La latitude dans l’attitude


Quand j’ai croisé ma future femme, ce qui m’a le plus surpris chez elle est qu’elle était « directe », alors que j’étais « indirect ».
Plus exactement, elle était capable de dire clairement ce qu’elle voulait et pouvait s’opposer directement aux gens.
Personnellement, j’en étais bien incapable, j’hésitais tout le temps et je n’osais pas dire ce que je pensais.

J’avais tout un tas de bonnes raisons pour agir comme cela:

  • mon éducation: je n’osais pas m’affirmer, parce que j’avais été bien dressé par mes parents
  • mon manque de confiance en moi: seul ce que je produisais me donnait de la valeur, je n’arrivais pas à percevoir ma valeur intrinsèque
  • mon aptitude à calculer les conséquences de mes actes, ce qui faisait que je n’étais jamais spontané
  • mon aptitude à « séduire » intellectuellement

En fait, en creusant un peu, je dois pouvoir trouver un million d’autres excuses à mon comportement.

A cause de cette contrainte dans ma façon de vivre, j’avais développé une excellente aptitude à manipuler les gens.
Et, avant de croiser ma femme, je m’en accommodais plutôt bien.

Mais après cette rencontre, j’ai réalisé à quel point certaines actions me semblaient compliquées alors qu’elles étaient toutes simples pour elle.
Par exemple, je n’osais jamais demander de l’aide ou me plaindre quand quelque chose n’allait pas.
Ca n’a pas l’air de grand chose, mais j’en souffrais énormément.

L’expérimentation

Alors je me suis dit que je devais changer, que je devais être direct et pas indirect.
Donc j’ai commencé à agir à l’inverse de mon attitude précédente, en étant le plus direct possible.

C’était complètement épuisant, parce que j’essayais d’être l’inverse de ce que j’avais l’habitude de faire.
Avec le temps, j’ai réussi à trouver le bon réglage: ni trop direct, ni trop indirect.
Ce réglage est valable seulement pour moi, parce que j’ai une préférence pour le côté indirect, vu que je le pratique depuis longtemps.
Curieusement, à mon contact, ma femme a réalisé qu’être indirect avait ses bons côtés, donc elle a commencé à agir de manière plus indirecte.

La leçon

En réalité, je me complaisais dans mon image de quelqu’un d’indirect.
J’étais persuadé de ne pas pouvoir être direct.
Cela flattait mon ego de pouvoir manipuler les individus pour obtenir ce que je voulais.
Mais préserver cette image idéale me coûtait très cher, et limitait beaucoup mes comportements.
C’est cette limitation d’attitude qui me faisait souffrir.

Un peu de coaching

Quand une personne en souffrance me demande de l’aide, j’essaye de voir en quoi son attitude est rigide.
C’est très facile, il suffit d’écouter les individus se plaindre.
Derrière les motifs nobles, la plainte décrit une obsession, il suffit de trouver laquelle.

Ensuite, je décris la palette de tous les comportements possibles afin de déterminer ceux que la personne refuse, c’est ce que j’appelle « les limitations auto-imposées ».

Tout le monde est psychorigide, à un niveau plus ou moins visible.
Nous sommes attachés à cette rigidité parce que nous avons mis des années à construire ce que nous croyons être.
Mais en réalité, cette rigidité est illusoire.

En fait, chacune des composantes de notre personnalité est une jauge que nous pouvons régler.
Et ce réglage peut s’adapter à la situation en cours.
Par exemple, si je considère que je suis un « gentil », je peux m’empêcher d’agir comme un « méchant » alors que c’est peut-être la seule solution possible dans certaines situations.
Ou alors je veux me comporter comme un « bon parent ». Je m’interdis donc d’agir en « mauvais parent », ce qui n’est pas forcément le comportement le plus efficace.

Comment détecter sa propre psycho-rigidité ?
En fait, je connais 3 moyens de le faire:

  1. la souffrance
  2. les défauts
  3. les phobies

La souffrance

Quand je souffre dans une situation donnée, c’est que mon attitude n’est pas adaptée.
Comme je l’ai expliqué, changer d’attitude demande beaucoup d’efforts, et les échecs sont extrêmement décourageants.

Je recommande d’essayer d’agir à l’opposé de la façon dont nous agissions précédemment.
Le but n’est pas de changer, mais de découvrir que la jauge que nous croyions fixe ne l’est pas.
Au début, la jauge (et notre attitude) va bouger de manière assez violente, mais au bout d’un certain temps, elle gagne en mobilité et la bonne attitude est trouvée sans effort.
Tant qu’il y a de l’effort, c’est que la bonne attitude n’a pas été atteinte.

Les défauts

Un défaut, c’est une qualité poussée à l’extrême.
Par exemple, je peux passer d’ « économe » (qualité) à « pingre » (défaut).

Je recommande de vous concentrer sur vos défauts.
Tant que vous percevez des défauts, c’est que vous adoptez un comportement stéréotypé, autrement dit que vous agissez comme une marionnette.
Essayez de découvrir la palette de comportements possibles en chaque situation, et vous verrez que vos défauts se réduiront.

Si vous ne connaissez pas vos qualités ou vos défauts, regardez ceux qui vous gênent chez les autres.
Les autres sont le miroir de vous-même, ils vous aident à découvrir ce que vous êtes.

