La Confiance en Soi et l’Estime de Soi (première partie)


Je vais maintenant présenter des techniques pour augmenter la confiance en soi et l’estime de soi, et comment elles s’appliquent dans l’agilité.

Tout d’abord, je tiens à vous faire lire cet excellent article sur la différence entre confiance et estime:
http://www.infopsy.com/estimeconf1.html

La confiance, c’est « je suis capable de… », l’estime, c’est « je vaux quelque chose… ».
S’ensuivent toutes les problématiques de reconnaissance (plutôt pour les hommes) et d’attention (plutôt pour les femmes).

Dans ce premier article, je vais vous proposer quelques techniques « extérieures ».
Ces conseils sont triés par ordre croissant d’importance.

L’éducation

Un facteur très important est fourni par l’éducation de nos parents.
Si vos parents vous ont encouragé fréquemment, vous avez probablement une bonne image de vous-même.

Le principe de la « mère juive » est très important, puisqu’elle aime son fils malgré toutes les conneries qu’il peut faire.
Attention aux dangers de l’optimisme aveugle: ce n’est pas parce que j’ai une bonne image intérieure de moi-même que je vais réussir tout ce que je fais !
L’échec est très mal vécu pour ceux qui sont profondément optimistes, ils ne comprennent pas pourquoi ils peuvent échouer (ils sont parfaits !), et les leçons importantes sont ignorées.
Voici deux articles sur les avantages de la pensée négative: http://99u.com/articles/7232/The-Power-of-Negative-Thinking
http://online.wsj.com/article/SB10001424127887324705104578147333270637790.html

Si vos parents vous ont dévalorisé sans arrêt, je vous déconseille fortement de chercher de la confiance chez les autres, vous allez retomber dans des relations de valorisation/dévalorisation, qui font juste mal.

Dans mon cas, mes parents, en croyant bien faire, m’ont plutôt dévalorisé.
Les valeurs de ma mère sont l’argent et la « réussite sociale », qui sont des concepts super foireux pour un enfant, et celles de mon père sont « Dieu » et « le don de soi », qui sont aussi inadaptées.
En plus, ces 2 systèmes de valeurs sont diamétralement opposés, ce qui fait que j’ai passé beaucoup d’années à chercher un système de valeurs qui soit cohérent.

Les signes de reconnaissance

C’est un concept de l’Analyse Transactionnelle:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_transactionnelle#L.27.C3.A9conomie_des_signes_de_reconnaissance

Chaque individu recherche de la reconnaissance positive, et certains recherchent même des reconnaissances négatives. Le plus dur à supporter est l’indifférence.

La plupart des cérémonies de Scrum sont des signes de reconnaissance.

Je trouve que les rituels de reconnaissance sont dangereux. En effet, plus je reçois de la reconnaissance, plus j’en redemande. Ca devient vite une drogue, et quand je reçois des signes contraires ou quand je suis ignoré, je me mets à douter de moi-même.
En fait, les individus cherchent souvent à reproduire les schémas familiaux au travail.

Enfin, la reconnaissance est beaucoup utilisée chez les américains, mais elle ne fonctionne pas en France.
Essayez un peu de dire à une équipe « vous êtes les meilleurs ! », puis notez les réactions.

Quand j’utilise la reconnaissance, je manipule les autres émotionnellement. Comme je n’aime pas être manipulé, j’essaye de ne pas les manipuler, j’utilise des signes de reconnaissance honnêtes.

La réciprocité

La réciprocité, c’est simplement de faire aux autres ce que j’aimerais qu’ils me fassent.
Si je veux être estimé, il faut que je fasse sentir aux autres que je les estime.

Attention ! J’ai utilisé ici estime, pas confiance ni amour.
Je ne dois pas faire confiance aux autres, je dois toujours vérifier que ce que je leur ai demandé a été fait.
Les autres sont comme moi, ils ont horreur de s’engager surtout si cela va leur demander de l’effort, donc je dois montrer que je suis disponible pour vérifier ce qu’ils ont fait et que c’est bien fait, sinon ils vont faire moins d’efforts la prochaine fois que je leur demanderai quelque chose.

