Comment changer sa façon de penser


Je suis surpris de voir que les livres sur la pensée positive n’expliquent pas comment arriver à changer sa façon de penser.
Soit la méthode est « je me force à penser positivement, et au bout d’un moment, je vais penser positivement », soit seulement l’état final est décrit (par exemple: assumer sa responsabilité, accepter la réalité telle qu’elle est, adopter un regard sain sur soi-même, etc…).

Comment penser positivement ?
Malheureusement, tant que je me force à être autre chose que moi-même (mais en suis-je conscient ?), je ne peux pas y arriver.
Bien évidemment, si je ne fournis pas d’efforts, je n’y arriverai pas.
Mais si je m’acharne dans l’effort, je ne peux pas y arriver non plus.
Alors, comment faire ?

Avant d’expliquer la méthode que j’utilise, je vais décrire comment l’esprit fonctionne pour comprendre la technique.

Les deux formes de pensées

Les pensées se présentent sous diverses formes, et je peux facilement les trier dans de nombreuses catégories, comme positif/négatif, constructif/destructif, eros/thanatos, etc…
En réalité, il n’y a vraiment que deux catégories: extériorisée et intériorisée.

La pensée extériorisée

La pensée est « extériorisée » quand elle s’appuie sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je vais penser à mon travail ou à ma famille.
Cela s’applique aussi à moi-même, quand je me demande comment je dois agir, ou ce que les autres pensent de moi.
Dès que je pense au monde qui m’entoure, ma pensée s’extériorise.
L’extériorisation me permet d’aller à la découverte du monde extérieur, et mène au plaisir et à la souffrance.

La pensée intériorisée

La pensée est « intériorisée » quand elle ne s’appuie pas sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je me sens bien devant un paysage ou après avoir fait l’amour.
Quand j’arrive à avoir l’esprit calme et que je m’accepte tel que je suis, ma pensée s’intériorise, mais ça ne dure jamais longtemps.
L’intériorisation me permet d’aller à la découverte de mon monde intérieur, et mène à l’état de paix intérieure.

Une simple constatation

En regardant attentivement, je peux constater que mes pensées ne sont jamais intériorisées.
Je me préoccupe de mon travail, de mes amis, de ma famille, de ma réussite sociale, de mes prochaines vacances, de ce qui se passe dans le monde, de ce que pensent les autres, etc..
Est-ce que j’ai des « pensées intériorisées » ?

Comment travailler sur l’intériorisation ?

Autant l’extériorisation permet de s’amuser, autant l’intériorisation n’apporte rien d’excitant, sauf que je me sens bien (ce qui n’a pas l’air d’être la préoccupation principale de la majorité des individus !).
La difficulté de l’intériorisation, c’est que je ne peux pas me forcer directement à intérioriser mes pensées.

En plus, la méditation ne suffit pas.
Bien sûr, la méditation peut aider, mais pour qu’elle soit efficace, il faudrait méditer plusieurs heures par jour, et cela n’est pas possible dans notre société actuelle.

Alors comment faire ?

La technique

La technique est très simple à appliquer, mais requiert de la patience.
Le principe est le suivant:

dès que je ressens une souffrance intérieure, je me recentre en cherchant la source de la pensée, le « Je ».

Personnellement, dès que j’ai un souvenir désagréable qui remonte, je prononce intérieurement « Je, Je, Je, … » jusqu’à ce que je sois centré, c’est à dire que je perçois la pensée désagréable sous un autre angle.
D’autres variantes sont « Je suis », « Qui suis-je ? », « D’où vient la pensée ? », « Qui pense ? », etc…
Le principe est de se focaliser sur le « Je », ou plus exactement sur la source du « Je », quel que soit ce que cela signifie.
Bien entendu, si tout va bien, je n’ai pas besoin de me recentrer puisque je suis déjà centré.

Conclusion

La prochaine fois que vous sentez que vous allez mal intérieurement (stress, difficultés personnelles), au lieu d’essayer de lutter contre ce qui vous arrive, je vous propose de vous concentrer sur le « Je ».
L’exercice est plus facile si vous fermez les yeux, mais fonctionne aussi les yeux ouverts.
Répétez plusieurs fois « Je » ou « Je suis » afin de vous recentrer, cherchez la source de votre « Je ».
Au début cela paraîtra abstrait mais avec la pratique vous sentirez ce que cela signifie.