Un point important est que vous percevrez des qualités et des défauts tant que vous ne vous acceptez pas comme vous êtes.
Quand je me suis accepté comme je suis, avec mes qualités et mes défauts, tout cela a disparu.
Il n’y a plus ni qualité, ni défaut, juste ce que je suis, sans obsession pour des comportements donnés.

Les phobies

Toute phobie implique une limitation dans les attitudes, et est un révélateur évident de ses propres limites.
Je ne vais pas m’étendre sur ce thème.

Un peu de zen

Voici une histoire zen qui illustre ce que je viens d’écrire.

Un homme se plaignit de l’avarice de sa femme à un maître zen.
Le maître zen se rendit chez elle, et lui montra un poing fermé.
– que veux-tu dire par là ? demanda la femme étonnée
– si ma main était toujours ainsi, que dirais-tu ?
– je dirais qu’elle est infirme, répondit-elle
Il ouvrit alors grand sa main et demanda:
– et comme ça ?
– qu’elle est infirme tout autant, répondit la femme
– si tu comprends autant de choses, tu es une bonne épouse
Et sur ces mots, il s’en alla.
Dès lors, la femme aida son mari à être aussi généreux qu’économe.

Conclusion

Et maintenant à vous d’agir: essayez de découvrir votre richesse intérieure, cela commence par vos attitudes !

Quels sont vos défauts ?
De quelles qualités proviennent vos défauts ?

Qu’est-ce qui vous fait souffrir ?
Est-ce que vous vous interdisez consciemment ou inconsciemment certains comportements qui pourraient réduire votre souffrance ?

Est-ce que vous êtes obsédé par certains comportements ?
Est-ce que vous pouvez essayer d’agir temporairement à l’opposé de vos habitudes, afin de percevoir la liberté de comportement qui est en vous à chaque instant ?

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Comment éliminer mes identifications ?


Je vais aborder maintenant un thème qui m’est cher: comment éliminer mes identifications ?
Relisez mes articles précédents pour savoir ce que sont les identifications.

Je vais décrire quelques techniques et vous proposer une approche originale.

La méditation

La méditation permet de canaliser le flux des pensées mais ne permet pas de me débarrasser des identifications dans ma vie de tous les jours.
Personnellement, je pratique la méditation depuis longtemps et j’atteins des états très profonds, mais lorsque je retourne à la réalité, mes identifications reviennent.

La pensée

Dans une certaine mesure, la pensée positive peut me permettre de soulager un peu ma souffrance, mais l’origine de ma souffrance est justement mon système de pensée. La pensée positive reste trop superficielle pour me changer profondément.
Je tiens à signaler qu’analyser mon système de pensée ne sert à rien non plus, parce que cela montre que je veux contrôler mes pensées, ce qui est absolument impossible !

La parole

Lorsque j’ai suivi ma psychanalyse, j’ai cru que je pouvais travailler sur mes identifications en parlant de mes problèmes.
C’est vrai que ça soulage, parce que les identifications les plus douloureuses sont assez faciles à exprimer, et les dire à haute voix me permet de prendre du recul.
Mais ce processus requiert que quelqu’un d’expérimenté m’écoute (donc c’est payant), et quand je parle je crée de nouvelles identifications, c’est un cercle sans fin.

L’action

En fait, une méthode bien connue existe depuis longtemps: l’action désintéressée.

Le principe de l’action désintéressée est très simple:

j’agis sans m’attacher aux fruits de mes actions

L’action désintéressée est la base même du Karma Yoga.
Je ne vais pas aborder ici les aspects métaphysiques du Karma Yoga mais expliquer comment pratiquer l’action désintéressée.

Qu’est-ce que l’action désintéressée ?

Tout d’abord, j’insiste sur le fait qu’agir de manière désintéressée ne signifie pas travailler gratuitement !
Toute peine mérite salaire, donc je demande à être payé de mes efforts, et je n’attends pas que mon travail soit fini pour demander.

Ensuite, je ne dois pas me forcer pour agir de manière désintéressée.
Si je me force, c’est que je m’imagine que je dois agir de la « bonne » façon.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon, il faut « simplement » agir en pleine conscience.

L’action désintéressée est d’abord une attitude.

Personnellement, quand j’ai commencé à pratiquer cette attitude, je me suis rendu compte que toutes mes actions étaient intéressées et je me suis senti super mal à l’aise.
Ce malaise est tout à fait normal parce qu’il y a une différence entre ce que je crois être et ce que je suis vraiment.
Une fois que j’ai accepté cette différence, ce malaise a disparu.

Dans mon cas personnel, je faisais beaucoup de choses pour faire plaisir aux autres, même si ça ne me faisait pas plaisir: je voulais être accepté.
J’étais aussi obsédé par le résultat, alors je vivais très mal l’échec.

Maintenant, je vais expliquer comment pratiquer cette attitude.

Je me débarrasse de l’idée de réussir

Je vois bien que je veux réussir, et pas échouer.
Je peux d’ailleurs parler longuement de mes réussites.

En réalité, mon moteur principal est la peur d’échouer.
Tant que je suis obsédé par la réussite, je suis aussi obsédé par l’échec.
A cause de ces obsessions, je peux avoir peur à la fois de réussir et d’échouer en même temps.

Pour atténuer cette obsession de la réussite, la meilleure technique est simplement d’accepter l’échec, les anglais diraient « embrace failure ».

Ca a l’air facile à dire, mais le refus de l’échec est profondément ancré en moi, et l’acceptation ne passe pas par une réflexion intellectuelle.
Si je commence à réfléchir sur mes actions, je ne suis plus dans l’acceptation, je suis dans la rationalisation, dans la justification et dans le contrôle.

