La pensée magique


Dans cet article, je vais vous présenter la pensée magique et expliquer ses dangers.

Introduction

Comme d’habitude, Wikipedia propose un article intéressant.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’il s’agit d’un symptôme d’immaturité ou de déséquilibre psychologique, parce que la pensée magique est partout.

Voyons les différents types de pensées magiques.

La pensée positive

Le principe est: « si je pense positivement, il va m’arriver des choses positives ».

Personnellement, je suis résolument contre cette approche, parce qu’elle fait beaucoup plus de mal que de bien.
Voici ses dangers:

  1. je vais refuser mes pensées négatives.
    Refuser mes pensées négatives est le meilleur moyen de les renforcer, et c’est notamment comme cela que les névroses se développent.
    Je l’ai vécu parce que je me forçais à être « gentil », et je n’admettais pas mes comportements non « gentils ».
    Plus j’intériorise mes pensées, plus je les renforce. Et plus j’extériorise mes pensées, plus je les atténue.
    C’est le principe de base de la confession ou de la psychanalyse.
  2. si je me force à croire que je vais bien alors que je ne vais pas bien, je vais me mettre en conflit avec moi-même.
    Chacun de mes mensonges accroit ma culpabilité intérieure.
    Cela est particulièrement visible chez les pessimistes qui se forcent à être optimistes.
  3. le positif et le négatif sont des critères subjectifs.
    Ce que je considère négatif peut être positif pour quelqu’un d’autre.
    Par exemple, si mes parents meurent, je peux me sentir effondré ou à l’inverse je peux être content de toucher l’héritage.

En réalité, ma pensée et la réalité sont séparées.
La meilleure approche est: j’accepte mes pensées telles qu’elles sont, sans les juger, et j’essaye de les exprimer pour éviter qu’elles ne se renforcent.

La méthode Coué

Le principe est: « plus j’y crois, plus j’ai des chances d’y arriver ».

Voici les dangers de cette approche:

  1. si je n’y arrive pas, je vais croire que je n’ai pas mis assez de volonté, donc il faut que je désire encore plus fort.
    C’est une croyance très répandue, souvent transmise au niveau familial.
    Les individus qui ne supportent pas la frustration sont souvent dans ce cas.
  2. quand mon énergie faiblit, je vais me reprocher mon manque de volonté.
    Cela va entraîner une spirale de dépréciation de moi-même: je n’y arrive pas, donc je n’ai pas assez de volonté, donc je suis une merde.

En réalité, la volonté et la réussite sont séparées.
La meilleure approche est: je fais de mon mieux quelque chose qui me plaît, et avec un peu de chance je vais y arriver. Si je n’y arrive pas, au moins j’aurais fait un truc qui m’a plu.

La superstition

Le principe est: « si je fais telle action, je vais avoir tel résultat ».

L’exemple typique est: « en suivant exactement cette méthode, je vais réussir ».
Voici les dangers:

  1. si j’échoue, je vais me dire que je n’ai pas été assez strict donc je vais essayer encore plus fort, ou à l’inverse, je peux rejeter la méthode en déclarant que « c’est de la merde ».
    Comme j’essaye de trop bien faire, je n’adapte pas l’esprit de la méthode à mon problème.
  2. si je réussis, je vais associer ma réussite au fait d’avoir suivi la méthode.
    Je vais suivre tout un tas de rituels (culte du cargo), parce qu’ils vont sûrement m’aider à réussir, c’est magique !

En réalité, la réussite et l’application d’une méthode sont séparées, sinon un régime parfait pour maigrir existerait.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes superstitions afin de ne pas en être dupe.

Les croyances

Les superstitions font partie des croyances.
Le principe est: « je crois que mon bonheur, ou autre chose, dépend de tel facteur ».

Par exemple:

  • je serais plus heureux si je gagnais plus d’argent
  • on ne peut pas réussir sans efforts
  • le bonheur, c’est ma famille
  • le bonheur, c’est d’avoir une maison
  • le bonheur, c’est facile quand on a du pognon
  • celui qui n’a pas une Rolex à 50 ans a raté sa vie
  • mes parents ont divorcé à cause de moi

Ce sont de fausses identifications, elles sont très difficiles à éliminer parce qu’il faut pouvoir les détecter.
Certaines croyances sont partagées par beaucoup de monde, d’où la difficulté de les détecter.

Relisez mes article sur êtes-vous bienveillant et sur le bonheur.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes croyances afin de ne pas en être dupe.

La projection dans le futur

Le principe est: « dans quelque temps, tout va aller bien pour moi ».

