est immédiat.
Mais quand le résultat est long à obtenir (par exemple, peindre un tableau ou écrire un gros programme), ça se complique.
Je n’accepte pas la médiocrité, je veux tout réussir parfaitement du premier coup.
Comme mon niveau d’attente intérieure est très élevé, je vais réaliser que je n’arriverai jamais à finir selon mes attentes.
Souvent, je n’ose pas m’avouer que ça va me demander trop d’efforts, mais je ne veux pas abandonner l’idée, alors je note cette action dans une liste, qui grossit, grossit…

Je mesure ma valeur intérieure

Intérieurement, je veux avoir une bonne image de moi-même.
Ma valeur ne se détermine pas vraiment par rapport à mon passé ou à mon présent, mais plutôt par rapport à mon futur, donc à tout ce qui me reste à faire.
J’aime l’idée d’avoir beaucoup de projets dans ma liste: plus je suis occupé, plus je peux vérifier ma valeur !
Alors je trouve toujours quelque chose à faire.
A vrai dire, si j’avais déjà tout fait, je me sentirais complètement vide, or j’ai peur de m’ennuyer.
Alors je me crée toujours de futures occupations, au cas où j’en manquerais.

Au bout d’un certain temps, je commence à réaliser que ma liste d’actions à faire est devenue énorme, et que je n’arriverai jamais à la finir.
Comme je ne veux rien abandonner dans ma liste (puisqu’elle définit mon image de moi-même), je suis débordé par son ampleur, alors je n’ose plus rien faire.

En fait, j’ai terriblement peur de l’échec.
Et si je n’arrivais pas à faire les plus petites actions que j’avais prévues ? Je me sentirais comme une merde !

Comment lutter contre la procrastination ?

La majorité des livres sur la procrastination propose la technique suivante (reprise par GTD):

  1. j’écris la liste de tout ce que je veux faire
  2. je commence par faire les actions les plus simples
  3. je découpe les grosses actions en actions plus petites afin de pouvoir les faire
  4. j’efface les actions inutiles de ma liste (j’accepte de ne pas faire)

Malheureusement, cela ne résoudra pas mon problème de procrastination, pour plusieurs raisons:

  1. je doute de ma compétence: et si je n’arrivais pas à faire les actions les plus simples ?
  2. je dois fournir beaucoup d’efforts pour maintenir cette liste, et dès que je réduis l’effort, mon problème revient
  3. si je découpe mes actions, je vais me retrouver avec encore plus d’actions, ce qui grossit encore plus ma liste
  4. si j’accepte de ne pas faire, je vais me sentir plus ou moins nul

Alors, comment faire ?

Comment guérir de la procrastination ?

En réalité, je suis beaucoup trop focalisé sur la productivité.
Je suis persuadé de valoir quelque chose parce que j’agis, mais c’est tout à fait inexact: j’ai toujours de la valeur, même si je ne fais rien.

Ce qui fait mal, ce n’est pas la procrastination (je trouve ça plutôt confortable de remettre à plus tard), c’est le sentiment de culpabilité: la culpabilité de ne pas être assez productif, la culpabilité de se sentir nul.
J’ai tout à fait le droit de ne rien faire du tout, sauf qu’intérieurement, une petite voix me dit qu’il faut que je fasse ceci ou cela, et qu’il vaut mieux que j’agisse plutôt que de ne rien faire. Et puis, j’ai peur de m’ennuyer !

Comment me débarrasser de cette culpabilité ?

Très honnêtement, il n’existe pas de « technique » pour se débarrasser de la culpabilité, mais je vais quand même vous en proposer une.

Ma technique

Cette technique est en 2 étapes:

  1. la première étape est de regarder le processus intérieur sans le juger.
    Je constate simplement que j’ai un sentiment de culpabilité parce que je veux avoir une bonne image de moi-même, et tout ce qui va à l’encontre de cette image est d’habitude jugé et rejeté instantanément (je n’ai pas le droit d’être nul !).
    Je constate que j’ai envie de faire beaucoup de choses, bien que je n’aurai probablement jamais le temps ou les compétences pour les réaliser.
    Ca a l’air simple, mais c’est assez difficile à faire, parce qu’il y a toujours une voix intérieure qui juge chaque action, et c’est difficile de percevoir ce jugement omniprésent, qui est un processus acquis.
    Regarder ce processus réduit automatiquement le nombre d’actions à faire, c’est assez déconcertant !
  2. la seconde étape est d’accepter.
    Au lieu de rejeter mes pensées, je les accepte.
    J’accepte l’idée que j’ai envie de faire tout un tas de choses, même irréalisables.
    J’accepte le fait que je n’aurai pas le temps de tout faire.
    J’accepte l’idée que je me donne le droit d’être incompétent.
    J’accepte le fait que je ne serai pas parfait.
    J’accepte l’idée que je me donne le droit de ne rien faire.
    J’accepte l’idée que je ne ferais probablement rien.
    J’accepte même la procrastination.
    Tant que je refuse, je ne pourrais pas changer.