J’accepte l’échec autant que la réussite.
Je ne rejette ni la réussite ni l’échec, parce que je vois que cela ne dépend pas de moi: tout un tas de facteurs peuvent m’amener à la réussite ou à l’échec, et je ne contrôle que très peu de ces facteurs (même si je me plais à croire le contraire).
De plus, il y a sûrement de bonnes leçons à retenir de l’échec si j’y survis, ce qui est rarement le cas avec la réussite.
Quand j’accepte l’échec, je ne le prends plus personnellement et je ne dépense pas mon énergie à chercher des coupables.

Je me débarrasse de l’idée que ma valeur dépend de mon travail

Je vois bien que je me sens supérieur à certaines personnes grâce à mon travail, tout particulièrement si je déteste ce que je fais.

Ma valeur dépend directement de la valeur de mon travail.
Si je fais un travail que je pense valorisant, alors je suis quelqu’un de valeur.
Je veux devenir riche ou célèbre, ainsi ma valeur sera bien visible à tous.
Mais si j’étais ruiné ou oublié, je me sentirais comme la dernière des merdes.

J’accepte que ma valeur personnelle ne soit pas mesurable.

Même si je ne fais rien, j’ai de la valeur, bien que je ne perçoive pas celle-ci.
J’aimerais bien gagner 1 million d’euros par an, mais ça ne changerait pas ma valeur personnelle, même si ça me simplifierait énormément la vie !

Je ne cherche pas la reconnaissance ni l’acceptation des autres

Quand j’agis, j’espère l’attention d’autrui, par exemple: « tu as bien fait » ou « qu’est-ce que tu es beau/fort/intelligent ! » ou « tu es mon meilleur ami ».

Quand je demande directement cette attention et qu’on me la donne, je sens bien que ça sonne faux.
L’attention devrait venir spontanément, mais elle n’arrive que très rarement.

En réalité, je m’accepte tellement peu que je cherche cette acceptation à l’extérieur de moi.
Je construis beaucoup d’identifications avec, et c’est pour cela que c’est fragile: tout peut s’effondrer dès que quelqu’un critique mes identifications.

Quelque part, j’espère trouver quelqu’un qui m’accepte, même si ce que je fais est difficile à accepter.

J’accepte le fait que je n’aurai pas de retour sur mes actions.
Quand je commence à abandonner l’acceptation extérieure, je commence à me libérer de l’emprise des autres.
Je développe ma curiosité et ma motivation intrinsèque, et surtout j’arrête d’être dépendant affectivement de mes actions.
Je ne suis plus touché par les critiques des autres ou leur rejet.

Je me débarrasse de la fierté de faire

Quand j’agis, je veux me sentir fort parce que je sais faire.

Dès que c’est possible, je vais m’en vanter à tort et à travers, même si ça soule les autres, je suis fier de mon savoir.
Ou alors je feins l’humilité, en espérant que quelqu’un s’aperçoive de mes compétences. Si quelqu’un s’en rend compte, j’en suis tout fier mais je le cache.
En réalité, je tiens à projeter une image de compétence.

J’accepte mon incompétence autant que ma compétence.
Je m’autorise à savoir mais aussi à ne pas savoir.
Tant que je suis fier de savoir, j’aurai honte de ne pas savoir.

Comment pratiquer l’action désintéressée

Quand je pratique correctement l’action désintéressée, j’agis sans ressentir ni fierté ni honte, c’est à dire sans me juger.
D’ailleurs la fierté ou la honte sont de bons indicateurs que quelque chose cloche.

A chacune de mes actions, j’essaye de percevoir quel en est le but: est-ce que je veux réussir, est-ce que je veux me donner de la valeur, est-ce que je cherche l’acceptation des autres ou alors est-ce que je veux prouver ma compétence ?

Je regarde très honnêtement la raison de mes actions sans me mentir, sans me justifier et sans vouloir changer d’attitude.
Plus ça fait mal, plus je suis en train de tomber juste et plus je dois me contenter de regarder ce qui se passe parce que je suis en train de me juger.
L’acceptation est difficile, mais quand elle est complète, le changement apparaît spontanément et sans effort.

Conclusion

L’action désintéressée me permet de changer d’attitude, en m’aidant:

  • à arrêter de m’identifier à mes actions
  • à devenir moins exigeant autant envers les autres qu’envers moi-même
  • à arrêter de me poser des questions inutilement douloureuses, comme « qu’est-ce que je fous là ? » ou « quel est le but de ma vie ? »

Mais je dois être vigilant parce que je peux:

  • me sentir supérieur aux autres parce que je pratique l’action désintéressée
  • me détacher de mon travail, alors que ce travail me permet de gagner ma vie
  • fuir mes responsabilités, sous prétexte de me détacher

L’action désintéressée est l’attitude la plus efficace pour réduire le stress.
Je vous expliquerai comment aller encore plus loin dans un prochain article.

Etes-vous bienveillant ? Les réponses !


Avez-vous essayé le questionnaire dans mon article précédent: êtes-vous bienveillant ?

Faites l’exercice en ne réfléchissant pas trop à vos réponses !
 

 

 

 

 

Si c’est fait, descendez pour voir les réponses.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les réponses

Pour chaque phrase:

  • « indéterminé » ou « neutre » indiquent que je suis bienveillant sur ce sujet
  • « bienveillant » ou « violent » indiquent que je ne suis pas bienveillant sur ce sujet

Pourquoi ?

