La vie de ma mère


Pour une fois, je ne vais pas parler de moi-même, mais de ma mère.
Je vais essayer de transcrire tout ce que je sais d’elle ici.

Naissance

Ma mère est née le 20 janvier 1927, à Rozaniec en Pologne. Son nom de jeune fille est Maria Maslowska.
Son père est mort alors qu’elle était jeune.
Elle a donc grandi entourée de sa mère et de sa soeur, c’était une famille de paysans.

La guerre

Lors de la seconde guerre mondiale, elle a été réquisitionnée pour travailler en Allemagne, parce qu’ils manquaient de paysans. Sa mère et sa soeur sont restées en Pologne.
Elle n’a plus jamais revu ni sa mère ni sa soeur, parce que celles-ci ont été réquisitionnées en Ukraine à la fin de la guerre, l’Ukraine manquant alors de paysans.
Malgré ses recherches, elle n’a jamais pu les retrouver.

Sa jeunesse

Elle m’a raconté très peu de sa jeunesse.
Je sais juste qu’elle chantait bien (elle chantait souvent des chansons nostalgiques polonaises et allemandes), et qu’elle s’était soûlée avec de l’eau de Cologne.

La fin de la guerre

Quand l’Allemagne a perdu la guerre, elle s’est retrouvée en France, où elle a travaillé dans une usine qui fabriquait des couverts en argent, à Coulommiers.
Elle y a rencontré un autre polonais, Jean Lazor, né le 1er avril 1925.
Ils se sont mariés le 21 mars 1959, mais il est mort le 12 janvier 1964. Alors qu’il montait une côte en vélo, son coeur a lâché.
Elle s’est donc retrouvée veuve à 37 ans.

La rencontre avec mon père

Mon père était né le 6 mars 1929, et il avait eu une vie assez misérable.
Mon grand-père, qui était marchand de charbon, avait été victime du gaz moutarde à la bataille de Verdun, ce qui fait que ses 6 enfants étaient invalides de guerre.

Bien qu’il n’était pas l’aîné de la famille, sa mère l’a obligé à s’occuper de ses frères et soeurs, et il a dû arrêter ses études très jeune.
Brimé par sa mère et exploité par tout le monde, il est devenu dépressif, et à l’époque, cela se traitait à coups d’électrochocs dans les asiles psychiatriques.
Il avait découvert la foi, ce qui lui a permis de supporter cette vie misérable.

Ce sont des amis communs qui les ont mis en contact.
Elle, jeune veuve, et lui, presque curé, avaient décidé d’avoir des enfants et de construire leur maison.
Ils se sont mariés le 5 juin 1965, et je suis né le 18 juillet 1965.
Mon frère est né 2 ans plus tard, le 20 septembre 1967.

Mon père était très heureux d’avoir rencontré cette femme, parce qu’elle s’appelait Maria (comme la vierge Marie), alors il avait acheté un carillon qui sonnait l’Ave Maria, c’était bien chiant.

Mon enfance

Mes parents gagnaient très mal leur vie, ce qui fait que mon frère et moi avons appris à vivre avec très peu d’argent.
Ma mère faisait des petits boulots, comme assembler des chaussons de danse, et elle est partie à la retraite après avoir travaillé dans une cantine à Ozoir.
Mon père faisait des petits boulots aussi, il était maçon et jardinier.
Comme mes parents construisaient eux-même leur maison, mon frère et moi devions aussi participer, ce qui m’a fait détester le travail manuel.
Mon père était en compétition avec son petit frère et rêvait d’une grande maison, il a passé presque toute sa vie à construire notre dernière maison.

Mon éducation

Mes parents ont projeté sur moi leurs frustrations scolaires.
Tout d’abord, j’ai suivi plusieurs années de catéchisme, ce qui fait que j’ai rejeté le christianisme.
Mais l’obsession de mon père était de « réussir les études ».
Ma mère rêvait que je devienne « fonctionnaire ».
Personnellement, je m’ennuyais intellectuellement à l’école.
Mon frère a aussi souffert de la situation, parce que nos parents comparaient nos notes.

La mort du père

Le 9 janvier 1984, mon père sur son vélo s’est fait écraser par un camion.

Ma mère n’a plus jamais cherché à reconstruire de relation, et a commencé à vivre sa vie à travers nous.
De mon côté, j’ai laissé tomber mes études pour me consacrer à ce qui m’intéressait: l’informatique.
Quand elle a vu que je ne voulais plus faire d’études, elle m’a traité comme une merde, et j’ai considéré que notre relation mère-fils était finie.

