La valeur « travail »


Je ne suis pas très intéressé par les « people », mais j’avais trouvé cet article amusant: http://www.voici.fr/news-people/actu-people/arthur-raconte-comment-dany-boon-l-a-empeche-de-sombrer-563663

Comment peut-on être malheureux quand tout semble nous réussir ?

Je vais essayer de décrire les mécanismes intérieurs de la « valeur travail ».

Contexte

Avant mon burn-out à 28 ans, je ne m’étais jamais posé la question « pourquoi est-ce que je travaille ? ».
Pour moi, c’était évident qu’il fallait prouver au monde entier que j’étais le meilleur programmeur du monde.
Bien évidemment, cela exigeait de nombreux sacrifices, mais je me disais que ça les valait bien.

Le jour où le burn-out est apparu dans toute sa splendeur, tout mon modèle intérieur s’est effondré d’un coup, et il a fallu découvrir pour quelles raisons je travaillais.
Qu’est-ce qui me motive ?

La « valeur » travail

C’est un terme qui revient souvent dans la bouche des hommes politiques de droite: « la valeur travail ».
Cela signifie implicitement que si je ne travaille pas, je n’ai pas de valeur, autrement dit si je suis au chômage, je suis un parasite pour la société.

A force d’entendre autour de moi vanter cette « valeur travail », je voulais faire comme « tout le monde ».
Même si je dois me faire super chier à mon travail, je vais montrer aux autres à quel point j’en suis fier.
Je vais mettre en avant les points positifs et ignorer les points négatifs, quitte à être dans le déni.
Mais surtout, être au chômage, c’est la honte !

La reconnaissance

Personnellement, si je voulais devenir le meilleur programmeur du monde, c’était pour être reconnu par mes parents, mais ça, je ne l’ai compris que tardivement.
Ce besoin de reconnaissance m’a poussé à accepter des situations insupportables, qui sont d’ailleurs en partie la cause de mon burn-out.

Je voulais tellement être reconnu pour ce que je faisais, que je le prenais mal quand on ne me félicitait pas pour mon travail.
Que de grands efforts pour un petit merci !

Avec le recul, j’ai adopté plutôt l’attitude inverse: je n’aime pas qu’on me remercie pour mon travail, parce que je perçois toujours une tentative de manipulation.
Mais surtout, je ne suis plus esclave des mots.
Je travaille d’abord pour moi, et ensuite pour les autres.
Je me fous de savoir si mon travail plaît ou ne plaît pas, du moment que j’éprouve du plaisir à le faire.

Si je suis complètement accro à la reconnaissance, je peux tomber dans la recherche de la célébrité: je ne veux plus seulement être reconnu par quelques personnes mais par le monde entier, et je vais me sentir mal si on me déteste ou si on m’ignore.

La fierté

Je peux utiliser la fierté et l’honneur pour m’aider à tenir le coup dans mon travail.
En fait, je justifie mon travail par la perception idéalisée que j’en ai.
Il est plus facile d’être fier de son travail en étant patron qu’en étant éboueur.

Ce genre d’identification fonctionne aussi longtemps que j’y crois.
Mais quand la vérité apparaît, ce modèle s’effondre complètement.

Le plaisir

Personnellement, c’est ma première motivation (bien qu’en ce moment, l’argent est plus important à cause de ma femme).

Confucius a dit:
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

Pour ma part, je trouve difficile de déterminer ce que je pourrais aimer, mais facile de déterminer ce que je déteste.
Mais cela prend beaucoup de temps pour découvrir tout ce que je déteste faire.

Un facteur important de plaisir au travail est l’autonomie.
Si quelqu’un est sur mon dos à me dire tout ce que je dois faire, comment pourrais-je éprouver du plaisir à mon travail ?
Cela explique aussi pourquoi les patrons ont plus de plaisir à travailler que leurs employés.

Le bonheur

Personnellement, j’avais la croyance magique que je pouvais devenir heureux grâce à mon travail.
A ma décharge, j’avoue que je n’avais que du travail dans ma vie.

Très franchement, le travail est le pire endroit où chercher du bonheur !

C’est sûr, je peux parfois éprouver du plaisir à travailler, mais le bonheur n’est pas lié au plaisir.
Je peux tout aussi bien être content d’avoir du travail qu’être content d’être au chômage.
Mais comment font les individus qui sont malheureux à leur travail pour tenir le coup ?

Le plus amusant est que les individus qui mettent en avant le bonheur (« je me sens comme dans une famille ») sont souvent les premiers à partir, une fois que leurs illusions ont disparu.

La réussite

Personnellement, je voulais plus réussir intérieurement qu’extérieurement.
Si mon père n’était pas mort quand j’ai eu 18 ans, j’aurais peut-être cherché la réussite extérieure.

Mais pour réussir, il faut apprendre à échouer, à tirer les leçons de l’échec.

Dans le cas d’Arthur cité au début, il y a aussi la notion d’effort.
Si je réussis sans effort, ma réussite n’a pas grande valeur pour moi: « c’est venu tout seul, je ne l’ai pas mérité ».

L’argent

Je peux travailler pour l’argent ou le pouvoir, comme si c’était la chose la plus importante de ma vie et que ça donnait du sens à mon travail, surtout si je le déteste.

Il est difficile de réaliser que l’argent n’est pas un but dans la vie, seulement un moyen.

Personnellement, je n’ai jamais été vraiment attiré par l’argent ou le pouvoir, probablement parce que j’ai vu mes parents s’en sortir correctement sans argent et leurs ambitions étaient peu élevées.
Maintenant, je travaille surtout pour assurer le confort à ma femme.
Comme j’aimerais réduire mon train de vie pour être libre de faire ce que je veux !

