Comment pardonner ?


Dans mon précédent article, j’avais parlé du pardon envers un harceleur, et un lecteur n’était pas d’accord.
Comme ma réponse me semblait insuffisamment claire, j’ai décidé d’écrire cet article.
Petite précision: je ne suis pas croyant, et ceci n’est pas un prêche !

Définition du pardon

Je ne vais pas m’étendre sur la définition, parce que Wikipedia le fait très bien (bien que je trouve leur définition trop « catholique »):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pardon

A quoi ça sert de pardonner ?

Avant de commencer à mon travail sur moi, je me fichais pas mal du pardon.
En fait, je considérais même que le pardon était un acte de faiblesse.
J’aimais bien catégoriser les individus.
Je voulais me venger des individus qui m’avaient abusé.

Progressivement, j’ai compris que toute cette rancœur ne faisait que pourrir mes relations actuelles avec les autres.
Je passais mon temps à mapper mes relations actuelles avec des patterns du passé (désolé, mais c’est difficile à exprimer autrement qu’avec des termes informatiques), au lieu de regarder chaque relation avec un œil neuf.
Le but essentiel du pardon est de se débarrasser des démons du passé.
Je peux aborder mes relations soit avec confiance soit avec méfiance.
Trop de confiance est de la naïveté, et trop de méfiance est l’accumulation de rancœur.

Mise en situation

Je vais commencer par donner une situation typique qui va me servir à illustrer mes propos.

Imaginons que quelqu’un me cause un tort énorme.
Voici quelques exemples concrets:

  • il me traite comme une merde
  • il abuse de moi (de ma gentillesse ou de mon argent)
  • il me vole (directement ou indirectement)
  • pire: il tue quelqu’un qui m’est cher

Comment appliquer le pardon dans ces cas-là ?

Qui dois-je pardonner ?

Avant de faire quoi que ce soit, je dois apprendre à me pardonner !
Hé oui, je dois accepter le fait de m’être fait abusé, volé ou pire. Et ça, c’est vraiment le plus difficile !

Pour vous donner une petite idée de la difficulté:
Un de mes amis est décédé il y a 20 ans, et nous avions un ami commun.
Cet ami s’en veut toujours de l’avoir quitté en de mauvais termes avant qu’il ne meure.
20 ans après, il ne se pardonne toujours pas, et je pense que dans 20 ans, il sentira toujours cette culpabilité !

Me pardonner à moi-même a été un processus extrêmement difficile, parce que je me disais toujours: et si j’avais agi autrement ? Et si j’avais été moins con, moins naïf, plus à l’écoute, plus prévenant ?
Et si, et si ?
Très franchement, je n’ai aucun moyen de revenir en arrière, et aussi dur soit-il, je ne peux qu’accepter ce qui est arrivé.

Pour arriver à accepter, j’ai dû abandonner l’illusion que j’aurais pu faire mieux.
Les événements se sont passés, alors je dois accepter mes propres erreurs, ma propre impuissance, et c’est ça qui fait vraiment très mal.
Cela paraît évident quand je l’écris, mais dans la réalité, ça fait mal pour plusieurs raisons:

  1. parce que si j’ai une bonne image de moi-même, je ne veux pas accepter ma propre nullité
  2. parce que si j’ai une mauvaise image de moi-même, cela confirme que je suis nul et je m’auto-punis encore plus
  3. parce que j’ai l’illusion de croire que je peux agir de manière parfaite grâce à ma pensée

Après tout mon travail de méditation, j’ai compris que je ne contrôlerai jamais mes pensées (essayez un peu de ne penser à rien, vous verrez que c’est impossible !), alors comment pourrais-je agir de manière parfaite grâce à elles ?

Je me mets à la place du bourreau

Une technique efficace pour arriver à me pardonner est d’essayer de m’imaginer à la place du bourreau.
Curieusement, il m’est très difficile de prendre cette place, et c’est à cause de mes propres limitations intérieures.
Je veux garder une bonne image de moi-même, et je refuse d’être un salaud même si dans les faits j’agis comme tel.
J’ai toujours l’illusion que je suis quelqu’un de bien, même si je suis le pire des salopards.
Puis-je avoir de la compassion pour mon bourreau ?

Curieusement, certains individus arrivent facilement à se mettre à la place du bourreau, mais pas du tout à la place de la victime. D’après mon expérience, ils sont trop focalisés sur leur cerveau et pas assez sur leur cœur.
La compassion demande un équilibre entre le cœur et le cerveau.

Pardonner à l’autre

Très franchement, pardonner à celui qui m’a fait mal n’est pas très important pour moi-même.

Je n’accorde mon pardon à l’autre que si je constate qu’il est sincère dans ses excuses.

Mais en aucun cas mon pardon n’efface ce qu’il m’a fait, il devra assumer sa responsabilité.
Par exemple, s’il m’a volé, il doit rembourser, et s’il a tué, il doit aller en prison.
Le pardon ne doit jamais faire disparaître nos propres responsabilités.

La prière aux morts

Dans un registre plus loufoque, j’ai expérimenté une technique qui fonctionne quand la personne qui nous a fait du mal est morte: la prière aux morts.
Et ça marche encore mieux si on utilise de l’encens 😉
La fois où je l’ai pratiquée, j’avais fait une liste de tous les morts que je connaissais (y compris les animaux !) et je leur ai pardonné même si je n’avais rien à leur pardonner.
En dehors des symboliques pseudo-mystiques, cette technique est efficace pour faire la paix avec soi-même.

