Projection & Identification


Depuis deux semaines, je prépare un article sous forme de jeu sur la non-violence.

Avant de vous le proposer, j’ai réalisé que je ne vous avais pas décrit les deux mécanismes les plus importants pour comprendre ce qu’est la non-violence: les processus de projection et d’identification.

Les processus de projection et d’identification sont différents en psychologie, mais je les ai nommés ainsi parce que ces termes me semblent plus parlants.

Le processus de projection

La projection, c’est quand je veux que les autres soient comme je le voudrais.

Phrase-clé: « je suis entouré de nuls ».

Dans ma tête, j’ai un modèle de valeur qui me dit que pour ne pas être nul, il faut avoir tout un tas de caractéristiques, par exemple il faut être motivé, diligent, intelligent, etc…
En fait, je suis ce modèle, puisque je possède moi-même toutes les caractéristiques, ou au contraire je pense que je suis un nul et qu’il me faudrait toutes ces caractéristiques pour ne plus être nul.
Donc, dès que je détecte chez les autres qu’il leur manque une ou plusieurs de ces caractéristiques, mon diagnostic tombe: ce sont des nuls !
Parfois, il m’arrive de croiser des gens qui ont toutes ces caractéristiques alors je les admire puisqu’ils me montrent mon idéal, ils me font rêver.
Mais après un certain temps (comme je suis un peu jaloux d’eux, je vérifie comment ils font), je vois bien qu’il leur manque plein d’autres caractéristiques idéales, et je me rends compte que je les avais trop idéalisés, alors je commence par m’en vouloir et finalement je les déteste.

La projection est détectable avec la phrase suivante:

tout irait beaucoup mieux si tout le monde était comme moi

ou si vous avez peu d’estime pour vous-même:

heureusement que personne n’est comme moi

Si vous trouvez un de ces phrases vraies, c’est que vous utilisez des modèles idéaux intérieurs.

Le processus d’identification

L’identification, c’est quand j’essaye de me définir avec des mots.
Comme ce processus est beaucoup moins évident, je vais vous donner plusieurs exemples.

Je suis un bon parent

Phrase-clé: « je suis un bon père de famille », ou « je suis un bon fils ».
Supposons que j’ai des enfants et que selon moi, être un bon père signifie que je ne dois jamais donner de fessée.
Un soir, alors que j’ai eu une journée de travail particulièrement difficile, je rentre épuisé et mon enfant crie très fort à la maison.
Mon premier réflexe est la bienveillance: je lui demande gentiment de se calmer et je lui propose une activité.
Pas de chance, il est très excité, il ne se calme pas et ça commence à m’énerver fortement.
A bout de nerfs, je lui donne une bonne fessée.

Que se passe-t-il alors ?
Un sentiment de culpabilité m’envahit: pourquoi, mais pourquoi l’ai-je fessé ?
Un bon parent ne doit pas fesser ses enfants, donc je ne suis pas un bon parent.
Putain, je suis nul en tant que parent.
Je vais essayer de me déculpabiliser en étant encore plus gentil avec mon enfant, quitte à lui pardonner de futurs comportements inacceptables.

Je suis vertueux

Phrase-clé: « je suis gentil » ou « je suis serviable ».
Supposons que je sois persuadé d’être gentil, et que quelqu’un vienne m’emmerder.
A cause de ma forte identification, je vais réprimer ma colère, puisqu’elle irait à l’encontre de ma propre idée de « gentillesse ».
Je peux retourner cette colère contre moi-même, en me traitant de nul.
Je peux évacuer cette colère contre d’autres personnes (de préférence des gens qui devront subir docilement cette colère).
Si j’ose exprimer ma colère envers mon bourreau, alors je vais me sentir coupable, parce que mon masque de gentillesse s’effondre.
Les donneurs de leçon paraissent vertueux, mais au fond d’eux-mêmes, ils se reprochent leurs propres « faiblesses ».

Je me connais bien

Phrase-clé: « mes qualités sont… » ou « mes défauts sont… ».
L’identification devient ici plus subtile: je pense bien me connaître, alors je pense que je suis comme ceci ou comme cela.
Malheureusement, ceci est complètement faux.
Si je m’identifie à une qualité, je vais essayer de respecter cette « qualité » même si elle est dangereuse pour moi (cf l’exemple de la gentillesse).
Si je m’identifie à un défaut, je vais essayer de le corriger en me forçant, mais je ne suis plus vraiment moi-même puisque je me force.
De plus, la perception de ces qualités et défauts est juste temporaire: dans un an, je pourrais avoir changé d’avis.
J’aime beaucoup la phrase: « les défauts sont des qualités poussées au maximum« .

Ce genre d’identification me limite dans ce que je pourrais être parce que je cherche à me définir.
En réalité, si je pense être quelque chose, il est probable que je puisse être le contraire aussi.

Ma vie a du sens

Phrase-clé: « mon travail donne du sens à ma vie » ou « ma famille donne du sens à ma vie ».
L’identification est ici encore plus subtile.

En soi, l’affirmation « mon travail donne du sens à ma vie » a l’air plutôt positive, mais elle fait des dégâts considérables quand la situation change (et elle changera !).
Si je perds mon emploi, je vais doublement morfler: je vais subir le deuil de mon travail, ainsi que devoir affronter l’image de moi sans mon travail.
Ce travail définissait ma valeur, donc sans ce travail, je ne vaux plus rien !

Je suis fier de moi

Phrase-clé: « je suis fier de ce que je suis ».
Je vais décrire mon cas personnel: je voulais devenir le meilleur programmeur du monde.
J’ai donc tout sacrifié pour le devenir (« tout » résume bien la quantité de sacrifices).
A chaque fois que j’avais une confirmation que mes efforts avaient porté leur fruit, j’étais fier de moi et content.
A chaque fois que la réalité me montrait que j’étais loin de mon idéal, je me sentais nul et malheureux.
Entre la fierté et la honte, il n’y a qu’un pas.

Maintenir mon image idéale me demandait des efforts tellement immenses que je n’arrivais plus à les fournir. Je me souviens encore de certains passages à vide.
A un moment donné, j’ai compris que je ne pourrais jamais y arriver, et j’ai vraiment souffert parce que je refusais cette idée.

Enfin, cette identification est limitante parce que je m’interdis tout le reste. Je peux être créatif, communicant, organisateur ou même patron, et pas simplement programmeur !

Conclusion

La projection, c’est juger les autres.
L’identification, c’est se juger soi-même.

Dans tous les cas, je réduis ce que sont les autres ou moi-même à une toute petite partie de ce qu’ils sont et de ce qu’ils pourraient être.

Publicités

2 réflexions sur “Projection & Identification

  1. Petite remarque :
    Définition de projection : Transposition sur autrui d’un mouvement psychique.
    En d’autres termes, personne 1 projette sur une autre ses propres désirs ou difficultés.
    Exemple : tu feras l’ENA, mon fils
    Du coup, il me semble qu’il ne s’agit pas de juger, mais de se prendre comme la référence unique et de dire « si c’est bon pour moi, c’est forcément bon pour toi ».

    • Excellente définition !

      Mais se prendre comme référence unique est une forme de jugement.
      Le message n’est pas réellement « si c’est bon pour moi, c’est forcément bon pour toi », c’est plutôt: « mon désir est bon pour toi, mais gare à toi si tu n’arrives pas à réaliser mon désir ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s