Le Bonheur


Quand je demande à quelqu’un ce qu’est le bonheur, je reçois en général ce genre de réponses:

  • le bonheur, c’est d’être en couple et d’avoir des enfants
  • le bonheur, c’est d’être avec ma famille
  • le bonheur, c’est la santé (réponse classique des personnes âgées)
  • le bonheur, c’est l’Amour (ou plus exactement le sentiment amoureux)
  • le bonheur, c’est d’être avec mes amis
  • le bonheur, c’est de voyager ou d’avoir des loisirs épanouissants
  • le bonheur, c’est d’avoir une maison et d’être chez moi
  • le bonheur, c’est de gagner de l’argent (beaucoup si possible)
  • le bonheur, c’est de réussir dans mon travail (réponse classique des bourreaux de travail)
  • le bonheur, c’est de faire la fête (réponse classique des gens les plus malheureux que j’ai croisés)

Je vois plusieurs problèmes à ce genre de réponses:

  1. mon bonheur serait lié à mon plaisir, je ne peux pas être heureux si je n’ai pas de plaisir.
  2. mon bonheur serait quelque chose d’extérieur à moi-même.
  3. mon bonheur serait toujours ailleurs, jamais ici et maintenant.
  4. mon bonheur serait mesurable: je ne peux être heureux que si tout est parfait.
  5. même quand les conditions sont remplies, je ne suis pas satisfait de ce que j’ai, il m’en faut encore un tout petit peu plus pour que je sois pleinement heureux.

En fin de compte, j’ai beaucoup plus d’occasions pour ne pas être heureux que pour l’être.

La question qui tue

Il y a 20 ans, je suis allé dans un centre bouddhiste afin de suivre un enseignement spirituel, et on m’a posé la question: qu’est-ce que c’est que le bonheur ? En précisant: rappelez-vous un moment de bonheur.
Et là, j’ai réalisé que je n’avais eu aucun moment de bonheur dans toute ma vie.
J’avais beau chercher, je ne voyais rien du tout, et encore aujourd’hui, je ne me rappelle d’aucun moment de bonheur pendant mes 30 premières années de vie.

La réponse à 2 balles

Pendant 2 semaines, cette question m’a trotté dans la tête: mais qu’est-ce que le bonheur ?

Un jour, je suis allé laver mon linge dans une laverie automatique et comme il faisait beau, plutôt que d’attendre à l’intérieur, je suis sorti au soleil.
Brusquement, je me suis senti heureux pour la première fois de ma vie, c’était complètement inattendu.
Que s’était-il passé ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

Heureusement, j’ai depuis expérimenté plusieurs fois le bonheur.
Voici ce qui se passe quand je suis heureux:

  1. il s’agit d’abord d’un sentiment intérieur, il n’est pas lié à l’extérieur ni aux circonstances
  2. je me sens bien dans l’instant présent, le passé et l’avenir n’ont plus d’importance
  3. je n’ai plus de conflit intérieur ou de question qui m’obsède
  4. il n’y a ni euphorie ni excitation, c’est juste un état calme

Le bonheur, c’est un sentiment de paix intérieure, tout simplement.
Je me sens bien intérieurement même si tout va mal extérieurement.
C’est en général quand tout va bien extérieurement que je ressens ce sentiment, c’est pour cela que j’imagine que mon bonheur dépend des conditions extérieures.

Comment accéder au bonheur ?

Pour accéder au bonheur, il suffit d’arrêter de se faire du mal en pensant.
Je vais vous proposer quelques techniques par ordre décroissant d’efficacité.

Je tiens à préciser que la pensée positive ne fonctionne pas, parce qu’elle entretient les conflits intérieurs: si je dois penser comme ceci et pas comme cela, alors j’introduis de la culpabilité. Pour être heureux, il faut se débarrasser de la culpabilité.

La méditation

Je me mets dans une position confortable et j’essaye de faire le vide mental en ne m’accrochant pas à mes pensées: soit je me concentre sur ma respiration, soit je cherche d’où viennent mes pensées.
Il me faut en général 20 minutes pour commencer à avoir un mental calme.
Dans mon cas, après quelques mois de pratique, les pensées qui font mal ont pratiquement disparu et un état de bien-être durable s’est installé.

J’agis le plus spontanément possible

Cette technique est très difficile à mettre en oeuvre, mais elle est très efficace.
La grande difficulté est d’arrêter de juger mes propres actions, de m’accepter tel que je suis sans désir de changer quoi que ce soit (et c’est à ce moment-là que je change !).

Je concentre toute mon attention sur ce que je fais

Quand je me focalise à 100% sur ce que je fais, j’oublie presque tout le reste.
Cela fonctionne surtout quand je fais des choses qui me plaisent, qui sont nouvelles et dont je ne doute pas de l’utilité.
Cette technique fonctionne bien, mais elle ne dure que le temps où je reste concentré.

Je fréquente des individus qui ont beaucoup médité

J’ai entendu dire que cette technique fonctionnait, mais je n’ai pas croisé de méditant depuis plus de 20 ans.
D’après ce que j’ai compris, leur façon d’être suffit à calmer notre propre mental tant qu’on reste à leur contact.

