La valeur « travail »


Je ne suis pas très intéressé par les « people », mais j’avais trouvé cet article amusant: http://www.voici.fr/news-people/actu-people/arthur-raconte-comment-dany-boon-l-a-empeche-de-sombrer-563663

Comment peut-on être malheureux quand tout semble nous réussir ?

Je vais essayer de décrire les mécanismes intérieurs de la « valeur travail ».

Contexte

Avant mon burn-out à 28 ans, je ne m’étais jamais posé la question « pourquoi est-ce que je travaille ? ».
Pour moi, c’était évident qu’il fallait prouver au monde entier que j’étais le meilleur programmeur du monde.
Bien évidemment, cela exigeait de nombreux sacrifices, mais je me disais que ça les valait bien.

Le jour où le burn-out est apparu dans toute sa splendeur, tout mon modèle intérieur s’est effondré d’un coup, et il a fallu découvrir pour quelles raisons je travaillais.
Qu’est-ce qui me motive ?

La « valeur » travail

C’est un terme qui revient souvent dans la bouche des hommes politiques de droite: « la valeur travail ».
Cela signifie implicitement que si je ne travaille pas, je n’ai pas de valeur, autrement dit si je suis au chômage, je suis un parasite pour la société.

A force d’entendre autour de moi vanter cette « valeur travail », je voulais faire comme « tout le monde ».
Même si je dois me faire super chier à mon travail, je vais montrer aux autres à quel point j’en suis fier.
Je vais mettre en avant les points positifs et ignorer les points négatifs, quitte à être dans le déni.
Mais surtout, être au chômage, c’est la honte !

La reconnaissance

Personnellement, si je voulais devenir le meilleur programmeur du monde, c’était pour être reconnu par mes parents, mais ça, je ne l’ai compris que tardivement.
Ce besoin de reconnaissance m’a poussé à accepter des situations insupportables, qui sont d’ailleurs en partie la cause de mon burn-out.

Je voulais tellement être reconnu pour ce que je faisais, que je le prenais mal quand on ne me félicitait pas pour mon travail.
Que de grands efforts pour un petit merci !

Avec le recul, j’ai adopté plutôt l’attitude inverse: je n’aime pas qu’on me remercie pour mon travail, parce que je perçois toujours une tentative de manipulation.
Mais surtout, je ne suis plus esclave des mots.
Je travaille d’abord pour moi, et ensuite pour les autres.
Je me fous de savoir si mon travail plaît ou ne plaît pas, du moment que j’éprouve du plaisir à le faire.

Si je suis complètement accro à la reconnaissance, je peux tomber dans la recherche de la célébrité: je ne veux plus seulement être reconnu par quelques personnes mais par le monde entier, et je vais me sentir mal si on me déteste ou si on m’ignore.

La fierté

Je peux utiliser la fierté et l’honneur pour m’aider à tenir le coup dans mon travail.
En fait, je justifie mon travail par la perception idéalisée que j’en ai.
Il est plus facile d’être fier de son travail en étant patron qu’en étant éboueur.

Ce genre d’identification fonctionne aussi longtemps que j’y crois.
Mais quand la vérité apparaît, ce modèle s’effondre complètement.

Le plaisir

Personnellement, c’est ma première motivation (bien qu’en ce moment, l’argent est plus important à cause de ma femme).

Confucius a dit:
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

Pour ma part, je trouve difficile de déterminer ce que je pourrais aimer, mais facile de déterminer ce que je déteste.
Mais cela prend beaucoup de temps pour découvrir tout ce que je déteste faire.

Un facteur important de plaisir au travail est l’autonomie.
Si quelqu’un est sur mon dos à me dire tout ce que je dois faire, comment pourrais-je éprouver du plaisir à mon travail ?
Cela explique aussi pourquoi les patrons ont plus de plaisir à travailler que leurs employés.

Le bonheur

Personnellement, j’avais la croyance magique que je pouvais devenir heureux grâce à mon travail.
A ma décharge, j’avoue que je n’avais que du travail dans ma vie.

Très franchement, le travail est le pire endroit où chercher du bonheur !

C’est sûr, je peux parfois éprouver du plaisir à travailler, mais le bonheur n’est pas lié au plaisir.
Je peux tout aussi bien être content d’avoir du travail qu’être content d’être au chômage.
Mais comment font les individus qui sont malheureux à leur travail pour tenir le coup ?