Le simple fait de vous recentrer vous permettra de réduire votre stress et de voir la situation sous un nouvel angle.
En plus, vous pouvez pratiquer à chaque instant de votre vie, même si vous croulez de boulot.

N’espérez pas des résultats immédiats !
Cette technique ne deviendra efficace que si vous la pratiquez régulièrement, patiemment et sans vous dégoûter.
10 minutes tous les soirs avant de se coucher suffisent.
Personnellement, au bout de 4 ans, je pratique sans effort environ 10% de mon temps de veille.

Contrairement à la pensée positive, il est inutile de rechercher des pensées positives ou de rejeter les pensées négatives, puisque le travail consiste à accepter les pensées qui surgissent et à observer ce qui se passe.

Avec de la pratique, vous commencerez à percevoir le processus d’extériorisation de votre pensée.
Vous commencerez à ressentir une grande liberté intérieure et un sentiment de paix intérieure grandira en vous.

Enfin, ceci est la théorie. La pratique repose sur vous maintenant.

La tyrannie de la pensée positive


Je voulais publier un article sur les mécanismes de la pensée, mais je me suis rendu compte que c’était trop théorique.

Ca fait longtemps que j’ai envie d’aborder la « pensée positive », qui est presque sacralisée au travail.

En introduction, j’ai trouvé une excellente vidéo pour commencer cet article:

Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions !

Il y a quelques jours, quelqu’un m’a dit très sérieusement: « il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ! ».

A ce moment-là, je voulais lui décrire ma situation personnelle pour lui faire comprendre qu’il existe des situations qui n’ont pas solution, mais j’ai réalisé qu’il n’est pas à ma place, alors sa compréhension de ma situation aurait été superficielle.

Ce qu’il y a d’amusant, c’est que les individus qui utilisent cette phrase sont les premiers à s’énerver dès qu’ils ont le moindre petit problème.
Nier les problèmes n’empêche pas les problèmes d’arriver, mais ça les rend beaucoup plus difficiles à supporter.
Sérieusement, s’il n’y avait vraiment aucun problème, je n’aurais plus rien à faire dans mon travail.

Il faut rester positif

Une autre phrase qui me saoule est « il faut que tu sois positif ».
En fait cela signifie:

  1. je me fous complètement de tes problèmes, je ne veux entendre que des choses qui me font plaisir, tu as intérêt à me faire plaisir.
  2. je ne veux pas entendre parler d’échec, parce que je ne suis pas un perdant. Je veux que tu sois un gagnant, comme moi.

Je me souviens d’une phrase très juste qui disait « j’ai eu quelques réussites parce que j’ai eu beaucoup d’échecs… ».
Et j’ajouterai: « … et j’ai plus appris de mes échecs que de mes réussites ! ».

Les sites de pensée positive

En googlant « pensée positive », je tombe sur une myriade de sites qui peuvent m’envoyer une pensée positive par jour.
Et je trouve 100 fois plus de liens en anglais avec « positive thinking » !

Voici le genre de phrases que je peux recevoir:

« Tu as l’avantage sur la colère quand tu te tais (proverbe égyptien) »

Putain, je n’y avais pas pensé, il faut que je m’inscrive tout de suite !

Ben non, en fait, c’est une grosse connerie, et ce pour plusieurs raisons:

  1. en réprimant ma colère, je la retourne contre moi, alors que peut-être, me mettre en colère ferait comprendre à l’autre qu’il exagère. Attention, je ne dis pas qu’il faut se mettre en colère tout le temps, seulement au bon moment !
  2. recevoir ou lire une pensée positive ne peut rien m’apporter, parce qu’elle ne peut pas changer ma façon de penser. En fait, je suis très fier de ma pensée, je n’accepte les pensées des autres que si elles confortent la mienne.
  3. les réponses à mes questions sont au fond de moi-même, pas à l’extérieur de moi. Ma réalité intérieure est unique, et mes problèmes sont uniques. Je suis le seul à détenir mes réponses.

Un autre exemple ?

« Voyez le côté positif, le potentiel, et faites un effort ». Dalaï Lama

Ou bien Dalaï a fumé un gros joint, ou bien alors la phrase a été charcutée, parce qu’elle ne veut pas dire grand chose.
Par exemple, ma mère est atteinte d’Alzheimer.
C’est quoi le côté positif ?
Son héritage ? Le fait que je n’aurais plus à payer sa maison de retraite ?
Les images du bonheur passé ? Note: je n’ai aucun souvenir agréable avec mes parents.
Alors, il est où ce côté positif, Dalaï ?
Et quel effort dois-je produire ?
Dois-je me forcer à voir le côté positif ?
Putain, y en a pas !

