Le processus de deuil


Ma femme est morte la semaine dernière et son corps sera incinéré demain.
Nous avions vécu ensemble 18 ans, et elle perdait son autonomie de plus en plus depuis 8 ans.

Dans cet article, je vais décrire les processus internes du deuil.

Préambule

Avant de décrire ces processus, je dois rappeler que je suis un pratiquant de l’Advaïta Védanta, donc:

  • je ne crois ni au Paradis ni à l’Enfer. Selon moi, le Paradis et l’Enfer se trouvent dans notre perception de la réalité.
  • je ne crois pas en la réincarnation, puisque selon moi, le corps n’existant pas réellement, il n’y a pas d’incarnation.

Ma femme a donc disparu à tout jamais.

Le choc

Comme j’ai assisté à sa mort, j’ai eu un choc, parce que ça m’a montré que moi aussi, je vais mourir.
Juste après ce choc, un sentiment de manque est apparu, ce qui m’a rendu triste.

Mon corps

Mon corps est très triste. Il n’arrête pas de pleurer, dès que mon esprit pense à ma femme.

J’ai remarqué qu’il vaut mieux laisser le corps pleurer, il arrête tout seul au bout d’un moment.
Je pense que le deuil se termine quand le corps a fini de pleurer, aussi ça va me prendre du temps.

Lors du deuil de mon père, je n’avais pas pleuré, ce qui fait que j’ai fini mon deuil 10 ans plus tard, en pleurant pendant ma psychanalyse, à 400 francs de l’heure.

Mon esprit

Personnellement, je ne me sens pas du tout malheureux, parce que mes processus mentaux autodestructeurs ont disparu.
Mais bien qu’ils aient disparu, je continue de percevoir des pensées autodestructrices.

Les pensées autodestructrices sont de 3 sortes:

  1. les doutes
  2. les remords
  3. les regrets

Les doutes

Quelques exemples:

  • pourquoi m’a-t-elle laissé seul ?
  • que vais-je faire sans elle ?

Cela indique que je suis dans le refus de la réalité.

Les remords

Quelques exemples:

  • à certains moments, j’ai souhaité sa mort, parce que je n’en pouvais plus
  • sa santé s’est détériorée depuis qu’elle s’est installée dans notre maison. J’ai eu tort de la faire venir ici.

Cela indique que j’ai du mal à me pardonner.

Les regrets

Quelques exemples:

  • avant de mourir, ma femme m’a dit que j’étais la personne la plus importante de sa vie. J’étais crevé, je ne lui ai pas répondu.
  • j’aurais dû la forcer à aller à l’hôpital plus tôt, elle s’y opposait

Cela indique que je refuse le passé.

Comment arrêter de souffrir

Ces pensées sont tout à fait normales, elles indiquent simplement que l’esprit essaye de trouver des réponses.
Malheureusement, il n’y a pas de solution aux doutes, remords et regrets.

Lors de mon premier deuil, je remuais ces phrases dans ma tête, et ça tournait, ça tournait.
Ça n’était jamais exprimé, ça ne sortait donc pas, et je me rendais malheureux.
Parler m’aurait aidé à extérioriser les émotions.

Maintenant, comme j’ai arrêté de souffrir, je perçois le processus dont je vais décrire les différentes phases.

La pensée apparaît

Ce processus est spontané.
Je ne suis d’ailleurs pas certain d’être à l’origine de cette pensée.

L’émotion apparaît

Mon corps se met à pleurer.

L’esprit s’empare de la pensée

L’esprit va se mettre à réfléchir, afin de trouver une solution.

Quand mon esprit est clair, je réalise que ce processus est inutile, et j’accepte la pensée.
Je pardonne à l’autre et à moi-même, cette pensée est « normale », c’est juste une pensée.

Quand mon esprit n’est pas clair, je refuse cette pensée.
Je la trouve trop monstrueuse, ou alors je refuse de pardonner à moi ou à l’autre.
Si cette pensée me semble insupportable, je vais la refouler.

L’émotion disparaît

Mon corps arrête de pleurer.

Le cycle

En fait, quand une pensée culpabilisante apparaît, elle réapparaît jusqu’à ce que j’arrive à l’accepter.
Dans mon cas, elle apparaît en général trois fois.
La première fois, je me mets à pleurer très fort, mais j’accepte ma pensée, aussi dure soit-elle.
La deuxième fois, les pleurs sont moins forts.
La troisième fois, ça ne me fait plus rien.

Conclusion

Depuis une semaine, j’ai croisé beaucoup de gens qui ont connu le deuil, et certains ne s’en toujours pas remis.