Le plus amusant est que les individus qui mettent en avant le bonheur (« je me sens comme dans une famille ») sont souvent les premiers à partir, une fois que leurs illusions ont disparu.

La réussite

Personnellement, je voulais plus réussir intérieurement qu’extérieurement.
Si mon père n’était pas mort quand j’ai eu 18 ans, j’aurais peut-être cherché la réussite extérieure.

Mais pour réussir, il faut apprendre à échouer, à tirer les leçons de l’échec.

Dans le cas d’Arthur cité au début, il y a aussi la notion d’effort.
Si je réussis sans effort, ma réussite n’a pas grande valeur pour moi: « c’est venu tout seul, je ne l’ai pas mérité ».

L’argent

Je peux travailler pour l’argent ou le pouvoir, comme si c’était la chose la plus importante de ma vie et que ça donnait du sens à mon travail, surtout si je le déteste.

Il est difficile de réaliser que l’argent n’est pas un but dans la vie, seulement un moyen.

Personnellement, je n’ai jamais été vraiment attiré par l’argent ou le pouvoir, probablement parce que j’ai vu mes parents s’en sortir correctement sans argent et leurs ambitions étaient peu élevées.
Maintenant, je travaille surtout pour assurer le confort à ma femme.
Comme j’aimerais réduire mon train de vie pour être libre de faire ce que je veux !

Conclusion

J’ai essayé d’énumérer les justifications intérieures que nous donnons à notre travail.

Et vous, savez-vous pourquoi vous travaillez ?
Est-ce que vous cherchez de la reconnaissance, de la fierté, du plaisir, du bonheur, de la réussite ou de l’argent ?
Votre réponse est probablement un mélange de tout cela, mais quel est le facteur dominant ?

Est-ce que vous travaillez pour vous ou pour les autres ?
Enfin, est-ce que vous travaillez pour des raisons qui dépendent de votre passé ?

Comment changer sa façon de penser


Je suis surpris de voir que les livres sur la pensée positive n’expliquent pas comment arriver à changer sa façon de penser.
Soit la méthode est « je me force à penser positivement, et au bout d’un moment, je vais penser positivement », soit seulement l’état final est décrit (par exemple: assumer sa responsabilité, accepter la réalité telle qu’elle est, adopter un regard sain sur soi-même, etc…).

Comment penser positivement ?
Malheureusement, tant que je me force à être autre chose que moi-même (mais en suis-je conscient ?), je ne peux pas y arriver.
Bien évidemment, si je ne fournis pas d’efforts, je n’y arriverai pas.
Mais si je m’acharne dans l’effort, je ne peux pas y arriver non plus.
Alors, comment faire ?

Avant d’expliquer la méthode que j’utilise, je vais décrire comment l’esprit fonctionne pour comprendre la technique.

Les deux formes de pensées

Les pensées se présentent sous diverses formes, et je peux facilement les trier dans de nombreuses catégories, comme positif/négatif, constructif/destructif, eros/thanatos, etc…
En réalité, il n’y a vraiment que deux catégories: extériorisée et intériorisée.

La pensée extériorisée

La pensée est « extériorisée » quand elle s’appuie sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je vais penser à mon travail ou à ma famille.
Cela s’applique aussi à moi-même, quand je me demande comment je dois agir, ou ce que les autres pensent de moi.
Dès que je pense au monde qui m’entoure, ma pensée s’extériorise.
L’extériorisation me permet d’aller à la découverte du monde extérieur, et mène au plaisir et à la souffrance.

La pensée intériorisée

La pensée est « intériorisée » quand elle ne s’appuie pas sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je me sens bien devant un paysage ou après avoir fait l’amour.
Quand j’arrive à avoir l’esprit calme et que je m’accepte tel que je suis, ma pensée s’intériorise, mais ça ne dure jamais longtemps.
L’intériorisation me permet d’aller à la découverte de mon monde intérieur, et mène à l’état de paix intérieure.

Une simple constatation

En regardant attentivement, je peux constater que mes pensées ne sont jamais intériorisées.
Je me préoccupe de mon travail, de mes amis, de ma famille, de ma réussite sociale, de mes prochaines vacances, de ce qui se passe dans le monde, de ce que pensent les autres, etc..
Est-ce que j’ai des « pensées intériorisées » ?

Comment travailler sur l’intériorisation ?