Si je juge que telle attitude est bienveillante et que telle autre attitude est violente, alors je ne suis pas bienveillant.
Pourtant, je crois pouvoir discerner ce qui est bienveillant de ce qui ne l’est pas.

En fait, à cause des processus d’identification et de projection, je n’ai absolument aucune idée de ce qu’est la réalité objective des choses.

Je reste persuadé que « je suis bienveillant envers moi-même et envers les autres ».
Comment puis-je savoir si je le suis vraiment ?

Si j’ai une mauvaise estime de moi, je peux penser qu’il est normal d’accepter des comportements comme la maltraitance ou l’humiliation, sous le prétexte que « je suis bienveillant ».
Au contraire, si j’ai une bonne estime de moi, je peux considérer que je ne dois jamais me laisser faire.
Et si j’ai une trop haute estime de moi, je peux croire que je sais mieux que les autres ce qui leur convient.

Pour être fixé, il suffit de demander aux autres ce qu’ils pensent de moi, non ?
Malheureusement, les autres ont une perception déformée de moi, ils sont plus préoccupés par eux-mêmes que par moi, quand ils ne cherchent pas à me manipuler !

En réalité, je n’ai aucun moyen direct de savoir si je suis bienveillant ou non.

Alors à quoi sert ce questionnaire ?

En fait, ce questionnaire sert à déterminer quelles sont vos identifications.

Si vous jugez une phrase « bienveillante » ou « violente », alors vous êtes en présence d’une identification.

Quelques exemples

Comme je ne suis pas certain d’avoir été clair, je vais vous dévoiler certaines de mes identifications en vous expliquant quelques unes de mes réponses, afin que vous compreniez ce que je veux dire.

je n’ai pas de patience

J’avais répondu « indéterminé », donc je suis à priori bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: en réalité, je peux être très patient sur certains sujets et pas du tout sur d’autres.
Au lieu d’imaginer que je dois être ou bien patient ou bien impatient, peut-être dois-je adapter mon comportement en fonction de la situation en cours ?

je suis attaché à mon passé

J’avais répondu « violent », donc je ne suis pas bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: si je m’accroche à ce que j’ai été, n’importe quel changement sera douloureux. Par exemple, mon corps vieillit.
En réalité, le fait que je trouve violent l’attachement au passé indique que je ne suis pas bienveillant avec les gens qui sont attachés à leur passé.
Personnellement, mes efforts pour me débarrasser de mon passé faussent ma vision de ce paramètre.

il m’arrive de me mettre en colère

J’avais répondu « bienveillant », donc je ne suis pas bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: j’accepte le fait de me mettre en colère.
En réalité, il existe des situations où je dois me mettre en colère et d’autres où je ne dois pas le faire.
Si je suis bienveillant, j’ajuste naturellement mon comportement en fonction de ces situations.
Si je me mets en colère tout le temps ou à l’inverse jamais, je ne suis pas bienveillant.
Personnellement, mes efforts pour apprendre à exprimer ma colère faussent ma vision de ce paramètre.

les autres ne pensent qu’à leur gueule

J’avais répondu « neutre », donc je suis bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: à cause du jeu de l’identification et de la projection, chacun ne voit le monde qu’à travers lui-même, ce qui donne ce sentiment d’égoïsme. C’est normal !
Après tout, les égoïstes, ce sont ceux qui ne pensent pas à moi !

Conclusion

Quand je suis bienveillant, j’accepte les choses telles qu’elles sont.
Curieusement, quand l’acceptation est là, le changement survient.

L’acceptation n’est pas quelque chose de passif.
Si je ne peux rien faire, je peux simplement admettre mon impuissance sans en souffrir.
Si je peux faire quelque chose, je me donne le droit d’agir en faisant des erreurs sans en souffrir.

La bienveillance apparaît quand il y a acceptation.
La violence apparaît quand il y a souffrance, notamment sous forme de culpabilité ou de culpabilisation.

Exercice final: relisez le questionnaire.
Pouvez-vous défendre le point de vue de chaque phrase puis le point de vue contraire ?

Etes-vous bienveillant ?


Je vais essayer de vous faire réfléchir sur ce qu’est la bienveillance, que j’appelle aussi « tolérance » ou « non-violence ».

Un petit jeu

Voici une cinquantaine de phrases dont je vous propose de noter la violence.
Je vous propose 4 notes possibles pour chaque phrase:

  • B=bienveillant (ou non-violent)
  • V=violent (ou malveillant)
  • N=neutre (ni bienveillant ni violent)
  • I=indéterminé (on ne peut pas savoir)

Quelques exemples

A titre d’exemple, voici quelques phrases violentes:

  • je me trouve nul parfois
  • je regrette certaines de mes actions passées
  • je ne me pardonne pas mes erreurs
  • je suis exigeant envers moi-même
  • je suis exigeant envers les autres
  • je suis trop fainéant
  • je suis perfectionniste
  • je ne suis pas un pédé
  • je n’aime pas les étrangers
  • mon boulot est merdique
  • pour survivre dans ce monde, il faut lutter
  • que les gens sont méchants !
  • tous les hommes sont des salauds
  • toutes les femmes sont des salopes

Voici quelques phrases indéterminées:

  • je suis un bon parent
  • je suis vertueux
  • je me connais bien
  • ma vie a du sens
  • je suis fier de moi

Je donnerai mes réponses dans le prochain article.
Afin de vous aider à faire le tri, relisez mon précédent article et faites attention aux pièges !