Le positif et le négatif

Dans « pensée positive », il y a « positif ».
Mais qu’est-ce qui est positif en fait ?

Est-ce que c’est négatif de se mettre en colère, de détester quelqu’un, de vivre seul, de ne pas avoir de travail, de se laisser faire, ou de ne pas se laisser faire ?

En réalité, le positif et le négatif sont subjectifs, il n’y a aucune règle absolue qui dit que telle chose est positive et telle autre négative. Ou plus exactement, positif et négatif changent en fonction du contexte.

La maîtrise de la pensée positive

Il n’y a pas si longtemps, je croyais que je pouvais maîtriser ma pensée et mes émotions, comme un robot sans émotion, ou plutôt comme un psychopathe tendance sérial killer.

Depuis que je pratique la méditation, j’ai réalisé que mes pensées vont et viennent au gré des circonstances.
Quand il m’arrive quelque chose de très agréable (ce qui est très rare), j’ai des pensées super positives, je vois l’avenir en rose.
Quand il m’arrive des merdes (ce qui est beaucoup plus fréquent), j’ai des pensées super négatives, je vois l’avenir en noir, et d’ailleurs la fin du monde est proche.
Et dans tous les autres cas, c’est à dire tout le temps, j’entends ma voix raisonner sans arrêt, sauf quand je dors profondément.

En fait, j’ai compris que je ne peux pas contrôler mes pensées !
Et si moi, qui pratique la méditation depuis plusieurs années, je n’arrive pas à contrôler mes pensées, qu’est-ce que quelqu’un qui n’a jamais travaillé sur sa pensée peut espérer ?

Conclusion

J’ai essayé de vous montrer en quoi la « pensée positive » est une imposture.

Comment réduire ma souffrance intérieure ?
Ce n’est pas en ajoutant des pensées « positives » que je vais y arriver, parce qu’elles vont juste cacher temporairement ma misère intérieure.

Comment faire disparaître les pensées qui me font si mal, et que j’ai mis des années à accumuler patiemment ?

En fait, je ne peux pas les faire disparaître, mais je peux essayer de prendre conscience du processus de ma pensée, en commençant par réduire la quantité de mes pensées.
Par exemple, je ne fais qu’une chose à la fois, j’occupe mon cerveau à stocker des connaissances ou à créer, j’apprends à oublier mon passé et à pardonner.
Une fois que mes pensées arrêtent de se bousculer, je peux enfin commencer à observer calmement mon processus de pensée.
J’expliquerai comment cela fonctionne dans mon prochain article.

La résistance au changement positif


Suite à mon article sur la résistance au changement, quelqu’un m’a posé la question suivante:

tu parles de changement négatif, mais que se passe-t-il en cas de changement positif ? Pourquoi certains résistent-ils ?

Ce à quoi je voulais lui répondre: comment peux-tu savoir si un changement est positif ou négatif ?
Ok, j’avoue, ma réponse est incompréhensible, alors je vais la détailler.

Le contexte

On m’offre la possibilité de changer positivement.
Voici quelques exemples:

  • en suivant un régime, je vais perdre du poids
  • en suivant une méthodologie agile, je vais devenir plus efficace dans mon travail
  • en utilisant un logiciel, mon travail va devenir plus facile

En résumé: si je pratique cette méthode, alors je vais changer positivement.

La réalité

La réalité est toute autre.
Tout d’abord, ce que quelqu’un me vend comme « positif » n’est peut-être positif que pour lui et pas pour moi.
C’est par intérêt qu’il me propose de changer.

Il y a aussi de nombreux effets secondaires.
Si je suis un régime contraignant, je vais forcément craquer à un moment donné, ce qui déclenchera une spirale de culpabilité et je vais rapidement perdre confiance en moi-même et en la méthode.

Si on me force à utiliser une méthodologie agile, mon boulot peut devenir super chiant et bordélique, par exemple comme un pompier qui doit éteindre des feux partout à la fois.
Ou alors, je suis déjà super compétent dans mon domaine, et la méthodologie me dit que j’ai tout faux, ce qui fait toujours plaisir à entendre.
Ou alors, je suis super enthousiaste à suivre la méthodologie. Moi, je veux bien changer, mais je remarque rapidement que le changement serait beaucoup plus utile à ceux qui me demandent de changer !