Je ne prétends pas que ma technique soit facile à pratiquer, mais je pense que c’est la seule qui permette de dépasser le cap de la culpabilité.
Apprendre à regarder ses propres processus mentaux a été un long travail sur moi, mais je suis maintenant un spectateur assez neutre de moi-même.

Conclusion

Le perfectionnisme et la procrastination sont similaires.

Tant que j’essaye de combattre la procrastination en utilisant GTD ou en me forçant à faire, je ne résous pas mon problème, je ne fais que le fuir.
Le vrai problème de la procrastination et du perfectionnisme est le sentiment de culpabilité intérieure.
Personnellement, j’assume complètement ma procrastination, et j’y prends même du plaisir.
Souvent, en attendant suffisamment longtemps, le besoin disparaît.
J’agis toutefois afin d’éviter de me retrouver débordé au dernier moment, ce qui révèle mon incompétence.

Le sentiment de culpabilité peut être éliminé avec la technique que je vous ai présentée, mais cela demande une bonne discipline intérieure.
Si vous n’avez pas cette discipline intérieure, ne vous inquiétez pas, elle apparaît au fur et à mesure que vous progresserez en apprenant à vous connaître: en vous observant de manière neutre et en vous acceptant tel que vous êtes.

Le Désir de valeur extérieure


Dans mon précédent article, j’ai parlé de la recherche de valeur intérieure, qui est une source importante de motivation.

Dans cet article, je vais vous présenter la seconde source de motivation: le désir de valeur extérieure.

Je vais décrire ses diverses formes en reprenant le format de mon précédent article.

Il n’y a pas de problème particulier à rechercher sa valeur extérieure, c’est un processus normal mais qui est dangereux quand il devient obsessionnel.

Comment mesurer la valeur extérieure ?

Voici quelques uns des critères que j’ai utilisés:

  • je suis compétent: je veux montrer que je sais faire, et c’est particulièrement important dans mon travail. Admirez mon expertise, je suis trop fort, hein ? D’ailleurs, je travaille beaucoup pour montrer que j’ai encore plus de valeur. Ceux qui n’ont pas de travail ne valent rien, ce sont des nuls !
  • je gagne beaucoup d’argent: ma valeur est directement liée à l’argent que je gagne. Si je suis un smicard, c’est que je ne vaux pas grand-chose. Ha, si j’étais millionnaire, je pourrais devenir milliardaire ! Il faut voir grand.
  • je suis bien entouré: regardez ma femme comme elle est belle, et mes enfants, et mes amis. Si je fréquente des personnes belles ou riches, c’est que j’ai de la valeur ! Je recherche donc la valeur extérieure chez les autres.
  • je dois avoir des enfants: si je fais tout cela, c’est bien sûr pour eux ! Croyez-vous que je travaille dur pour le plaisir ?
  • je m’entoure d’objets: les objets que j’achète me donnent de la valeur. Plus je peux acheter des objets chers (voiture, maison, gadgets, produits de beauté, bijoux, etc), plus cela prouve que j’ai de la valeur !
  • je veux tout contrôler: étant donné que je veux être parfait, je dois contrôler mes émotions, mes relations avec les individus qui m’entourent, etc… Le contrôle, c’est le succès ! D’ailleurs, je suis exigeant et j’ai raison de l’être. Tout va de travers quand j’arrête mon contrôle. Quand je commande, je veux être obéi !
  • je veux maîtriser mon avenir: comme je veux avoir le contrôle sur tout ce qui est extérieur à moi, j’essaye de contrôler au maximum mon avenir, donc je planifie à mort, et si j’ai un doute, je vais voir une voyante pour éviter les mauvaises surprises, on ne sait jamais. Je suis un peu superstitieux, mais c’est parce que je suis certain que c’est utile.
  • j’ai horreur du changement: le changement indique que je n’ai plus de contrôle, alors je préfère rester dans les zones où je reste le maître. Vous ai-je déjà dit que je suis le maître de mon destin ? Le changement, c’est pour ceux qui ont une vie de bohème. C’est moi qui décide de mon changement !
  • je me fiche pas mal de la valeur intérieure: celle-ci n’est pas mesurable, donc elle n’a pas de valeur.
  • je veux laisser ma trace sur Terre: il faut que je fasse quelque chose d’extraordinaire de ma vie, je n’ai pas une vie médiocre. Si j’avais du pognon, je ferais construire un bâtiment à mon nom. Je veux que mon nom reste dans l’Histoire.
  • mon temps est précieux: je ne veux pas perdre mon temps, alors je n’ai jamais aucun moment de libre. Tout ce que je fais a de la valeur.
  • ma vie a du sens: je travaille dur, et cela donne du sens à ma vie. D’ailleurs, quand j’arrête de travailler, je vois bien que ma vie perd beaucoup de son sens. La retraite, ce n’est pas pour moi !
  • j’ai raison: ma façon de voir la réalité est la bonne. Je suis persuadé que je détiens la vérité: tous les autres sont dans l’erreur, pourquoi ne pensent-ils pas comme moi ? Je pourrais même tuer s’il fallait défendre mon point de vue.
  • il n’y a que le résultat qui compte parce que je peux le mesurer, alors je me fiche complètement de la façon d’y parvenir.
  • j’aime la compétition: je peux ainsi montrer que je suis le meilleur. Quand je ne gagne pas, c’est que je n’étais pas au top de ma forme.
  • je veux donner la meilleure image possible de moi: je dois paraître parfait parce que j’ai une grande valeur.
  • etc…

