Le processus de deuil


Ma femme est morte la semaine dernière et son corps sera incinéré demain.
Nous avions vécu ensemble 18 ans, et elle perdait son autonomie de plus en plus depuis 8 ans.

Dans cet article, je vais décrire les processus internes du deuil.

Préambule

Avant de décrire ces processus, je dois rappeler que je suis un pratiquant de l’Advaïta Védanta, donc:

  • je ne crois ni au Paradis ni à l’Enfer. Selon moi, le Paradis et l’Enfer se trouvent dans notre perception de la réalité.
  • je ne crois pas en la réincarnation, puisque selon moi, le corps n’existant pas réellement, il n’y a pas d’incarnation.

Ma femme a donc disparu à tout jamais.

Le choc

Comme j’ai assisté à sa mort, j’ai eu un choc, parce que ça m’a montré que moi aussi, je vais mourir.
Juste après ce choc, un sentiment de manque est apparu, ce qui m’a rendu triste.

Mon corps

Mon corps est très triste. Il n’arrête pas de pleurer, dès que mon esprit pense à ma femme.

J’ai remarqué qu’il vaut mieux laisser le corps pleurer, il arrête tout seul au bout d’un moment.
Je pense que le deuil se termine quand le corps a fini de pleurer, aussi ça va me prendre du temps.

Lors du deuil de mon père, je n’avais pas pleuré, ce qui fait que j’ai fini mon deuil 10 ans plus tard, en pleurant pendant ma psychanalyse, à 400 francs de l’heure.

Mon esprit

Personnellement, je ne me sens pas du tout malheureux, parce que mes processus mentaux autodestructeurs ont disparu.
Mais bien qu’ils aient disparu, je continue de percevoir des pensées autodestructrices.

Les pensées autodestructrices sont de 3 sortes:

  1. les doutes
  2. les remords
  3. les regrets

Les doutes

Quelques exemples:

  • pourquoi m’a-t-elle laissé seul ?
  • que vais-je faire sans elle ?

Cela indique que je suis dans le refus de la réalité.

Les remords

Quelques exemples:

  • à certains moments, j’ai souhaité sa mort, parce que je n’en pouvais plus
  • sa santé s’est détériorée depuis qu’elle s’est installée dans notre maison. J’ai eu tort de la faire venir ici.

Cela indique que j’ai du mal à me pardonner.

Les regrets

Quelques exemples:

  • avant de mourir, ma femme m’a dit que j’étais la personne la plus importante de sa vie. J’étais crevé, je ne lui ai pas répondu.
  • j’aurais dû la forcer à aller à l’hôpital plus tôt, elle s’y opposait

Cela indique que je refuse le passé.

Comment arrêter de souffrir

Ces pensées sont tout à fait normales, elles indiquent simplement que l’esprit essaye de trouver des réponses.
Malheureusement, il n’y a pas de solution aux doutes, remords et regrets.

Lors de mon premier deuil, je remuais ces phrases dans ma tête, et ça tournait, ça tournait.
Ça n’était jamais exprimé, ça ne sortait donc pas, et je me rendais malheureux.
Parler m’aurait aidé à extérioriser les émotions.

Maintenant, comme j’ai arrêté de souffrir, je perçois le processus dont je vais décrire les différentes phases.

La pensée apparaît

Ce processus est spontané.
Je ne suis d’ailleurs pas certain d’être à l’origine de cette pensée.

L’émotion apparaît

Mon corps se met à pleurer.

L’esprit s’empare de la pensée

L’esprit va se mettre à réfléchir, afin de trouver une solution.

Quand mon esprit est clair, je réalise que ce processus est inutile, et j’accepte la pensée.
Je pardonne à l’autre et à moi-même, cette pensée est « normale », c’est juste une pensée.

Quand mon esprit n’est pas clair, je refuse cette pensée.
Je la trouve trop monstrueuse, ou alors je refuse de pardonner à moi ou à l’autre.
Si cette pensée me semble insupportable, je vais la refouler.

L’émotion disparaît

Mon corps arrête de pleurer.

Le cycle

En fait, quand une pensée culpabilisante apparaît, elle réapparaît jusqu’à ce que j’arrive à l’accepter.
Dans mon cas, elle apparaît en général trois fois.
La première fois, je me mets à pleurer très fort, mais j’accepte ma pensée, aussi dure soit-elle.
La deuxième fois, les pleurs sont moins forts.
La troisième fois, ça ne me fait plus rien.

Conclusion

Depuis une semaine, j’ai croisé beaucoup de gens qui ont connu le deuil, et certains ne s’en toujours pas remis.