Conclusion

J’ai essayé d’énumérer les justifications intérieures que nous donnons à notre travail.

Et vous, savez-vous pourquoi vous travaillez ?
Est-ce que vous cherchez de la reconnaissance, de la fierté, du plaisir, du bonheur, de la réussite ou de l’argent ?
Votre réponse est probablement un mélange de tout cela, mais quel est le facteur dominant ?

Est-ce que vous travaillez pour vous ou pour les autres ?
Enfin, est-ce que vous travaillez pour des raisons qui dépendent de votre passé ?

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La pensée magique


Dans cet article, je vais vous présenter la pensée magique et expliquer ses dangers.

Introduction

Comme d’habitude, Wikipedia propose un article intéressant.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’il s’agit d’un symptôme d’immaturité ou de déséquilibre psychologique, parce que la pensée magique est partout.

Voyons les différents types de pensées magiques.

La pensée positive

Le principe est: « si je pense positivement, il va m’arriver des choses positives ».

Personnellement, je suis résolument contre cette approche, parce qu’elle fait beaucoup plus de mal que de bien.
Voici ses dangers:

  1. je vais refuser mes pensées négatives.
    Refuser mes pensées négatives est le meilleur moyen de les renforcer, et c’est notamment comme cela que les névroses se développent.
    Je l’ai vécu parce que je me forçais à être « gentil », et je n’admettais pas mes comportements non « gentils ».
    Plus j’intériorise mes pensées, plus je les renforce. Et plus j’extériorise mes pensées, plus je les atténue.
    C’est le principe de base de la confession ou de la psychanalyse.
  2. si je me force à croire que je vais bien alors que je ne vais pas bien, je vais me mettre en conflit avec moi-même.
    Chacun de mes mensonges accroit ma culpabilité intérieure.
    Cela est particulièrement visible chez les pessimistes qui se forcent à être optimistes.
  3. le positif et le négatif sont des critères subjectifs.
    Ce que je considère négatif peut être positif pour quelqu’un d’autre.
    Par exemple, si mes parents meurent, je peux me sentir effondré ou à l’inverse je peux être content de toucher l’héritage.

En réalité, ma pensée et la réalité sont séparées.
La meilleure approche est: j’accepte mes pensées telles qu’elles sont, sans les juger, et j’essaye de les exprimer pour éviter qu’elles ne se renforcent.

La méthode Coué

Le principe est: « plus j’y crois, plus j’ai des chances d’y arriver ».

Voici les dangers de cette approche:

  1. si je n’y arrive pas, je vais croire que je n’ai pas mis assez de volonté, donc il faut que je désire encore plus fort.
    C’est une croyance très répandue, souvent transmise au niveau familial.
    Les individus qui ne supportent pas la frustration sont souvent dans ce cas.
  2. quand mon énergie faiblit, je vais me reprocher mon manque de volonté.
    Cela va entraîner une spirale de dépréciation de moi-même: je n’y arrive pas, donc je n’ai pas assez de volonté, donc je suis une merde.

En réalité, la volonté et la réussite sont séparées.
La meilleure approche est: je fais de mon mieux quelque chose qui me plaît, et avec un peu de chance je vais y arriver. Si je n’y arrive pas, au moins j’aurais fait un truc qui m’a plu.

La superstition

Le principe est: « si je fais telle action, je vais avoir tel résultat ».

L’exemple typique est: « en suivant exactement cette méthode, je vais réussir ».
Voici les dangers:

  1. si j’échoue, je vais me dire que je n’ai pas été assez strict donc je vais essayer encore plus fort, ou à l’inverse, je peux rejeter la méthode en déclarant que « c’est de la merde ».
    Comme j’essaye de trop bien faire, je n’adapte pas l’esprit de la méthode à mon problème.
  2. si je réussis, je vais associer ma réussite au fait d’avoir suivi la méthode.
    Je vais suivre tout un tas de rituels (culte du cargo), parce qu’ils vont sûrement m’aider à réussir, c’est magique !

En réalité, la réussite et l’application d’une méthode sont séparées, sinon un régime parfait pour maigrir existerait.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes superstitions afin de ne pas en être dupe.

Les croyances

Les superstitions font partie des croyances.
Le principe est: « je crois que mon bonheur, ou autre chose, dépend de tel facteur ».

Par exemple:

  • je serais plus heureux si je gagnais plus d’argent
  • on ne peut pas réussir sans efforts
  • le bonheur, c’est ma famille
  • le bonheur, c’est d’avoir une maison
  • le bonheur, c’est facile quand on a du pognon
  • celui qui n’a pas une Rolex à 50 ans a raté sa vie
  • mes parents ont divorcé à cause de moi

Ce sont de fausses identifications, elles sont très difficiles à éliminer parce qu’il faut pouvoir les détecter.
Certaines croyances sont partagées par beaucoup de monde, d’où la difficulté de les détecter.

Relisez mes article sur êtes-vous bienveillant et sur le bonheur.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes croyances afin de ne pas en être dupe.

La projection dans le futur

Le principe est: « dans quelque temps, tout va aller bien pour moi ».

L’exercice est généralement pratiqué avec de la visualisation:
« projetez vous dans un futur proche, et imaginez que tout va bien pour vous »

J’ai pratiqué cette technique et constaté qu’elle ne fonctionne pas.
Le danger est de viser un résultat trop précis, de créer une attente.
Je recommande d’imaginer un état intérieur « positif » (par exemple: « je vais essayer d’être plus calme »), et de ne pas s’en vouloir si on ne l’atteint pas. Même si ça ne sert à rien, ça ne peut pas faire de mal !

Les bonnes résolutions

Le principe est: « j’ai décidé de changer ».