J’ai essayé ici de vous décrire le cycle des souffrances, parce qu’il est complètement évident lors d’un deuil.
Il n’y a pas de solution intellectuelle à cette souffrance.
La solution est de se pardonner, de pardonner à l’autre et d’accepter, mais cela ne se fait pas intellectuellement.
Le lâcher-prise apparaîtra quand tout sera en paix.
Le corps est triste, mais l’esprit reste serein.

Et vous, avez-vous connu un deuil ?
L’avez-vous accepté ou refusé ?
Comprenez-vous que le bonheur est simplement un état intérieur, possible à chaque instant ?

Comment changer sa façon de penser


Je suis surpris de voir que les livres sur la pensée positive n’expliquent pas comment arriver à changer sa façon de penser.
Soit la méthode est « je me force à penser positivement, et au bout d’un moment, je vais penser positivement », soit seulement l’état final est décrit (par exemple: assumer sa responsabilité, accepter la réalité telle qu’elle est, adopter un regard sain sur soi-même, etc…).

Comment penser positivement ?
Malheureusement, tant que je me force à être autre chose que moi-même (mais en suis-je conscient ?), je ne peux pas y arriver.
Bien évidemment, si je ne fournis pas d’efforts, je n’y arriverai pas.
Mais si je m’acharne dans l’effort, je ne peux pas y arriver non plus.
Alors, comment faire ?

Avant d’expliquer la méthode que j’utilise, je vais décrire comment l’esprit fonctionne pour comprendre la technique.

Les deux formes de pensées

Les pensées se présentent sous diverses formes, et je peux facilement les trier dans de nombreuses catégories, comme positif/négatif, constructif/destructif, eros/thanatos, etc…
En réalité, il n’y a vraiment que deux catégories: extériorisée et intériorisée.

La pensée extériorisée

La pensée est « extériorisée » quand elle s’appuie sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je vais penser à mon travail ou à ma famille.
Cela s’applique aussi à moi-même, quand je me demande comment je dois agir, ou ce que les autres pensent de moi.
Dès que je pense au monde qui m’entoure, ma pensée s’extériorise.
L’extériorisation me permet d’aller à la découverte du monde extérieur, et mène au plaisir et à la souffrance.

La pensée intériorisée

La pensée est « intériorisée » quand elle ne s’appuie pas sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je me sens bien devant un paysage ou après avoir fait l’amour.
Quand j’arrive à avoir l’esprit calme et que je m’accepte tel que je suis, ma pensée s’intériorise, mais ça ne dure jamais longtemps.
L’intériorisation me permet d’aller à la découverte de mon monde intérieur, et mène à l’état de paix intérieure.

Une simple constatation

En regardant attentivement, je peux constater que mes pensées ne sont jamais intériorisées.
Je me préoccupe de mon travail, de mes amis, de ma famille, de ma réussite sociale, de mes prochaines vacances, de ce qui se passe dans le monde, de ce que pensent les autres, etc..
Est-ce que j’ai des « pensées intériorisées » ?

Comment travailler sur l’intériorisation ?

Autant l’extériorisation permet de s’amuser, autant l’intériorisation n’apporte rien d’excitant, sauf que je me sens bien (ce qui n’a pas l’air d’être la préoccupation principale de la majorité des individus !).
La difficulté de l’intériorisation, c’est que je ne peux pas me forcer directement à intérioriser mes pensées.

En plus, la méditation ne suffit pas.
Bien sûr, la méditation peut aider, mais pour qu’elle soit efficace, il faudrait méditer plusieurs heures par jour, et cela n’est pas possible dans notre société actuelle.

Alors comment faire ?

La technique

La technique est très simple à appliquer, mais requiert de la patience.
Le principe est le suivant:

dès que je ressens une souffrance intérieure, je me recentre en cherchant la source de la pensée, le « Je ».

Personnellement, dès que j’ai un souvenir désagréable qui remonte, je prononce intérieurement « Je, Je, Je, … » jusqu’à ce que je sois centré, c’est à dire que je perçois la pensée désagréable sous un autre angle.
D’autres variantes sont « Je suis », « Qui suis-je ? », « D’où vient la pensée ? », « Qui pense ? », etc…
Le principe est de se focaliser sur le « Je », ou plus exactement sur la source du « Je », quel que soit ce que cela signifie.
Bien entendu, si tout va bien, je n’ai pas besoin de me recentrer puisque je suis déjà centré.

Conclusion

La prochaine fois que vous sentez que vous allez mal intérieurement (stress, difficultés personnelles), au lieu d’essayer de lutter contre ce qui vous arrive, je vous propose de vous concentrer sur le « Je ».
L’exercice est plus facile si vous fermez les yeux, mais fonctionne aussi les yeux ouverts.
Répétez plusieurs fois « Je » ou « Je suis » afin de vous recentrer, cherchez la source de votre « Je ».
Au début cela paraîtra abstrait mais avec la pratique vous sentirez ce que cela signifie.