L’exercice est généralement pratiqué avec de la visualisation:
« projetez vous dans un futur proche, et imaginez que tout va bien pour vous »

J’ai pratiqué cette technique et constaté qu’elle ne fonctionne pas.
Le danger est de viser un résultat trop précis, de créer une attente.
Je recommande d’imaginer un état intérieur « positif » (par exemple: « je vais essayer d’être plus calme »), et de ne pas s’en vouloir si on ne l’atteint pas. Même si ça ne sert à rien, ça ne peut pas faire de mal !

Les bonnes résolutions

Le principe est: « j’ai décidé de changer ».

Par exemple: « cette année, j’ai décidé de maigrir et de faire du sport ».
Donc je prends un abonnement d’un an au club de sport, et je vais suivre le dernier régime à la mode.

Si je dois me forcer, je ne tiendrai pas longtemps, parce que mon énergie disparaît rapidement quand je perds l’intérêt pour quelque chose.
La meilleure approche est de ne pas prendre de résolution.

Conclusion

En fait, derrière la pensée magique, il y a plusieurs mécanismes importants.

Le premier est que je refuse la réalité telle qu’elle est.
Je fuis l’instant présent en pensant au passé ou au futur.
Le présent est toujours très éloigné de ce que je voudrais.
Comment arriver à l’accepter tel qu’il est ?

Le second est que je refuse d’envisager l’échec.
Pourtant, ce sont les échecs qui ont construit ma personnalité actuelle.
Et c’est le fait de tirer les leçons de mes échecs qui font que je ne reproduis pas les mêmes erreurs encore et encore.
Comment viser de petits échecs ?

Le troisième est que j’accorde trop d’importance à mes pensées.
Penser n’est ni « bien » ni « mal » (ça ne veut pas dire que je dois réaliser tous mes fantasmes !) et je dois chercher à équilibrer pensée, parole et action. Si je pensais moins, je ferais plus.
Comment ne pas être dupe de mes pensées ?

Pitch atelier 2014


Cette année, je compte animer un atelier de 2 heures sur le développement personnel dans les conférences agiles sur Paris.

Voici le pitch.

Agilité & Développement Personnel

Comment aider les gens à être plus performants en devenant eux-mêmes

Qu’est-ce que le développement personnel ?
C’est simplement la découverte de soi.

Selon moi, il y a 2 axes de développement personnel: « faire » et « être ».
Nous allons expérimenter ce qu’est « être » avec des exercices, en allant à la découverte de l’autre et surtout de soi.
Objectif de la session:
Une meilleure compréhension de nous-mêmes et des autres
Public visé:
Tous ceux intéressés par le développement personnel
Niveau requis:
Aucun

Le développement personnel se joue sur 2 axes: « faire » et « être ».

Les méthodologies agiles se concentrent surtout sur l’axe « faire », mais comment développer l’axe « être » ?

Nous allons expérimenter cela dans un atelier de 2 heures, par équipe de 2 personnes.
Chaque exercice sera suivi d’une explication de ce qui s’est passé.

Nous allons notamment aborder les thèmes suivants:

  • le développement personnel
  • le changement
  • la résilience
  • l’acceptation

et probablement d’autres encore !

Note: tout ce qui sera présenté est du retour personnel d’expérience et n’est pas disponible dans la littérature

Buts de la présentation:

  • comprendre ce qu’est le développement personnel en s’amusant
  • apprendre à mieux s’accepter et à accepter l’autre

Atelier en 2 heures, sans support.

Les exercices

Je suis en train de travailler sur les exercices.
En avant-première, voici les titres des 3 exercices prévus pour l’instant:

  1. Présentons-nous ! Durée 15 minutes
  2. Je négocie mon augmentation. Durée 30 minutes
  3. L’exercice de la honte. Durée 15 minutes

J’espère que cela sera instructif, amusant et provocateur à la fois.

Etes-vous bienveillant ? Les réponses !


Avez-vous essayé le questionnaire dans mon article précédent: êtes-vous bienveillant ?

Faites l’exercice en ne réfléchissant pas trop à vos réponses !
 

 

 

 

 

Si c’est fait, descendez pour voir les réponses.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les réponses

Pour chaque phrase:

  • « indéterminé » ou « neutre » indiquent que je suis bienveillant sur ce sujet
  • « bienveillant » ou « violent » indiquent que je ne suis pas bienveillant sur ce sujet

Pourquoi ?

Si je juge que telle attitude est bienveillante et que telle autre attitude est violente, alors je ne suis pas bienveillant.
Pourtant, je crois pouvoir discerner ce qui est bienveillant de ce qui ne l’est pas.

En fait, à cause des processus d’identification et de projection, je n’ai absolument aucune idée de ce qu’est la réalité objective des choses.

Je reste persuadé que « je suis bienveillant envers moi-même et envers les autres ».
Comment puis-je savoir si je le suis vraiment ?