Moi

  1. je suis bienveillant envers moi-même
  2. je m’aime bien
  3. je connais mes défauts
  4. je veux changer
  5. j’aurais aimé être quelqu’un d’autre
  6. il m’arrive de culpabiliser
  7. il m’arrive de me mettre en colère
  8. je suis attaché à mon passé
  9. je cache mes émotions et mes sentiments
  10. je n’ai pas de patience
  11. je n’ose pas parler de moi
  12. je suis à l’écoute de mon corps
  13. je réfléchis beaucoup avant d’agir
  14. je ne supporte pas la solitude
  15. je veux connaître mon avenir
  16. je veux me débarrasser de mon passé
  17. je suis toujours de bon conseil
  18. je suis maître de mon destin
  19. je suis courageux

Moi et mon travail

  1. je veux réussir
  2. je n’aime pas l’échec
  3. je me concentre sur la qualité de mon travail
  4. je suis plus efficace quand je suis stressé
  5. je me suis déjà mis en colère au travail
  6. le résultat est plus important que la façon de faire
  7. je procrastine souvent
  8. je m’ennuie quand je ne fais rien
  9. je n’aime pas les responsabilités
  10. je vais y arriver si je fais plus d’efforts
  11. je serais plus heureux si je gagnais beaucoup d’argent

Moi et les autres

  1. je suis bienveillant envers les autres
  2. je m’entends bien avec les gens
  3. je suis gentil avec les autres
  4. je suis honnête avec les autres
  5. j’espère que mes enfants réussiront
  6. je me préoccupe de ce que les autres pensent de moi
  7. j’aimerais que les autres changent d’attitude
  8. je ne pardonne jamais quand on me fait du mal
  9. je détecte rapidement les défauts chez les autres
  10. je n’ose pas dire non
  11. j’essaye toujours de me mettre à la place des autres
  12. je me sens bien en famille
  13. j’ai besoin de mes amis, de ma famille
  14. je ne fais confiance en personne
  15. les autres ne pensent qu’à leur gueule

Moi et le monde

  1. je voudrais changer de vie
  2. le monde est parfait
  3. le monde est cruel
  4. le monde est injuste
  5. je ne me sens pas à ma place en ce moment
  6. ce qui m’arrive est rarement de ma faute

Projection & Identification


Depuis deux semaines, je prépare un article sous forme de jeu sur la non-violence.

Avant de vous le proposer, j’ai réalisé que je ne vous avais pas décrit les deux mécanismes les plus importants pour comprendre ce qu’est la non-violence: les processus de projection et d’identification.

Les processus de projection et d’identification sont différents en psychologie, mais je les ai nommés ainsi parce que ces termes me semblent plus parlants.

Le processus de projection

La projection, c’est quand je veux que les autres soient comme je le voudrais.

Phrase-clé: « je suis entouré de nuls ».

Dans ma tête, j’ai un modèle de valeur qui me dit que pour ne pas être nul, il faut avoir tout un tas de caractéristiques, par exemple il faut être motivé, diligent, intelligent, etc…
En fait, je suis ce modèle, puisque je possède moi-même toutes les caractéristiques, ou au contraire je pense que je suis un nul et qu’il me faudrait toutes ces caractéristiques pour ne plus être nul.
Donc, dès que je détecte chez les autres qu’il leur manque une ou plusieurs de ces caractéristiques, mon diagnostic tombe: ce sont des nuls !
Parfois, il m’arrive de croiser des gens qui ont toutes ces caractéristiques alors je les admire puisqu’ils me montrent mon idéal, ils me font rêver.
Mais après un certain temps (comme je suis un peu jaloux d’eux, je vérifie comment ils font), je vois bien qu’il leur manque plein d’autres caractéristiques idéales, et je me rends compte que je les avais trop idéalisés, alors je commence par m’en vouloir et finalement je les déteste.

La projection est détectable avec la phrase suivante:

tout irait beaucoup mieux si tout le monde était comme moi

ou si vous avez peu d’estime pour vous-même:

heureusement que personne n’est comme moi

Si vous trouvez un de ces phrases vraies, c’est que vous utilisez des modèles idéaux intérieurs.

Le processus d’identification

L’identification, c’est quand j’essaye de me définir avec des mots.
Comme ce processus est beaucoup moins évident, je vais vous donner plusieurs exemples.

Je suis un bon parent

Phrase-clé: « je suis un bon père de famille », ou « je suis un bon fils ».
Supposons que j’ai des enfants et que selon moi, être un bon père signifie que je ne dois jamais donner de fessée.
Un soir, alors que j’ai eu une journée de travail particulièrement difficile, je rentre épuisé et mon enfant crie très fort à la maison.
Mon premier réflexe est la bienveillance: je lui demande gentiment de se calmer et je lui propose une activité.
Pas de chance, il est très excité, il ne se calme pas et ça commence à m’énerver fortement.
A bout de nerfs, je lui donne une bonne fessée.

Que se passe-t-il alors ?
Un sentiment de culpabilité m’envahit: pourquoi, mais pourquoi l’ai-je fessé ?
Un bon parent ne doit pas fesser ses enfants, donc je ne suis pas un bon parent.
Putain, je suis nul en tant que parent.
Je vais essayer de me déculpabiliser en étant encore plus gentil avec mon enfant, quitte à lui pardonner de futurs comportements inacceptables.