Le simple fait de vous recentrer vous permettra de réduire votre stress et de voir la situation sous un nouvel angle.
En plus, vous pouvez pratiquer à chaque instant de votre vie, même si vous croulez de boulot.

N’espérez pas des résultats immédiats !
Cette technique ne deviendra efficace que si vous la pratiquez régulièrement, patiemment et sans vous dégoûter.
10 minutes tous les soirs avant de se coucher suffisent.
Personnellement, au bout de 4 ans, je pratique sans effort environ 10% de mon temps de veille.

Contrairement à la pensée positive, il est inutile de rechercher des pensées positives ou de rejeter les pensées négatives, puisque le travail consiste à accepter les pensées qui surgissent et à observer ce qui se passe.

Avec de la pratique, vous commencerez à percevoir le processus d’extériorisation de votre pensée.
Vous commencerez à ressentir une grande liberté intérieure et un sentiment de paix intérieure grandira en vous.

Enfin, ceci est la théorie. La pratique repose sur vous maintenant.

La résistance au changement positif


Suite à mon article sur la résistance au changement, quelqu’un m’a posé la question suivante:

tu parles de changement négatif, mais que se passe-t-il en cas de changement positif ? Pourquoi certains résistent-ils ?

Ce à quoi je voulais lui répondre: comment peux-tu savoir si un changement est positif ou négatif ?
Ok, j’avoue, ma réponse est incompréhensible, alors je vais la détailler.

Le contexte

On m’offre la possibilité de changer positivement.
Voici quelques exemples:

  • en suivant un régime, je vais perdre du poids
  • en suivant une méthodologie agile, je vais devenir plus efficace dans mon travail
  • en utilisant un logiciel, mon travail va devenir plus facile

En résumé: si je pratique cette méthode, alors je vais changer positivement.

La réalité

La réalité est toute autre.
Tout d’abord, ce que quelqu’un me vend comme « positif » n’est peut-être positif que pour lui et pas pour moi.
C’est par intérêt qu’il me propose de changer.

Il y a aussi de nombreux effets secondaires.
Si je suis un régime contraignant, je vais forcément craquer à un moment donné, ce qui déclenchera une spirale de culpabilité et je vais rapidement perdre confiance en moi-même et en la méthode.

Si on me force à utiliser une méthodologie agile, mon boulot peut devenir super chiant et bordélique, par exemple comme un pompier qui doit éteindre des feux partout à la fois.
Ou alors, je suis déjà super compétent dans mon domaine, et la méthodologie me dit que j’ai tout faux, ce qui fait toujours plaisir à entendre.
Ou alors, je suis super enthousiaste à suivre la méthodologie. Moi, je veux bien changer, mais je remarque rapidement que le changement serait beaucoup plus utile à ceux qui me demandent de changer !

Enfin, ce logiciel si merveilleux peut remplacer tout ce que j’aimais faire et ne me laisser que les trucs chiants dans mon boulot.
Ou alors je vais être forcé de suivre un processus qui ne me parle pas et dont je ne vois pas l’intérêt, ou plus exactement dont je ne perçois que les défauts.

Les mécanismes intérieurs

J’avais déjà décrit les raisons de ces mécanismes dans « la résistance au changement ».
Je vais décrire quelques autres conséquences.

Le premier mécanisme est la résistance intérieure.
Si quelqu’un veut me forcer à changer, je vais résister de toutes mes forces, même si ça joue contre moi.
Je vais même justifier ma façon de faire en mettant en avant des motifs nobles.

Le second mécanisme est la collision avec les habitudes.
Si j’ai mis du temps à acquérir une habitude, changer cette habitude va me mettre dans une zone d’inconfort.
En informatique, il existe un terme pour cela: l’optimum local.
Si je travaille depuis longtemps, je me trouve dans une situation qui est la meilleure possible, localement.
Quel que soit le changement, je vais me retrouver dans une situation pire.
Mais peut-être qu’en changeant beaucoup de choses, au final, je pourrais atteindre une situation meilleure.
Comment savoir ?
Peut-être que je vais y gagner, peut-être que je vais y perdre, je ne peux le savoir qu’après avoir essayé.
La résistance est due aux doutes, et personne ne peut honnêtement répondre à mes questions.