Enfin, ce logiciel si merveilleux peut remplacer tout ce que j’aimais faire et ne me laisser que les trucs chiants dans mon boulot.
Ou alors je vais être forcé de suivre un processus qui ne me parle pas et dont je ne vois pas l’intérêt, ou plus exactement dont je ne perçois que les défauts.

Les mécanismes intérieurs

J’avais déjà décrit les raisons de ces mécanismes dans « la résistance au changement ».
Je vais décrire quelques autres conséquences.

Le premier mécanisme est la résistance intérieure.
Si quelqu’un veut me forcer à changer, je vais résister de toutes mes forces, même si ça joue contre moi.
Je vais même justifier ma façon de faire en mettant en avant des motifs nobles.

Le second mécanisme est la collision avec les habitudes.
Si j’ai mis du temps à acquérir une habitude, changer cette habitude va me mettre dans une zone d’inconfort.
En informatique, il existe un terme pour cela: l’optimum local.
Si je travaille depuis longtemps, je me trouve dans une situation qui est la meilleure possible, localement.
Quel que soit le changement, je vais me retrouver dans une situation pire.
Mais peut-être qu’en changeant beaucoup de choses, au final, je pourrais atteindre une situation meilleure.
Comment savoir ?
Peut-être que je vais y gagner, peut-être que je vais y perdre, je ne peux le savoir qu’après avoir essayé.
La résistance est due aux doutes, et personne ne peut honnêtement répondre à mes questions.

Le troisième mécanisme est la confusion entre discipline et effort.
Je ne suis pas contre la discipline, du moment que je sais pourquoi je dois en suivre une (et j’ai horreur qu’on me l’impose).
Je ne suis pas contre l’effort, mais il doit rester de courte durée.
Personnellement, j’étais persuadé que le changement devait se faire violemment, mais ce n’est jamais le cas.
Si je me fais violence, c’est que mon approche n’est pas bonne.
Comme je l’ai déjà dit, le changement est un processus naturel et imprévisible.
Si je désire atteindre un objectif, rien ne peut assurer mon succès, sauf si l’objectif est vraiment très simple.

Comment accompagner le changement positif ?

Cela se fait de la même façon qu’avec le changement négatif.
Personnellement, je n’aime pas donner de méthode, parce qu’elles sont toujours à double tranchant.
Je vais quand même en proposer quelques unes.

La première est de manipuler l’autre.
C’est de loin la plus facile à utiliser si j’arrive à comprendre ce qui motive l’autre.
Par exemple, s’il cherche de la reconnaissance, il me suffit de lui en donner quand il va dans le sens que je veux.
Attention, cette méthode ne fonctionne que tant que l’autre accepte d’être manipulé.

La seconde est de proposer une vision, une « philosophie » plutôt qu’un objectif.
Par exemple, pour suivre un régime, au lieu de me focaliser sur le poids, je peux invoquer mon impact sur la planète.
Pour la méthodologie agile, au lieu de me focaliser sur la productivité, la communication ou la business value, je vais brandir le manifeste agile.

La troisième est la remise est cause.
Cela passe par du questionnement, mais il faut être capable de détecter les pensées magiques et autres croyances.
Cela implique que j’ai appris à me remettre en cause et à détecter mes propres croyances.

La quatrième est d’essayer de changer moi-même.
Le fait de vouloir me changer mène à l’acceptation de moi-même, une fois que j’ai compris qu’il n’est pas possible de changer.

La cinquième est le lâcher-prise.
C’est la méthode la plus difficile à appliquer parce que tout au fond de moi, j’ai le secret espoir de pouvoir changer les autres.
Mais mon attitude change quand je commence à accepter l’autre tel qu’il est, sans désir de le changer.
Peut-être qu’il va être sensible à mes arguments, peut-être pas.
Je ne veux pas le forcer à changer, parce que je n’y arriverai pas.
Comme je ne le force pas, il ne peut pas résister.

Conclusion

Tant que je crois qu’il existe un changement « positif », c’est que j’ai la croyance que je peux changer les autres ou moi-même.
Comment changer les autres sans les accepter tels qu’ils sont d’abord ?

Quand j’arrive à accepter l’autre ou moi-même, mon attitude change parce que je ne cherche plus à lui imposer quoi que ce soit.
Paradoxalement, c’est à ce moment-là que le changement intervient.