Si j’ai une mauvaise estime de moi, je peux penser qu’il est normal d’accepter des comportements comme la maltraitance ou l’humiliation, sous le prétexte que « je suis bienveillant ».
Au contraire, si j’ai une bonne estime de moi, je peux considérer que je ne dois jamais me laisser faire.
Et si j’ai une trop haute estime de moi, je peux croire que je sais mieux que les autres ce qui leur convient.

Pour être fixé, il suffit de demander aux autres ce qu’ils pensent de moi, non ?
Malheureusement, les autres ont une perception déformée de moi, ils sont plus préoccupés par eux-mêmes que par moi, quand ils ne cherchent pas à me manipuler !

En réalité, je n’ai aucun moyen direct de savoir si je suis bienveillant ou non.

Alors à quoi sert ce questionnaire ?

En fait, ce questionnaire sert à déterminer quelles sont vos identifications.

Si vous jugez une phrase « bienveillante » ou « violente », alors vous êtes en présence d’une identification.

Quelques exemples

Comme je ne suis pas certain d’avoir été clair, je vais vous dévoiler certaines de mes identifications en vous expliquant quelques unes de mes réponses, afin que vous compreniez ce que je veux dire.

je n’ai pas de patience

J’avais répondu « indéterminé », donc je suis à priori bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: en réalité, je peux être très patient sur certains sujets et pas du tout sur d’autres.
Au lieu d’imaginer que je dois être ou bien patient ou bien impatient, peut-être dois-je adapter mon comportement en fonction de la situation en cours ?

je suis attaché à mon passé

J’avais répondu « violent », donc je ne suis pas bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: si je m’accroche à ce que j’ai été, n’importe quel changement sera douloureux. Par exemple, mon corps vieillit.
En réalité, le fait que je trouve violent l’attachement au passé indique que je ne suis pas bienveillant avec les gens qui sont attachés à leur passé.
Personnellement, mes efforts pour me débarrasser de mon passé faussent ma vision de ce paramètre.

il m’arrive de me mettre en colère

J’avais répondu « bienveillant », donc je ne suis pas bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: j’accepte le fait de me mettre en colère.
En réalité, il existe des situations où je dois me mettre en colère et d’autres où je ne dois pas le faire.
Si je suis bienveillant, j’ajuste naturellement mon comportement en fonction de ces situations.
Si je me mets en colère tout le temps ou à l’inverse jamais, je ne suis pas bienveillant.
Personnellement, mes efforts pour apprendre à exprimer ma colère faussent ma vision de ce paramètre.

les autres ne pensent qu’à leur gueule

J’avais répondu « neutre », donc je suis bienveillant sur ce sujet.
Mon argument: à cause du jeu de l’identification et de la projection, chacun ne voit le monde qu’à travers lui-même, ce qui donne ce sentiment d’égoïsme. C’est normal !
Après tout, les égoïstes, ce sont ceux qui ne pensent pas à moi !

Conclusion

Quand je suis bienveillant, j’accepte les choses telles qu’elles sont.
Curieusement, quand l’acceptation est là, le changement survient.

L’acceptation n’est pas quelque chose de passif.
Si je ne peux rien faire, je peux simplement admettre mon impuissance sans en souffrir.
Si je peux faire quelque chose, je me donne le droit d’agir en faisant des erreurs sans en souffrir.

La bienveillance apparaît quand il y a acceptation.
La violence apparaît quand il y a souffrance, notamment sous forme de culpabilité ou de culpabilisation.

Exercice final: relisez le questionnaire.
Pouvez-vous défendre le point de vue de chaque phrase puis le point de vue contraire ?

Comment se comporter dans un conflit ? (première partie)


J’avais déjà écrit quelques articles sur le conflit:
https://psychologieagile.wordpress.com/2012/04/15/gestion-des-conflits-premiere-partie/
https://psychologieagile.wordpress.com/2012/04/30/gestion-des-conflits-seconde-partie/

Mais cette fois-ci, je vais vous décrire les différentes façons de se comporter lorsqu’on se trouve dans une situation difficile, ce qui me permettra de vous faire un petit cours de coaching.

La situation

Je suis en conflit direct avec un individu.
Que puis-je faire ?

Les 3 attitudes de base

Dans ce genre de situation typique, je dispose de 3 attitudes:

  1. je peux ne rien faire
  2. je peux fuir
  3. je peux accepter la confrontation

Avant d’aller plus loin, j’insiste sur le fait qu’aucune de ces 3 attitudes de base n’est meilleure que les autres !
Chacun préfère utiliser telle ou telle méthode, en fonction de son vécu.
Dans mon cas personnel, avant de commencer à travailler sur moi, j’étais un adepte de ne rien faire, et quand je n’en pouvais plus je fuyais. Confronter m’était absolument impossible !
Quand j’ai découvert la confrontation, je me suis mis à l’utiliser systématiquement, c’était jouissif au début mais aussi très fatigant. Plus je pratiquais la confrontation et plus le plaisir disparaissait, jusqu’à ce que ça devienne juste « normal ».

