La résistance au changement


Avant d’aborder le lâcher-prise, je vais décrire les mécanismes intérieurs de résistance au changement.

Le contexte

Je vais prendre un exemple afin que ce soit plus évident.
Je vais supposer que je suis victime d’un accident et que mon bras gauche vient juste d’être sectionné.
Heureusement, comme je suis droitier, je devrais pouvoir m’en remettre assez facilement, non ?

D’un point de vue psychologique, je vais passer par toutes les phases du deuil, en vrac:

  • le choc
  • le déni
  • la colère
  • le marchandage
  • la dépression
  • le lâcher-prise
  • l’acceptation

En réalité, ces phases peuvent être décomposées plus logiquement en 5 étapes:

  1. l’état de surprise
  2. la résistance émotionnelle
  3. la résistance intellectuelle
  4. la résistance inconsciente
  5. l’acceptation

Je vais décrire comment ça se passe intérieurement.

L’état de surprise

Dans cette phase, il n’y a pas de résistance, parce que le cerveau n’est pas encore agité.

Par exemple, je peux assister à la perte de mon bras comme si j’étais spectateur de la situation.
Ou je peux appeler les secours sereinement, sans me considérer comme une victime.
Ou je peux essayer de rattacher mon bras, comme si mon corps pouvait le greffer spontanément.

C’est dans cette étape que je découvre le plus de moi-même parce que je suis alors totalement spontané.
Le but de la méditation est de développer cette étape en réduisant les autres, mais je ne vais pas m’étendre sur ce sujet.

La résistance émotionnelle

L’intellect n’est pas encore complètement actif, mais les émotions commencent à émerger.

Je peux ressentir:

  • de la joie, parce que je suis encore en vie
  • de la tristesse, parce que la situation a changé mais pas dans un sens qui m’arrange
  • de la colère: mais pourquoi ça m’est arrivé ? C’est injuste !
  • de la peur: je n’aime pas la vue du sang

Plus j’accorde de l’importance à mes émotions, plus cette phase sera longue.
Si j’ai appris à réprimer mes émotions (cela signifie bien évidemment que j’y accorde beaucoup d’importance), cette phase peut durer encore plus longtemps.
Dans mon cas personnel, j’ai mis 10 ans à exprimer mes émotions sur la mort de mon père.
Une fois les émotions passées, je vais me sentir plus léger.

La résistance intellectuelle

Ensuite, mon mental commence à s’agiter, il commence à construire des histoires.

Je vais me demander: et si j’avais pu changer le passé ?
Est-ce que j’aurais pu éviter la perte de mon bras ?
Est-ce que j’ai fait le maximum ?

Ensuite, je vais basculer sur le futur: qu’est-ce qui va m’arriver ?
Comment je vais faire maintenant ?
Est-ce que je serai à la hauteur ?
Est-ce que mon bras sera sauvé ?

Cette phase va traîner en longueur si:

  • je suis fasciné par mes pensées. Si j’adore penser, je vais entretenir mon obsession de la pensée.
    J’ai vu cette obsession chez tous les psychologues et psychanalystes que j’ai croisés.
  • je veux complètement comprendre la situation intellectuellement. Je vais alors essayer d’énumérer tous les événements du passé (pourquoi ? quand ? comment ?) et les potentiels du futur. Et des situations futures, il y en a un nombre infini !
  • je suis dans l’illusion que ma pensée va m’aider à surmonter mon problème.

La majorité des résistances sont intellectuelles, parce que notre société accorde beaucoup d’importance à la pensée.
Un bon exercice pour réduire la résistance intellectuelle est de se focaliser sur le présent.

La résistance inconsciente

Cette phase est plus difficile à cerner parce que des mécanismes cachés sont à l’oeuvre.
Je peux travailler sur cette résistance en allant à la découverte de mes identifications.

Voici quelques exemples:

  • je peux nier la situation. Accepter la situation peut être trop douloureux, alors je préfère vivre comme si rien n’était arrivé. Je m’identifie à mon passé.
  • je peux considérer que je ne suis plus moi-même parce qu’une partie de mon corps manque. Je m’identifie à mon corps.
  • je peux avoir honte de me montrer en public, je vais vouloir cacher mon handicap. Je m’identifie à mon image perçue par les autres.
  • je peux avoir honte de parler de mon handicap. Est-ce qu’on va me juger si j’en parle ? Je m’identifie à mes pensées.

Les identifications sont difficiles à déceler parce qu’elles font partie de moi.
Elles m’aident à justifier ma façon de vivre, à me persuader que ce que je vis a du sens et que j’ai raison de vivre comme cela. J’ai probablement un modèle de vie idéale que j’essaye de suivre.

En réalité, ces identifications sont illusoires et limitantes.
Elles deviennent évidentes quand je me confronte à des individus fondamentalement différents de moi.
Mais comme je n’aime pas remettre en cause ma façon de vivre, je préfère rester avec des gens qui me ressemblent.

L’acceptation

Je parlerai du lâcher-prise et de l’acceptation dans le prochain article.

Conclusion

Quand la situation change beaucoup, chacun de nous déploie des mécanismes intérieurs de défense, ce que j’appelle la « résistance au changement ».

Cette résistance est normale mais elle est aussi la cause de nos souffrances.

La prochaine fois que vous aurez à vivre un changement, regardez comment ces mécanismes se manifestent chez vous.
Il est inutile de les juger ou de chercher à les comprendre.
Regardez en quoi le changement heurte vos propres identifications.

Regardez comment votre mental essaye désespérément de comprendre la situation, en rejouant le passé et en imaginant le futur.
Ceci est tout à fait normal.
Ce qui n’est pas normal, c’est de croire que votre mental va vous aider à accepter le changement.

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3 réflexions sur “La résistance au changement

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