Par exemple: « cette année, j’ai décidé de maigrir et de faire du sport ».
Donc je prends un abonnement d’un an au club de sport, et je vais suivre le dernier régime à la mode.

Si je dois me forcer, je ne tiendrai pas longtemps, parce que mon énergie disparaît rapidement quand je perds l’intérêt pour quelque chose.
La meilleure approche est de ne pas prendre de résolution.

Conclusion

En fait, derrière la pensée magique, il y a plusieurs mécanismes importants.

Le premier est que je refuse la réalité telle qu’elle est.
Je fuis l’instant présent en pensant au passé ou au futur.
Le présent est toujours très éloigné de ce que je voudrais.
Comment arriver à l’accepter tel qu’il est ?

Le second est que je refuse d’envisager l’échec.
Pourtant, ce sont les échecs qui ont construit ma personnalité actuelle.
Et c’est le fait de tirer les leçons de mes échecs qui font que je ne reproduis pas les mêmes erreurs encore et encore.
Comment viser de petits échecs ?

Le troisième est que j’accorde trop d’importance à mes pensées.
Penser n’est ni « bien » ni « mal » (ça ne veut pas dire que je dois réaliser tous mes fantasmes !) et je dois chercher à équilibrer pensée, parole et action. Si je pensais moins, je ferais plus.
Comment ne pas être dupe de mes pensées ?

Les Leçons du jeu vidéo (2ème partie)


Voici enfin le second chapitre des Leçons du jeu vidéo.
La première partie est disponible ici:
https://psychologieagile.wordpress.com/2013/06/23/les-lecons-du-jeu-video-1ere-partie/

Il m’a fallu pas mal de temps pour commencer cet article, parce que j’ai beaucoup de mal à trouver de l’intérêt dans mon passé, mais j’espère que cet article vous sera quand même utile.

Mon obsession technique

En fait, programmer des jeux n’était pas ma motivation principale.
Personnellement, je me foutais des jeux que je faisais, du moment que je me faisais plaisir techniquement.
Et ce qui me faisait vraiment plaisir, c’était de résoudre les problèmes dus aux contraintes des machines de l’époque.
Imaginez un ordinateur tournant à 1 mégahertz, avec 64 kilooctets de mémoire (n’importe quel ordinateur actuel est 3000 fois plus performant !).
Comment faire tenir un jeu tournant à 50 images par seconde avec aussi peu de mémoire ?

Curieusement, j’étais probablement le seul programmeur obsédé par cela.
Tous les autres programmeurs que je croisais faisaient des jeux vidéo parce qu’ils rêvaient d’en faire.
En général, leur niveau en programmation n’était pas terrible (il fallait juste que ça tourne), mais j’ai croisé quelques exceptions.
J’ai quand même transmis le virus de l’obsession technique à pas mal de mes collègues.

J’ai rencontré des gens admirables

Chez Titus, dans des conditions aussi dures de travail, ceux qui arrivaient à faire un bon jeu étaient vraiment des héros.
Deux individus m’ont particulièrement marqué chez Titus: Philippe Pamart et Jean-Michel Masson.
Il y en avait d’autres (par exemple Eric Zmiro), mais je ne suis pas resté assez longtemps pour les voir devenir bons.

Le monde du jeu vidéo est extrêmement petit, tout particulièrement en France.
Je vous recommande tout particulièrement de soigner vos relations, parce qu’on retombe fréquemment sur les mêmes personnes quand on change de compagnie.

Je quitte Titus

Je suis resté presque 3 ans chez Titus, dont une année à faire mon service militaire.

Il y a plusieurs raisons à mon départ de chez Titus.
La plus évidente était que j’en avais marre de cet environnement destructif (j’étais considéré comme une machine à pisser du code), et je commençais à aller très mal intérieurement.

Ensuite, les projets étaient particulièrement inintéressants, parce qu’il n’y avait pas grand chose à apprendre, surtout par manque de temps: il fallait finir à tout prix, quelle que soit la qualité.

Enfin, ma principale raison est ma rencontre avec Philippe Pamart, l’auteur de Titan.
Il avait indépendamment atteint un excellent niveau en optimisation en Z80, et a été très surpris par mon niveau.

Ce fut la première grande amitié de ma vie.
Nous avons quitté Titus ensemble, afin de faire des jeux.
Je l’ai hébergé chez ma mère, et nous avons travaillé en freelance pour Silmarils.
Je dois avouer que je l’ai aidé graphiquement à cette époque, à ma grande honte, je suis le graphiste de Windsurf Willy sur Amstrad.
Nous avions commencé à développer nos propres outils sur Z80, y compris notre propre OS: Theos.
Malheureusement, le PC s’est démocratisé et les consoles sont apparues, ce qui a tué l’intérêt de nos efforts.
Ma mère faisait pression pour que je trouve du travail, et j’ai dû lâchement abandonner Philippe.
Je regrette de ne pas avoir créé notre propre boîte de jeux.

S’en est suivi une période de doutes profonds: que devais-je faire ?
Devais-je continuer le jeu, alors que j’avais eu une expérience traumatisante ?
Devais-je faire autre chose, en sachant que je ne savais faire que du jeu et que je n’avais pas de diplôme ?

Je me remotive en me faisant plaisir

Suite à toutes ces expériences, j’étais complètement dégoûté de programmer.
Je ne voyais plus l’intérêt de faire des jeux, parce que techniquement, je n’avais plus rien d’intéressant à apprendre.

En fait, quand je programme, je n’ai pas le temps d’apprendre.
Quand je dois finir un jeu, je n’ai pas le temps de progresser en programmation, parce que je me focalise sur le résultat.

Pour progresser en informatique, je connais 2 façons de faire:

  • lire des livres techniques
  • programmer des choses nouvelles

Personnellement, je suis plutôt pratique que théorique, donc je préfère programmer plutôt que lire.
Mais je m’étais acheté « The Art of Computer Programming » de Donald Knuth, afin d’acquérir de solides bases.