Maintenant, j’ai compris que ces 3 attitudes sont des attitudes normales, et qu’il faut simplement changer d’attitude en fonction de chaque situation.
Ce qui n’est pas normal, c’est de s’interdire une de ces 3 attitudes de base.
Parfois, je peux avoir l’impression que je ne peux pas utiliser une de ces 3 attitudes, mais c’est un problème de perception intérieure:

dans n’importe quelle situation, je suis libre de me comporter comme je veux.

Je vais maintenant entrer dans les détails de chaque attitude.

Ne rien faire

C’était de loin ma méthode préférée !
En fait, j’étais fier de ma capacité à supporter l’insupportable, sous prétexte de travailler sur mon ego. J’étais complètement maso !

Parfois, ne rien faire peut être une bonne solution, parce que je ne peux pas me battre à chaque conflit de ma vie, alors je préfère utiliser mon énergie seulement quand ça en vaut la peine.

Maintenant, ne rien faire est un exercice que je pratique pour mon développement personnel.
Non, je ne me force pas à supporter l’insupportable, mais cela m’aide à identifier mes limitations intérieures.
Je rappelle qu’il est très facile de découvrir les limitations des autres, mais très difficile de découvrir les siennes.

La technique est très simple à pratiquer:
dans une situation inconfortable, je regarde mes réactions intérieures, comme si j’étais le spectateur au lieu de l’acteur.
Pour être plus concret, je vais vous décrire mon processus intérieur.

Dans un premier temps, je constate un sentiment de panique intérieure: je me sens complètement impuissant à affronter la situation et je perds tous mes moyens.
Après environ 15 secondes, je constate que le sentiment de panique disparaît, et un sentiment d’inconfort prend le dessus.
Ensuite, je constate que des pensées apparaissent, mais c’est le bordel: tout un tas de vieilles situations d’échec me viennent à l’esprit simultanément.
Après quelques longs instants de malaise, je pense à respirer avec le bas du ventre.
Cela permet à mon cerveau de reprendre le contrôle, et il commence à me proposer des solutions.
En général, la première solution qui apparaît est la fuite, mais après quelques instants, d’autres solutions apparaissent: ce sont toujours de vieilles solutions que j’avais déjà utilisées dans d’autres situations, j’appelle cela des « solutions foireuses ».
Le cerveau n’étant pas un organe très rapide, les bonnes solutions n’apparaissent habituellement qu’après plusieurs heures, c’est à dire longtemps après que la situation soit passée.

Je tiens à signaler que ce processus est difficile à percevoir parce qu’il s’enchaîne très vite et surtout parce qu’il est très désagréable à vivre.
C’est désagréable à vivre par manque d’habitude, mais une fois que l’habitude est prise, ce processus est tout à fait naturel.

Apprendre à accepter mes pensées ou émotions « négatives » m’a permis de m’accepter tel que je suis.
Avant, je m’interdisais certaines pensées (par exemple, je ne m’autorisais pas à être agressif), c’est à dire que je refusais des parties de ma personnalité, et ce sont généralement les parties les moins flatteuses selon mes critères intérieurs « idéaux ». Curieusement, ce sont ces parties les moins flatteuses qui sont les vrais fondements de ma personnalité, qui font de moi l’individu unique que je suis.

Maintenant, avec la pratique, j’arrive à laisser défiler tous ces états intérieurs en quelques secondes, mais il m’arrive encore que ça accroche dans certaines situations.
Cette technique s’appelle la pleine conscience, et cela devrait être notre mode de fonctionnement normal.

Fuir

C’était ma deuxième méthode préférée, j’étais le roi de l’esquive.
Si toutes les autres approches ont échoué (ou si la situation est trop dangereuse), cette approche peut être efficace.

Elle ne devient inefficace que si je l’utilise systématiquement, ou alors quand je n’ose jamais utiliser la confrontation.
Le principal inconvénient de la fuite est que si j’ai fui le problème avant de l’avoir résolu, le problème va probablement se représenter sous une nouvelle forme.
A ce moment-là, je vais devoir résoudre le nouveau problème, et en plus faire face à l’échec des précédents.
Le courage que cela requiert devient de plus en plus grand, et je peux vous confirmer que le courage n’est pas infini !

Conclusion

Dans le prochain article, je détaillerai les différentes techniques utilisables pour la confrontation.