Le troisième mécanisme est la confusion entre discipline et effort.
Je ne suis pas contre la discipline, du moment que je sais pourquoi je dois en suivre une (et j’ai horreur qu’on me l’impose).
Je ne suis pas contre l’effort, mais il doit rester de courte durée.
Personnellement, j’étais persuadé que le changement devait se faire violemment, mais ce n’est jamais le cas.
Si je me fais violence, c’est que mon approche n’est pas bonne.
Comme je l’ai déjà dit, le changement est un processus naturel et imprévisible.
Si je désire atteindre un objectif, rien ne peut assurer mon succès, sauf si l’objectif est vraiment très simple.

Comment accompagner le changement positif ?

Cela se fait de la même façon qu’avec le changement négatif.
Personnellement, je n’aime pas donner de méthode, parce qu’elles sont toujours à double tranchant.
Je vais quand même en proposer quelques unes.

La première est de manipuler l’autre.
C’est de loin la plus facile à utiliser si j’arrive à comprendre ce qui motive l’autre.
Par exemple, s’il cherche de la reconnaissance, il me suffit de lui en donner quand il va dans le sens que je veux.
Attention, cette méthode ne fonctionne que tant que l’autre accepte d’être manipulé.

La seconde est de proposer une vision, une « philosophie » plutôt qu’un objectif.
Par exemple, pour suivre un régime, au lieu de me focaliser sur le poids, je peux invoquer mon impact sur la planète.
Pour la méthodologie agile, au lieu de me focaliser sur la productivité, la communication ou la business value, je vais brandir le manifeste agile.

La troisième est la remise est cause.
Cela passe par du questionnement, mais il faut être capable de détecter les pensées magiques et autres croyances.
Cela implique que j’ai appris à me remettre en cause et à détecter mes propres croyances.

La quatrième est d’essayer de changer moi-même.
Le fait de vouloir me changer mène à l’acceptation de moi-même, une fois que j’ai compris qu’il n’est pas possible de changer.

La cinquième est le lâcher-prise.
C’est la méthode la plus difficile à appliquer parce que tout au fond de moi, j’ai le secret espoir de pouvoir changer les autres.
Mais mon attitude change quand je commence à accepter l’autre tel qu’il est, sans désir de le changer.
Peut-être qu’il va être sensible à mes arguments, peut-être pas.
Je ne veux pas le forcer à changer, parce que je n’y arriverai pas.
Comme je ne le force pas, il ne peut pas résister.

Conclusion

Tant que je crois qu’il existe un changement « positif », c’est que j’ai la croyance que je peux changer les autres ou moi-même.
Comment changer les autres sans les accepter tels qu’ils sont d’abord ?

Quand j’arrive à accepter l’autre ou moi-même, mon attitude change parce que je ne cherche plus à lui imposer quoi que ce soit.
Paradoxalement, c’est à ce moment-là que le changement intervient.

Lâcher-prise et acceptation


Dans l’article sur la résistance au changement, j’avais expliqué que la dernière phase du changement était l’acceptation.

En réalité, cette dernière phase peut être découpée en 2 parties: lâcher-prise et acceptation.

Définitions

Curieusement, je n’ai pas trouvé d’articles sur le lâcher-prise ou sur l’acceptation dans Wikipédia.
L’article le plus intéressant est sur l’équanimité, mais l’article est beaucoup trop philosophique à mon goût.

Voici donc mes définitions personnelles:

  1. le lâcher-prise est l’action de résoudre le conflit intérieur
  2. l’acceptation est l’état où le conflit intérieur a disparu

Plus je suis en état d’acceptation, plus mes conflits intérieurs disparaissent.
Quand la plupart des conflits intérieurs ont disparu, j’atteins l’état d’équanimité, c’est à dire l’état de paix intérieure.

Comment lâcher prise ?

Le lâcher-prise peut être d’ordre physique, émotionnel ou intellectuel, et souvent les trois à la fois.

Il n’existe pas de méthode directe pour y arriver !
Je ne peux pas décider de lâcher prise, parce que « décider » est le contraire de « lâcher prise ».

J’ai vu pas mal de conseils comme « osez ! », « soyez positif », « soyez spontané », « ne vous laissez plus faire », « n’ayez pas peur », « acceptez-vous tel que vous êtes » ou « arrêtez de vous poser des questions ».
Malheureusement, aucun de ces conseils ne fonctionne réellement, parce que tous ces conseils introduisent des conflits intérieurs !

Personnellement, le lâcher-prise est apparu spontanément dans ma vie:

  • lors de séances de psychanalyse, j’ai connu plusieurs lâcher-prise émotionnels, alors que j’exprimais mes états intérieurs.
  • lors de séances de sophrologie, j’ai connu plusieurs lâcher-prise physiques (mon corps se dénouait), émotionnels (les émotions me submergeaient) et intellectuels (le flux des pensées s’est arrêté).
  • lorsque j’ai eu un problème avec ma maison, j’ai réalisé que je n’avais pas de solution à court terme, la préoccupation a alors disparu spontanément.
  • quand un événement désagréable m’arrive (et cela arrive quotidiennement !), je suis témoin de la lutte intérieure puis de l’acceptation sans effort.