Vous l’avez compris, la liste est longue !

Si je me compare favorablement aux autres, alors c’est certain: j’ai de la valeur !

Les 2 désirs fondamentaux de valeurs intérieure et extérieure prend environ 99% de toute l’énergie chez chacun d’entre nous.
Même prendre des vacances ne m’est utile que pour être plus performant au retour, alors il faut que mes vacances soient extraordinaires.

Malheureusement, cette recherche effrénée de valeur extérieure est la principale source de stress dans la société française.

Tout le monde est concerné par cette recherche extérieure, mais je vais vous parler tout particulièrement de 2 catégories: les psychopathes et les saints.

Les psychopathes

Les psychopathes ne sont intéressés que par la valeur extérieure, ils considèrent que la valeur intérieure est un concept inutile.

Ils sont beaucoup plus intelligents que la moyenne des gens, ont ressenti très tôt leur solitude fondamentale, et n’éprouvent pas de satisfaction aux signes extérieurs d’affection.

Comme ils recherchent un système de valeurs et que le modèle de réussite extérieure est érigé en système dans notre société actuelle, ils sont complètement focalisés sur cette quête,  ils ne pensent qu’à ça.
C’est pour cela qu’ils sont majoritairement chefs d’entreprise, hommes politiques, et tout ce qui s’apparente à la richesse et au pouvoir, parce qu’ils considèrent que cela mérite tous les sacrifices.

En général, la plupart des psychopathes change complètement leur approche après avoir frôlé la mort à cause de leur obsession (parce que leur corps leur fait payer leurs excès), c’est pour cela qu’il y a peu de psychopathes âgés: ils changent ou ils meurent.

Les saints

Un saint a simplement laissé tombé les recherches de valeurs intérieure et extérieure.

Il ne cherche pas à se mesurer. Il a compris que ce sont des illusions et qu’il faut aller au delà.

Dans ma vie, je n’ai croisé qu’une poignée de personnes comme cela, mais elles sont capables de vous changer juste par leur présence.

En quoi cet article peut-il me servir ?

J’essaye de vous montrer ce que nous sommes tous, sans le miroir flatteur de l’ego qui passe son temps à justifier nos excès.

Le développement personnel commence quand on prend conscience de ces 2 désirs.

La psychologie explique que ces 2 désirs sont des besoins psychologiques, mais je vous assure qu’il s’agit juste de désirs, et qu’ils n’ont aucune substance. Ils sont souvent le fruit d’une éducation (je dirai même: un dressage), qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, c’est à dire des concepts irréels pour des réalités.

Il n’y a pas de comportement à adopter, ni d’habitude à acquérir, il suffit simplement de prendre conscience que tout ce que vous faites est piloté par ces 2 désirs.

Si vous êtes bouddhiste, vous devriez déjà avoir pris conscience que l’ego n’est qu’une illusion. La façon de faire disparaître cette illusion commence avec la réalisation que nos désirs sont vides de sens: ils n’ont du sens que parce que nous leur en avons donné et que nous nous y accrochons par conviction et surtout par habitude.

Mes 2 derniers articles étant plutôt théoriques, je vais vous décrire des applications pratiques de ces désirs chez l’individu dans mes prochains articles.

Par la suite, j’expliquerai comment utiliser cela avec une équipe, et cela me permettra d’expliquer les mécanismes psychologiques de Scrum et leurs limites.