« Construire de la confiance » dans l’agilité est une grosse erreur, il s’agit de « construire de l’estime » !

L’écoute active

L’écoute active est une technique que j’ai découverte en psychanalyse (avec la reformulation).
L’écoute active est très simple: c’est écouter les individus et anticiper ce qu’ils vont dire, mais sans leur couper la parole.
C’est un excellent moyen pour libérer la parole, et donc la pensée, et donc faire monter la confiance en soi de l’interlocuteur.
Cela fonctionne surtout en tête-à-tête.

Malheureusement, l’écoute active est excellente pour faire monter la confiance des autres, mais pas directement la mienne.

Le feedback

Le feedback, c’est un peu la base de l’agilité: j’essaye de collecter du retour sur tout ce que je fais.
Ce retour peut être positif ou négatif, mais plus il est fréquent, et plus je peux corriger le tir rapidement.

Il est très difficile de demander du feedback, et surtout d’en recevoir, parce qu’il faut que le feedback soit honnête. Un feedback malhonnête est une simple perte de temps.

Les individus n’aiment pas faire de retour honnête, ni en recevoir, parce que c’est trop intime.
Il faut les encourager en ce sens, en permanence et sans se décourager.
Au bout d’un certain temps, toutes les relations deviennent moins tendues, parce qu’il y a plus d’honnêteté.
Ne croyez pas que les individus se préoccupent de vous, ils ont bien assez de préoccupations personnelles, c’est pour cela qu’il faut toujours réclamer leur feedback. Si je ne demande pas, je n’aurai pas.

Les petites victoires

Les petites victoires, ce sont des objectifs à court terme que je me fixe.

Dans Kanban et Scrum, c’est un post-it décrivant la tâche que j’ai à faire.

L’intérêt des petites victoires est le fait de bien définir un but à court terme.
Quand je termine une tâche bien définie, j’éprouve de la satisfaction, ce qui peut renforcer ma confiance en moi.
Quand je ne finis pas une tâche définie, j’ai un sentiment d’insatisfaction, je me dis alors: « ha, il faut que je fasse encore ça et ça, et ensuite je me sentirai satisfait », donc en gros, il m’en faut toujours plus et je ne serai jamais satisfait.

J’insiste ici sur le danger de découper sa vie en tâches, nous ne sommes pas des robots !
L’être humain est goal-driven, pas task-driven.
N’appliquez surtout pas Scrum ou GTD dans votre vie !

Le plaisir de travailler

Je suis très efficace quand ce que j’ai à faire me plaît, je sens que je suis parfaitement à ma place dans ces moments-là.
Un excellent conseil est donc de faire des choses qui me plaisent et d’éviter les choses qui me déplaisent, cela va me donner une bonne image de moi-même, et augmenter ma confiance en moi.
Si je déteste mon boulot, mon image personnelle en prend un coup, et ma confiance en moi diminue.

L’Extreme Programming propose une excellente technique quand une tâche me déplaît: le pair-programming.
Si une tâche est insupportable à faire seul, elle le devient beaucoup moins à deux.

La Peak Performance

La Peak Performance, c’est le fait de réussir un défi qui permet de me dépasser.

Personnellement, mon moment de Peak Performance a été de devenir champion de France de mots fléchés.
J’attendais ce moment depuis 8 ans, et je m’étais entraîné durement avant la finale: j’ai résolu plus de 300 grilles en me chronométrant pendant un mois, ce qui m’a dégouté à tout jamais des mots croisés.
Lors de la finale, j’étais mort de peur (la peur de ne pas gagner), et après ma victoire, je me suis senti confiant pendant plusieurs mois.

Une Peak Performance peut se manifester à la naissance d’un enfant, lors d’une rencontre amoureuse, ou quand on réussit quelque chose qui semblait impossible.
La satisfaction de la Peak Performance n’est pas intellectuelle, et je suis certain qu’on ne peut pas en avoir dans le travail.

Conclusion

Dans cette première partie, j’ai présenté quelques techniques pour augmenter ma satisfaction personnelle.
Plus je suis satisfait, plus je me sens en confiance.