Ensuite, j’ai cherché de nouveaux domaines de programmation, afin de sortir un peu du cadre du jeu vidéo.

A l’époque, il y avait un domaine qui semblait passionnant: les démos.
Une démo, c’est un spectacle sous forme de programme.
Si vous ne connaissez pas, je vous conseille ce site: http://pouet.net/
Un exemple de démo en 64K: http://pouet.net/prod.php?which=5

Comme je programmais sur Atari ST, j’étais fasciné par les démos Amiga.
Alors, j’ai commencé à regarder comment elles étaient programmées.
Leur code était plutôt pourri, mais l’Amiga avait un excellent hardware, ce qui compensait largement le niveau software.
Je me suis dit: si un type moyen peut faire ça sur Amiga, alors moi qui suis excellent, je peux faire la même chose sur ST.
J’avais un énorme complexe d’infériorité à l’époque !

Donc, sous le pseudo MCoder (Machine Coder), j’ai sorti plusieurs démos: le premier fullscreen en France, le package des Transbeauce Demos, la première démo en 3D pleine en 50 images par seconde, une compilation avec toutes les musiques de Madmax, entre autres.
J’ai connu une petite minute de gloire à l’époque.

Pour la démo en 3D, j’avais réuni les meilleurs programmeurs sur ST que je connaissais à l’époque: Ziggy Stardust (Vincent Penné), Algernon (Claude Levastre) et Zarathoustra (Pascal de France).
Nous avons travaillé sur la démo pendant plus d’un an (probablement presque 2 ans).
Le but ultime était d’écrire un moteur pour faire des jeux en 3D sur ST, mais il ne s’est pas réalisé.

Le monde de la démo m’a apporté pas mal de choses:

  • rencontrer des individus: étant très solitaire, j’avais besoin de contacts humains, j’ai croisé des individus dont je me sentais très proche
  • montrer ce dont j’étais capable: j’avais une obsession de ma valeur extérieure, de vouloir montrer mon niveau technique
  • progresser en informatique: apprendre et expérimenter de nouveaux domaines, sans chercher à produire à tout prix
  • satisfaire mon obsession du « beau » code: je pouvais passer un temps infini sur quelques lignes de programme, juste pour gagner une ou 2 instructions, je n’hésitais jamais à remettre en cause tout ce que je faisais

Conclusion

Quand je relis ce que j’ai écrit, je constate à quel point j’étais obsédé par la technique.
Je mesurais ma valeur personnelle en fonction de ma maîtrise technique, ce qui fait que j’ai toujours cherché à aller plus loin, à devenir meilleur.

Avec le recul, je vois bien que c’était très immature, mais en même temps, je n’avais rien d’autre dans ma vie.

Dans le prochain article, j’aborderai la période Ocean Software.

Les Leçons du jeu vidéo (1ère partie)


Voici mon premier article d’une série sur le jeu vidéo.

Je ne vais pas du tout parler de technique !
Je vais essayer de vous faire une description de mes 18 ans de programmation dans le jeu vidéo (1985-2003), en vous décrivant ce qui s’est passé intérieurement et extérieurement.

Si vous êtes intéressé par l’aspect technique des jeux vidéo, je vous recommande ce blog:
http://www.codeofhonor.com/blog/tough-times-on-the-road-to-starcraft
qui décrit bien l’état d’esprit dans le milieu des années 90, mais comme j’ai commencé 10 ans plus tôt, cela ne reflète q’une partie de mon expérience personnelle.

Si vous êtes intéressé par l’organisation de projets de jeux vidéo, je vous recommande les post-mortem de Gamasutra:
http://www.gamasutra.com/features/postmortem/
qui sont riches en expériences vécues.

Avant le jeu vidéo

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été intéressé par les challenges intellectuels.
J’ai découvert les mots croisés à 8 ans, et pendant longtemps mes seuls loisirs étaient les mots croisés, les échecs, les dames et le dictionnaire.
En 1981, à 16 ans, j’ai découvert les récréations mathématiques avec les articles de Martin Gardner et ceux de Pierre Berloquin.
Un nouveau monde s’est ouvert à moi: les mathématiques.
J’avais enfin trouvé un but dans ma vie: devenir mathématicien !

Mes tous débuts en informatique

Afin de résoudre ces challenges mathématiques, je me suis acheté une calculatrice programmable.
En ce temps là, je n’avais pas du tout d’argent, et les ordinateurs étaient très chers.
Le seul objet qu’on pouvait programmer pour pas cher était une calculatrice TI58C (500 francs).
Le magazine l’Ordinateur de Poche contenait des tas de petites astuces, mais ne permettait pas vraiment de franchir le seuil de compréhension de la programmation.
Mais comme il s’agissait d’un challenge intellectuel, je me suis investi à fond, et j’ai compris tout seul comment faire.

En 1983, après plusieurs années d’économies, je suis passé à la vitesse supérieure: j’ai pu m’acheter un ordinateur Oric 1 (2400 francs !).
J’ai appris le Basic puis l’assembleur 6502 avec la documentation de base, qui tenait en quelques pages.
A ce moment-là, j’ai décidé de devenir informaticien.

Avec des machines tournant à moins d’1 mégahertz, j’étais obligé d’optimiser mes programmes, et ça a été la première grande leçon de ma vie:

programmer, c’est d’abord chercher la meilleure solution à un problème.

Les non-programmeurs pensent que n’importe quelle solution conviendra, mais les programmeurs savent bien que ce n’est pas le cas et ils savent aussi qu’il n’y a pas de solution idéale, il faut toujours chercher le meilleur compromis.