Autant l’extériorisation permet de s’amuser, autant l’intériorisation n’apporte rien d’excitant, sauf que je me sens bien (ce qui n’a pas l’air d’être la préoccupation principale de la majorité des individus !).
La difficulté de l’intériorisation, c’est que je ne peux pas me forcer directement à intérioriser mes pensées.

En plus, la méditation ne suffit pas.
Bien sûr, la méditation peut aider, mais pour qu’elle soit efficace, il faudrait méditer plusieurs heures par jour, et cela n’est pas possible dans notre société actuelle.

Alors comment faire ?

La technique

La technique est très simple à appliquer, mais requiert de la patience.
Le principe est le suivant:

dès que je ressens une souffrance intérieure, je me recentre en cherchant la source de la pensée, le « Je ».

Personnellement, dès que j’ai un souvenir désagréable qui remonte, je prononce intérieurement « Je, Je, Je, … » jusqu’à ce que je sois centré, c’est à dire que je perçois la pensée désagréable sous un autre angle.
D’autres variantes sont « Je suis », « Qui suis-je ? », « D’où vient la pensée ? », « Qui pense ? », etc…
Le principe est de se focaliser sur le « Je », ou plus exactement sur la source du « Je », quel que soit ce que cela signifie.
Bien entendu, si tout va bien, je n’ai pas besoin de me recentrer puisque je suis déjà centré.

Conclusion

La prochaine fois que vous sentez que vous allez mal intérieurement (stress, difficultés personnelles), au lieu d’essayer de lutter contre ce qui vous arrive, je vous propose de vous concentrer sur le « Je ».
L’exercice est plus facile si vous fermez les yeux, mais fonctionne aussi les yeux ouverts.
Répétez plusieurs fois « Je » ou « Je suis » afin de vous recentrer, cherchez la source de votre « Je ».
Au début cela paraîtra abstrait mais avec la pratique vous sentirez ce que cela signifie.

Le simple fait de vous recentrer vous permettra de réduire votre stress et de voir la situation sous un nouvel angle.
En plus, vous pouvez pratiquer à chaque instant de votre vie, même si vous croulez de boulot.

N’espérez pas des résultats immédiats !
Cette technique ne deviendra efficace que si vous la pratiquez régulièrement, patiemment et sans vous dégoûter.
10 minutes tous les soirs avant de se coucher suffisent.
Personnellement, au bout de 4 ans, je pratique sans effort environ 10% de mon temps de veille.

Contrairement à la pensée positive, il est inutile de rechercher des pensées positives ou de rejeter les pensées négatives, puisque le travail consiste à accepter les pensées qui surgissent et à observer ce qui se passe.

Avec de la pratique, vous commencerez à percevoir le processus d’extériorisation de votre pensée.
Vous commencerez à ressentir une grande liberté intérieure et un sentiment de paix intérieure grandira en vous.

Enfin, ceci est la théorie. La pratique repose sur vous maintenant.

Lâcher-prise et acceptation


Dans l’article sur la résistance au changement, j’avais expliqué que la dernière phase du changement était l’acceptation.

En réalité, cette dernière phase peut être découpée en 2 parties: lâcher-prise et acceptation.

Définitions

Curieusement, je n’ai pas trouvé d’articles sur le lâcher-prise ou sur l’acceptation dans Wikipédia.
L’article le plus intéressant est sur l’équanimité, mais l’article est beaucoup trop philosophique à mon goût.

Voici donc mes définitions personnelles:

  1. le lâcher-prise est l’action de résoudre le conflit intérieur
  2. l’acceptation est l’état où le conflit intérieur a disparu

Plus je suis en état d’acceptation, plus mes conflits intérieurs disparaissent.
Quand la plupart des conflits intérieurs ont disparu, j’atteins l’état d’équanimité, c’est à dire l’état de paix intérieure.

Comment lâcher prise ?

Le lâcher-prise peut être d’ordre physique, émotionnel ou intellectuel, et souvent les trois à la fois.

Il n’existe pas de méthode directe pour y arriver !
Je ne peux pas décider de lâcher prise, parce que « décider » est le contraire de « lâcher prise ».

J’ai vu pas mal de conseils comme « osez ! », « soyez positif », « soyez spontané », « ne vous laissez plus faire », « n’ayez pas peur », « acceptez-vous tel que vous êtes » ou « arrêtez de vous poser des questions ».
Malheureusement, aucun de ces conseils ne fonctionne réellement, parce que tous ces conseils introduisent des conflits intérieurs !