Je suis vertueux

Phrase-clé: « je suis gentil » ou « je suis serviable ».
Supposons que je sois persuadé d’être gentil, et que quelqu’un vienne m’emmerder.
A cause de ma forte identification, je vais réprimer ma colère, puisqu’elle irait à l’encontre de ma propre idée de « gentillesse ».
Je peux retourner cette colère contre moi-même, en me traitant de nul.
Je peux évacuer cette colère contre d’autres personnes (de préférence des gens qui devront subir docilement cette colère).
Si j’ose exprimer ma colère envers mon bourreau, alors je vais me sentir coupable, parce que mon masque de gentillesse s’effondre.
Les donneurs de leçon paraissent vertueux, mais au fond d’eux-mêmes, ils se reprochent leurs propres « faiblesses ».

Je me connais bien

Phrase-clé: « mes qualités sont… » ou « mes défauts sont… ».
L’identification devient ici plus subtile: je pense bien me connaître, alors je pense que je suis comme ceci ou comme cela.
Malheureusement, ceci est complètement faux.
Si je m’identifie à une qualité, je vais essayer de respecter cette « qualité » même si elle est dangereuse pour moi (cf l’exemple de la gentillesse).
Si je m’identifie à un défaut, je vais essayer de le corriger en me forçant, mais je ne suis plus vraiment moi-même puisque je me force.
De plus, la perception de ces qualités et défauts est juste temporaire: dans un an, je pourrais avoir changé d’avis.
J’aime beaucoup la phrase: « les défauts sont des qualités poussées au maximum« .

Ce genre d’identification me limite dans ce que je pourrais être parce que je cherche à me définir.
En réalité, si je pense être quelque chose, il est probable que je puisse être le contraire aussi.

Ma vie a du sens

Phrase-clé: « mon travail donne du sens à ma vie » ou « ma famille donne du sens à ma vie ».
L’identification est ici encore plus subtile.

En soi, l’affirmation « mon travail donne du sens à ma vie » a l’air plutôt positive, mais elle fait des dégâts considérables quand la situation change (et elle changera !).
Si je perds mon emploi, je vais doublement morfler: je vais subir le deuil de mon travail, ainsi que devoir affronter l’image de moi sans mon travail.
Ce travail définissait ma valeur, donc sans ce travail, je ne vaux plus rien !

Je suis fier de moi

Phrase-clé: « je suis fier de ce que je suis ».
Je vais décrire mon cas personnel: je voulais devenir le meilleur programmeur du monde.
J’ai donc tout sacrifié pour le devenir (« tout » résume bien la quantité de sacrifices).
A chaque fois que j’avais une confirmation que mes efforts avaient porté leur fruit, j’étais fier de moi et content.
A chaque fois que la réalité me montrait que j’étais loin de mon idéal, je me sentais nul et malheureux.
Entre la fierté et la honte, il n’y a qu’un pas.

Maintenir mon image idéale me demandait des efforts tellement immenses que je n’arrivais plus à les fournir. Je me souviens encore de certains passages à vide.
A un moment donné, j’ai compris que je ne pourrais jamais y arriver, et j’ai vraiment souffert parce que je refusais cette idée.

Enfin, cette identification est limitante parce que je m’interdis tout le reste. Je peux être créatif, communicant, organisateur ou même patron, et pas simplement programmeur !

Conclusion

La projection, c’est juger les autres.
L’identification, c’est se juger soi-même.

Dans tous les cas, je réduis ce que sont les autres ou moi-même à une toute petite partie de ce qu’ils sont et de ce qu’ils pourraient être.

Comment se comporter dans un conflit ? (première partie)


J’avais déjà écrit quelques articles sur le conflit:
https://psychologieagile.wordpress.com/2012/04/15/gestion-des-conflits-premiere-partie/
https://psychologieagile.wordpress.com/2012/04/30/gestion-des-conflits-seconde-partie/

Mais cette fois-ci, je vais vous décrire les différentes façons de se comporter lorsqu’on se trouve dans une situation difficile, ce qui me permettra de vous faire un petit cours de coaching.

La situation

Je suis en conflit direct avec un individu.
Que puis-je faire ?

Les 3 attitudes de base

Dans ce genre de situation typique, je dispose de 3 attitudes:

  1. je peux ne rien faire
  2. je peux fuir
  3. je peux accepter la confrontation

Avant d’aller plus loin, j’insiste sur le fait qu’aucune de ces 3 attitudes de base n’est meilleure que les autres !
Chacun préfère utiliser telle ou telle méthode, en fonction de son vécu.
Dans mon cas personnel, avant de commencer à travailler sur moi, j’étais un adepte de ne rien faire, et quand je n’en pouvais plus je fuyais. Confronter m’était absolument impossible !
Quand j’ai découvert la confrontation, je me suis mis à l’utiliser systématiquement, c’était jouissif au début mais aussi très fatigant. Plus je pratiquais la confrontation et plus le plaisir disparaissait, jusqu’à ce que ça devienne juste « normal ».

Maintenant, j’ai compris que ces 3 attitudes sont des attitudes normales, et qu’il faut simplement changer d’attitude en fonction de chaque situation.
Ce qui n’est pas normal, c’est de s’interdire une de ces 3 attitudes de base.
Parfois, je peux avoir l’impression que je ne peux pas utiliser une de ces 3 attitudes, mais c’est un problème de perception intérieure:

dans n’importe quelle situation, je suis libre de me comporter comme je veux.

Je vais maintenant entrer dans les détails de chaque attitude.

