La résistance au changement positif


Suite à mon article sur la résistance au changement, quelqu’un m’a posé la question suivante:

tu parles de changement négatif, mais que se passe-t-il en cas de changement positif ? Pourquoi certains résistent-ils ?

Ce à quoi je voulais lui répondre: comment peux-tu savoir si un changement est positif ou négatif ?
Ok, j’avoue, ma réponse est incompréhensible, alors je vais la détailler.

Le contexte

On m’offre la possibilité de changer positivement.
Voici quelques exemples:

  • en suivant un régime, je vais perdre du poids
  • en suivant une méthodologie agile, je vais devenir plus efficace dans mon travail
  • en utilisant un logiciel, mon travail va devenir plus facile

En résumé: si je pratique cette méthode, alors je vais changer positivement.

La réalité

La réalité est toute autre.
Tout d’abord, ce que quelqu’un me vend comme « positif » n’est peut-être positif que pour lui et pas pour moi.
C’est par intérêt qu’il me propose de changer.

Il y a aussi de nombreux effets secondaires.
Si je suis un régime contraignant, je vais forcément craquer à un moment donné, ce qui déclenchera une spirale de culpabilité et je vais rapidement perdre confiance en moi-même et en la méthode.

Si on me force à utiliser une méthodologie agile, mon boulot peut devenir super chiant et bordélique, par exemple comme un pompier qui doit éteindre des feux partout à la fois.
Ou alors, je suis déjà super compétent dans mon domaine, et la méthodologie me dit que j’ai tout faux, ce qui fait toujours plaisir à entendre.
Ou alors, je suis super enthousiaste à suivre la méthodologie. Moi, je veux bien changer, mais je remarque rapidement que le changement serait beaucoup plus utile à ceux qui me demandent de changer !

Enfin, ce logiciel si merveilleux peut remplacer tout ce que j’aimais faire et ne me laisser que les trucs chiants dans mon boulot.
Ou alors je vais être forcé de suivre un processus qui ne me parle pas et dont je ne vois pas l’intérêt, ou plus exactement dont je ne perçois que les défauts.

Les mécanismes intérieurs

J’avais déjà décrit les raisons de ces mécanismes dans « la résistance au changement ».
Je vais décrire quelques autres conséquences.

Le premier mécanisme est la résistance intérieure.
Si quelqu’un veut me forcer à changer, je vais résister de toutes mes forces, même si ça joue contre moi.
Je vais même justifier ma façon de faire en mettant en avant des motifs nobles.

Le second mécanisme est la collision avec les habitudes.
Si j’ai mis du temps à acquérir une habitude, changer cette habitude va me mettre dans une zone d’inconfort.
En informatique, il existe un terme pour cela: l’optimum local.
Si je travaille depuis longtemps, je me trouve dans une situation qui est la meilleure possible, localement.
Quel que soit le changement, je vais me retrouver dans une situation pire.
Mais peut-être qu’en changeant beaucoup de choses, au final, je pourrais atteindre une situation meilleure.
Comment savoir ?
Peut-être que je vais y gagner, peut-être que je vais y perdre, je ne peux le savoir qu’après avoir essayé.
La résistance est due aux doutes, et personne ne peut honnêtement répondre à mes questions.

Le troisième mécanisme est la confusion entre discipline et effort.
Je ne suis pas contre la discipline, du moment que je sais pourquoi je dois en suivre une (et j’ai horreur qu’on me l’impose).
Je ne suis pas contre l’effort, mais il doit rester de courte durée.
Personnellement, j’étais persuadé que le changement devait se faire violemment, mais ce n’est jamais le cas.
Si je me fais violence, c’est que mon approche n’est pas bonne.
Comme je l’ai déjà dit, le changement est un processus naturel et imprévisible.
Si je désire atteindre un objectif, rien ne peut assurer mon succès, sauf si l’objectif est vraiment très simple.

Comment accompagner le changement positif ?

Cela se fait de la même façon qu’avec le changement négatif.
Personnellement, je n’aime pas donner de méthode, parce qu’elles sont toujours à double tranchant.
Je vais quand même en proposer quelques unes.

La première est de manipuler l’autre.
C’est de loin la plus facile à utiliser si j’arrive à comprendre ce qui motive l’autre.
Par exemple, s’il cherche de la reconnaissance, il me suffit de lui en donner quand il va dans le sens que je veux.
Attention, cette méthode ne fonctionne que tant que l’autre accepte d’être manipulé.

La seconde est de proposer une vision, une « philosophie » plutôt qu’un objectif.
Par exemple, pour suivre un régime, au lieu de me focaliser sur le poids, je peux invoquer mon impact sur la planète.
Pour la méthodologie agile, au lieu de me focaliser sur la productivité, la communication ou la business value, je vais brandir le manifeste agile.

La troisième est la remise est cause.
Cela passe par du questionnement, mais il faut être capable de détecter les pensées magiques et autres croyances.
Cela implique que j’ai appris à me remettre en cause et à détecter mes propres croyances.

La quatrième est d’essayer de changer moi-même.
Le fait de vouloir me changer mène à l’acceptation de moi-même, une fois que j’ai compris qu’il n’est pas possible de changer.

La cinquième est le lâcher-prise.
C’est la méthode la plus difficile à appliquer parce que tout au fond de moi, j’ai le secret espoir de pouvoir changer les autres.
Mais mon attitude change quand je commence à accepter l’autre tel qu’il est, sans désir de le changer.
Peut-être qu’il va être sensible à mes arguments, peut-être pas.
Je ne veux pas le forcer à changer, parce que je n’y arriverai pas.
Comme je ne le force pas, il ne peut pas résister.

Conclusion

Tant que je crois qu’il existe un changement « positif », c’est que j’ai la croyance que je peux changer les autres ou moi-même.
Comment changer les autres sans les accepter tels qu’ils sont d’abord ?