Il n’existe pas de méthode, mais je vais quand même proposer quelques méthodes qui peuvent éventuellement mener à l’acceptation.

Les méthodes pour arriver à l’acceptation

Je les ai triées par ordre de difficulté d’utilisation, du plus simple au plus compliqué.

Le pardon

Mon premier pardon est pour moi-même !
Je me pardonne de ne pas être parfait, de ne pas pouvoir contrôler complètement ma vie.
Mon second pardon est pour les autres.
Je leur pardonne pour les souffrances intérieures que je me suis infligées à cause d’eux.
Mon pardon ne les exclut pas d’une punition si elle peut leur servir de leçon.

Le but est de lâcher prise sur le contrôle de soi et des autres, et surtout de pacifier les relations.

La relaxation

La relaxation permet un lâcher-prise corporel. Le corps se « dénoue ».
Parfois, des émotions peuvent s’exprimer momentanément.

L’expression des états intérieurs

C’est une méthode très utilisée en psychanalyse.
Le but est d’exprimer mes émotions les plus profondes (pas celles que je suis capable d’exprimer facilement), afin d’entraîner un lâcher-prise émotionnel.
L’effet est d’autant plus fort que ces émotions ont été retenues depuis longtemps.

La remise en cause

C’est assez simple à mettre en oeuvre, mais il faut être vigilant.
En effet, le questionnement intérieur n’est pas du lâcher-prise !
Plus je réfléchis sur moi-même, moins je suis dans le lâcher-prise.

Les techniques de remise en cause qui fonctionnent le mieux sont:

  • le questionnement extérieur: quelqu’un me questionne pour m’aider à découvrir mes propres limitations
  • la confrontation à des styles de vie différents, en voyageant ou en discutant avec des gens d’autres milieux

Le but est de découvrir qu’il n’y a pas qu’une seule façon de mener sa vie, c’est à dire de lâcher prise sur mon égocentrisme.

L’action désintéressée

Cette méthode est très efficace, mais elle est difficile à appliquer parce qu’elle me montre mon attachement au résultat de mes actions.
J’ai déjà écrit un article sur cette méthode.

Je me focalise sur le pourquoi de mes actions: pour quelle raison personnelle est-ce que j’agis ?
Le but de l’action désintéressée est de lâcher prise sur les actions, d’arrêter d’agir pour me donner une bonne image ou pour espérer de la reconnaissance. Cela augmente aussi la motivation intrinsèque.

La méditation

C’est la méthode la plus efficace, mais aussi la plus longue et la plus chiante à utiliser.
J’ai déjà écrit un article sur la méditation.

Le but de la méditation est de prendre conscience du processus de la pensée.
Une fois que ce processus est devenu évident, l’inconscient disparaît, la pensée perd de sa force et la connaissance intuitive apparaît.

Conclusion

L’acceptation est l’état où le conflit intérieur a disparu.
Le conflit peut toujours exister à l’extérieur, mais plus à l’intérieur, donc je n’en souffre plus intérieurement.

A vous maintenant: prenez la méthode qui vous parle le plus, et appliquez-la aussi longtemps que possible.
Quand vous sentez que vous ne progressez plus, utilisez une autre méthode.
Tant que vous souffrez intérieurement, cela signifie que vous n’êtes pas dans l’acceptation.
Et surtout, ne vous forcez pas à accepter !

Agile France 2015


Un petit peu de publicité pour Agile France 2015: http://2015.conference-agile.fr/
qui aura lieu le 18 et 19 juin à Paris.
L’endroit est magnifique, et à chaque fois que je participais à cet événement, je revenais au travail moins stressé !

Cette année, j’ai proposé une session sur « la résistance au changement »:
http://call4paper-agileconf.herokuapp.com/sessions/235

J’ignore si ma session sera sélectionnée, étant donné qu’il y a plus de 300 propositions de session !

Mon sujet est à la fois très éloigné de l’agilité, et à la fois au cœur même de l’agilité.

En réalité, si je continue de parler encore un peu d’agilité, c’est parce que les conférences agiles sont le seul endroit où je peux présenter les thématiques qui me sont chères (le changement, l’intelligence intrapersonnelle, etc).
Si vous connaissez un endroit où je peux présenter une conférence, même gratuitement, n’hésitez pas à me contacter !

Voici le contenu de ma session.

La résistance au changement

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?

Je voudrais changer le monde et les gens autour de moi.