En attendant, je vous propose de pratiquer l’exercice de pleine conscience lors d’un conflit.
A votre prochaine situation de conflit, regardez ce qui se passe intérieurement, en essayant de percevoir les différents états intérieurs.
Ne sautez pas les étapes en essayant de trouver des solutions intellectuelles.
Regardez les émotions qui se manifestent: ne les jugez pas, elles sont normales.
Acceptez-les et essayez de tenir le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’elles deviennent familières et que l’inconfort disparaisse.
Ne vous inquiétez pas si vous n’allez pas très loin, vous irez plus loin au prochain conflit.
Le courage, c’est juste cela !

Prochains articles


Mes articles sont devenus un peu trop sérieux ces derniers temps, aussi j’ai décidé d’alterner articles sérieux avec articles plus légers.

Voici les sujets que j’aborderai prochainement:

  • les leçons que j’ai apprises dans le jeu vidéo
  • l’intelligence émotionnelle
  • la psychologie des programmeurs
  • la psychologie des managers
  • la psychologie des patrons
  • la psychologie de Scrum
  • la communication non violente
  • le bonheur

Je vais notamment continuer sur le thème de la valeur personnelle mais cette fois-ci dans l’entreprise.

Enfin, comme personne n’a été intéressé par ma « psychologie de Scrum », j’ai décidé dorénavant de présenter mes conférences sous forme de one-man-show humoristiques.
Cela devrait permettre de mieux expliquer la psychologie au travail tout en s’amusant.

Les harceleurs


Au tout début de ma carrière professionnelle, j’ai subi des harceleurs pendant 3 ans.
Cette première expérience dans le travail a été traumatisante pour moi, et il m’a fallu beaucoup de temps pour arriver à passer cet épisode dans ma vie.

Les harceleurs sont aussi appelés « manipulateurs relationnels » en psychologie ou bien « pervers narcissiques » en psychanalyse.
Robert Sutton les nomment plus trivialement « sales cons » (en anglais: « assholes », soit « trous du cul »), dans son livre « Objectif Zéro-Sale-Con »:
http://www.amazon.fr/Objectif-Z%C3%A9ro-sale–harceleurs-personnes-nuisibles/dp/2266225758/
(notez la censure du titre dans l’url)
Je vais lister les techniques de l’auteur, dont je recommande la lecture si vous voulez avoir plus de détails, puis je vous décrirai mon approche, qui est beaucoup plus intérieure.

Il faut bien comprendre qu’un harceleur coûte cher aux entreprises, parce que son comportement destructeur démotive beaucoup d’individus, qui passent leur temps à se défendre au lieu de faire leur travail.
Les victimes de harcèlement sont souvent en arrêt maladie, et un fort taux de turnover dans une entreprise indique le niveau de harcèlement: un turnover normal est de 5%, et peut atteindre 25% quand des harceleurs ont le pouvoir. Et, entre nous, les premiers à partir sont souvent les meilleurs, parce qu’ils peuvent trouver facilement ailleurs.
En plus, ce genre de comportement est contagieux, et souvent les témoins de harcèlement deviennent des harceleurs eux-mêmes.

A cette occasion, j’en profite pour m’excuser auprès de certaines personnes d’avoir été un (petit) harceleur, ces 20 dernières années. Je sais très bien que rien ne pourra pardonner mon comportement.

Comportement quotidien des harceleurs

Sutton a dressé une liste des 12 vacheries, qui vous permettront de décoder le comportement les harceleurs:

  1. Lancer des insultes personnelles
  2. Envahir l’espace personnel d’autrui
  3. Imposer des contacts physiques importuns
  4. Proférer des menaces et pratiquer des formes d’intimidation verbales et non verbales
  5. Dissimuler sous des plaisanteries sarcastiques et des soi-disant « taquineries » des propos vexatoires
  6. Envoyer des emails cinglants
  7. Critiquer le statut social ou professionnel
  8. Humilier par des remontrances publiques
  9. Couper grossièrement la parole
  10. Porter des attaques hypocrites
  11. Jeter des regards mauvais
  12. Traiter les gens comme s’ils étaient invisibles

Je vais aussi passer rapidement sur les conseils que Sutton donne.