Les rêves de réussite

Mon frère, quant à lui, réussissait ses études et a fini par devenir fonctionnaire.
Pour ma part, je me suis lancé à corps perdu dans le jeu vidéo pour prouver à ma mère que je n’étais pas nul.
Résultat des courses: un burn-out massif.

La cassure

J’ai suivi une psychanalyse, mais ma mère disait que je n’étais pas « fou ».
Puis j’ai rencontré ma future femme, mais ma mère la critiquait sans arrêt.
J’ai donc décidé de ne plus jamais la revoir, et ça a duré 7 ans.

La réconciliation

Pendant ces 7 ans, mon frère a eu un fils, « le petit-fils » dont ma mère rêvait.
Ma femme a insisté pour que je revois ma mère, et j’ai fini par céder.
Le seul moment dont je me souviens de cette époque est quand ma mère m’a raconté sa vie sexuelle avec mon père, à ma grande surprise. J’ai beaucoup appris sur moi-même ce jour-là.

La fin de sa vie

Jusqu’à 86 ans, elle était toujours autonome, mais elle commençait à oublier.
Un an avant sa mort, elle est tombée par terre, s’est retrouvée en hypothermie, et a été sauvée in extremis par mon frère, mais à partir de là, la conscience disparaissait.
Elle ne nous reconnaissait plus et n’échangeait plus avec nous.
J’ai accepté ma mère comme elle était à ce moment-là, donc j’ai bien vécu la situation.
Mais mon frère refusait son état et essayait d’empêcher la dégénérescence cognitive, il a beaucoup souffert de la situation.

La fin

Elle est morte à 88 ans, le 24 septembre 2015, et elle sera enterrée mercredi 30 septembre 2015 au vieux cimetière d’Ozoir-la-Ferrière.
Bien que ma relation avec ma mère a été longtemps mauvaise, les gens que j’ai croisés m’ont dit que c’était une personne joyeuse et sympathique.

Qu’elle repose en paix.

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Deuxième décès


Encore une triste nouvelle: ma mère est morte ce matin, le 24 septembre 2015.

Je vais être très franc: je ne suis pas triste.
Ma mère est morte à 88 ans, et elle avait déjà perdu toute sa tête, sa mort est plutôt une libération.

Mon frère est très triste, parce qu’il aimait beaucoup notre mère.
En plus, il a réalisé les rêves de notre mère: avoir un petit-fils et devenir fonctionnaire.

Pour ma part, je me sentais plus proche de mon père, et son décès avait été un cataclysme, surtout que j’avais 18 ans à l’époque.

Mon prochain article racontera l’histoire de la vie de ma mère, parce que son histoire est intéressante.

Un peu d’humour


Pour mes prochains articles, je vais essayer d’aborder des thèmes plus joyeux, notamment la sexualité.

En attendant, voici ma toute première présentation: « petit cours d’hygiène en entreprise ».

J’espère que vous n’apprendrez rien de nouveau !
Bizarrement, je n’ai plus jamais eu l’occasion de faire une présentation humoristique en entreprise par la suite…

Le processus de deuil


Ma femme est morte la semaine dernière et son corps sera incinéré demain.
Nous avions vécu ensemble 18 ans, et elle perdait son autonomie de plus en plus depuis 8 ans.

Dans cet article, je vais décrire les processus internes du deuil.

Préambule

Avant de décrire ces processus, je dois rappeler que je suis un pratiquant de l’Advaïta Védanta, donc:

  • je ne crois ni au Paradis ni à l’Enfer. Selon moi, le Paradis et l’Enfer se trouvent dans notre perception de la réalité.
  • je ne crois pas en la réincarnation, puisque selon moi, le corps n’existant pas réellement, il n’y a pas d’incarnation.

Ma femme a donc disparu à tout jamais.

Le choc

Comme j’ai assisté à sa mort, j’ai eu un choc, parce que ça m’a montré que moi aussi, je vais mourir.
Juste après ce choc, un sentiment de manque est apparu, ce qui m’a rendu triste.

Mon corps

Mon corps est très triste. Il n’arrête pas de pleurer, dès que mon esprit pense à ma femme.

J’ai remarqué qu’il vaut mieux laisser le corps pleurer, il arrête tout seul au bout d’un moment.
Je pense que le deuil se termine quand le corps a fini de pleurer, aussi ça va me prendre du temps.

Lors du deuil de mon père, je n’avais pas pleuré, ce qui fait que j’ai fini mon deuil 10 ans plus tard, en pleurant pendant ma psychanalyse, à 400 francs de l’heure.