Mais cette satisfaction est plutôt tournée vers l’extérieur, vers ce que je fais, et malheureusement, je n’ai aucun contrôle sur le résultat extérieur.
Je fais du mieux que je peux, mais après je n’ai pas le pouvoir de décider du résultat.
Une idée excellente peut échouer, alors qu’une idée pourrie peut réussir, c’est le hasard !
La pensée magique ne peut pas changer le résultat.

Enfin, quand je suis trop dépendant de la satisfaction extérieure et qu’il y a un problème, je souffre parce qu’il s’agit en fait d’une dépendance affective.

Dans la seconde partie, j’aborderai les techniques « intérieures ».

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Les Mots d’Ordre


Aujourd’hui, je vais vous parler d’Analyse Transactionnelle (AT).

L’AT se concentre sur l’interaction entre les individus. C’est un outil relationnel intéressant, mais limité dans la découverte de soi, j’en reparlerai dans de prochains articles.

La page Wikipédia décrit tous les outils de l’AT:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_transactionnelle

Dans les années 70, Taïbi Kahler a décrit un ensemble de 5 mots d’ordre (qu’il a appelé « drivers« ), qui sont des mots d’ordre inculqués (je dirais même « inculpés ») lors de l’enfance par les parents, et une grande partie des gens continuent à suivre aveuglément ces mots d’ordre à l’âge adulte.

Les 5 mots d’ordre

Avant de rentrer dans les détails, voici les 5 mots d’ordre:

  1. Fais plaisir
  2. Sois fort
  3. Sois parfait
  4. Fais des efforts
  5. Dépêche-toi

Ces messages semblent corrects et inoffensifs, mais je vais vous montrer comment ils sont à double tranchant et dangereux s’ils ne sont jamais remis en cause.

Fais plaisir

Messages typiques

« fais plaisir à ta mère », « tu me fais de la peine », « ne sois pas égoïste », « sois gentil, je suis fatigué »

Signification

Je dois me comporter bien avec les autres personnes.
Alors je dois me montrer dévoué, aimable et gentil à leur égard.

Comportement

J’ai besoin de faire plaisir aux autres pour me sentir aimé.
Je fais les choses pour les autres, même si je n’en ai pas envie, quitte à le regretter par la suite.
Je n’ai pas le droit de montrer que je ne suis pas d’accord avec quelqu’un.
J’accepte d’être frustré pour ne pas décevoir.
Je n’ose pas dire « non », et je vais déformer ma perception de la réalité afin de garder une bonne image de moi-même.
En fin de compte, les autres personnes ont plus de valeur que moi, je ne suis que leur faire-valoir.

Croyances erronées et destructrices

Je peux faire plaisir à tout le monde.
Ma valeur dépend de ma capacité à plaire aux autres, je suis un séducteur.

Sois fort (ne montre rien)

Messages typiques

« il faut être courageux », « un grand garçon ne pleure pas », « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », « il faut toujours rester digne »

Signification

Je dois être méfiant à l’égard des autres, je n’ai pas besoin d’eux.
Je ne dois rien montrer de ce que je ressens ou de ce que je pense.

Comportement

Je n’exprime jamais mes sentiments (sauf quand je suis seul), je vais toujours montrer une façade, même quand je suis de bonne humeur.
Je cache ce que je suis.
Je peux tout faire tout seul pour montrer à quel point je suis fort, j’aime être admiré !
Je peux aussi prendre des risques démesurés.

Croyances erronées et destructrices

Je dois montrer aux autres que je suis fort.
Je n’ai besoin de personne.
Ma valeur ne dépend que de moi-même, je suis un battant.

Sois parfait

Messages typiques

« tu peux mieux faire », « c’est pas mal mais j’attendais mieux de toi », « il faut essayer de tout prévoir »

Signification

Je dois faire les choses parfaitement, et ne rien laisser au hasard.
Je n’ai aucun défaut.