Comment maîtriser le harceleur en vous

Afin d’éviter l’empoisonnement par les sales cons:

  • Ecoutez Léonard de Vinci et fuyez les connards
  • Partez, ou restez à distance autant que faire se peut
  • Attention: considérer ses collègues comme des rivaux et des ennemis est un jeu dangereux
  • Voyez-vous comme les autres vous voient
  • Affrontez votre passé
  • Sale con: connais-toi toi-même

Comment survivre au harcèlement

Voici la trousse de survie:

  • Recadrage: changer la façon dont vous voyez les choses (découvrez vos croyances irrationnelles)
  • Espérez le meilleur, attendez-vous au pire (n’attendez rien)
  • Cultivez l’indifférence et le détachement émotionnel (devenez moins impliqué et moins productif)
  • Recherchez les petites victoires (acquérez le sentiment de contrôle)
  • Exposez-vous le moins possible
  • Créez des havres de sécurité, de soutien et d’équilibre
  • Battez-vous pour remporter de petites victoires constructives (opposez calme/respect à colère/agression)
  • Prendre sur soi, c’est bien, mais se libérer, n’est-ce pas mieux ?

Les limites de ces conseils

Je trouve les conseils très judicieux, mais difficiles à appliquer lorsqu’on est en mode victime depuis longtemps.
En fait, je trouve dommage que l’approche de Sutton est de proposer des solutions au lieu de chercher l’origine du problème.
En effet, une personne équilibrée devrait être capable de dire non à un harceleur, sans avoir peur.
Dans mon cas, je n’étais capable de faire cela que quand la souffrance était trop grande.

Mon expérience personnelle

Comme je l’ai dit, j’ai connu le harcèlement en 1985 à 20 ans, lors de mon premier travail de programmeur de jeux.
Chez Titus, le harcèlement était global, presque tout le monde jugeait les autres, et l’environnement était très toxique.
Seuls certains individus (je pense à Jean-Michel) ne semblaient pas contaminés par cet état d’esprit, et leur présence était indispensable à l’équilibre mental de tous.
Je n’étais pas le plus bousculé par les harceleurs, mais j’en ai quand même pris plein la gueule, parce que j’étais très fragile à l’époque.
Malheureusement, leur état d’esprit m’a contaminé pendant de nombreuses années, et j’en souffre encore un peu, malgré tout mon travail sur moi depuis 15 ans.
La grande difficulté est: comment arrêter de juger selon nos propres critères artificiels ?
J’ai vu les dégâts causés par le harcèlement, nous étions dans un milieu extrêmement motivant (le jeu vidéo est le meilleur milieu pour la motivation intrinsèque), et malgré tout, c’était pesant de venir travailler, et surtout d’être au contact de certaines personnes.
Je ne citerai pas de nom, mais j’ai appris que le plus gros harceleur a eu un retour de bâton, ce qui ne vengera jamais toutes ces années de souffrance, mais j’espère qu’il a bien morflé et qu’il est devenu plus humain.
J’avais expliqué que j’ai dû commencer ma psychanalyse suite à un burn-out, mais je pense que le harcèlement avait beaucoup miné ma confiance en moi.

Mon approche

Comme vous devez le savoir, j’essaye toujours de faire l’approche à partir de moi-même, plutôt que de réfléchir par rapport à l’extérieur.

Je ne dois pas agir en victime

Ce constat a l’air super évident maintenant, mais à l’époque, j’étais tout jeune et plein d’illusions.
Je croyais que le harcèlement était une leçon pour moi, quelque chose qui me permettait de me faire grandir.
Oui, j’étais maso à l’époque, mais je ne le savais pas.
Si les gens sont durs avec moi, c’est que je ne suis pas un bon garçon, que je ne fais pas de mon mieux.
En fait, ceci est un mensonge que je me répétais afin de justifier mon manque de courage.
Il n’y a aucune raison rationnelle pour se laisser harceler, et il faut tout de suite arrêter le harcèlement.
En analyse transactionnelle, on explique que le harceleur joue le rôle du parent normatif (le parent qui juge), et que la victime prend la place de l’enfant. La seule façon saine de sortir de ce genre de confrontation est d’agir en adulte, pas d’attendre un sauveur.
Mais comment agir en adulte, lorsque justement ma propre éducation m’avait toujours infantilisé ?
Comment agir en adulte, lorsque mes parents ont investi leurs rêves sur mes épaules (je suis fils aîné), et que je devais réussir là où ils ont raté ? Comment être parfait, alors qu’ils ne l’ont pas été ?

Enfin, est-ce que je n’essaye pas d’appliquer toujours les mêmes vieilles méthodes à une situation toujours nouvelle ? Peut-être que ces méthodes marchaient dans d’autres situations mais pas dans celle-là ?
Et dernière question existentielle: est-ce que j’agis de manière prévisible et prédictible ?

Franchement, je n’ai pas les réponses à ces questions, je crois que seule l’expérience permet de comprendre ces leçons en profondeur.