Quand j’arrive à accepter l’autre ou moi-même, mon attitude change parce que je ne cherche plus à lui imposer quoi que ce soit.
Paradoxalement, c’est à ce moment-là que le changement intervient.

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Les Identifications


Voici enfin l’article tant annoncé !

Les identifications sont un processus tout à fait normal, tout le monde en utilise tout le temps.
Elles nous aident à nous construire quand nous sommes jeune, puis nous les renforçons au fur et à mesure que nous vieillissons et finalement elles viennent nous pourrir la vie.

Qu’est-ce que c’est ?

Une identification, c’est simplement le processus que j’utilise pour mettre des mots sur ce que je suis.

Je veux avoir une bonne image de moi, je veux prouver que j’ai de la valeur.
Alors je décide que « faire ceci » ou « être cela » me donne de la valeur.

Par exemple, je peux me complaire dans un rôle de victime, parce que je peux admirer ma capacité à supporter l’adversité.
Ou alors je peux me complaire dans un rôle de bourreau, parce que je peux admirer ma capacité à dominer les autres.
Ou je peux avoir l’impression qu’aider les autres ou gagner beaucoup d’argent fait de moi un être meilleur.

Comment elles se forment

A ma naissance, je suis vierge de toute identification.

La toute première identification est la perception de mon individualité: je perçois une séparation entre mon monde intérieur et le monde extérieur.

La seconde identification est la perception de mon corps: je réalise que mon corps bouge en fonction de mes pensées.

Plus tard, je me demande ce que je dois faire de ma vie pour qu’elle ait du « sens », alors je peux décider de devenir pompier ou astronaute.

L’éducation

Les identifications les plus tenaces sont transmises par ceux qui s’occupent de moi, par l’intermédiaire de leurs paroles ou de leurs actions.

Dans mon cas personnel, mes parents étaient obsédés par la réussite, ils considéraient qu’il fallait suivre de longues études et qu’être fonctionnaire était le summum de la réussite.
Et surtout, ils étaient persuadés qu’il fallait fonder sa famille et avoir des enfants.

Et je les ai cru !
Hé oui, moi enfant, j’ai accepté toutes les identifications que mes parents m’ont transmises parce que je voulais leur faire plaisir, ou plus exactement être un bon fils me valorisait.
Fort heureusement, ces identifications n’étaient pas trop contraires à ce que j’étais. Si j’avais été homosexuel, comment aurais-je pu continuer à accepter leurs identifications ?

Mais ils m’en ont transmis d’autres plus pourries.
Par exemple, mon père aurait voulu être prêtre, alors je me suis dit que devenir prêtre était valorisant.
Ma mère avait été déportée de Pologne vers l’Allemagne lors de la seconde guerre mondiale. Les polonais détestaient les juifs, alors je me suis dit que je valais mieux qu’un juif.

L’école aussi transmet son lot d’identifications: je suis récompensé si je pense en suivant la « bonne » manière.

Les événements de la vie

Ce qui m’arrive tous les jours me permet de renforcer les anciennes identifications et d’en créer de nouvelles !

Par exemple, je peux penser que je suis le meilleur programmeur/coach/homme/mari au monde, alors je cherche tous les signaux qui peuvent renforcer cette identification et j’ignore les signaux contraires.

Si j’arrive à réussir quelque chose, je peux associer ma réussite à un processus particulier, ce qui fait que je vais répéter ce processus systématiquement.

Comment me rendent-elles malheureux ?

Plus je tiens à une identification, plus je mets en place les mécanismes pour me pourrir la vie.

Voici quelques exemples où je vous laisse deviner les pièges:

  • je vais réussir si je travaille beaucoup
  • je veux avoir une famille nombreuse
  • je suis un excellent travailleur
  • je suis généreux

Je vais juste donner la solution de « je vais réussir si je travaille beaucoup ».
Le vrai problème ici est que la notion de réussite est indissociable de la notion d’échec.
Si je pense à la réussite, c’est que je pense à l’échec, et la peur de l’échec est un motivateur merdique.
Si je pense que la quantité d’efforts influe sur la réussite et que j’échoue, je peux croire que je n’ai pas assez fourni d’efforts.
Et si je réussis sans effort, je peux considérer que ma réussite n’a pas de valeur, réussir doit toujours être difficile !

La souffrance apparaît lorsque je m’accroche à mes identifications.

Pourquoi j’y tiens ?

Je tiens à mes identifications parce qu’elles semblent donner de la valeur à ma vie, certains nomment cela du « sens ».

Elles m’aident à définir de manière arbitraire ce qu’est « faire ».
Par exemple, je peux considérer qu’il est important pour moi de beaucoup « faire » si je veux avoir de la valeur.
Ou alors je peux considérer que « faire » n’est pas si important que cela.

Elles m’aident à définir de manière arbitraire ce qu’est « être ».
Par exemple, je peux considérer qu’être marié et avoir des enfants va me donner de la valeur.
Ou alors je peux considérer qu’être célibataire et sans enfants ne change rien.

« Ma vie a du sens » signifie littéralement « j’ai de la valeur ».
En réalité, quoi que je fasse, j’ai toujours de la valeur, même si cette valeur m’échappe.

Comment m’en débarrasser ?

Ces identifications apparaissent justement parce que je leur accorde de l’importance en y pensant.
Aucun système à base de pensée ne permet de les éliminer !