Mon esprit

Personnellement, je ne me sens pas du tout malheureux, parce que mes processus mentaux autodestructeurs ont disparu.
Mais bien qu’ils aient disparu, je continue de percevoir des pensées autodestructrices.

Les pensées autodestructrices sont de 3 sortes:

  1. les doutes
  2. les remords
  3. les regrets

Les doutes

Quelques exemples:

  • pourquoi m’a-t-elle laissé seul ?
  • que vais-je faire sans elle ?

Cela indique que je suis dans le refus de la réalité.

Les remords

Quelques exemples:

  • à certains moments, j’ai souhaité sa mort, parce que je n’en pouvais plus
  • sa santé s’est détériorée depuis qu’elle s’est installée dans notre maison. J’ai eu tort de la faire venir ici.

Cela indique que j’ai du mal à me pardonner.

Les regrets

Quelques exemples:

  • avant de mourir, ma femme m’a dit que j’étais la personne la plus importante de sa vie. J’étais crevé, je ne lui ai pas répondu.
  • j’aurais dû la forcer à aller à l’hôpital plus tôt, elle s’y opposait

Cela indique que je refuse le passé.

Comment arrêter de souffrir

Ces pensées sont tout à fait normales, elles indiquent simplement que l’esprit essaye de trouver des réponses.
Malheureusement, il n’y a pas de solution aux doutes, remords et regrets.

Lors de mon premier deuil, je remuais ces phrases dans ma tête, et ça tournait, ça tournait.
Ça n’était jamais exprimé, ça ne sortait donc pas, et je me rendais malheureux.
Parler m’aurait aidé à extérioriser les émotions.

Maintenant, comme j’ai arrêté de souffrir, je perçois le processus dont je vais décrire les différentes phases.

La pensée apparaît

Ce processus est spontané.
Je ne suis d’ailleurs pas certain d’être à l’origine de cette pensée.

L’émotion apparaît

Mon corps se met à pleurer.

L’esprit s’empare de la pensée

L’esprit va se mettre à réfléchir, afin de trouver une solution.

Quand mon esprit est clair, je réalise que ce processus est inutile, et j’accepte la pensée.
Je pardonne à l’autre et à moi-même, cette pensée est « normale », c’est juste une pensée.

Quand mon esprit n’est pas clair, je refuse cette pensée.
Je la trouve trop monstrueuse, ou alors je refuse de pardonner à moi ou à l’autre.
Si cette pensée me semble insupportable, je vais la refouler.

L’émotion disparaît

Mon corps arrête de pleurer.

Le cycle

En fait, quand une pensée culpabilisante apparaît, elle réapparaît jusqu’à ce que j’arrive à l’accepter.
Dans mon cas, elle apparaît en général trois fois.
La première fois, je me mets à pleurer très fort, mais j’accepte ma pensée, aussi dure soit-elle.
La deuxième fois, les pleurs sont moins forts.
La troisième fois, ça ne me fait plus rien.

Conclusion

Depuis une semaine, j’ai croisé beaucoup de gens qui ont connu le deuil, et certains ne s’en toujours pas remis.

J’ai essayé ici de vous décrire le cycle des souffrances, parce qu’il est complètement évident lors d’un deuil.
Il n’y a pas de solution intellectuelle à cette souffrance.
La solution est de se pardonner, de pardonner à l’autre et d’accepter, mais cela ne se fait pas intellectuellement.
Le lâcher-prise apparaîtra quand tout sera en paix.
Le corps est triste, mais l’esprit reste serein.

Et vous, avez-vous connu un deuil ?
L’avez-vous accepté ou refusé ?
Comprenez-vous que le bonheur est simplement un état intérieur, possible à chaque instant ?

Décès


Ma femme vient de mourir à la maison, en faisant un arrêt cardio-respiratoire ce dimanche 6 septembre à 13h15.

Je suis complètement bouleversé et je n’arrête pas de pleurer, au moment où je tape ces mots.

Je ne m’attendais pas à ce que les émotions soient aussi violentes, étant donné que j’ai très peu de pensées.
Je n’ai pas de souvenirs qui remontent, ni de regrets ou de remords, mais un énorme sentiment de tristesse.

Elle était en mauvaise santé depuis plusieurs années, mais ces dernières semaines son état s’était fortement détérioré.

Je suis surtout content qu’elle ait fini de souffrir, et qu’elle ait pu réaliser son rêve: mourir à la maison.

Hier soir, elle m’avait dit que j’étais la personne la plus importante de sa vie.
C’était la personne la plus importante de ma vie et elle va me manquer.