Je dors

Dans le sommeil profond (sans rêve ni pensées), je suis parfaitement heureux.
Malheureusement, je n’ai aucune conscience de mon bonheur, et je retrouve mes problèmes à mon réveil ou même pendant mes rêves, donc cette approche est un peu pourrie.

Si c’est si simple, pourquoi je n’y arrive pas ?

C’est parce que je suis attaché à mes pensées, aussi douloureuses soient-elles.
Après tout, si je souffre, c’est que j’existe.
Mes pensées me permettent aussi de me définir: je suis comme ceci et comme cela.
Quand j’arrête de penser, je n’ai plus d’identification, je ne peux plus me catégoriser.

Si je commence à méditer, je sens bien que ça m’emmerde, que je ne suis pas productif.
Quand je ne fais rien, j’ai l’impression de ne servir à rien.
Et si je ne sers à rien, c’est que je ne vaux rien.
Je veux montrer à tout le monde ce dont je suis capable, alors pas question de rester là à ne rien faire.

Si j’essaye d’être spontané, je doute.
Avant de faire quelque chose: est-ce que je vais bien faire, est-ce que je suis parfaitement préparé ?
Après avoir fait: est-ce que j’ai mal fait, est-ce que je dois avoir honte ?
Je veux être parfait dans tout ce que je fais, je n’accepte pas ma médiocrité.

En réalité, même si j’aimerais bien être heureux, ce que je désire plus que tout, ce n’est pas du calme intérieur, mais du plaisir et de l’excitation.

En fait, je ne recherche pas vraiment le bonheur

Je me fous du bonheur, je veux réussir ma vie et éprouver du plaisir.
Je veux gagner plein d’argent pour montrer à tout le monde que j’en ai plus qu’eux (je suis jaloux de ceux qui en ont plus que moi).
Je veux avoir des amis pour me prouver que je suis quelqu’un qui peut être aimé.
Enfin, je veux avoir des sensations fortes pour sentir que j’existe.

Conclusion

Je vous ai expliqué ce qu’était le bonheur: c’est un état de paix intérieure.
Cet état peut être atteint quel que soit le lieu et la situation.
Je suis persuadé que le but de notre vie est d’être heureux ici et maintenant, mais je commence à croire que personne ne cherche vraiment à l’être.
Et maintenant, c’est à vous:

êtes-vous heureux ici et maintenant ?

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3 réflexions sur “Le Bonheur

  1. Excellent article qui pousse à la réflexion.

    Je fais le lien entre la recherche du bonheur avec la quête de sens. Un film qui m’a particulièrement marqué à ce propos, c’est « Tree of Life » avec Brad Pitt. Je suis resté scotché devant les images d’espace ou d’autres formes bizarres qui parsèment le film. Je suis sorti du film avec cette question : c’est quoi le sens de ma vie ?
    J’ai quelques idées de réponses… Mais la difficulté de la réponse est inversement proportionnelle à la simplicité de la question 🙂

    • Salut Rémi !

      Le sens de la vie… C’est une question qui revient beaucoup chez les américains, et je ne suis pas du tout d’accord avec leur vision, par exemple celle de Dan Pink « what is your sentence ? » qui est beaucoup trop réductrice.

      J’avais déjà écrit un article sur ce sujet:
      https://psychologieagile.wordpress.com/2012/09/02/le-sens-de-la-vie/

      Mais ma vision a un peu changé depuis.
      Je pense toujours que la vie n’a aucun sens, et que le sens de la vie change tout le temps.
      Pour preuve, voici quelques-uns de mes « sens de la vie »:
      – être un bon fils, afin de réaliser les rêves de mes parents
      – devenir le meilleur programmeur du monde, en faisant des jeux vidéo
      – changer et découvrir ce que je suis
      – trouver la femme de ma vie
      etc…

      Mais j’ai changé d’avis sur ce que suggère Viktor Frankl: comment donner du sens à notre vie ?
      Je pense maintenant que gagner de l’argent peut être un sens à sa vie, du moment qu’il soit un moteur pour continuer sur autre chose.
      Et je pense qu’on peut aussi avoir du sens à sa vie complètement « égoïste », en se faisant simplement plaisir.
      Par exemple, en ce moment, j’écris un programme qui remplit des grilles de mots-croisés, et franchement, qu’est-ce que je m’amuse !

      En fait, le sens de la vie, ce sont plutôt des questions:
      – qu’est-ce que j’ai envie de faire maintenant ?
      – qu’est-ce qui me donne envie de continuer ?
      La notion de plaisir est essentielle.

      Ce que je voulais dire avec cet article sur le bonheur, c’est que le bonheur est complètement décorrélé du plaisir.
      Pour avoir du plaisir, il faut que je fasse quelque chose, alors que pour être heureux, je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit.
      Franchement, je ne m’attendais pas à ça !

  2. Pingback: La pensée magique | Psychologie Agile

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