J’ai commencé à écrire mes premiers jeux en assembleur, et ensuite mes propres outils (assembleur/désassembleur) parce que taper de l’hexadécimal, c’est vraiment trop chiant. 30 ans plus tard, je me souviens encore de tous les opcodes !

En 1984, après avoir redoublé ma classe de terminale, j’ai programmé le jeu « Lunar Mission » pour une société appelée Epsilon Software.
J’ai fini le jeu mais il n’est jamais sorti parce que je souffrais de perfectionnisme à l’époque, je voulais écrire le meilleur programme possible. Le jour où nous sommes allés chez le dupliqueur de cassettes, j’ai vu le jeu Cobra Pinball qui me semblait 1000 fois mieux que le mien, ce qui fait que je n’ai pas osé publier le mien: j’avais trop honte.

A l’époque, mon seul centre d’intérêt était l’informatique, ce qui fait que je passais tout mon temps libre sur mon ordinateur à programmer et je délaissais complètement mes études.

Cette année-là, mon père est mort écrasé par un camion, ce qui fait que ma seule raison de réussir mon Bac avait disparu: mon père avait dû arrêter ses études pour s’occuper de ses 6 frères et soeurs, ce qui fait qu’il tenait absolument à ce que je réussisse les miennes.
Alors je me suis encore plus enfoncé dans l’informatique, je ne faisais vraiment plus que ça, et je n’avais plus de contacts humains depuis quelques années déjà (l’école est avant tout un ciment social).

En toute logique, j’ai raté mon Bac pour la deuxième fois, ce qui fait que j’avais fini mes études, et un autre événement important s’est produit: ma mère m’a insulté en me traitant de nul et elle voulait que je trouve rapidement un travail manuel.
Cet événement a renforcé mon obstination à devenir programmeur.
Je me suis dit: je vais lui prouver que je ne suis pas nul, je vais devenir le meilleur programmeur du monde !
Je ne m’aimais vraiment pas à l’époque et personne ne s’intéressait à moi, donc à partir de ce moment-là, j’ai tout sacrifié pour l’informatique.

Pour devenir le meilleur, je passais mon temps à remettre en cause tout ce que je faisais: comment faire toujours mieux ?
Je n’avais personne autour de moi qui s’intéressait à l’informatique, et il n’y avait pas de livre technique.
J’imaginais que les informaticiens qui publiaient des programmes étaient super forts, alors je regardais leur code pour apprendre comment ils faisaient.

J’ai très vite découvert que 99,9% des programmes que je désassemblais était vraiment très mal programmés.
En tout et pour tout, je crois que je n’ai trouvé que 2 programmes dignes d’intérêt.
Ma seconde leçon a été:

Pour s’améliorer, il faut sans cesse se remettre en cause et essayer de faire mieux que les meilleurs.

L’embauche chez Titus

Devenir informaticien, c’était mon rêve, mais comment le devenir ?

Fin 1984, je suis tombé par hasard sur la petite annonce d’une société qui cherchait des programmeurs pour convertir des logiciels éducatifs (pour le « Plan Informatique pour Tous »).
Cette société s’appelait EH Services (E pour Eric Caen et H pour Hervé Caen).
J’ai converti une dizaine d’éducatifs du Thomson TO7 vers l’Exelvision.
Toujours dans l’obsession de prouver que j’étais le meilleur programmeur du monde, j’avais demandé à faire les conversions les plus difficiles.
Comme les frères Caen ont vu que je m’en sortais bien, ils m’ont proposé de convertir le jeu qu’ils produisaient de l’Amstrad CPC vers l’Oric.
J’ai donc travaillé sur « One » sur Oric, et bien que fini, le jeu n’est jamais sorti parce que l’Oric est mort au moment où le jeu était prêt.
J’ai reçu en paiement un des tous premiers Atari 520 ST (7200 francs !), et ils m’ont embauché dans leur nouvelle société « Titus Software ».
J’étais un des tous premiers salariés avec Gil Espèche et Alain Fernandes.

A l’époque, programmer des jeux vidéo était très mal payé (un peu plus que le SMIC) et j’étais très motivé, parce que je travaillais 10 heures par jour, 6 jours sur 7, et je passais des nuits blanches pour finir un jeu, comme tous les autres programmeurs de Titus.
Ces conditions m’ont permis de comprendre en profondeur les motivations intérieures des programmeurs, bien plus que tout ce que j’ai vécu par la suite.

Les leçons chez Titus

Titus était très proche de ce qu’on peut imaginer de l’enfer: des conditions de travail terribles et du harcèlement perpétuel.

Je vais essayer de vous décrire les leçons apprises de cette expérience.

L’important, c’est que le jeu sorte

Un jeu qui ne sort pas ne sert à rien.
Comme je l’ai dit avant, j’étais perfectionniste à l’époque, je voulais écrire des programmes parfaits.
Alors il a fallu que je me fasse violence pour finir.
Et pour la violence, Titus savait s’y prendre: il fallait sortir le jeu à une date donnée, et ils prévenaient royalement une semaine à l’avance quand le jeu devait sortir.
Dans ces conditions, je travaillais toutes les nuits avant la sortie et le jeu sortait tel quel.
J’espérais toujours qu’il n’y ait pas de bug, parce que personne ne testait.

A ce propos, je me souviens d’une anecdote amusante.
J’avais dû finir à l’arraché « Crazy Cars » sur C64 en moins d’un mois (projet sur lequel Eric Caen avait passé plus de 6 mois), et ils m’avaient demandé de filmer le jeu pour un salon américain.
Donc je joue en étant filmé, et juste avant d’atteindre la ligne d’arrivée, je suis percuté par une voiture.
Malheureusement, j’avais programmé un ralentissement progressif pour que la voiture finisse pile sur la ligne d’arrivée.
Ce ralentissement était supérieur à la vitesse de démarrage, ce qui fait que ma voiture s’est retrouvée bloquée à 2 mètres de l’arrivée, alors que j’étais filmé !
Je n’étais pas trop fier de moi à ce moment-là.
Eric a dit: « on s’en fout, c’est bon », et j’imagine que la vidéo a été diffusée telle quelle dans les salons américains.