J’ai essayé ici de vous décrire le cycle des souffrances, parce qu’il est complètement évident lors d’un deuil.
Il n’y a pas de solution intellectuelle à cette souffrance.
La solution est de se pardonner, de pardonner à l’autre et d’accepter, mais cela ne se fait pas intellectuellement.
Le lâcher-prise apparaîtra quand tout sera en paix.
Le corps est triste, mais l’esprit reste serein.

Et vous, avez-vous connu un deuil ?
L’avez-vous accepté ou refusé ?
Comprenez-vous que le bonheur est simplement un état intérieur, possible à chaque instant ?

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La valeur « travail »


Je ne suis pas très intéressé par les « people », mais j’avais trouvé cet article amusant: http://www.voici.fr/news-people/actu-people/arthur-raconte-comment-dany-boon-l-a-empeche-de-sombrer-563663

Comment peut-on être malheureux quand tout semble nous réussir ?

Je vais essayer de décrire les mécanismes intérieurs de la « valeur travail ».

Contexte

Avant mon burn-out à 28 ans, je ne m’étais jamais posé la question « pourquoi est-ce que je travaille ? ».
Pour moi, c’était évident qu’il fallait prouver au monde entier que j’étais le meilleur programmeur du monde.
Bien évidemment, cela exigeait de nombreux sacrifices, mais je me disais que ça les valait bien.

Le jour où le burn-out est apparu dans toute sa splendeur, tout mon modèle intérieur s’est effondré d’un coup, et il a fallu découvrir pour quelles raisons je travaillais.
Qu’est-ce qui me motive ?

La « valeur » travail

C’est un terme qui revient souvent dans la bouche des hommes politiques de droite: « la valeur travail ».
Cela signifie implicitement que si je ne travaille pas, je n’ai pas de valeur, autrement dit si je suis au chômage, je suis un parasite pour la société.

A force d’entendre autour de moi vanter cette « valeur travail », je voulais faire comme « tout le monde ».
Même si je dois me faire super chier à mon travail, je vais montrer aux autres à quel point j’en suis fier.
Je vais mettre en avant les points positifs et ignorer les points négatifs, quitte à être dans le déni.
Mais surtout, être au chômage, c’est la honte !

La reconnaissance

Personnellement, si je voulais devenir le meilleur programmeur du monde, c’était pour être reconnu par mes parents, mais ça, je ne l’ai compris que tardivement.
Ce besoin de reconnaissance m’a poussé à accepter des situations insupportables, qui sont d’ailleurs en partie la cause de mon burn-out.

Je voulais tellement être reconnu pour ce que je faisais, que je le prenais mal quand on ne me félicitait pas pour mon travail.
Que de grands efforts pour un petit merci !

Avec le recul, j’ai adopté plutôt l’attitude inverse: je n’aime pas qu’on me remercie pour mon travail, parce que je perçois toujours une tentative de manipulation.
Mais surtout, je ne suis plus esclave des mots.
Je travaille d’abord pour moi, et ensuite pour les autres.
Je me fous de savoir si mon travail plaît ou ne plaît pas, du moment que j’éprouve du plaisir à le faire.

Si je suis complètement accro à la reconnaissance, je peux tomber dans la recherche de la célébrité: je ne veux plus seulement être reconnu par quelques personnes mais par le monde entier, et je vais me sentir mal si on me déteste ou si on m’ignore.

La fierté

Je peux utiliser la fierté et l’honneur pour m’aider à tenir le coup dans mon travail.
En fait, je justifie mon travail par la perception idéalisée que j’en ai.
Il est plus facile d’être fier de son travail en étant patron qu’en étant éboueur.

Ce genre d’identification fonctionne aussi longtemps que j’y crois.
Mais quand la vérité apparaît, ce modèle s’effondre complètement.

Le plaisir

Personnellement, c’est ma première motivation (bien qu’en ce moment, l’argent est plus important à cause de ma femme).

Confucius a dit:
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

Pour ma part, je trouve difficile de déterminer ce que je pourrais aimer, mais facile de déterminer ce que je déteste.
Mais cela prend beaucoup de temps pour découvrir tout ce que je déteste faire.

Un facteur important de plaisir au travail est l’autonomie.
Si quelqu’un est sur mon dos à me dire tout ce que je dois faire, comment pourrais-je éprouver du plaisir à mon travail ?
Cela explique aussi pourquoi les patrons ont plus de plaisir à travailler que leurs employés.

Le bonheur

Personnellement, j’avais la croyance magique que je pouvais devenir heureux grâce à mon travail.
A ma décharge, j’avoue que je n’avais que du travail dans ma vie.

