Les Leçons du jeu vidéo (5ème partie)


Résumé des chapitres précédents: en 1995, je travaille dans le jeu vidéo depuis 9 ans.
J’ai fait des jeux pour Titus, Silmarils, Ocean Software France et Cryo.
Je venais de commencer ma psychanalyse suite à un burn-out complet.

Dans cet article, je vais décrire les leçons retenues de mon passage chez PAM Development, de février 1995 à avril 1996.

Leçon numéro 1: je veux que mon travail ait du sens

Chez Cryo, j’avais beaucoup programmé, mais peu de mes programmes avaient été publiés, ce qui avait créé une énorme frustration chez moi.
J’en ai eu marre, alors je me suis mis à chercher du travail ailleurs.
J’ai croisé Pierre Adane que j’avais cotoyé chez Ocean et avec qui j’avais bien sympathisé.

Pendant que je travaillais à Cryo, Pierre Adane (programmeur) avait créé le jeu Mister Nutz avec Michel Dessoly (graphiste/animateur), et ce jeu avait eu un joli succès.
Pierre s’était allié à Marc Djan (ancien patron d’Ocean) et ils avaient créé la société PAM Développement (« Power And Magic » ou « Pierre And Marc » ?).
Pierre cherchait quelqu’un comme moi, alors j’ai décidé de tenter l’aventure PAM.

Leçon numéro 2: j’étais devenu un expert technique

Après 13 ans de programmation non-stop, comme je ne vivais que pour la technique, j’étais devenu un expert technique monstrueux !
J’essayais de tirer techniquement tous les programmeurs vers le haut, et ceux qui avaient l’esprit de compétition aimaient travailler avec moi, c’était très motivant pour eux.
Mais pour ceux qui n’avaient pas l’esprit de compétition ou qui n’étaient pas intéressés par la technique, c’était au contraire très démotivant, parce que j’étais vraiment insupportable humainement.

Chez PAM, je me souviens surtout de Didier Malenfant, qui avait un niveau très impressionnant parce qu’il avait beaucoup plus de bases théoriques que moi, pur autodidacte.

Je programmais en assembleur sur Playstation (j’adore le MIPS), et je crois que j’avais impressionné Didier en convertissant un jeu de foot de la Playstation vers le PC en quelques jours.

Leçon numéro 3: la technique c’est bien, mais ça soûle

Un jour, Pierre m’a forcé à lire la documentation du Turbo-C.
J’ai passé une semaine à lire les 5 volumes, et j’ai vraiment détesté. C’est vraiment super chiant à lire !
J’ai réalisé à ce moment que la technique que je chérissais par dessus tout était juste vide de sens.
Moi qui savait réaliser les idées des autres techniquement, j’étais bien incapable d’avoir des idées autres que techniques. Ma créativité était complètement bridée.
Mon obsession de la technique a disparu à ce moment-là.
Note: le fait de lire cette doc m’a donné toutes les bases pour programmer sur PC, ce qui m’est encore utile 20 ans plus tard !

Leçon numéro 4: mon travail n’est pas ma vie

Dans tous mes postes précédents, je n’avais que mon travail dans ma vie.
J’étais bien incapable d’avoir des relations avec les gens, alors je faisais ce pour quoi j’étais doué: programmer.

Comme je suivais une psychanalyse, je me forçais à ne faire que 8 heures de travail par jour chez PAM (vous pouvez rire, mais c’était mal vu à l’époque).
Avec le recul, je pense que c’est le moment où j’ai commencé à être vraiment efficace en économisant mes efforts, et surtout en dégageant du temps libre pour faire autre chose que travailler.

Leçon numéro 5: j’essaye d’apprécier les gens avec qui je travaille

Je considérais Pierre Adane comme un ami, mais c’était vraiment un tyran au travail (et je pense qu’il n’en est toujours pas conscient !).

Didier, Pierre et moi-même étions tous trois des « obsédés techniques ».
Comme nous étions tous trois dans le même bureau, je me demandais comment j’allais pouvoir survivre dans cet environnement hostile.
J’ai donc décidé d’apprivoiser Didier.
Ca m’a pris plusieurs mois, mais je crois qu’en fin de compte nous sommes devenus amis.

Le second ami que je me suis fait à PAM est Christophe Gayraud.
C’était un ex-Titus, et nous mangions ensemble à midi, en parlant beaucoup de spiritualité. Avec le recul, je me rends compte que tout ce qu’il lisait était écrit par des charlatans, cela me permet maintenant de les repérer instantanément.
Note: je viens d’apprendre que Christophe est mort en 2012.