Comportement

Je suis perfectionniste, insatisfait et exigeant.
Je dois être irréprochable, alors je crains le jugement, le manque de contrôle et l’imprévu.
J’ai peur d’oublier quelque chose, alors je peux recommencer les choses plusieurs fois.
J’ai tendance à procrastiner, quand je sens que je ne serai pas parfait.
Je cherche à tout contrôler, je suis un vrai « bourreau de travail ».
Quand je parle, j’utilise beaucoup les Euh, afin de préparer ce que j’ai à dire.
A long terme, j’aurai un cancer.

Croyances erronées et destructrices

Je peux faire les choses à la perfection, tout doit être parfait et sans imprévu.
Ma valeur dépend de la perfection de mes actions.

Fais des efforts (essaye plus fort)

Messages typiques

« donne-toi un peu de mal », « à vaincre sans effort on triomphe sans gloire », « on n’a rien sans effort »

Signification

Je dois montrer que j’essaye avec acharnement.

Comportement

L’important, c’est de montrer que je fais des efforts.
Si j’obtiens un résultat sans effort, alors ce résultat n’a aucune valeur pour moi.
Aussi, j’ai tendance à compliquer les choses.
J’aime travailler 10 heures par jour, et montrer à tous que j’en veux.
Je pense que les autres sont paresseux.
A long terme, j’aurai une crise cardiaque.

Croyances erronées et destructrices

Plus j’en bave, plus j’ai des chances de réussir.
Ma valeur dépend des efforts que je fournis, peu importe le résultat.

Dépêche-toi

Messages typiques

« arrête de traîner », « tu es trop lent », « va plus vite »

Signification

Je dois aller vite (ou au moins montrer que je suis pressé), je ne dois pas prendre mon temps.

Comportement

J’essaye d’être toujours débordé, et je m’ennuie si je ne le suis pas.
Je cours, je m’agite, je déplace beaucoup d’air.
J’essaye d’entraîner les autres dans mon agitation.
J’alterne entre des moments de fatigue et de dynamisme.
Je reproche à tous les autres leur lenteur.
Je suis certain que je suis efficace quand je fais plusieurs choses simultanément.
Je prends des excitants le matin et des calmants le soir.
J’ai des troubles de l’attention et du mal à me concentrer.
Je dois répondre aux désirs des autres tout de suite.

Croyances erronées et destructrices

Je ne fais les choses bien que quand je les fais vite.
Ma valeur dépend de ma réactivité.

Le stress

Nous avons tous intégré ces 5 messages à divers degrés, peut-être avec une dominance pour 1 ou 2 de ces ordres.
Nous pouvons voir quels ordres nous pilotent lorsque nous sommes en état de stress.
En effet, notre corps exprime le stress quand nous nous faisons violence intérieurement.
Le corps est le meilleur indicateur pour savoir si tout va bien, hélas très peu de personnes l’écoutent vraiment.
Je dois avouer que je n’écoutais pas mon corps avant ma psychanalyse, parce que j’imaginais que je n’étais que ma pensée.

Conclusion

Nous construisons une partie de notre personnalité à partir des mots d’ordre, parce que nos parents nous laissent entendre qu’ils nous aiment quand nous obéissons à ces ordres, et à l’âge adulte, nous continuons de croire naïvement que notre valeur dépend de ces mots d’ordre.

Malheureusement, ces ordres nous rendent prédictibles et prévisibles !
Au lieu d’agir librement intérieurement, nous agissons de la manière qui nous est la plus familière, ce qui fait que notre comportement est rigide (mais nous n’en avons pas conscience !). Nous sommes prisonniers de notre propre comportement.
Cela ne serait pas grave si les manipulateurs toxiques n’utilisaient cette prévisibilité contre nous, en jouant sur nos croyances. Par exemple, s’ils voient que j’obéis à « fais plaisir », ils vont m’encourager à leur faire plaisir.

Le plus surprenant est que nous sentons intuitivement les mots d’ordre des gens autour de nous, mais nous avons la plus grande peine à discerner les nôtres.

Enfin, ces messages sont inconsciemment transmis d’une génération à la suivante.
Je vois de temps en temps des pères agir avec leurs enfants, et je me dis intérieurement:

ce n’est pas de l’éducation, c’est du dressage !