Finir un jeu m’a été utile pendant de nombreuses années, parce que j’étais celui qui arrivait pour finir les projets.

Il faut 18 mois pour maîtriser une nouvelle technologie

Chez Titus, je n’ai pas arrêté de changer de support informatique.
J’ai fait des jeux en 6502 sur Oric et C64, en 6809 sur Thomson TO7 et MO6, en Z80 sur Amstrad et en 68000/C sur Atari.
Mais maîtriser un ordinateur demande du temps, ce qui fait que mes premiers jeux sur un nouveau support sont plutôt merdiques.
D’après mon expérience, il faut travailler 18 mois sur une machine avant de la maîtriser à 90%.
Le choc le plus difficile pour moi a été de passer des ordinateurs 8 bits programmés en assembleur aux ordinateurs 32 bits programmés en C et assembleur.

Il faut plusieurs années pour se remettre d’un harcèlement au travail

Un des slogans des dirigeants était: « je donne un coup de pied dans une poubelle, 10 graphistes en sortent, je donne un coup de pied dans un réverbère, 10 codeurs en tombent ».
Personnellement, j’en ai pris plein la gueule à Titus, et encore j’étais plutôt respecté, parce que je sortais un jeu par mois.
Les dégâts chez les autres étaient considérables, au niveau de la confiance en soi et du respect des autres.
Certains des harcelés devenaient des harceleurs.
Seuls quelques rares individus arrivaient à rester eux-mêmes.

Il m’a fallu plusieurs années de travail sur moi pour me remettre de mon passage chez Titus.
Leur travail de sape m’a amené au burn-out au bout de 4 ans, mais cela m’a aussi aidé à me reconstruire parce que j’ai dû remettre en cause tout ce que j’étais, alors que précédemment, je ne remettais en cause que ce que je faisais.

La grande leçon à retenir:

En tant qu’individu, je mérite le respect, et les autres aussi méritent le respect.

Et bien que cela semble évident, c’est très difficile de se respecter et de respecter les autres.

Conclusion

Je n’ai abordé que les années 1985-1987, et je n’ai pas encore fini l’épisode Titus.
La suite dans mon prochain article…

Les Secrets de mon style


Je sais que certains d’entre vous apprécient ce que j’écris, aussi j’ai décidé de vous décrire les secrets de mon style.

Sachez que l’écriture d’un article me demande une semaine pour collecter les idées, puis 6 heures de rédaction par tranche de 1000 mots.

J’utilise JE

La première règle que je me suis fixée est d’écrire tout avec JE, c’est à dire de mettre en avant systématiquement mon expérience personnelle.

Très peu de personnes écrivent avec JE, peut-être par peur de se dévoiler ou par honte de s’assumer.

Utiliser JE est généralement déconseillé parce qu’il peut montrer un trop grand attachement à sa propre personne.
Je ne crois pas que ce soit mon cas.

J’utilise surtout le JE afin que le lecteur s’identifie facilement à ce que j’écris, ce qui enrichit grandement la lecture.
Il s’agit d’un processus de projection personnelle.
En théorie, ce que j’écris ne devrait pas être limité à l’agilité (et très honnêtement l’agilité n’est pas ma priorité), il y a plusieurs niveaux de lecture.

Mon JE est impersonnel, il est à la fois TU, VOUS, NOUS.

Enfin, j’utilise le JE comme un outil de pleine conscience.

J’utilise la narration émotionnelle

Si vous relisez mes articles, vous verrez que j’utilise assez peu la logique pour expliquer mes raisonnements.
Bien qu’étant extrêmement logique, je ne crois pas en la logique pour communiquer.
J’utilise presque systématiquement des verbes d’action et j’écris au présent le plus possible.
En fait, j’écris comme je parle, les jurons en moins.

La narration émotionnelle est une technique très efficace, mais elle requiert de bien connaître ses émotions afin de pouvoir les utiliser.
J’écrirai prochainement un article sur les processus de la pensée et des émotions.

Je me donne

Vous l’avez sûrement remarqué, je ne cherche pas à cacher quoi que ce soit.
Plus je donne et plus j’ai de choses à donner.
Je ne cherche pas non plus à tirer profit de ce que j’écris.
Du coup, je ne sais plus trop pourquoi j’écris ces articles.

Je choisis mes sujets pour me faire plaisir

Quand j’écris, je ne pense pas au lecteur, j’écris avant tout pour moi.
J’aime exposer mon point de vue personnel sur les sujets que je choisis, et j’essaye toujours de présenter un avis original.

J’essaye d’être bref

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’essaye d’utiliser des phrases courtes.
Quand une phrase est trop longue, je vire les mots en trop ou alors je la découpe en phrases plus petites.
Les phrases courtes demandent moins d’attention que les phrases longues et ont plus d’impact parce qu’elles sont plus simples.

J’utilise un vocabulaire réduit

Une autre règle que je me suis fixée est d’utiliser un vocabulaire volontairement simple, et notamment non technique.
Je ne veux pas prétendre être savant en utilisant des mots compliqués, qui cassent le rythme de la lecture.
Rappelez-vous que j’adore jouer avec les mots: je suis un gymnaste du syntagme, un ordinaticien du dictionnaire.
Quand j’étais petit, mon livre de chevet était le Petit Larousse, mais je déteste consulter un dictionnaire quand je lis, c’est trop rédhibitoire.