Très franchement, le travail est le pire endroit où chercher du bonheur !

C’est sûr, je peux parfois éprouver du plaisir à travailler, mais le bonheur n’est pas lié au plaisir.
Je peux tout aussi bien être content d’avoir du travail qu’être content d’être au chômage.
Mais comment font les individus qui sont malheureux à leur travail pour tenir le coup ?

Le plus amusant est que les individus qui mettent en avant le bonheur (« je me sens comme dans une famille ») sont souvent les premiers à partir, une fois que leurs illusions ont disparu.

La réussite

Personnellement, je voulais plus réussir intérieurement qu’extérieurement.
Si mon père n’était pas mort quand j’ai eu 18 ans, j’aurais peut-être cherché la réussite extérieure.

Mais pour réussir, il faut apprendre à échouer, à tirer les leçons de l’échec.

Dans le cas d’Arthur cité au début, il y a aussi la notion d’effort.
Si je réussis sans effort, ma réussite n’a pas grande valeur pour moi: « c’est venu tout seul, je ne l’ai pas mérité ».

L’argent

Je peux travailler pour l’argent ou le pouvoir, comme si c’était la chose la plus importante de ma vie et que ça donnait du sens à mon travail, surtout si je le déteste.

Il est difficile de réaliser que l’argent n’est pas un but dans la vie, seulement un moyen.

Personnellement, je n’ai jamais été vraiment attiré par l’argent ou le pouvoir, probablement parce que j’ai vu mes parents s’en sortir correctement sans argent et leurs ambitions étaient peu élevées.
Maintenant, je travaille surtout pour assurer le confort à ma femme.
Comme j’aimerais réduire mon train de vie pour être libre de faire ce que je veux !

Conclusion

J’ai essayé d’énumérer les justifications intérieures que nous donnons à notre travail.

Et vous, savez-vous pourquoi vous travaillez ?
Est-ce que vous cherchez de la reconnaissance, de la fierté, du plaisir, du bonheur, de la réussite ou de l’argent ?
Votre réponse est probablement un mélange de tout cela, mais quel est le facteur dominant ?

Est-ce que vous travaillez pour vous ou pour les autres ?
Enfin, est-ce que vous travaillez pour des raisons qui dépendent de votre passé ?

Les Leçons du jeu vidéo (6ème partie)


Suite de l’épisode précédent:
https://psychologieagile.wordpress.com/2014/02/14/les-lecons-du-jeu-video-5eme-partie/

Résumé: je viens de quitter PAM pour rejoindre le Comptoir des Planètes.

Leçon numéro 1: un jeu vidéo, c’est avant tout une aventure humaine

Pour travailler au Comptoir des Planètes, j’avais accepté une baisse de salaire.
En fait, j’avais rejoint le Comptoir des Planètes avant tout pour l’équipe:

Didier Bouchon

C’est l’auteur de l’Arche du Capitaine Blood.
C’est un vrai créatif très timide, et qui manifeste sa créativité en programmant.
A vrai dire, je crois qu’il est d’origine extra-terrestre.

Marcello Morra

Marcello est l’exact opposé de Didier au niveau du caractère.
Autant Didier rêve, autant Marcello a les pieds sur terre.
Je crois que c’est la personne la plus généreuse que j’ai jamais croisée dans ma vie.

Philippe Arbogast

Encore un extra-terrestre, qui est un animateur hors pair. Coucou Pilou !

Sébastien Guilbert

Un graphiste 3D qui a une vraie personnalité.

Avec le recul, je pense que tout projet informatique est avant tout une aventure humaine.
Je suis toujours surpris de voir qu’il y ait une telle obsession sur l’organisation plutôt que sur l’humain.

Leçon numéro 2: je deviens efficace quand je trouve du sens à mon travail

Le jeu que nous faisions s’appellait Trucks, et c’était une course de trucks dans un univers déjanté.
Très honnêtement, je me foutais pas mal du jeu.
Voici une petite vidéo du jeu:

N’étant pas particulièrement intéressé par la 3D, j’étais là pour travailler sur tout le reste.
J’ai donc programmé les outils de debugging, toute la partie sonore, l’intelligence artificielle du jeu et le gestionnaire de mémoire.

Mais le gros de mon travail était de centraliser le travail de chacun.
En effet, tout le monde programmait dans son coin (nous n’utilisions pas de gestionnaire de versions en 1995), et je rassemblais le code pour que tout fonctionne ensemble.
Pas si facile quand tout change tout le temps et quand de nouveaux bugs se révélaient après regroupement.