L’excuse

L’excuse est la façon la plus directe de demander pardon.
Il y a 3 conditions pour qu’une excuse soit sincère:

  1. je reconnais la souffrance de l’autre
  2. j’assume la responsabilité de mes actes: « j’ai pas fait exprès » ou « c’est pas ma faute » sont des mécanismes utilisés pour fuir sa propre responsabilité
  3. je vais essayer de ne pas refaire: j’ai retenu la leçon

Je vois tous les jours des individus passer leur temps à s’excuser.
Ont-ils honte d’exister ?

Conclusion

Le pardon est un acte de courage.
Il permet d’accepter ce qui s’est passé et de faire le deuil de la situation afin de passer à autre chose.

Est-ce que vous êtes capable de vous pardonner ?

Est-ce que vous êtes capable de vous mettre aussi bien à la place du bourreau qu’à la place de la victime ?

Le pardon peut vous aider à dépasser les limitations de votre perception de vous-même, c’est à dire votre ego.

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4 réflexions sur “Comment pardonner ?

  1. En PNL Humaniste, il existe un présupposé qui peut aider à se pardonner : « A un moment donné de sa vie, toute personne fait le meilleur choix possible compte tenu du contexte et des ressources dont elle dispose à ce moment là ».

    Et en même temps, je dirai que ce présupposé met plutôt en perspective, qu’un à l’instant ‘t’, nous avons pas commis de faute. Cela nous aide donc surtout à nous pardonner d’avoir pu penser, après coup, qu’on aurait pu agir autrement.

    • Très juste ! C’est d’ailleurs exactement la Prime Directive utilisée par Kerth pour les rétrospectives:
      http://www.retrospectives.com/pages/retroPrimeDirective.html

      Mais malheureusement, le processus de se pardonner est extrêmement difficile, parce qu’il ne s’agit pas simplement d’un processus intellectuel.
      Se dire: « j’ai fait du mieux que j’ai pu à ce moment donné » n’aide pas à évacuer la souffrance intérieure, parce qu’il y a toujours « et si j’avais ? ».
      Un processus de deuil doit se mettre en place (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation).

      Personnellement, d’après mon approche « bouddhiste », je pense que les différentes étapes du processus de deuil sont simplement les moyens de défense de l’ego.
      En travaillant directement sur les identifications (projections), je peux directement passer à l’acceptation sans passer par toutes les autres phases du deuil.

  2. Bonjour Jean-Charles,

    Ta mise en situation va du quasi « plus simple » au pire (la mort).

    Est-il possible de pardonner dans ce cas ? Ne risquons nous pas de nous approcher du syndrome de stockholm ?

    Je n’attends pas forcement de réponse argumentée, je me pose juste la question. A chacun je pense de savoir « doser » le degré du tort causé et d’avoir un pardon « adapté » ?

    Aymeric

    • Bonsoir Aymeric,

      Par coïncidence, je viens de lire un article qui résume ce que j’ai écrit:
      http://www.metronews.fr/info/samantha-geimer-la-victime-de-roman-polanski-raconte-son-calvaire/mmir!K0iDb1b2W20Q/
      C’est la fille violée par Polanski qui explique assez bien ce qu’est le pardon:

      « Je ne lui ai pas pardonné pour lui, je l’ai fait pour moi. Le pardon n’est pas un signe de faiblesse, c’est un signe de force ».

      Et non, j’avais écrit mon article avant 😉
      Personnellement, je ne lui aurai pas pardonné tant qu’il n’y a pas de repentir sincère de sa part (je ne suis pas sûr qu’il y en ait eu un).

      Ne risquons nous pas de nous approcher du syndrome de stockholm ?

      Relis mon article, et tu verras que je ne suis pas adepte de « tendre l’autre joue ».
      En fait, je ne suggère pas vraiment de pardonner à celui qui nous a fait du mal, je suggère avant tout de se pardonner.
      Une fois que tu t’es pardonné, tu verras bien si tu veux pardonner ou pas, je pense que ça dépend beaucoup de la sincérité du repentir de l’autre.

      A chacun je pense de savoir « doser » le degré du tort causé et d’avoir un pardon « adapté » ?

      Pourquoi chercher à doser ?
      Très sincèrement, avant de travailler sur moi, toute agression aussi petite soit-elle était intolérable pour moi, en particulier dès qu’elle touchait mon ego.
      Tu ne peux pas imaginer combien j’étais rempli de rancune.

      Si un individu tue quelqu’un de proche de moi, l’agresseur doit accepter la responsabilité de ce qu’il a fait et payer sa dette.
      Et cette dette est facile à déterminer une fois que j’ai réussi à me débarrasser du sentiment de vengeance (et d’injustice).

      Mais comment s’en débarrasser ?
      Tout d’abord, suis-je prêt à accepter le fait que le proche ait disparu ?
      Le deuil est difficile à faire, surtout quand je cherche à comprendre ce qui s’est passé au lieu d’accepter le présent.
      Accepter le présent est très difficile tant que je cherche à comprendre, et très facile quand j’apprends à accepter.
      Mais accepter est toujours difficile.

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