Voici quelques techniques qui ne fonctionnent pas:

  • la pensée positive: j’imagine que le fait de penser positivement va m’aider (ce qui est n’est pas forcément faux), mais cela renforce aussi mes identifications. Je m’interdis de penser négativement, alors je me déteste quand des pensées négatives apparaissent, notamment quand des merdes arrivent dans ma vie. Je mérite une vie idéale !
  • la méthode Coué: j’imagine qu’en me forçant, je peux me reprogrammer. J’aimerais ressembler à cette image idéale à laquelle je m’identifie. Comme ce n’est pas naturel, j’arrête de me forcer en me punissant de manquer de volonté. C’est moi qui décide comment changer !
  • la réflexion: j’imagine que si je comprends intellectuellement ce qui m’arrive, tout va aller bien (c’est ce que je croyais quand j’étais en psychanalyse). Malheureusement, comprendre ne résout rien. Alors j’essaye d’anticiper le futur en y pensant tout le temps, ou bien je vais voir une voyante. Je veux tout contrôler !

Les livres de développement personnel me conseillent de faire ceci ou cela, parce que c’est sûr et certain: je vais y arriver si j’applique leur méthode.
Malheureusement, il s’agit encore et toujours d’identifications, rien ne prouve que ce qui a fonctionné pour un autre fonctionne pour moi.
Le vrai problème est que je voudrais être autre chose que ce que je suis déjà, mais est-ce possible ?

Dans le prochain article, je décrirai une approche différente pour travailler sur ses identifications.

Conclusion

Dès que je cherche à me définir, je deviens sujet aux identifications.

« Je suis ceci ou cela » est une identification.
« J’ai telle qualité ou tel défaut » est une identification.
Plus je réfléchis sur moi-même, plus je renforce mes identifications.
Plus je tiens à mes identifications, plus je me limite parce que je suis incapable de voir leurs mauvais côtés.

Les identifications deviennent douloureuses quand je ne correspond plus à mon idéal.

La seule solution est de m’accepter tel que je suis sans désir de changer, mais comment faire quand je suis insatisfait de moi ?

Le Stress (nouvelle approche)


J’avais déjà écrit deux articles sur le stress (ici et ).

Ces deux articles proposaient notamment une méthode pour résoudre les problèmes de stress.

Ma compréhension des processus du stress a changé, aussi je vais essayer de vous décrire ce que j’ai compris.

Le stress, qu’est-ce que c’est ?

Maintenant, je considère que le stress résulte de la façon incorrecte dont nous traitons nos pensées.
Nous apprenons à acquérir des connaissances, un savoir-faire, mais personne ne nous explique comment traiter notre processus de pensée.

Les mythes qui encouragent le stress

Le premier mythe, c’est de croire que le stress vient de l’extérieur de soi

Personnellement, je croyais que le monde entier était la cause de mon stress et donc que la solution était à l’extérieur de moi.
En réalité, c’était moi qui créait mon stress: je suis le problème et sa solution.
Le stress est toujours auto-infligé.

Le second mythe, c’est de croire que c’est normal d’être stressé

Personnellement, j’utilisais le stress comme une mesure de valeur: plus je stressais, plus j’avais l’impression d’être actif.
J’étais même persuadé qu’il était important d’être stressé: comme j’avais été stressé à certains moments importants de ma vie, je croyais que stresser me rappellait mon importance.
En réalité, le stress détruit une grande partie de mes capacités intellectuelles.
Quand le stress devient chronique, mes amies « dépression » et « burn-out » s’installent.

Le troisième mythe, c’est de croire qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau

Personnellement, je croyais qu’il fallait que j’utilise mon cerveau à 100% tout le temps.
En réalité, le cerveau est un outil tout pourri. Il ne peut traiter que peu d’informations et leur stockage est complètement aléatoire.
Si je veux développer certaines facultés de mon cerveau, je dois en sacrifier d’autres.

Quelques situations stressantes

J’ai beaucoup de choses à faire en même temps

Comme je veux montrer que je suis compétent, j’essaye de tout faire à la fois, et surtout de ne rien oublier.
A partir de 3 tâches complexes, mon cerveau est utilisé à 100%, donc une tâche de plus ralentit tout le reste ou fait perdre des informations (oubli).
Pourquoi est-ce que je me sens obligé d’en faire toujours plus ?
Et si je ne sais jamais dire « stop ! », est-ce que je me respecte ?

Je dois y arriver

Je veux montrer que je suis le meilleur, que je dois gagner ou que je dois absolument réussir.

Le stress apparaît lorsque l’objectif que je me suis fixé va occuper une partie de mes pensées.
Le stress disparaît lorsque l’objectif a disparu.
La meilleure solution est donc d’oublier l’objectif, mais comment faire quand l’objectif est ancré depuis longtemps ?

J’attends une chose sur laquelle je n’ai aucun contrôle

Comme je n’ai aucun moyen d’action, mon mental prend le pas et commence à imaginer ce qui pourrait foirer: et si, et si ?
Le nombre de combinaisons possibles augmente très rapidement.
Se préparer aux différentes possibilités n’est pas inutile, mais que ferais-je en cas de situation imprévue ?
Le fait d’avoir trop préparé peut m’empêcher d’agir de façon créative ou rationnelle.

Pourquoi est-ce que je tiens autant à maîtriser une situation incontrôlable ?

Je me pose des questions, je doute

Le fait de se poser des questions ou de douter prend beaucoup de bande passante continuellement dans le cerveau.

Penser est une activité normale et spontanée, mais comme elle s’auto-alimente, elle devient rapidement obsessionnelle.
Tant que je pense, je ne produis rien extérieurement. Quand je ne fais plus rien, c’est que ma pensée a pris trop d’importance.

Douter, c’est focaliser la pensée sur le passé (et si j’avais fait autrement ?) ou sur le futur (comment faire ?).
Le fait de douter est très addictif: je doute parce que j’envisage des situations.
Mais qui peut prédire l’avenir ?