Ne rien faire

C’était de loin ma méthode préférée !
En fait, j’étais fier de ma capacité à supporter l’insupportable, sous prétexte de travailler sur mon ego. J’étais complètement maso !

Parfois, ne rien faire peut être une bonne solution, parce que je ne peux pas me battre à chaque conflit de ma vie, alors je préfère utiliser mon énergie seulement quand ça en vaut la peine.

Maintenant, ne rien faire est un exercice que je pratique pour mon développement personnel.
Non, je ne me force pas à supporter l’insupportable, mais cela m’aide à identifier mes limitations intérieures.
Je rappelle qu’il est très facile de découvrir les limitations des autres, mais très difficile de découvrir les siennes.

La technique est très simple à pratiquer:
dans une situation inconfortable, je regarde mes réactions intérieures, comme si j’étais le spectateur au lieu de l’acteur.
Pour être plus concret, je vais vous décrire mon processus intérieur.

Dans un premier temps, je constate un sentiment de panique intérieure: je me sens complètement impuissant à affronter la situation et je perds tous mes moyens.
Après environ 15 secondes, je constate que le sentiment de panique disparaît, et un sentiment d’inconfort prend le dessus.
Ensuite, je constate que des pensées apparaissent, mais c’est le bordel: tout un tas de vieilles situations d’échec me viennent à l’esprit simultanément.
Après quelques longs instants de malaise, je pense à respirer avec le bas du ventre.
Cela permet à mon cerveau de reprendre le contrôle, et il commence à me proposer des solutions.
En général, la première solution qui apparaît est la fuite, mais après quelques instants, d’autres solutions apparaissent: ce sont toujours de vieilles solutions que j’avais déjà utilisées dans d’autres situations, j’appelle cela des « solutions foireuses ».
Le cerveau n’étant pas un organe très rapide, les bonnes solutions n’apparaissent habituellement qu’après plusieurs heures, c’est à dire longtemps après que la situation soit passée.

Je tiens à signaler que ce processus est difficile à percevoir parce qu’il s’enchaîne très vite et surtout parce qu’il est très désagréable à vivre.
C’est désagréable à vivre par manque d’habitude, mais une fois que l’habitude est prise, ce processus est tout à fait naturel.

Apprendre à accepter mes pensées ou émotions « négatives » m’a permis de m’accepter tel que je suis.
Avant, je m’interdisais certaines pensées (par exemple, je ne m’autorisais pas à être agressif), c’est à dire que je refusais des parties de ma personnalité, et ce sont généralement les parties les moins flatteuses selon mes critères intérieurs « idéaux ». Curieusement, ce sont ces parties les moins flatteuses qui sont les vrais fondements de ma personnalité, qui font de moi l’individu unique que je suis.

Maintenant, avec la pratique, j’arrive à laisser défiler tous ces états intérieurs en quelques secondes, mais il m’arrive encore que ça accroche dans certaines situations.
Cette technique s’appelle la pleine conscience, et cela devrait être notre mode de fonctionnement normal.

Fuir

C’était ma deuxième méthode préférée, j’étais le roi de l’esquive.
Si toutes les autres approches ont échoué (ou si la situation est trop dangereuse), cette approche peut être efficace.

Elle ne devient inefficace que si je l’utilise systématiquement, ou alors quand je n’ose jamais utiliser la confrontation.
Le principal inconvénient de la fuite est que si j’ai fui le problème avant de l’avoir résolu, le problème va probablement se représenter sous une nouvelle forme.
A ce moment-là, je vais devoir résoudre le nouveau problème, et en plus faire face à l’échec des précédents.
Le courage que cela requiert devient de plus en plus grand, et je peux vous confirmer que le courage n’est pas infini !

Conclusion

Dans le prochain article, je détaillerai les différentes techniques utilisables pour la confrontation.

En attendant, je vous propose de pratiquer l’exercice de pleine conscience lors d’un conflit.
A votre prochaine situation de conflit, regardez ce qui se passe intérieurement, en essayant de percevoir les différents états intérieurs.
Ne sautez pas les étapes en essayant de trouver des solutions intellectuelles.
Regardez les émotions qui se manifestent: ne les jugez pas, elles sont normales.
Acceptez-les et essayez de tenir le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’elles deviennent familières et que l’inconfort disparaisse.
Ne vous inquiétez pas si vous n’allez pas très loin, vous irez plus loin au prochain conflit.
Le courage, c’est juste cela !

Comment pardonner ?


Dans mon précédent article, j’avais parlé du pardon envers un harceleur, et un lecteur n’était pas d’accord.
Comme ma réponse me semblait insuffisamment claire, j’ai décidé d’écrire cet article.
Petite précision: je ne suis pas croyant, et ceci n’est pas un prêche !

Définition du pardon

Je ne vais pas m’étendre sur la définition, parce que Wikipedia le fait très bien (bien que je trouve leur définition trop « catholique »):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pardon

A quoi ça sert de pardonner ?

Avant de commencer à mon travail sur moi, je me fichais pas mal du pardon.
En fait, je considérais même que le pardon était un acte de faiblesse.
J’aimais bien catégoriser les individus.
Je voulais me venger des individus qui m’avaient abusé.