Je détecte les premiers signes de harcèlement

Comme je l’ai expliqué, l’important est de détecter à quel moment le harcèlement va commencer, pour le prendre à la racine.
Une fois que j’ai compris les conditions de mise en place, je peux être capable de réagir.
Tant que je ne vois pas le processus, je resterai en mode victime.
Est-ce que ces signes me rappellent des situations que j’ai déjà vécues ?

Je casse le cycle de harcèlement le plus tôt possible

Une fois que j’arrive à détecter les signes avant-coureurs du harcèlement, je peux désamorcer la situation, ou au moins m’en préserver.
Bien sûr que c’est difficile !
Cela va me demander du courage dans l’action, notamment en arrêtant la victimisation, qui se traduit par la justification.
Si je me justifie, je suis cuit.
Je n’ai pas à me justifier, je fais toujours de mon mieux.
Parfois, le résultat n’est pas génial, et dans ce cas, je veux bien reconnaître que j’aurais pu faire mieux, mais je suis un être humain avant tout, ma valeur personnelle ne dépend pas seulement du résultat de mon travail.
Comme je l’ai déjà dit, ma valeur personnelle n’est pas seulement technique, elle est aussi humaine, et actuellement, j’évalue ma valeur pour mon entreprise à 30% techniquement et 70% humainement.

Et surtout, quand je fais les choses correctement, je veux être remercié !
Dans tous les cas, je refuse d’être considéré comme une merde (un paillasson diraient les gens plus polis).

J’ai le droit de me mettre en colère si la situation est intolérable

Parfois, ma seule façon d’agir est de piquer une colère, je n’ai aucun autre moyen.
Bien sûr que le conflit n’est pas quelque chose d’agréable à vivre, mais les harceleurs ne respectent que ceux qui sont capables de leur tenir tête.
L’Analyse Transactionnelle explique qu’on passe en mode Parent pour contrer un mode Parent.
J’utilise mes émotions quand mon discours rationnel ne peut pas gagner.
A titre informatif, je l’ai fait plusieurs fois dans ma vie, ça a toujours fonctionné, les harceleurs changeaient momentanément leur perception de moi.

J’arrête de me blesser tout seul

Là encore, c’est quelque chose que je n’ai compris que récemment.
Le concept est assez difficile à comprendre.
Si quelqu’un veut vraiment me blesser, il faudrait qu’il me frappe physiquement ou qu’il m’attaque avec une arme (dans ces 2 cas, le harceleur perd tout, puisque la Police peut intervenir). La blessure est physique.
Est-ce que quelqu’un peut me blesser avec des mots ?
Oui, mais seulement si j’accorde de l’importance à ces mots, donc c’est moi qui me blesse tout seul.
La semaine dernière, je suis monté dans un bus (il y avait peu de monde dans le bus), je me suis assis au fond, et un type s’est levé et a commencé à dire « je n’aime pas les gens ». Il s’est éloigné et a commencé à sortir tout un tas d’insultes à mon encontre, il était visiblement fou. J’ai éclaté de rire !
Si c’était un collègue du travail qui avait fait la même chose, je pense que je n’aurais pas réagi de la même façon.

J’évite de harceler les autres

Une fois que j’ai compris les mécanismes intérieurs du harcèlement, j’essaye de ne pas le faire chez les autres.
Franchement, c’est probablement le conseil le plus difficile.
Un petit conseil très simple à appliquer: quand je dois remercier, je dis merci à un individu, mais quand je dois me plaindre, j’accuse le groupe. Ainsi, les individus ne se sentent pas attaqués, et vont faire de leur mieux.

Devinette

Avant d’arriver à la conclusion, j’aimerais vous proposer une devinette à propos du harcèlement.

Amy Edmondson a fait une étude sur le personnel hospitalier, auprès de 8 services.
Elle voulait vérifier sa théorie que plus l’encadrement et les collègues se soutenaient mutuellement, moins il y avait d’erreurs.

Quelle ne fût pas sa surprise quand elle détermina qu’il y avait 10 fois plus d’erreurs dans les services où les relations étaient bonnes que dans les services où les relations étaient mauvaises.

Pouvez-vous expliquer ce paradoxe ?

Conclusion

Voilà, je sais que je n’ai pas fait le tour du sujet, mais j’espère vous avoir apporté des axes de réponse.
Mon dernier conseil est: faites-vous respecter en étant respectueux vous-même !

Sinon, j’adore la phrase suivante, extraite du livre:

Celui qui meurt avec le plus de jouets a gagné

Bilan de vie


J’aurai 47 ans dans un mois.
Aujourd’hui, je vais faire un bilan de ma vie, et je vais en profiter pour me vanter un peu.

Mon enfance

Très jeune, j’ai compris que j’étais très différent des autres enfants. J’avais des centres d’intérêt différents (j’étais fasciné par les mots, mon livre de chevet était un dictionnaire), je sentais que j’étais plus intelligent que les enfants de mon âge, j’avais soif d’apprendre.