J’essaye d’être parfait, je joue un rôle

Je ne suis pas satisfait de ce que je suis, alors j’essaye de paraître meilleur que je ne suis.
Comment pourrais-je être meilleur que moi-même ?
Si je me bats contre moi-même, qui gagne, qui perd ?
Est-ce que je pourrais être autre chose que moi-même ? Qui suis-je ?

Les solutions anti-stress qui ne fonctionnent pas

Je prends des vacances

Beaucoup de gens pensent que partir en vacances fait disparaître le stress, mais le stress est un mécanisme intérieur !
Prendre des vacances permet de penser à autre chose, mais ça ne dure que le temps des vacances.
Et comme un drogué, dès que la drogue redevient disponible, je récidive de plus belle à mon retour.
Utilisez vos vacances pour penser autrement, mais ne comptez pas sur elles pour résoudre votre stress.

Je bois de l’alcool ou je me drogue

L’intérêt de l’alcool et de la drogue est de ralentir la pensée.
Cet état n’est que temporaire et le retour à la réalité douloureux.
Comme mes pensées s’adaptent à cet état, je suis amené à me défoncer de plus en plus.

Je fais du sport ou de la relaxation

Il est vrai que le sport et la relaxation permettent d’accéder à un état de calme temporaire.
Mais si l’exercice n’est pratiqué que 2 ou 3 heures par semaine, l’état ne peut pas devenir durable.
D’après mon expérience, pour que ça fonctionne, il faut en faire au moins 30 minutes chaque jour et se reposer régulièrement tout au long de la journée.
Se fixer un objectif de résultat annule tous les bénéfices de l’exercice.

J’arrête passivement de penser

Par exemple j’écoute de la musique ou je regarde la télé.
Personnellement, j’appelais ça « se vider la tête ».
Mais en fait, je ne fais que remplir mon cerveau (qui est facile à saturer) par d’autres choses.
Quand le gavage disparaît, les pensées habituelles reviennent, coucou le stress !

Les méthodes qui marchent

Je réduis la quantité de choses à penser

La méthode la plus simple est de réduire le stockage, de garder de la place disponible dans le cerveau.

Je ne fais qu’une seule chose à la fois.
Je stocke tout ce que j’ai à faire dans une liste écrite.
Et surtout j’élimine dès que possible ce que je ne pourrais pas faire.

J’arrête activement de penser

La méditation est la seule technique vraiment efficace.
J’ai déjà expliqué les techniques de base: laissez aller vos pensées en vous concentrant sur la source de vos pensées ou sur la source de votre respiration.
Faites-en au moins 15 minutes par jour avant de vous coucher, et vous verrez les effets positifs en moins de 2 semaines.
L’effet devient réellement durable au delà de 30 minutes par jour.
Personnellement, je médite seul entre une et deux heures par jour, tous les jours depuis 2 ans. Un état stable s’est installé après 6 mois de pratique.

Je me concentre sur mon intérieur

Méditer est impossible pendant la journée.
La méthode la plus simple est de focaliser mon attention sur mon intérieur pendant la journée, de me rappeler à moi-même.
Au bout de quelques semaines, l’extérieur devient moins obsédant.

Conclusion

Le stress peut sembler venir de l’extérieur mais c’est un processus intérieur.
Plus mon cerveau est tourné vers l’extérieur ou sur mes interactions avec l’extérieur, plus je stresse.
Plus j’essaye d’être multitâche, plus je stresse.
Plus j’utilise mon cerveau, plus je stresse.

Comment réduire l’activité de mon cerveau alors que tout m’encourage à l’augmenter ?

La pensée magique


Dans cet article, je vais vous présenter la pensée magique et expliquer ses dangers.

Introduction

Comme d’habitude, Wikipedia propose un article intéressant.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’il s’agit d’un symptôme d’immaturité ou de déséquilibre psychologique, parce que la pensée magique est partout.

Voyons les différents types de pensées magiques.

La pensée positive

Le principe est: « si je pense positivement, il va m’arriver des choses positives ».

Personnellement, je suis résolument contre cette approche, parce qu’elle fait beaucoup plus de mal que de bien.
Voici ses dangers:

  1. je vais refuser mes pensées négatives.
    Refuser mes pensées négatives est le meilleur moyen de les renforcer, et c’est notamment comme cela que les névroses se développent.
    Je l’ai vécu parce que je me forçais à être « gentil », et je n’admettais pas mes comportements non « gentils ».
    Plus j’intériorise mes pensées, plus je les renforce. Et plus j’extériorise mes pensées, plus je les atténue.
    C’est le principe de base de la confession ou de la psychanalyse.
  2. si je me force à croire que je vais bien alors que je ne vais pas bien, je vais me mettre en conflit avec moi-même.
    Chacun de mes mensonges accroit ma culpabilité intérieure.
    Cela est particulièrement visible chez les pessimistes qui se forcent à être optimistes.
  3. le positif et le négatif sont des critères subjectifs.
    Ce que je considère négatif peut être positif pour quelqu’un d’autre.
    Par exemple, si mes parents meurent, je peux me sentir effondré ou à l’inverse je peux être content de toucher l’héritage.

En réalité, ma pensée et la réalité sont séparées.
La meilleure approche est: j’accepte mes pensées telles qu’elles sont, sans les juger, et j’essaye de les exprimer pour éviter qu’elles ne se renforcent.

La méthode Coué

Le principe est: « plus j’y crois, plus j’ai des chances d’y arriver ».

Voici les dangers de cette approche:

  1. si je n’y arrive pas, je vais croire que je n’ai pas mis assez de volonté, donc il faut que je désire encore plus fort.
    C’est une croyance très répandue, souvent transmise au niveau familial.
    Les individus qui ne supportent pas la frustration sont souvent dans ce cas.
  2. quand mon énergie faiblit, je vais me reprocher mon manque de volonté.
    Cela va entraîner une spirale de dépréciation de moi-même: je n’y arrive pas, donc je n’ai pas assez de volonté, donc je suis une merde.