Personnellement, le lâcher-prise est apparu spontanément dans ma vie:

  • lors de séances de psychanalyse, j’ai connu plusieurs lâcher-prise émotionnels, alors que j’exprimais mes états intérieurs.
  • lors de séances de sophrologie, j’ai connu plusieurs lâcher-prise physiques (mon corps se dénouait), émotionnels (les émotions me submergeaient) et intellectuels (le flux des pensées s’est arrêté).
  • lorsque j’ai eu un problème avec ma maison, j’ai réalisé que je n’avais pas de solution à court terme, la préoccupation a alors disparu spontanément.
  • quand un événement désagréable m’arrive (et cela arrive quotidiennement !), je suis témoin de la lutte intérieure puis de l’acceptation sans effort.

Il n’existe pas de méthode, mais je vais quand même proposer quelques méthodes qui peuvent éventuellement mener à l’acceptation.

Les méthodes pour arriver à l’acceptation

Je les ai triées par ordre de difficulté d’utilisation, du plus simple au plus compliqué.

Le pardon

Mon premier pardon est pour moi-même !
Je me pardonne de ne pas être parfait, de ne pas pouvoir contrôler complètement ma vie.
Mon second pardon est pour les autres.
Je leur pardonne pour les souffrances intérieures que je me suis infligées à cause d’eux.
Mon pardon ne les exclut pas d’une punition si elle peut leur servir de leçon.

Le but est de lâcher prise sur le contrôle de soi et des autres, et surtout de pacifier les relations.

La relaxation

La relaxation permet un lâcher-prise corporel. Le corps se « dénoue ».
Parfois, des émotions peuvent s’exprimer momentanément.

L’expression des états intérieurs

C’est une méthode très utilisée en psychanalyse.
Le but est d’exprimer mes émotions les plus profondes (pas celles que je suis capable d’exprimer facilement), afin d’entraîner un lâcher-prise émotionnel.
L’effet est d’autant plus fort que ces émotions ont été retenues depuis longtemps.

La remise en cause

C’est assez simple à mettre en oeuvre, mais il faut être vigilant.
En effet, le questionnement intérieur n’est pas du lâcher-prise !
Plus je réfléchis sur moi-même, moins je suis dans le lâcher-prise.

Les techniques de remise en cause qui fonctionnent le mieux sont:

  • le questionnement extérieur: quelqu’un me questionne pour m’aider à découvrir mes propres limitations
  • la confrontation à des styles de vie différents, en voyageant ou en discutant avec des gens d’autres milieux

Le but est de découvrir qu’il n’y a pas qu’une seule façon de mener sa vie, c’est à dire de lâcher prise sur mon égocentrisme.

L’action désintéressée

Cette méthode est très efficace, mais elle est difficile à appliquer parce qu’elle me montre mon attachement au résultat de mes actions.
J’ai déjà écrit un article sur cette méthode.

Je me focalise sur le pourquoi de mes actions: pour quelle raison personnelle est-ce que j’agis ?
Le but de l’action désintéressée est de lâcher prise sur les actions, d’arrêter d’agir pour me donner une bonne image ou pour espérer de la reconnaissance. Cela augmente aussi la motivation intrinsèque.

La méditation

C’est la méthode la plus efficace, mais aussi la plus longue et la plus chiante à utiliser.
J’ai déjà écrit un article sur la méditation.

Le but de la méditation est de prendre conscience du processus de la pensée.
Une fois que ce processus est devenu évident, l’inconscient disparaît, la pensée perd de sa force et la connaissance intuitive apparaît.

Conclusion

L’acceptation est l’état où le conflit intérieur a disparu.
Le conflit peut toujours exister à l’extérieur, mais plus à l’intérieur, donc je n’en souffre plus intérieurement.

A vous maintenant: prenez la méthode qui vous parle le plus, et appliquez-la aussi longtemps que possible.
Quand vous sentez que vous ne progressez plus, utilisez une autre méthode.
Tant que vous souffrez intérieurement, cela signifie que vous n’êtes pas dans l’acceptation.
Et surtout, ne vous forcez pas à accepter !

Agile France 2015


Un petit peu de publicité pour Agile France 2015: http://2015.conference-agile.fr/
qui aura lieu le 18 et 19 juin à Paris.
L’endroit est magnifique, et à chaque fois que je participais à cet événement, je revenais au travail moins stressé !