Leçon numéro 6: j’ai commencé à être résilient

Un jour, Pierre m’a annoncé que j’allais changer de bureau.
Mon calvaire se terminait enfin !
A cet instant là, j’ai compris que je n’avais plus rien à faire chez PAM, parce que je ne supportais plus ce rôle technique si réducteur.

J’avais passé avec succès l’épreuve du tyran, et j’avais réussi à trouver un allié dans des circonstances difficiles.
J’avais réussi ma première expérience de résilience, qui est la capacité à surmonter les situations difficiles.

Un jour, je croise des anciens de Cryo, qui me disent qu’ils comptent démarrer un projet, et je leur fais part de mon intérêt de travailler avec eux quel que soit leur projet.
Quelques semaines plus tard, ils me confirment qu’ils ont signé leur jeu avec Microfolie’s, alors je donne ma démission pour rejoindre le Comptoir des Planètes.

Conclusion

J’ai eu deux retours indirects et tardifs de mon passage chez PAM.

Le premier est quand j’ai croisé Didier quelques mois plus tard.
Il m’a expliqué qu’il avait réalisé qu’il pouvait partir le jour où j’ai donné ma démission (je pense qu’il s’emmerdait autant que moi).
Avec sa femme, il m’a dit qu’il allait partir pour les USA.
Depuis, il y a fondé avec succès plusieurs boîtes de jeux vidéo !

Le second est quand j’ai croisé Sylvain Grosdemouge, 8 ans plus tard.
J’avais écrit un outil pour caser le maximum de petites images dans des images 256×256 (les « Texture-Pages » sur PSX).
Il avait hérité de mon bébé, mais comme il n’avait rien compris à l’algorithme, il avait dû tout réécrire et il me détestait déjà avant de me connaître !

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Pitch atelier 2014


Cette année, je compte animer un atelier de 2 heures sur le développement personnel dans les conférences agiles sur Paris.

Voici le pitch.

Agilité & Développement Personnel

Comment aider les gens à être plus performants en devenant eux-mêmes

Qu’est-ce que le développement personnel ?
C’est simplement la découverte de soi.

Selon moi, il y a 2 axes de développement personnel: « faire » et « être ».
Nous allons expérimenter ce qu’est « être » avec des exercices, en allant à la découverte de l’autre et surtout de soi.
Objectif de la session:
Une meilleure compréhension de nous-mêmes et des autres
Public visé:
Tous ceux intéressés par le développement personnel
Niveau requis:
Aucun

Le développement personnel se joue sur 2 axes: « faire » et « être ».

Les méthodologies agiles se concentrent surtout sur l’axe « faire », mais comment développer l’axe « être » ?

Nous allons expérimenter cela dans un atelier de 2 heures, par équipe de 2 personnes.
Chaque exercice sera suivi d’une explication de ce qui s’est passé.

Nous allons notamment aborder les thèmes suivants:

  • le développement personnel
  • le changement
  • la résilience
  • l’acceptation

et probablement d’autres encore !

Note: tout ce qui sera présenté est du retour personnel d’expérience et n’est pas disponible dans la littérature

Buts de la présentation:

  • comprendre ce qu’est le développement personnel en s’amusant
  • apprendre à mieux s’accepter et à accepter l’autre

Atelier en 2 heures, sans support.

Les exercices

Je suis en train de travailler sur les exercices.
En avant-première, voici les titres des 3 exercices prévus pour l’instant:

  1. Présentons-nous ! Durée 15 minutes
  2. Je négocie mon augmentation. Durée 30 minutes
  3. L’exercice de la honte. Durée 15 minutes

J’espère que cela sera instructif, amusant et provocateur à la fois.

Les niveaux de développement personnel


Voici ce que je compte présenter en introduction à mon atelier pour Agile France 2014.

Je tiens à rappeler que tout ce que je présente ici est original et tiré de ma propre expérience personnelle.

Comme le système de pyramide est assez parlant, j’ai découpé le développement personnel en 7 niveaux.
Je vais décrire chaque niveau en décrivant quelques symptômes, afin de vous permettre de diagnostiquer à quel niveau vous vous trouvez.

Niveau 1: le travail

Symptômes: je ne sais pas faire, je manque de compétences, d’expérience, je sens que je n’ai pas le niveau.
L’axe d’amélioration est l’acquisition de connaissances, d’expertise.
Je peux être aidé par des professeurs ou par des experts.