En réalité, la volonté et la réussite sont séparées.
La meilleure approche est: je fais de mon mieux quelque chose qui me plaît, et avec un peu de chance je vais y arriver. Si je n’y arrive pas, au moins j’aurais fait un truc qui m’a plu.

La superstition

Le principe est: « si je fais telle action, je vais avoir tel résultat ».

L’exemple typique est: « en suivant exactement cette méthode, je vais réussir ».
Voici les dangers:

  1. si j’échoue, je vais me dire que je n’ai pas été assez strict donc je vais essayer encore plus fort, ou à l’inverse, je peux rejeter la méthode en déclarant que « c’est de la merde ».
    Comme j’essaye de trop bien faire, je n’adapte pas l’esprit de la méthode à mon problème.
  2. si je réussis, je vais associer ma réussite au fait d’avoir suivi la méthode.
    Je vais suivre tout un tas de rituels (culte du cargo), parce qu’ils vont sûrement m’aider à réussir, c’est magique !

En réalité, la réussite et l’application d’une méthode sont séparées, sinon un régime parfait pour maigrir existerait.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes superstitions afin de ne pas en être dupe.

Les croyances

Les superstitions font partie des croyances.
Le principe est: « je crois que mon bonheur, ou autre chose, dépend de tel facteur ».

Par exemple:

  • je serais plus heureux si je gagnais plus d’argent
  • on ne peut pas réussir sans efforts
  • le bonheur, c’est ma famille
  • le bonheur, c’est d’avoir une maison
  • le bonheur, c’est facile quand on a du pognon
  • celui qui n’a pas une Rolex à 50 ans a raté sa vie
  • mes parents ont divorcé à cause de moi

Ce sont de fausses identifications, elles sont très difficiles à éliminer parce qu’il faut pouvoir les détecter.
Certaines croyances sont partagées par beaucoup de monde, d’où la difficulté de les détecter.

Relisez mes article sur êtes-vous bienveillant et sur le bonheur.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes croyances afin de ne pas en être dupe.

La projection dans le futur

Le principe est: « dans quelque temps, tout va aller bien pour moi ».

L’exercice est généralement pratiqué avec de la visualisation:
« projetez vous dans un futur proche, et imaginez que tout va bien pour vous »

J’ai pratiqué cette technique et constaté qu’elle ne fonctionne pas.
Le danger est de viser un résultat trop précis, de créer une attente.
Je recommande d’imaginer un état intérieur « positif » (par exemple: « je vais essayer d’être plus calme »), et de ne pas s’en vouloir si on ne l’atteint pas. Même si ça ne sert à rien, ça ne peut pas faire de mal !

Les bonnes résolutions

Le principe est: « j’ai décidé de changer ».

Par exemple: « cette année, j’ai décidé de maigrir et de faire du sport ».
Donc je prends un abonnement d’un an au club de sport, et je vais suivre le dernier régime à la mode.

Si je dois me forcer, je ne tiendrai pas longtemps, parce que mon énergie disparaît rapidement quand je perds l’intérêt pour quelque chose.
La meilleure approche est de ne pas prendre de résolution.

Conclusion

En fait, derrière la pensée magique, il y a plusieurs mécanismes importants.

Le premier est que je refuse la réalité telle qu’elle est.
Je fuis l’instant présent en pensant au passé ou au futur.
Le présent est toujours très éloigné de ce que je voudrais.
Comment arriver à l’accepter tel qu’il est ?

Le second est que je refuse d’envisager l’échec.
Pourtant, ce sont les échecs qui ont construit ma personnalité actuelle.
Et c’est le fait de tirer les leçons de mes échecs qui font que je ne reproduis pas les mêmes erreurs encore et encore.
Comment viser de petits échecs ?

Le troisième est que j’accorde trop d’importance à mes pensées.
Penser n’est ni « bien » ni « mal » (ça ne veut pas dire que je dois réaliser tous mes fantasmes !) et je dois chercher à équilibrer pensée, parole et action. Si je pensais moins, je ferais plus.
Comment ne pas être dupe de mes pensées ?

Etes-vous bienveillant ? Les réponses !


Avez-vous essayé le questionnaire dans mon article précédent: êtes-vous bienveillant ?

Faites l’exercice en ne réfléchissant pas trop à vos réponses !
 

 

 

 

 

Si c’est fait, descendez pour voir les réponses.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les réponses

Pour chaque phrase:

  • « indéterminé » ou « neutre » indiquent que je suis bienveillant sur ce sujet
  • « bienveillant » ou « violent » indiquent que je ne suis pas bienveillant sur ce sujet

Pourquoi ?

Si je juge que telle attitude est bienveillante et que telle autre attitude est violente, alors je ne suis pas bienveillant.
Pourtant, je crois pouvoir discerner ce qui est bienveillant de ce qui ne l’est pas.

En fait, à cause des processus d’identification et de projection, je n’ai absolument aucune idée de ce qu’est la réalité objective des choses.

Je reste persuadé que « je suis bienveillant envers moi-même et envers les autres ».
Comment puis-je savoir si je le suis vraiment ?

Si j’ai une mauvaise estime de moi, je peux penser qu’il est normal d’accepter des comportements comme la maltraitance ou l’humiliation, sous le prétexte que « je suis bienveillant ».
Au contraire, si j’ai une bonne estime de moi, je peux considérer que je ne dois jamais me laisser faire.
Et si j’ai une trop haute estime de moi, je peux croire que je sais mieux que les autres ce qui leur convient.

Pour être fixé, il suffit de demander aux autres ce qu’ils pensent de moi, non ?
Malheureusement, les autres ont une perception déformée de moi, ils sont plus préoccupés par eux-mêmes que par moi, quand ils ne cherchent pas à me manipuler !