J’essaye de faire relire par un tiers avant publication

Parmi mes proches, j’ai 2 pré-lecteurs qui me donnent de précieux conseils sur l’édition de mes articles.
Leur approche est très raisonnée contrairement à la mienne, et ils m’obligent à mieux décrire ma pensée.
Avant leur relecture, tout est pourtant déjà parfait 😉

La conclusion

Enfin, j’essaye toujours de faire une conclusion qui ne clôt pas le sujet, mais qui le transpose à vous-même, cher lecteur.
Mon but n’est pas de vous asséner une vérité, mais de vous amener à réfléchir sur vous-même.

Essayez de vous approprier ma technique d’écriture, je vous promets que votre communication deviendra plus simple et plus efficace !

L’Expérience Hawthorne


Après les effets Zeigarnik et Ringelmann, je vais vous présenter l’effet Hawthorne, qui est un effet de motivation.

L’expérimentation Hawthorne

De 1927 à 1932, le professeur Elton Mayo a étudié la productivité des ouvrières dans l’usine Hawthorne de relais de téléphone.
Il a essayé de déterminer de manière exhaustive quels étaient les facteurs pouvant améliorer la productivité.

La légende dit qu’il a augmenté la luminosité des ateliers et a noté une amélioration de la productivité.
Puis en baissant la luminosité, il a constaté que la productivité ne baissait pas.
Il a donc expliqué que la productivité a augmenté parce que les ouvrières savaient qu’elles participaient à une expérience et étaient donc plus motivées.

La page Wikipedia donne plus de détails: http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Hawthorne
Et la page anglaise est encore mieux: http://en.wikipedia.org/wiki/Hawthorne_effect

En fait, cet effet est au centre d’une polémique, parce que les chercheurs ne sont pas d’accord sur les conclusions, ni sur l’existence de cet effet.
Personnellement, je pense que le professeur Mayo s’est trompé. En faisant un mauvais jeu de mots, je dirais que sa conclusion est mal tournée.
Je vais vous expliquer ce qui se passe selon moi.

L’expérimentation revue sous l’angle des sexes

Il faut comprendre que les individus ont des attentes différentes en fonction de leur sexe.
Dans son livre « Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus », John Gray explique que:

  • les femmes veulent de l’attention
  • les hommes veulent de la confiance

J’appelle ces deux attentes des « motivateurs intrinsèques », mais il s’agit en fait de composantes de l’ego.

Comme l’expérience originale a eu lieu avec des femmes, il me paraît évident que l’expérimentateur a donné de l’attention aux employées, alors elles se sont senties plus motivées.

Sur un public masculin, je pense que de donner de la confiance est plus efficace que donner de l’attention.

Plus exactement, chaque individu est composé d’un pourcentage de masculinité et de féminité. Par exemple, je suis à 60% masculin et à 40% féminin.
Ma partie masculine veut de la confiance, alors que ma partie féminine veut de l’attention.

Et l’agilité dans tout cela ?

L’agilité utilise abondamment ces 2 puissants motivateurs intrinsèques !

L’auto-organisation et le planning poker agissent sur la confiance. Je montre que je fais confiance aux individus (mais pas trop quand même, parce que je vérifie le résultat au fur et à mesure).
Le feedback, le Daily Meeting et la rétrospective agissent sur l’attention, en montrant que je me préoccupe des attentes des individus.

Au niveau des jeux agiles, d’autres facteurs sont en jeu, j’en reparlerai lorsque j’aborderai la notion d’ego.

J’insiste encore une fois: la confiance et l’attention doivent être sincères.
Si je ne suis pas honnête, les individus vont très vite comprendre que je joue un jeu et je perdrai toute crédibilité, même si je suis le meilleur acteur du monde.

Conclusion

Finalement, j’ai parlé plus du livre de Gray que de l’effet Hawthorne, mais je voulais vous expliquer comment le sexe des individus déterminait une grosse partie de la motivation intrinsèque.
L’effet Hawthorne est simplement d’augmenter la motivation en donnant de l’attention.
Cela fonctionne bien avec les femmes.

Je tiens à signaler que donner de l’attention demande beaucoup d’énergie, parce que l’attente des individus augmente: chacun en veut toujours plus !
C’est ce qui explique pourquoi l’effet Hawthorne n’est pas durable dans le temps.

Pour les hommes, il vaut mieux donner de la confiance. L’absence de confiance est difficile à supporter.

Tout ceci explique pourquoi la majorité des managers ne savent gérer qu’un seul sexe.

Enfin, si vous êtes coach agile, vous devriez maintenant avoir compris que vous avez un biais cognitif en fonction de votre sexe.

Les Boulets


Aujourd’hui, je vais vous décrire les boulets et comment les gérer.
Je vais utiliser ma propre expérience en tant que boulet.

Qu’est-ce qu’un boulet ?

J’avais déjà décrit brièvement les boulets dans mon précédent article sur le développement personnel:
https://psychologieagile.wordpress.com/2013/01/20/le-developpement-personnel-cest-quoi/

Rappelez-vous le diagramme:

DevPerso

Dans ce diagramme, il y a 4 quadrants:

  1. en haut à droite: les compétents humainement et techniquement. Ils sont très rares.
  2. en haut à gauche: les boulets techniques. Ils savent s’y prendre avec les individus, mais ne savent pas faire. Généralement, ils évoluent vers un poste de manager. Attention: je ne sous-entends pas que les managers sont des boulets !
  3. en bas à droite: les boulets humains. Ce sont des experts techniques mais ils sont insupportables. Ils veulent être admirés mais ils sont juste détestés. Généralement, ils sont très forts dans leur travail, mais il vaut mieux qu’ils n’évoluent pas vers du management.
  4. en bas à gauche: les boulets techniques et humains. Ils souffrent autant que leurs collègues de la situation.