Le pire souvenir que j’ai de cette époque était un bug mystérieux quand on jouait en réseau: les positions des véhicules se décalaient légèrement lors des collisions, ce qui désynchronisait le jeu.
J’ai analysé le problème et découvert que nous utilisions des Pentium qui faisaient des erreurs de division en virgule flottante.
Cela m’a demandé une semaine d’efforts !

Leçon numéro 3: je fais des jeux pour moi avant tout

Ce que j’avais à faire peut sembler peu excitant, mais le rôle que j’avais pris me satisfaisait.
J’avais 3 axes de satisfaction:

  1. j’étais utile: mon travail permettait à des individus de collaborer
  2. j’étais apprécié: j’aimais les gens avec qui je travaillais
  3. je voulais évoluer: mon travail de psychanalyse commençait à porter ses fruits, et je pratiquais la sophrologie assidûment

Leçon numéro 4: un jeu vidéo doit être jouable

Le problème majeur de Trucks est qu’il était construit sur un univers décalé, ce qui avait fait le succès de l’Arche du Capitaine Blood, mais il n’y avait pas grand chose d’autre.
C’était un jeu d’action, mais il n’y avait pas de réflexion sur la jouabilité.
La jouabilité, c’est l’ingrédient mystérieux qui fait qu’on prend plaisir à jouer.
Chacun de nous mettait en place des éléments de jouabilité, mais cela ne rendait pas le jeu amusant pour autant.

Après toutes ces années, je ne suis pas certain qu’il y ait une formule magique qui rendrait un jeu amusant, à part peut-être jouer au jeu encore et encore, en essayant de l’améliorer progressivement.

Leçon numéro 5: le facteur de réussite le plus important est la chance

Pourquoi Trucks n’est-il pas devenu un jeu culte ?

En réalité, nous avons raté le coche à plusieurs moments.

  1. si Trucks n’avait pas été un jeu d’action, il aurait probablement trouvé son public grâce à son univers particulier.
  2. l’éditeur Microfolies qui nous finançait n’était qu’un petit acteur en France.
    Trucks était probablement leur meilleur jeu, mais je pense que cet éditeur n’avait pas les moyens de ses ambitions.
  3. Microsoft cherchait à cette époque des jeux pour promouvoir Windows 95 et DirectX 3 qui venaient juste de sortir.
    Je pense que Didier et Marcello ont eu peur de vendre leur âme à Microsoft, donc nous sommes restés sous DOS en VESA.

Leçon numéro 6: j’ai enfin une vie en dehors de mon travail

C’est à cette époque que j’ai croisé ma future femme, sur Minitel !
J’étais complètement coincé sexuellement.
Grâce à la remise en cause de toute ma façon de penser, j’ai pu enfin libérer ma sexualité.
Du coup, j’ai arrêté la psychanalyse, parce que ça ne faisait qu’encourager mes tendances à trop penser.

Leçon numéro 7: je découvre Internet

En 1996, j’ai découvert l’Internet grâce aux mathématiques.
A l’époque, j’étais passionné par les mathématiques, et notamment les équations diophantiennes.
Je calculais depuis de nombreuses années avec mes propres algorithmes, et j’étais stupéfait d’apprendre que certains individus avaient trouvé quelques résultats meilleurs que les miens !
J’étais surtout content de trouver des individus qui partageaient mes intérêts uniques.

Leçon numéro 8: je m’améliore en anglais

C’est à ce moment que j’ai commencé à échanger avec des correspondants en anglais, pratiquement tous les jours.
Mon anglais était assez minable au début, mais après quelques années, je suis devenu assez bon.
Maintenant, mon anglais écrit est excellent, mais mon anglais parlé est tout pourri par manque de pratique.

Conclusion

Malgré mon investissement personnel, comme il n’y avait plus d’argent pour aller jusqu’au bout du projet, j’ai été licencié.
J’imagine que Marcello et Didier s’imaginaient que je trouverais facilement du travail ailleurs.
En fait, j’ai continué à travailler avec eux jusqu’à la sortie du jeu.
Mais ma situation financière était devenue catastrophique, et j’ai dû emménager chez ma copine.

Le Comptoir a été pour moi la première expérience de libération de ma personnalité dans le cadre professionnel.
Je reparlerai plus longuement de ce thème dans mes prochains articles.

15 ans plus tard, j’ai croisé Pierre Dumas, qui avait été le producteur de Trucks, et il a été stupéfait de voir à quel point j’avais changé en profondeur.

La pensée magique


Dans cet article, je vais vous présenter la pensée magique et expliquer ses dangers.

Introduction

Comme d’habitude, Wikipedia propose un article intéressant.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’il s’agit d’un symptôme d’immaturité ou de déséquilibre psychologique, parce que la pensée magique est partout.