En réalité, je n’ai aucun moyen direct de savoir si je suis bienveillant ou non.

Alors à quoi sert ce questionnaire ?

En fait, ce questionnaire sert à déterminer quelles sont vos identifications.

Si vous jugez une phrase « bienveillante » ou « violente », alors vous êtes en présence d’une identification.

Quelques exemples

Comme je ne suis pas certain d’avoir été clair, je vais vous dévoiler certaines de mes identifications en vous expliquant quelques unes de mes réponses, afin que vous compreniez ce que je veux dire.

je n’ai pas de patience

J’avais répondu « indéterminé », donc je suis à priori bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: en réalité, je peux être très patient sur certains sujets et pas du tout sur d’autres.
Au lieu d’imaginer que je dois être ou bien patient ou bien impatient, peut-être dois-je adapter mon comportement en fonction de la situation en cours ?

je suis attaché à mon passé

J’avais répondu « violent », donc je ne suis pas bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: si je m’accroche à ce que j’ai été, n’importe quel changement sera douloureux. Par exemple, mon corps vieillit.
En réalité, le fait que je trouve violent l’attachement au passé indique que je ne suis pas bienveillant avec les gens qui sont attachés à leur passé.
Personnellement, mes efforts pour me débarrasser de mon passé faussent ma vision de ce paramètre.

il m’arrive de me mettre en colère

J’avais répondu « bienveillant », donc je ne suis pas bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: j’accepte le fait de me mettre en colère.
En réalité, il existe des situations où je dois me mettre en colère et d’autres où je ne dois pas le faire.
Si je suis bienveillant, j’ajuste naturellement mon comportement en fonction de ces situations.
Si je me mets en colère tout le temps ou à l’inverse jamais, je ne suis pas bienveillant.
Personnellement, mes efforts pour apprendre à exprimer ma colère faussent ma vision de ce paramètre.

les autres ne pensent qu’à leur gueule

J’avais répondu « neutre », donc je suis bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: à cause du jeu de l’identification et de la projection, chacun ne voit le monde qu’à travers lui-même, ce qui donne ce sentiment d’égoïsme. C’est normal !
Après tout, les égoïstes, ce sont ceux qui ne pensent pas à moi !

Conclusion

Quand je suis bienveillant, j’accepte les choses telles qu’elles sont.
Curieusement, quand l’acceptation est là, le changement survient.

L’acceptation n’est pas quelque chose de passif.
Si je ne peux rien faire, je peux simplement admettre mon impuissance sans en souffrir.
Si je peux faire quelque chose, je me donne le droit d’agir en faisant des erreurs sans en souffrir.

La bienveillance apparaît quand il y a acceptation.
La violence apparaît quand il y a souffrance, notamment sous forme de culpabilité ou de culpabilisation.

Exercice final: relisez le questionnaire.
Pouvez-vous défendre le point de vue de chaque phrase puis le point de vue contraire ?

Projection & Identification


Depuis deux semaines, je prépare un article sous forme de jeu sur la non-violence.

Avant de vous le proposer, j’ai réalisé que je ne vous avais pas décrit les deux mécanismes les plus importants pour comprendre ce qu’est la non-violence: les processus de projection et d’identification.

Les processus de projection et d’identification sont différents en psychologie, mais je les ai nommés ainsi parce que ces termes me semblent plus parlants.

Le processus de projection

La projection, c’est quand je veux que les autres soient comme je le voudrais.

Phrase-clé: « je suis entouré de nuls ».

Dans ma tête, j’ai un modèle de valeur qui me dit que pour ne pas être nul, il faut avoir tout un tas de caractéristiques, par exemple il faut être motivé, diligent, intelligent, etc…
En fait, je suis ce modèle, puisque je possède moi-même toutes les caractéristiques, ou au contraire je pense que je suis un nul et qu’il me faudrait toutes ces caractéristiques pour ne plus être nul.
Donc, dès que je détecte chez les autres qu’il leur manque une ou plusieurs de ces caractéristiques, mon diagnostic tombe: ce sont des nuls !
Parfois, il m’arrive de croiser des gens qui ont toutes ces caractéristiques alors je les admire puisqu’ils me montrent mon idéal, ils me font rêver.
Mais après un certain temps (comme je suis un peu jaloux d’eux, je vérifie comment ils font), je vois bien qu’il leur manque plein d’autres caractéristiques idéales, et je me rends compte que je les avais trop idéalisés, alors je commence par m’en vouloir et finalement je les déteste.

La projection est détectable avec la phrase suivante:

tout irait beaucoup mieux si tout le monde était comme moi

ou si vous avez peu d’estime pour vous-même:

heureusement que personne n’est comme moi

Si vous trouvez un de ces phrases vraies, c’est que vous utilisez des modèles idéaux intérieurs.

Le processus d’identification

L’identification, c’est quand j’essaye de me définir avec des mots.
Comme ce processus est beaucoup moins évident, je vais vous donner plusieurs exemples.

Je suis un bon parent

Phrase-clé: « je suis un bon père de famille », ou « je suis un bon fils ».
Supposons que j’ai des enfants et que selon moi, être un bon père signifie que je ne dois jamais donner de fessée.
Un soir, alors que j’ai eu une journée de travail particulièrement difficile, je rentre épuisé et mon enfant crie très fort à la maison.
Mon premier réflexe est la bienveillance: je lui demande gentiment de se calmer et je lui propose une activité.
Pas de chance, il est très excité, il ne se calme pas et ça commence à m’énerver fortement.
A bout de nerfs, je lui donne une bonne fessée.