Dans mon travail, il me semble évident que l’agilité va aider beaucoup de gens.
Mais bien qu’ils comprennent intellectuellement que cela peut les aider, ils reviennent quand même à leurs mauvaises habitudes.
Pourquoi résistent-ils ?
Comment faire passer mon message ?
Comment puis-je les convaincre ?

Objectif de la session: Apprendre à se connaître
Public visé: Everybody
Type de session: 50 min Session en français

Qu’est-ce que le changement ?

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?
Mais est-il seulement possible de changer ?

Nous allons voir ensemble les différents mécanismes intérieurs qui interviennent lorsqu’il y a changement, et comment ces mécanismes nous empêchent d’accepter le changement.

Nous verrons ensuite quelques techniques pour court-circuiter ces mécanismes.

Quelques uns des thèmes présentés:

  • changement
  • intelligence intrapersonnelle (« connaissance de soi »)
  • processus de deuil
  • lâcher-prise, acceptation

Cette session durera une heure, et sera plus particulièrement utile aux coachs et scrummasters.
Son contenu sera improvisé et humoristique.

L’objectif de la session est de recentrer les techniques sur l’individu, et non sur le groupe.
Le but est d’apprendre à se connaître soi-même, et cela dépasse largement le cadre de l’agilité.

Voici l’article d’introduction de cette session:
https://psychologieagile.wordpress.com/2015/04/29/la-resistance-au-changement/

Plan de la session

La session sera présentée comme un one-man-show, avec le présentateur mettant en avant sa propre expérience humaine.

J’ai déjà présenté une session similaire, mais moins aboutie, à l’Agile Tour.
Voici un retour:
http://blog.viseo-bt.com/psychologie-agile-tour-paris-2014-2-3/

Voici le déroulé de la session:

  • l’intelligence intrapersonnelle
  • le changement, l’adaptation
  • les différentes formes de résistance
  • le lâcher-prise, l’acceptation
  • les techniques qui ne fonctionnent pas
  • les techniques qui peuvent parfois fonctionner

Note: l’intelligence intrapersonnelle est l’intelligence de soi.
Elle n’a rien à voir avec l’intelligence interpersonnelle, qui s’intéresse à l’interaction avec les autres !
Je compte présenter l’intelligence intrapersonnelle l’année suivante. Je n’ai pas encore collecté assez de matériel présentable.

La résistance au changement


Avant d’aborder le lâcher-prise, je vais décrire les mécanismes intérieurs de résistance au changement.

Le contexte

Je vais prendre un exemple afin que ce soit plus évident.
Je vais supposer que je suis victime d’un accident et que mon bras gauche vient juste d’être sectionné.
Heureusement, comme je suis droitier, je devrais pouvoir m’en remettre assez facilement, non ?

D’un point de vue psychologique, je vais passer par toutes les phases du deuil, en vrac:

  • le choc
  • le déni
  • la colère
  • le marchandage
  • la dépression
  • le lâcher-prise
  • l’acceptation

En réalité, ces phases peuvent être décomposées plus logiquement en 5 étapes:

  1. l’état de surprise
  2. la résistance émotionnelle
  3. la résistance intellectuelle
  4. la résistance inconsciente
  5. l’acceptation

Je vais décrire comment ça se passe intérieurement.

L’état de surprise

Dans cette phase, il n’y a pas de résistance, parce que le cerveau n’est pas encore agité.

Par exemple, je peux assister à la perte de mon bras comme si j’étais spectateur de la situation.
Ou je peux appeler les secours sereinement, sans me considérer comme une victime.
Ou je peux essayer de rattacher mon bras, comme si mon corps pouvait le greffer spontanément.

C’est dans cette étape que je découvre le plus de moi-même parce que je suis alors totalement spontané.
Le but de la méditation est de développer cette étape en réduisant les autres, mais je ne vais pas m’étendre sur ce sujet.

La résistance émotionnelle

L’intellect n’est pas encore complètement actif, mais les émotions commencent à émerger.

Je peux ressentir:

  • de la joie, parce que je suis encore en vie
  • de la tristesse, parce que la situation a changé mais pas dans un sens qui m’arrange
  • de la colère: mais pourquoi ça m’est arrivé ? C’est injuste !
  • de la peur: je n’aime pas la vue du sang

Plus j’accorde de l’importance à mes émotions, plus cette phase sera longue.
Si j’ai appris à réprimer mes émotions (cela signifie bien évidemment que j’y accorde beaucoup d’importance), cette phase peut durer encore plus longtemps.
Dans mon cas personnel, j’ai mis 10 ans à exprimer mes émotions sur la mort de mon père.
Une fois les émotions passées, je vais me sentir plus léger.

La résistance intellectuelle

Ensuite, mon mental commence à s’agiter, il commence à construire des histoires.