Niveau 2: l’organisation

Symptômes: je suis débordé dans mon travail, je n’arrive pas à m’en sortir, j’ai trop de choses à faire en même temps. Le problème peut être aussi bien individuel que collectif.
L’axe d’amélioration est l’efficacité, la productivité et la discipline.
Je peux être aidé par des scrummasters ou des entraîneurs.

Niveau 3: la communication

Symptômes: je n’arrive pas à communiquer correctement avec les gens autour de moi, les informations circulent mal, mes relations avec les autres sont laborieuses pour ne pas dire conflictuelles.
L’axe d’amélioration est la communication, à la fois dans le groupe et hors du groupe.
Je peux être aidé par des facilitateurs.

Niveau 4: la philosophie

Symptômes: je ne sais pas où je vais, je manque de vision, je n’arrive pas à définir mes valeurs, j’ai du mal à trouver ma propre discipline.
L’axe d’amélioration est la définition de valeurs, l’auto-discipline.
Je peux être aidé par des coachs agiles, notamment Lean.

Niveau 5: le développement personnel

Symptômes: je ne me sens ni reconnu ni à ma place, je joue constamment un rôle et je ne sais plus qui je suis, je ne me sens pas respecté en tant qu’individu.
L’axe d’amélioration est l’épanouissement de l’individu, l’acceptation de soi.
Je peux être aidé par des psychothérapeutes ou des coachs motivationnels.

Niveau 6: la spiritualité

Symptômes: je veux changer parce que je ne suis pas satisfait de ce que je suis, je pense que le monde est mal fait, je suis déçu par les autres.
L’axe d’amélioration est le travail sur l’ego, ce que j’appelle « les identifications personnelles ».
Je peux être aidé par des gourous (attention, la très grande majorité est composée de charlatans qui ne cherchent qu’à s’enrichir).
Selon moi, la sophrologie et le yoga sont à ce niveau.

Niveau 7: le silence intérieur

Symptômes: je suis souvent en conflit avec les autres et parfois avec moi-même, j’aimerais être plus heureux et arrêter de souffrir, je me pose plein de questions existentielles et j’aimerais avoir des réponses.
L’axe d’amélioration est la réduction du flux des pensées, ou plus exactement se vider de tout ce qui a été accumulé jusqu’ici (c’est l’opposé du niveau 1 !).
Je n’ai jamais croisé personne à ce niveau, mais je pense que ceux qui travaillent à ce niveau sont les maîtres zen ou les maîtres spirituels qui ne transmettent pas une connaissance ésotérique.

Quelques remarques

Les niveaux 1 à 3 représentent l’axe « faire » du développement personnel.
Les niveaux 4 à 7 représentent l’axe « être » du développement personnel.

Au niveau 7, les problèmes ont disparu parce qu’ils se répartissent en 2 catégories:

  1. les évènements sur lesquels je peux agir directement, et l’action se fait sans effort
  2. les évènements sur lesquels je ne peux pas agir, et l’acceptation est sans effort, c’est à dire sans passer par les phases psychologiques de deuil (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation).

Comme le mental est calme, je ne me crée plus de problème tout seul.

C’est bien gentil, mais à quoi ça peut me servir ?

Ce découpage en niveaux me permet d’évaluer rapidement le niveau où je me trouve maintenant.
Mon niveau actuel est le niveau de mon problème le moins élevé, ce qui explique pourquoi mon niveau change tout le temps.
Tant que j’ai un problème à un niveau donné, je dois me concentrer sur ce niveau.
Si malgré mes efforts, je n’arrive pas à résoudre mon problème, alors je dois regarder mon problème au niveau supérieur.
Plus je maîtrise de niveaux, et plus je suis stable intérieurement.
Par exemple, si je ne maîtrise pas le niveau 1, j’ai tendance à fréquemment passer du niveau 1 (je suis nul, je n’y arrive pas) au niveau 6 (mais qu’est-ce que je fous sur Terre ?) puis retour au niveau 1.

Attention, je signale tout de suite que sauter des niveaux ne sert à rien si les bases ne sont pas acquises.
J’ai croisé pas mal d’individus cherchant à atteindre les derniers niveaux en méprisant les premiers niveaux, mais ils sont presque toujours à côté de la plaque.

Conclusion

J’ai essayé de décrire les différents niveaux, bien qu’il s’agisse plutôt d’angles de vision, de « paradigmes ».

Les descriptions des symptômes devraient vous aider à découvrir à quel niveau vous vous trouvez en ce moment précis.
Visez toujours le niveau immédiatement supérieur afin d’évoluer, et dites-vous bien que la progression est lente, alors soyez patient !