Que se passe-t-il alors ?
Un sentiment de culpabilité m’envahit: pourquoi, mais pourquoi l’ai-je fessé ?
Un bon parent ne doit pas fesser ses enfants, donc je ne suis pas un bon parent.
Putain, je suis nul en tant que parent.
Je vais essayer de me déculpabiliser en étant encore plus gentil avec mon enfant, quitte à lui pardonner de futurs comportements inacceptables.

Je suis vertueux

Phrase-clé: « je suis gentil » ou « je suis serviable ».
Supposons que je sois persuadé d’être gentil, et que quelqu’un vienne m’emmerder.
A cause de ma forte identification, je vais réprimer ma colère, puisqu’elle irait à l’encontre de ma propre idée de « gentillesse ».
Je peux retourner cette colère contre moi-même, en me traitant de nul.
Je peux évacuer cette colère contre d’autres personnes (de préférence des gens qui devront subir docilement cette colère).
Si j’ose exprimer ma colère envers mon bourreau, alors je vais me sentir coupable, parce que mon masque de gentillesse s’effondre.
Les donneurs de leçon paraissent vertueux, mais au fond d’eux-mêmes, ils se reprochent leurs propres « faiblesses ».

Je me connais bien

Phrase-clé: « mes qualités sont… » ou « mes défauts sont… ».
L’identification devient ici plus subtile: je pense bien me connaître, alors je pense que je suis comme ceci ou comme cela.
Malheureusement, ceci est complètement faux.
Si je m’identifie à une qualité, je vais essayer de respecter cette « qualité » même si elle est dangereuse pour moi (cf l’exemple de la gentillesse).
Si je m’identifie à un défaut, je vais essayer de le corriger en me forçant, mais je ne suis plus vraiment moi-même puisque je me force.
De plus, la perception de ces qualités et défauts est juste temporaire: dans un an, je pourrais avoir changé d’avis.
J’aime beaucoup la phrase: « les défauts sont des qualités poussées au maximum« .

Ce genre d’identification me limite dans ce que je pourrais être parce que je cherche à me définir.
En réalité, si je pense être quelque chose, il est probable que je puisse être le contraire aussi.

Ma vie a du sens

Phrase-clé: « mon travail donne du sens à ma vie » ou « ma famille donne du sens à ma vie ».
L’identification est ici encore plus subtile.

En soi, l’affirmation « mon travail donne du sens à ma vie » a l’air plutôt positive, mais elle fait des dégâts considérables quand la situation change (et elle changera !).
Si je perds mon emploi, je vais doublement morfler: je vais subir le deuil de mon travail, ainsi que devoir affronter l’image de moi sans mon travail.
Ce travail définissait ma valeur, donc sans ce travail, je ne vaux plus rien !

Je suis fier de moi

Phrase-clé: « je suis fier de ce que je suis ».
Je vais décrire mon cas personnel: je voulais devenir le meilleur programmeur du monde.
J’ai donc tout sacrifié pour le devenir (« tout » résume bien la quantité de sacrifices).
A chaque fois que j’avais une confirmation que mes efforts avaient porté leur fruit, j’étais fier de moi et content.
A chaque fois que la réalité me montrait que j’étais loin de mon idéal, je me sentais nul et malheureux.
Entre la fierté et la honte, il n’y a qu’un pas.

Maintenir mon image idéale me demandait des efforts tellement immenses que je n’arrivais plus à les fournir. Je me souviens encore de certains passages à vide.
A un moment donné, j’ai compris que je ne pourrais jamais y arriver, et j’ai vraiment souffert parce que je refusais cette idée.

Enfin, cette identification est limitante parce que je m’interdis tout le reste. Je peux être créatif, communicant, organisateur ou même patron, et pas simplement programmeur !

Conclusion

La projection, c’est juger les autres.
L’identification, c’est se juger soi-même.

Dans tous les cas, je réduis ce que sont les autres ou moi-même à une toute petite partie de ce qu’ils sont et de ce qu’ils pourraient être.

L’Acceptation


Pendant toute ma vie, j’ai cru que je pouvais décider de ma vie, que ce qui m’arrivait était de mon fait, et que ma volonté pouvait changer les choses.
Comme je voulais maîtriser ma vie, je voulais trier ce qui m’arrivait: virer tout ce qui est pourri pour ne garder que le meilleur.

Un jour, ma femme s’est retrouvée en fauteuil roulant.
Au début, je refusais cette situation, parce qu’elle était trop dérangeante.
Je n’osais en parler à personne et, comme cela me préoccupait, je n’avais plus la tête à mon travail.
Après des longs mois de silence, j’ai décidé d’en parler ouvertement à mes collègues, afin de relâcher un peu la pression qui m’étouffait.
Tout de suite, j’ai commencé à aller un peu mieux, mais je souffrais encore parce que, comme Caliméro, je trouvais la vie vraiment trop injuste.

Un jour, j’ai décidé d’accepter la situation telle qu’elle est, en acceptant que je ne pouvais rien faire maintenant et que réfléchir sur cette situation ne servait à rien.
Et là, tout a commencé à aller vraiment mieux, je me suis mis à évoluer intérieurement à un rythme incroyable.

Un peu de psychologie

L’acceptation est très importante en psychologie.
Il s’agit d’une étape du deuil, qui est le processus interne qui se produit quand une situation change.

La psychiatre suisse-allemande Elisabeth Kübler-Ross a observé 7 phases du deuil:

  1. le choc
  2. le déni
  3. la colère
  4. la tristesse
  5. la résignation
  6. l’acceptation
  7. la reconstruction

En réalité, chacune de ces étapes n’est qu’une conséquence des mécanismes de défense de mon ego.
Mon ego n’est pas ma personnalité, mais l’ensemble de mes identifications ou les croyances que j’ai à mon sujet, autrement dit l’image que j’ai de moi.

Qu’elles soient justes ou fausses, les identifications me limitent, parce qu’elles ne laissent place qu’à ce que je crois connaître de moi-même, et cette connaissance est très superficielle !