Je vais me demander: et si j’avais pu changer le passé ?
Est-ce que j’aurais pu éviter la perte de mon bras ?
Est-ce que j’ai fait le maximum ?

Ensuite, je vais basculer sur le futur: qu’est-ce qui va m’arriver ?
Comment je vais faire maintenant ?
Est-ce que je serai à la hauteur ?
Est-ce que mon bras sera sauvé ?

Cette phase va traîner en longueur si:

  • je suis fasciné par mes pensées. Si j’adore penser, je vais entretenir mon obsession de la pensée.
    J’ai vu cette obsession chez tous les psychologues et psychanalystes que j’ai croisés.
  • je veux complètement comprendre la situation intellectuellement. Je vais alors essayer d’énumérer tous les événements du passé (pourquoi ? quand ? comment ?) et les potentiels du futur. Et des situations futures, il y en a un nombre infini !
  • je suis dans l’illusion que ma pensée va m’aider à surmonter mon problème.

La majorité des résistances sont intellectuelles, parce que notre société accorde beaucoup d’importance à la pensée.
Un bon exercice pour réduire la résistance intellectuelle est de se focaliser sur le présent.

La résistance inconsciente

Cette phase est plus difficile à cerner parce que des mécanismes cachés sont à l’oeuvre.
Je peux travailler sur cette résistance en allant à la découverte de mes identifications.

Voici quelques exemples:

  • je peux nier la situation. Accepter la situation peut être trop douloureux, alors je préfère vivre comme si rien n’était arrivé. Je m’identifie à mon passé.
  • je peux considérer que je ne suis plus moi-même parce qu’une partie de mon corps manque. Je m’identifie à mon corps.
  • je peux avoir honte de me montrer en public, je vais vouloir cacher mon handicap. Je m’identifie à mon image perçue par les autres.
  • je peux avoir honte de parler de mon handicap. Est-ce qu’on va me juger si j’en parle ? Je m’identifie à mes pensées.

Les identifications sont difficiles à déceler parce qu’elles font partie de moi.
Elles m’aident à justifier ma façon de vivre, à me persuader que ce que je vis a du sens et que j’ai raison de vivre comme cela. J’ai probablement un modèle de vie idéale que j’essaye de suivre.

En réalité, ces identifications sont illusoires et limitantes.
Elles deviennent évidentes quand je me confronte à des individus fondamentalement différents de moi.
Mais comme je n’aime pas remettre en cause ma façon de vivre, je préfère rester avec des gens qui me ressemblent.

L’acceptation

Je parlerai du lâcher-prise et de l’acceptation dans le prochain article.

Conclusion

Quand la situation change beaucoup, chacun de nous déploie des mécanismes intérieurs de défense, ce que j’appelle la « résistance au changement ».

Cette résistance est normale mais elle est aussi la cause de nos souffrances.

La prochaine fois que vous aurez à vivre un changement, regardez comment ces mécanismes se manifestent chez vous.
Il est inutile de les juger ou de chercher à les comprendre.
Regardez en quoi le changement heurte vos propres identifications.

Regardez comment votre mental essaye désespérément de comprendre la situation, en rejouant le passé et en imaginant le futur.
Ceci est tout à fait normal.
Ce qui n’est pas normal, c’est de croire que votre mental va vous aider à accepter le changement.

Comment se faire des amis et influencer les autres


Lors de ma dernière conférence, j’avais parlé du livre « Comment se faire des amis et influencer les autres » de Dale Carnegie.

J’avais dit que je n’étais pas d’accord avec l’approche.
Je vais expliquer pourquoi.

Contexte

Quand j’ai commencé ma psychanalyse il y a 20 ans, j’avais beaucoup de problèmes relationnels et je voulais à tout prix changer.
Dans une brocante, j’étais tombé par hasard sur une vieille version de ce livre, et le titre m’avait plu parce que je voulais me faire des amis à l’époque.

Prendre conscience des relations avec les autres

Très honnêtement, avant de lire ce livre, je n’avais aucune notion d’interaction avec les autres parce qu’il n’y avait que l’informatique dans ma vie.
J’étais tellement dysfonctionnel que je justifiais mon attitude par le fait que je voulais être apprécié tel que j’étais.
Mais bon, j’étais à chier et en réalité, tout le monde me fuyait.

Ce livre m’a aidé à prendre conscience de mes relations avec les autres.

Une liste des attitudes « positives »

Les exemples du livre citent à chaque fois des attitudes « positives », afin d’encourager le lecteur à les utiliser.

L’intérêt de cette approche est surtout de savoir que telle attitude est « positive », par opposition à une attitude dysfonctionnelle.
En comparant l’attitude « idéale » avec mon attitude personnelle, cela peut m’aider à prendre conscience que mon attitude personnelle est inadaptée.