Comment s’y prendre avec les boulets ?

Maintenant, je vais supposer que j’ai un boulet dans mon travail.
Qu’est-ce que je peux faire ?
Comme à mon habitude, je vais décrire dans un premier temps les solutions extérieures à moi, puis les solutions intérieures à moi.

Les solutions extérieures

Je m’en débarrasse

La solution de loin la plus simple est de se débarrasser des boulets.
C’est ce que font les entreprises américaines avec leur système d’évaluation annuelle.
Le responsable détermine la valeur de chacun, et les trie en 3 catégories: overperformer, performer et underperformer.
Le calcul peut parfois être ridicule, lorsque le top management demande de classifier l’équipe en 15% d’over, 70% de performers et 15% d’under. Ridicule, parce qu’en fonction de l’équipe le niveau peut varier considérablement, par exemple un type brillant peut être classé dans les underperformers quand il est dans une équipe excellente, et un type nul peut être classé dans les overperformers quand son équipe est nulle.

J’ai lu que certains « génies » évitaient de se retrouver dans des groupes trop forts, afin de rester dans les overperformers.
De plus, certaines entreprises ne s’embarrassent pas et virent carrément les underperformers, ce qui introduit du stress dans toute l’équipe: qui sera le prochain viré ? Difficile de travailler sereinement quand on doit se préoccuper d’autre chose que de son travail.

Enfin, comme le calcul est souvent pifométrique, le responsable peut favoriser certains individus au détriment d’autres.

En France, on doit souvent cohabiter avec des boulets, donc la solution de s’en débarrasser n’est pas trop jouable, surtout si d’après le principe de Peter, le boulet a un rôle important.

Je lui demande de se focaliser sur la qualité livrée

Très souvent, le boulet est obnubilé par le résultat, peu lui importe la manière d’y arriver, alors il fait n’importe quoi.
Pour changer sa façon de voir, le mieux est de changer de paradigme: je lui demande de fournir un travail de qualité !
Plus la qualité augmentera, plus il sera fier de son travail, plus son estime de soi augmentera et plus son niveau montera.
Plus il se focalise sur le résultat, moins il sera fier de son travail, plus son estime de soi diminuera et plus il bâclera.
Je dois tout de même insister sur le fait qu’il doit livrer son travail. J’ai déjà vu des projets échouer pour cause de perfectionnite aiguë.

J’essaye de lui faire prendre conscience qu’il est un boulet

J’aimerais bien que mon boulet change, malheureusement, je ne peux pas forcer quelqu’un à changer !
Le changement vient de soi, et toujours parce que la situation actuelle devient insupportable.
Tout le monde a des « biais cognitifs »: chacun croit qu’il est supérieur à la moyenne, et chacun a tendance à minimiser son incompétence.

La grande difficulté est d’expliquer à quelqu’un son incompétence sans entrer dans un engrenage de jugement.
Cette technique nécessite un bon niveau de maturité, et mériterait un article à elle seule, aussi je m’arrête là.

Quand le boulet a pris conscience de son incompétence, une chance de changer s’offre à lui.
Quelques techniques existent pour l’aider, par exemple suivre une formation ou alors travailler à deux (afin de partager la connaissance et monter en compétence).
J’aborderai dans un prochain article un effet psychologique qui peut être utile dans ce cas.

Je laisse l’équipe s’en occuper

C’est la technique bien connue du « maillon faible » dans l’agilité: une équipe auto-organisée élimine d’elle-même les éléments indésirables !
Je fais confiance en l’équipe.
Si elle est auto-organisée, le boulet trouvera sa place exacte (parfois en dehors de l’équipe).
Si je veux forcer l’équipe, celle-ci protégera le boulet, suivant le principe de « et si j’étais le prochain à dégager ? ».

Les solutions intérieures

Je change de référentiel

La technique la plus simple à mon niveau est de laisser tomber mon système de valeurs: personne n’est complètement incompétent, et en réalité, nous sommes tous le boulet de quelqu’un d’autre.
Chacun a des talents dans divers domaines, même s’il paraît incompétent dans son rôle actuel.
Il existe des tests pour déterminer les domaines de compétence d’un boulet: MBTI, ennéagramme, etc… Personnellement, je n’aime pas l’approche réductrice de ces tests, je préfère travailler sur la motivation intrinsèque.

Quelques sujets de réflexion

  1. est-ce que je n’attends pas trop de mon boulet ? Je sais de quoi il est capable dans le pire, mais de quoi est-il capable dans le meilleur ?
  2. dans Lean, on se focalise beaucoup sur le gaspillage, et un des gaspillages les plus fréquents est la sous-utilisation des employés. Comment faire en sorte que les employés utilisent pleinement leurs capacités dans leur poste actuel ? Comment faire en sorte qu’ils dépassent ce que j’attends d’eux ? Cela passe par le fait de ne pas les réduire à un rôle bien défini. Pensez à autonomie/maîtrise/dessein.
  3. je suis compétent quand ce que je fais me plait. Comment mon boulet peut-il (re)trouver de l’enthousiasme dans ce qu’il fait ?
    La motivation n’est jamais facile à trouver. Par exemple, les primes érigées en système ont tendance à détruire la motivation. Comment favoriser la motivation intrinsèque ?

Conclusion

Comme vous l’avez constaté, il y a beaucoup de techniques pour gérer un boulet.
Je pourrais probablement écrire un livre entier sur ce sujet.
D’ailleurs, n’hésitez pas à me suggérer vos techniques dans les commentaires.

Pour finir, si vous avez du mal avec un boulet, posez-vous cette question:

en quoi suis-je un boulet ?