Une de mes identifications typiques est: « je suis quelqu’un de gentil »
Mais quand je commence à gratter un peu, je commence à percevoir les vraies intentions derrière mes actes, et je commence à réaliser que je ne suis pas aussi gentil que je le croyais.

En fait, j’étais peut-être le seul à croire que j’étais gentil.
Plus je m’accrochais à mon image de gentil, moins je supportais qu’on me démontre le contraire, et plus je me laissais manipuler par les individus qui jouaient sur mon désir de paraître gentil !
En réalité, je jouais le gentil, mais parfois j’agissais méchamment, de préférence sur les personnes proches de moi.
Plus je m’attache à un côté de ma personnalité, plus mon ego se renforce.

Maintenant, je ne suis ni gentil ni méchant, je suis juste moi-même.

Comment accélérer le processus de deuil ?

Le processus de deuil prend du temps.
Par exemple, le deuil de mon père m’a demandé plusieurs années.
Mais existe-t-il un moyen d’accélérer ce processus, afin qu’il devienne pratiquement instantané ?

Très honnêtement, il y a quelques années, j’aurais dit: non, chaque deuil prend un certain temps, et ça dépend de la difficulté du deuil. Un décès prend plus de temps qu’un licenciement, un licenciement plus qu’une coupe de cheveux, etc…

Maintenant, je suis persuadé que ce processus peut être instantané.

Comme je l’ai écrit au-dessus, le deuil dépend directement de l’ego.
Moins je m’identifie à ce que je pense être, et plus l’acceptation est facile.

Comment faire sauter les identifications ?

Faire sauter ses identifications est un travail extrêmement difficile.
Si je demande l’avis d’autres personnes, ils vont projeter un peu de leurs identifications sur moi, et je ne pourrais pas saisir les miennes (ou alors seulement les plus évidentes).

Je peux consulter quelqu’un qui a déjà fait ce travail

C’est la solution la plus facile quand j’ai de l’argent et peu de temps.
Je tiens à préciser qu’il est difficile de trouver quelqu’un de compétent pour vous aider.
D’après mon expérience personnelle, la psychanalyse, la sophrologie et la méditation fonctionnent assez bien.

Le danger est de tomber sur un charlatan.

Je peux le faire tout seul

Je peux faire de l’introspection.
Cela prend plus de temps, mais c’est gratuit et c’est ce que j’ai fait (j’ai quand même appris les bases en suivant une psychanalyse).

La technique la plus efficace que je connaisse est de regarder les défauts des autres.
Les défauts sont des qualités poussées à l’extrême, jusqu’à en devenir caricaturales.
Je regarde les défauts des autres, et là, j’ai 2 catégories de défauts:

  1. ceux qui ne me gênent pas
  2. ceux qui me gênent

Je perçois les autres à travers le miroir déformant de ce que je crois être.
Si j’étais parfait, je ne percevrais aucun défaut chez les autres.
Si je perçois quelque chose, ce sont mes propres identifications.
Certaines sont supportables (ce sont les défauts qui ne me gênent pas), et d’autres beaucoup moins !

Donc je prends un défaut qui me gêne, et je me focalise dessus, le temps qu’il faut.
Au début, je vois assez mal en quoi tel défaut me gêne.
Mais au bout de quelques jours, la compréhension devient de plus en plus claire.

Par exemple, si je me considère gentil, je peux être gêné par les « méchants », parce que je suis persuadé qu’il « faut » être gentil. C’est mal de ne pas l’être !
Je peux aussi être gêné par les « calculateurs », ceux qui agissent pour avoir quelque chose en échange. Cette attitude me confronte à ma propre malhonnêteté.
Enfin, je peux être gêné par les autres gentils, et plus particulièrement par ceux qui le sont plus que moi. Je suis jaloux, parce qu’ils me montrent que je suis loin d’être aussi idéal que je le pensais.

Une variante de cette technique est de regarder les événements qui me gênent dans ma vie.
L’identification tient ici au fait que je veux rester dans un environnement familier, donc je m’accroche à cet environnement et je refuse le changement.

Tant qu’il y a fierté, honte ou culpabilité, il y a identification.
Quand la fierté, la honte et la culpabilité disparaissent, les identifications disparaissent.

Les dangers de l’introspection sont de perdre toute spontanéité à force de rationaliser, de se perdre dans les méandres du moi en analysant chaque détail et enfin de renforcer l’ego à force de se focaliser dessus.

J’accepte sans condition

Il existe une technique encore plus efficace que l’introspection: l’acceptation sans condition, appelée aussi lâcher-prise.

Je tiens à prévenir que malgré sa grande simplicité, cette technique est extrêmement difficile.

Le principe est d’accepter sans juger ce qui m’arrive et sur lequel je n’ai pas de contrôle.

En reprenant l’exemple de ma femme, j’ai accepté le fait que je ne pouvais rien faire, et qu’il fallait que je patiente jusqu’à ce qu’une solution apparaisse.

Depuis, j’applique cette technique systématiquement dès que je constate que je n’ai aucun moyen d’action: j’accepte le fait de ne pouvoir rien faire, au lieu de m’agiter inutilement.
Je n’ai plus aucun problème puisque les problèmes viennent de mes identifications.

Les dangers de l’acceptation sont d’accepter par paresse des choses sur lesquelles je pourrais agir, et de négliger mon corps et mes ressentis.

Conclusion

L’acceptation, c’est d’abord l’acceptation de moi tel que je suis, sans vouloir changer quoi que ce soit.
Ensuite, c’est l’acceptation des autres tels qu’ils sont, sans vouloir les changer.
Enfin, c’est l’acceptation de ce qui m’arrive et sur lequel je ne peux rien faire maintenant.