Progressivement, j’ai compris que toute cette rancœur ne faisait que pourrir mes relations actuelles avec les autres.
Je passais mon temps à mapper mes relations actuelles avec des patterns du passé (désolé, mais c’est difficile à exprimer autrement qu’avec des termes informatiques), au lieu de regarder chaque relation avec un œil neuf.
Le but essentiel du pardon est de se débarrasser des démons du passé.
Je peux aborder mes relations soit avec confiance soit avec méfiance.
Trop de confiance est de la naïveté, et trop de méfiance est l’accumulation de rancœur.

Mise en situation

Je vais commencer par donner une situation typique qui va me servir à illustrer mes propos.

Imaginons que quelqu’un me cause un tort énorme.
Voici quelques exemples concrets:

  • il me traite comme une merde
  • il abuse de moi (de ma gentillesse ou de mon argent)
  • il me vole (directement ou indirectement)
  • pire: il tue quelqu’un qui m’est cher

Comment appliquer le pardon dans ces cas-là ?

Qui dois-je pardonner ?

Avant de faire quoi que ce soit, je dois apprendre à me pardonner !
Hé oui, je dois accepter le fait de m’être fait abusé, volé ou pire. Et ça, c’est vraiment le plus difficile !

Pour vous donner une petite idée de la difficulté:
Un de mes amis est décédé il y a 20 ans, et nous avions un ami commun.
Cet ami s’en veut toujours de l’avoir quitté en de mauvais termes avant qu’il ne meure.
20 ans après, il ne se pardonne toujours pas, et je pense que dans 20 ans, il sentira toujours cette culpabilité !

Me pardonner à moi-même a été un processus extrêmement difficile, parce que je me disais toujours: et si j’avais agi autrement ? Et si j’avais été moins con, moins naïf, plus à l’écoute, plus prévenant ?
Et si, et si ?
Très franchement, je n’ai aucun moyen de revenir en arrière, et aussi dur soit-il, je ne peux qu’accepter ce qui est arrivé.

Pour arriver à accepter, j’ai dû abandonner l’illusion que j’aurais pu faire mieux.
Les événements se sont passés, alors je dois accepter mes propres erreurs, ma propre impuissance, et c’est ça qui fait vraiment très mal.
Cela paraît évident quand je l’écris, mais dans la réalité, ça fait mal pour plusieurs raisons:

  1. parce que si j’ai une bonne image de moi-même, je ne veux pas accepter ma propre nullité
  2. parce que si j’ai une mauvaise image de moi-même, cela confirme que je suis nul et je m’auto-punis encore plus
  3. parce que j’ai l’illusion de croire que je peux agir de manière parfaite grâce à ma pensée

Après tout mon travail de méditation, j’ai compris que je ne contrôlerai jamais mes pensées (essayez un peu de ne penser à rien, vous verrez que c’est impossible !), alors comment pourrais-je agir de manière parfaite grâce à elles ?

Je me mets à la place du bourreau

Une technique efficace pour arriver à me pardonner est d’essayer de m’imaginer à la place du bourreau.
Curieusement, il m’est très difficile de prendre cette place, et c’est à cause de mes propres limitations intérieures.
Je veux garder une bonne image de moi-même, et je refuse d’être un salaud même si dans les faits j’agis comme tel.
J’ai toujours l’illusion que je suis quelqu’un de bien, même si je suis le pire des salopards.
Puis-je avoir de la compassion pour mon bourreau ?

Curieusement, certains individus arrivent facilement à se mettre à la place du bourreau, mais pas du tout à la place de la victime. D’après mon expérience, ils sont trop focalisés sur leur cerveau et pas assez sur leur cœur.
La compassion demande un équilibre entre le cœur et le cerveau.

Pardonner à l’autre

Très franchement, pardonner à celui qui m’a fait mal n’est pas très important pour moi-même.

Je n’accorde mon pardon à l’autre que si je constate qu’il est sincère dans ses excuses.

Mais en aucun cas mon pardon n’efface ce qu’il m’a fait, il devra assumer sa responsabilité.
Par exemple, s’il m’a volé, il doit rembourser, et s’il a tué, il doit aller en prison.
Le pardon ne doit jamais faire disparaître nos propres responsabilités.

La prière aux morts

Dans un registre plus loufoque, j’ai expérimenté une technique qui fonctionne quand la personne qui nous a fait du mal est morte: la prière aux morts.
Et ça marche encore mieux si on utilise de l’encens 😉
La fois où je l’ai pratiquée, j’avais fait une liste de tous les morts que je connaissais (y compris les animaux !) et je leur ai pardonné même si je n’avais rien à leur pardonner.
En dehors des symboliques pseudo-mystiques, cette technique est efficace pour faire la paix avec soi-même.

L’excuse

L’excuse est la façon la plus directe de demander pardon.
Il y a 3 conditions pour qu’une excuse soit sincère:

  1. je reconnais la souffrance de l’autre
  2. j’assume la responsabilité de mes actes: « j’ai pas fait exprès » ou « c’est pas ma faute » sont des mécanismes utilisés pour fuir sa propre responsabilité
  3. je vais essayer de ne pas refaire: j’ai retenu la leçon

Je vois tous les jours des individus passer leur temps à s’excuser.
Ont-ils honte d’exister ?

Conclusion

Le pardon est un acte de courage.
Il permet d’accepter ce qui s’est passé et de faire le deuil de la situation afin de passer à autre chose.

Est-ce que vous êtes capable de vous pardonner ?

Est-ce que vous êtes capable de vous mettre aussi bien à la place du bourreau qu’à la place de la victime ?

Le pardon peut vous aider à dépasser les limitations de votre perception de vous-même, c’est à dire votre ego.