Cette année, j’ai proposé une session sur « la résistance au changement »:
http://call4paper-agileconf.herokuapp.com/sessions/235

J’ignore si ma session sera sélectionnée, étant donné qu’il y a plus de 300 propositions de session !

Mon sujet est à la fois très éloigné de l’agilité, et à la fois au cœur même de l’agilité.

En réalité, si je continue de parler encore un peu d’agilité, c’est parce que les conférences agiles sont le seul endroit où je peux présenter les thématiques qui me sont chères (le changement, l’intelligence intrapersonnelle, etc).
Si vous connaissez un endroit où je peux présenter une conférence, même gratuitement, n’hésitez pas à me contacter !

Voici le contenu de ma session.

La résistance au changement

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?

Je voudrais changer le monde et les gens autour de moi.

Dans mon travail, il me semble évident que l’agilité va aider beaucoup de gens.
Mais bien qu’ils comprennent intellectuellement que cela peut les aider, ils reviennent quand même à leurs mauvaises habitudes.
Pourquoi résistent-ils ?
Comment faire passer mon message ?
Comment puis-je les convaincre ?

Objectif de la session: Apprendre à se connaître
Public visé: Everybody
Type de session: 50 min Session en français

Qu’est-ce que le changement ?

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?
Mais est-il seulement possible de changer ?

Nous allons voir ensemble les différents mécanismes intérieurs qui interviennent lorsqu’il y a changement, et comment ces mécanismes nous empêchent d’accepter le changement.

Nous verrons ensuite quelques techniques pour court-circuiter ces mécanismes.

Quelques uns des thèmes présentés:

  • changement
  • intelligence intrapersonnelle (« connaissance de soi »)
  • processus de deuil
  • lâcher-prise, acceptation

Cette session durera une heure, et sera plus particulièrement utile aux coachs et scrummasters.
Son contenu sera improvisé et humoristique.

L’objectif de la session est de recentrer les techniques sur l’individu, et non sur le groupe.
Le but est d’apprendre à se connaître soi-même, et cela dépasse largement le cadre de l’agilité.

Voici l’article d’introduction de cette session:
https://psychologieagile.wordpress.com/2015/04/29/la-resistance-au-changement/

Plan de la session

La session sera présentée comme un one-man-show, avec le présentateur mettant en avant sa propre expérience humaine.

J’ai déjà présenté une session similaire, mais moins aboutie, à l’Agile Tour.
Voici un retour:
http://blog.viseo-bt.com/psychologie-agile-tour-paris-2014-2-3/

Voici le déroulé de la session:

  • l’intelligence intrapersonnelle
  • le changement, l’adaptation
  • les différentes formes de résistance
  • le lâcher-prise, l’acceptation
  • les techniques qui ne fonctionnent pas
  • les techniques qui peuvent parfois fonctionner

Note: l’intelligence intrapersonnelle est l’intelligence de soi.
Elle n’a rien à voir avec l’intelligence interpersonnelle, qui s’intéresse à l’interaction avec les autres !
Je compte présenter l’intelligence intrapersonnelle l’année suivante. Je n’ai pas encore collecté assez de matériel présentable.

La résistance au changement


Avant d’aborder le lâcher-prise, je vais décrire les mécanismes intérieurs de résistance au changement.

Le contexte

Je vais prendre un exemple afin que ce soit plus évident.
Je vais supposer que je suis victime d’un accident et que mon bras gauche vient juste d’être sectionné.
Heureusement, comme je suis droitier, je devrais pouvoir m’en remettre assez facilement, non ?

D’un point de vue psychologique, je vais passer par toutes les phases du deuil, en vrac:

  • le choc
  • le déni
  • la colère
  • le marchandage
  • la dépression
  • le lâcher-prise
  • l’acceptation

En réalité, ces phases peuvent être décomposées plus logiquement en 5 étapes:

  1. l’état de surprise
  2. la résistance émotionnelle
  3. la résistance intellectuelle
  4. la résistance inconsciente
  5. l’acceptation

Je vais décrire comment ça se passe intérieurement.

L’état de surprise

Dans cette phase, il n’y a pas de résistance, parce que le cerveau n’est pas encore agité.

Par exemple, je peux assister à la perte de mon bras comme si j’étais spectateur de la situation.
Ou je peux appeler les secours sereinement, sans me considérer comme une victime.
Ou je peux essayer de rattacher mon bras, comme si mon corps pouvait le greffer spontanément.