Mais attention à l’illusion du changement !
Les individus en état de paix intérieure utilisent naturellement des attitudes « positives », puisqu’ils ne sont pas en conflit avec eux-mêmes.
Tant que j’essaye d’adopter une attitude, c’est qu’elle n’est pas naturelle chez moi, et donc que je suis en conflit avec moi-même.
Ce livre n’est pas fait pour résoudre ses conflits intérieurs.

Ce n’est pas pour se faire des amis

Pendant plusieurs semaines, j’ai suivi scrupuleusement les conseils donnés dans ce livre, mais je n’ai pas eu plus d’amis parce que ce livre n’est pas pour se faire des amis.
Ce livre liste toutes les techniques simples d’interaction avec les autres.
Le but réel est de pouvoir créer des relations moins conflictuelles avec les gens avec qui j’entrais en contact, ou plus exactement de les séduire rapidement.

Par exemple, le premier conseil du livre est « ne critiquez pas, ne condamnez pas, ne vous plaignez pas », et explique pourquoi suivre ce conseil.

Ce n’est pas un livre de développement personnel !

J’avais expliqué que je voulais à tout prix changer.
Malheureusement, tant qu’il y a de la volonté, il n’y a pas de changement !

Par exemple, si j’applique systématiquement le conseil « ne critiquez pas »:

  • je vais passer pour un lèche-cul
  • peut-être qu’en fait, l’autre a besoin de ma critique pour progresser
  • je vais me faire un ulcère à force de ne pas exprimer ce que j’ai envie de dire
  • j’accumule du stress, et ce stress sortira un jour ou l’autre de manière violente et probablement sur une personne innocente

Le développement personnel, c’est aller à la découverte de soi, au-delà des limites imposées par moi ou par les autres.
Tant que j’essaye d’agir de manière « idéale », je ne vais pas à la découverte de moi-même, parce que j’essaye de garder le contrôle de ce que je crois être.
Est-il possible de lâcher prise en suivant des conseils comportementaux ? Non !

Le risque de se perdre

L’idée principale de ce livre est de me conformer à ce que les autres attendent de moi, c’est à dire de chercher à leur faire plaisir dans l’espoir qu’ils me rendront la pareille.
Le problème de cette approche est qu’elle tend à gommer ma personnalité, parce que je vais essayer de correspondre à une image idéalisée de moi-même.
Comme je fournis des efforts pour être autre chose que moi-même, les autres sentent bien que je suis en conflit avec moi-même.
Je ne laisse tomber le masque qu’avec mes proches, ce qui fait que je peux avoir une attitude publique totalement opposée à mon attitude privée.

Enfin, l’auteur conseille beaucoup trop d’éviter les conflits, alors qu’affronter les conflits permet d’augmenter l’estime de soi.

De la manipulation bas de gamme

Un exemple bien foireux est « souriez, soyez aimable ».
L’idée de base est: « quand je souris ou quand je suis aimable, j’ai moins de conflits avec les autres ».
Donc je vais commencer à appliquer la méthode « je souris, je suis aimable » tout le temps.
Bien évidemment, je vais affiner cette méthode, si je vois qu’elle ne fonctionne pas avec certaines personnes.
Au bout d’un moment, je réalise que c’est épuisant, alors je n’applique cette méthode que quand je perçois un conflit.
Ainsi, je ne vais être aimable que quand je suis en situation de conflit, et je serais naturel dans les autres cas.

En fin de compte, je considère l’autre comme un objet, sur lequel j’ai de l’influence parce que j’applique une technique.
Et le pire, c’est que si cette méthode fonctionne, je vais me sentir supérieur à ceux qui tombent dans mon panneau et je vais les mépriser.

Un outil de racolage pour l’institut Carnegie

J’avais conseillé ce livre à une amie, et elle avait tellement adoré qu’elle a suivi le stage à l’institut Dale Carnegie.
Elle m’avait invité à sa présentation de fin de stage et j’y étais allé avec ma future femme.

Lors de cette présentation, il était clair que le stage concernait la prise de parole en public et les techniques simples de manipulation.
Très honnêtement, faire du théâtre est bien plus efficace pour la prise de parole en public et la PNL va beaucoup plus loin au niveau de la manipulation mentale.

Conclusions

Ce livre est utile pour prendre conscience des interactions avec les autres.
Ce livre n’est pas un livre de développement personnel.
Ce livre n’est pas pour se faire des amis.
Ce livre énumère les interactions humaines, plutôt dans le cadre des relations professionnelles et dans la séduction à court terme.
Ce livre peut donner l’impression qu’il est facile de changer par la volonté, mais il ne s’agit pas de changement mais de dressage !