Je pense que j’étais un enfant surdoué, mais mes capacités intellectuelles m’ont juste encouragé à ne rien faire, ou plus exactement à stocker de la connaissance, et comme je m’ennuyais, je n’apprenais que ce qui m’intéressait.

L’effort

Après avoir raté mes études entre autres à cause de ma paresse (le talent ne compensera jamais le travail), j’ai dû apprendre à faire des efforts.
Pour mes parents, l’effort était la chose la plus importante au monde, je suis maintenant certain qu’ils avaient tort.

J’ai surtout travaillé n’importe comment, en y mettant une énergie folle, et en sacrifiant toutes les relations sociales.
Avec le recul, je pense que j’étais Asperger (une forme d’autisme).

Des résultats

J’ai fait des tas de choses dans ma vie, en voici un rapide résumé:

  • j’ai commencé à faire des jeux vidéo à 20 ans, j’ai dû travailler sur plus de 30 jeux pendant 18 ans
  • j’ai écrit des démos sur Atari ST, afin d’améliorer mes connaissances techniques
  • j’ai organisé et participé à des concours internationaux de programmation (je suis un spécialiste des problèmes NP complets)
  • en 1999, j’ai lancé un des premiers projets de calcul distribué
  • en 2003, j’ai établi le record de la plus grande grille de mots croisés sans case noire
  • en 2004, j’ai abandonné le jeu vidéo pour recommencer ma carrière à zéro, je travaille pour Augure depuis
  • en 2008, j’ai été champion de France de mots fléchés
  • en 2008, j’ai commencé à évangéliser l’agilité
  • en 2010, j’ai commencé à être conférencier
  • en 2012, je commence à être formateur

Quel gâchis !

Mais curieusement, je me sens ridicule d’avoir autant travaillé pour si peu (j’ai gagné peu d’argent par rapport à mes efforts).

Oui, j’ai accumulé des connaissances techniques, mais j’ai toujours ignoré les humains, parce que j’étais plus fasciné par les ordinateurs et surtout par ma propre capacité à concevoir des programmes.

Bien sûr, j’ai beaucoup programmé dans ma vie, mais je débute à peine dans les relations humaines.
J’ai dû apprendre les bases, puisque je ne les avais pas, et je constate que peu de gens maîtrisent ces bases, puisqu’ils les ont apprises seuls au fur et à mesure de leur vie. Je dois avouer que j’en tire une certaine fierté.

Du changement, toujours du changement

Il y a 7 mois, j’ai découvert que j’étais intolérant au gluten, ce qui me causait les symptômes de la colopathie fonctionnelle. En une semaine de régime sans gluten, ma vie a radicalement changé.
Des scientifiques ont prouvé que la colopathie (en anglais Irritable Bowel Syndrome) réduisait l’intelligence émotionnelle, et c’est un fait que je constate tous les jours: mon intelligence émotionnelle a énormément progressé ces derniers mois.

Mais le plus grand changement de ma vie a eu lieu il y a 4 ans.
A ce moment-là, ma femme est tombée dans un escalier et se trouve dans un fauteuil roulant depuis, puis je suis devenu champion de France de mots fléchés (ce qu’on appelle « peak performance » en psychologie positive).
Quelque chose s’est déclenché en moi, et, alors que j’avais été introverti depuis mon enfance, je suis devenu extraverti en quelques mois. J’ai commencé à acquérir de la confiance en moi et à prendre des responsabilités à la fois dans ma vie et dans mon travail, et surtout j’ai commencé à être plus honnête, ce blog en est une des preuves.

Le bilan

Quatre ans plus tard, le constat que je peux faire est le suivant:

la sagesse ne s’apprend pas

Toutes les connaissances acquises durant toute ma vie n’ont pas fait de moi un homme plus sage, mais un homme plus instruit.
La sagesse a commencé à apparaître quand j’ai arrêté de courir après les connaissances externes, quand j’ai commencé à réordonner ma vie en profondeur, en éliminant tout ce qui est inutile (c’est l’approche agile « Lean ») et en donnant du sens à ma vie.

Je suis souvent surpris par ma façon d’agir, qui n’a rien à voir avec ce que j’avais appris ou vu ailleurs.
Je me surprends chaque jour à dépasser mes limites qui me semblaient fixées, et le plus incroyable est que j’ai l’impression que je suis spectateur de ma vie, c’est à dire que tout cela se fait sans effort de ma part.

Voilà, j’espère que vous arrêterez de courir après les connaissances, et que vous commencerez à réaliser la sagesse en vous, en étant plus honnêtes et spontanés chaque jour.
Bon courage !