La valeur « travail »


Je ne suis pas très intéressé par les « people », mais j’avais trouvé cet article amusant: http://www.voici.fr/news-people/actu-people/arthur-raconte-comment-dany-boon-l-a-empeche-de-sombrer-563663

Comment peut-on être malheureux quand tout semble nous réussir ?

Je vais essayer de décrire les mécanismes intérieurs de la « valeur travail ».

Contexte

Avant mon burn-out à 28 ans, je ne m’étais jamais posé la question « pourquoi est-ce que je travaille ? ».
Pour moi, c’était évident qu’il fallait prouver au monde entier que j’étais le meilleur programmeur du monde.
Bien évidemment, cela exigeait de nombreux sacrifices, mais je me disais que ça les valait bien.

Le jour où le burn-out est apparu dans toute sa splendeur, tout mon modèle intérieur s’est effondré d’un coup, et il a fallu découvrir pour quelles raisons je travaillais.
Qu’est-ce qui me motive ?

La « valeur » travail

C’est un terme qui revient souvent dans la bouche des hommes politiques de droite: « la valeur travail ».
Cela signifie implicitement que si je ne travaille pas, je n’ai pas de valeur, autrement dit si je suis au chômage, je suis un parasite pour la société.

A force d’entendre autour de moi vanter cette « valeur travail », je voulais faire comme « tout le monde ».
Même si je dois me faire super chier à mon travail, je vais montrer aux autres à quel point j’en suis fier.
Je vais mettre en avant les points positifs et ignorer les points négatifs, quitte à être dans le déni.
Mais surtout, être au chômage, c’est la honte !

La reconnaissance

Personnellement, si je voulais devenir le meilleur programmeur du monde, c’était pour être reconnu par mes parents, mais ça, je ne l’ai compris que tardivement.
Ce besoin de reconnaissance m’a poussé à accepter des situations insupportables, qui sont d’ailleurs en partie la cause de mon burn-out.

Je voulais tellement être reconnu pour ce que je faisais, que je le prenais mal quand on ne me félicitait pas pour mon travail.
Que de grands efforts pour un petit merci !

Avec le recul, j’ai adopté plutôt l’attitude inverse: je n’aime pas qu’on me remercie pour mon travail, parce que je perçois toujours une tentative de manipulation.
Mais surtout, je ne suis plus esclave des mots.
Je travaille d’abord pour moi, et ensuite pour les autres.
Je me fous de savoir si mon travail plaît ou ne plaît pas, du moment que j’éprouve du plaisir à le faire.

Si je suis complètement accro à la reconnaissance, je peux tomber dans la recherche de la célébrité: je ne veux plus seulement être reconnu par quelques personnes mais par le monde entier, et je vais me sentir mal si on me déteste ou si on m’ignore.

La fierté

Je peux utiliser la fierté et l’honneur pour m’aider à tenir le coup dans mon travail.
En fait, je justifie mon travail par la perception idéalisée que j’en ai.
Il est plus facile d’être fier de son travail en étant patron qu’en étant éboueur.

Ce genre d’identification fonctionne aussi longtemps que j’y crois.
Mais quand la vérité apparaît, ce modèle s’effondre complètement.

Le plaisir

Personnellement, c’est ma première motivation (bien qu’en ce moment, l’argent est plus important à cause de ma femme).

Confucius a dit:
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

Pour ma part, je trouve difficile de déterminer ce que je pourrais aimer, mais facile de déterminer ce que je déteste.
Mais cela prend beaucoup de temps pour découvrir tout ce que je déteste faire.

Un facteur important de plaisir au travail est l’autonomie.
Si quelqu’un est sur mon dos à me dire tout ce que je dois faire, comment pourrais-je éprouver du plaisir à mon travail ?
Cela explique aussi pourquoi les patrons ont plus de plaisir à travailler que leurs employés.

Le bonheur

Personnellement, j’avais la croyance magique que je pouvais devenir heureux grâce à mon travail.
A ma décharge, j’avoue que je n’avais que du travail dans ma vie.

Très franchement, le travail est le pire endroit où chercher du bonheur !

C’est sûr, je peux parfois éprouver du plaisir à travailler, mais le bonheur n’est pas lié au plaisir.
Je peux tout aussi bien être content d’avoir du travail qu’être content d’être au chômage.
Mais comment font les individus qui sont malheureux à leur travail pour tenir le coup ?

Le plus amusant est que les individus qui mettent en avant le bonheur (« je me sens comme dans une famille ») sont souvent les premiers à partir, une fois que leurs illusions ont disparu.

La réussite

Personnellement, je voulais plus réussir intérieurement qu’extérieurement.
Si mon père n’était pas mort quand j’ai eu 18 ans, j’aurais peut-être cherché la réussite extérieure.

Mais pour réussir, il faut apprendre à échouer, à tirer les leçons de l’échec.

Dans le cas d’Arthur cité au début, il y a aussi la notion d’effort.
Si je réussis sans effort, ma réussite n’a pas grande valeur pour moi: « c’est venu tout seul, je ne l’ai pas mérité ».

L’argent

Je peux travailler pour l’argent ou le pouvoir, comme si c’était la chose la plus importante de ma vie et que ça donnait du sens à mon travail, surtout si je le déteste.

Il est difficile de réaliser que l’argent n’est pas un but dans la vie, seulement un moyen.

Personnellement, je n’ai jamais été vraiment attiré par l’argent ou le pouvoir, probablement parce que j’ai vu mes parents s’en sortir correctement sans argent et leurs ambitions étaient peu élevées.
Maintenant, je travaille surtout pour assurer le confort à ma femme.
Comme j’aimerais réduire mon train de vie pour être libre de faire ce que je veux !

Conclusion

J’ai essayé d’énumérer les justifications intérieures que nous donnons à notre travail.

Et vous, savez-vous pourquoi vous travaillez ?
Est-ce que vous cherchez de la reconnaissance, de la fierté, du plaisir, du bonheur, de la réussite ou de l’argent ?
Votre réponse est probablement un mélange de tout cela, mais quel est le facteur dominant ?

Est-ce que vous travaillez pour vous ou pour les autres ?
Enfin, est-ce que vous travaillez pour des raisons qui dépendent de votre passé ?

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