C’est dans cette étape que je découvre le plus de moi-même parce que je suis alors totalement spontané.
Le but de la méditation est de développer cette étape en réduisant les autres, mais je ne vais pas m’étendre sur ce sujet.

La résistance émotionnelle

L’intellect n’est pas encore complètement actif, mais les émotions commencent à émerger.

Je peux ressentir:

  • de la joie, parce que je suis encore en vie
  • de la tristesse, parce que la situation a changé mais pas dans un sens qui m’arrange
  • de la colère: mais pourquoi ça m’est arrivé ? C’est injuste !
  • de la peur: je n’aime pas la vue du sang

Plus j’accorde de l’importance à mes émotions, plus cette phase sera longue.
Si j’ai appris à réprimer mes émotions (cela signifie bien évidemment que j’y accorde beaucoup d’importance), cette phase peut durer encore plus longtemps.
Dans mon cas personnel, j’ai mis 10 ans à exprimer mes émotions sur la mort de mon père.
Une fois les émotions passées, je vais me sentir plus léger.

La résistance intellectuelle

Ensuite, mon mental commence à s’agiter, il commence à construire des histoires.

Je vais me demander: et si j’avais pu changer le passé ?
Est-ce que j’aurais pu éviter la perte de mon bras ?
Est-ce que j’ai fait le maximum ?

Ensuite, je vais basculer sur le futur: qu’est-ce qui va m’arriver ?
Comment je vais faire maintenant ?
Est-ce que je serai à la hauteur ?
Est-ce que mon bras sera sauvé ?

Cette phase va traîner en longueur si:

  • je suis fasciné par mes pensées. Si j’adore penser, je vais entretenir mon obsession de la pensée.
    J’ai vu cette obsession chez tous les psychologues et psychanalystes que j’ai croisés.
  • je veux complètement comprendre la situation intellectuellement. Je vais alors essayer d’énumérer tous les événements du passé (pourquoi ? quand ? comment ?) et les potentiels du futur. Et des situations futures, il y en a un nombre infini !
  • je suis dans l’illusion que ma pensée va m’aider à surmonter mon problème.

La majorité des résistances sont intellectuelles, parce que notre société accorde beaucoup d’importance à la pensée.
Un bon exercice pour réduire la résistance intellectuelle est de se focaliser sur le présent.

La résistance inconsciente

Cette phase est plus difficile à cerner parce que des mécanismes cachés sont à l’oeuvre.
Je peux travailler sur cette résistance en allant à la découverte de mes identifications.

Voici quelques exemples:

  • je peux nier la situation. Accepter la situation peut être trop douloureux, alors je préfère vivre comme si rien n’était arrivé. Je m’identifie à mon passé.
  • je peux considérer que je ne suis plus moi-même parce qu’une partie de mon corps manque. Je m’identifie à mon corps.
  • je peux avoir honte de me montrer en public, je vais vouloir cacher mon handicap. Je m’identifie à mon image perçue par les autres.
  • je peux avoir honte de parler de mon handicap. Est-ce qu’on va me juger si j’en parle ? Je m’identifie à mes pensées.

Les identifications sont difficiles à déceler parce qu’elles font partie de moi.
Elles m’aident à justifier ma façon de vivre, à me persuader que ce que je vis a du sens et que j’ai raison de vivre comme cela. J’ai probablement un modèle de vie idéale que j’essaye de suivre.

En réalité, ces identifications sont illusoires et limitantes.
Elles deviennent évidentes quand je me confronte à des individus fondamentalement différents de moi.
Mais comme je n’aime pas remettre en cause ma façon de vivre, je préfère rester avec des gens qui me ressemblent.

L’acceptation

Je parlerai du lâcher-prise et de l’acceptation dans le prochain article.

Conclusion

Quand la situation change beaucoup, chacun de nous déploie des mécanismes intérieurs de défense, ce que j’appelle la « résistance au changement ».

Cette résistance est normale mais elle est aussi la cause de nos souffrances.

La prochaine fois que vous aurez à vivre un changement, regardez comment ces mécanismes se manifestent chez vous.
Il est inutile de les juger ou de chercher à les comprendre.
Regardez en quoi le changement heurte vos propres identifications.

Regardez comment votre mental essaye désespérément de comprendre la situation, en rejouant le passé et en imaginant le futur.
Ceci est tout à fait normal.
Ce qui n’est pas normal, c’est de croire que votre mental va vous aider à accepter le changement.