Voyons les différents types de pensées magiques.

La pensée positive

Le principe est: « si je pense positivement, il va m’arriver des choses positives ».

Personnellement, je suis résolument contre cette approche, parce qu’elle fait beaucoup plus de mal que de bien.
Voici ses dangers:

  1. je vais refuser mes pensées négatives.
    Refuser mes pensées négatives est le meilleur moyen de les renforcer, et c’est notamment comme cela que les névroses se développent.
    Je l’ai vécu parce que je me forçais à être « gentil », et je n’admettais pas mes comportements non « gentils ».
    Plus j’intériorise mes pensées, plus je les renforce. Et plus j’extériorise mes pensées, plus je les atténue.
    C’est le principe de base de la confession ou de la psychanalyse.
  2. si je me force à croire que je vais bien alors que je ne vais pas bien, je vais me mettre en conflit avec moi-même.
    Chacun de mes mensonges accroit ma culpabilité intérieure.
    Cela est particulièrement visible chez les pessimistes qui se forcent à être optimistes.
  3. le positif et le négatif sont des critères subjectifs.
    Ce que je considère négatif peut être positif pour quelqu’un d’autre.
    Par exemple, si mes parents meurent, je peux me sentir effondré ou à l’inverse je peux être content de toucher l’héritage.

En réalité, ma pensée et la réalité sont séparées.
La meilleure approche est: j’accepte mes pensées telles qu’elles sont, sans les juger, et j’essaye de les exprimer pour éviter qu’elles ne se renforcent.

La méthode Coué

Le principe est: « plus j’y crois, plus j’ai des chances d’y arriver ».

Voici les dangers de cette approche:

  1. si je n’y arrive pas, je vais croire que je n’ai pas mis assez de volonté, donc il faut que je désire encore plus fort.
    C’est une croyance très répandue, souvent transmise au niveau familial.
    Les individus qui ne supportent pas la frustration sont souvent dans ce cas.
  2. quand mon énergie faiblit, je vais me reprocher mon manque de volonté.
    Cela va entraîner une spirale de dépréciation de moi-même: je n’y arrive pas, donc je n’ai pas assez de volonté, donc je suis une merde.

En réalité, la volonté et la réussite sont séparées.
La meilleure approche est: je fais de mon mieux quelque chose qui me plaît, et avec un peu de chance je vais y arriver. Si je n’y arrive pas, au moins j’aurais fait un truc qui m’a plu.

La superstition

Le principe est: « si je fais telle action, je vais avoir tel résultat ».

L’exemple typique est: « en suivant exactement cette méthode, je vais réussir ».
Voici les dangers:

  1. si j’échoue, je vais me dire que je n’ai pas été assez strict donc je vais essayer encore plus fort, ou à l’inverse, je peux rejeter la méthode en déclarant que « c’est de la merde ».
    Comme j’essaye de trop bien faire, je n’adapte pas l’esprit de la méthode à mon problème.
  2. si je réussis, je vais associer ma réussite au fait d’avoir suivi la méthode.
    Je vais suivre tout un tas de rituels (culte du cargo), parce qu’ils vont sûrement m’aider à réussir, c’est magique !

En réalité, la réussite et l’application d’une méthode sont séparées, sinon un régime parfait pour maigrir existerait.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes superstitions afin de ne pas en être dupe.

Les croyances

Les superstitions font partie des croyances.
Le principe est: « je crois que mon bonheur, ou autre chose, dépend de tel facteur ».

Par exemple:

  • je serais plus heureux si je gagnais plus d’argent
  • on ne peut pas réussir sans efforts
  • le bonheur, c’est ma famille
  • le bonheur, c’est d’avoir une maison
  • le bonheur, c’est facile quand on a du pognon
  • celui qui n’a pas une Rolex à 50 ans a raté sa vie
  • mes parents ont divorcé à cause de moi

Ce sont de fausses identifications, elles sont très difficiles à éliminer parce qu’il faut pouvoir les détecter.
Certaines croyances sont partagées par beaucoup de monde, d’où la difficulté de les détecter.

Relisez mes article sur êtes-vous bienveillant et sur le bonheur.
La meilleure approche est: j’essaye de percevoir mes croyances afin de ne pas en être dupe.

La projection dans le futur

Le principe est: « dans quelque temps, tout va aller bien pour moi ».

L’exercice est généralement pratiqué avec de la visualisation:
« projetez vous dans un futur proche, et imaginez que tout va bien pour vous »

J’ai pratiqué cette technique et constaté qu’elle ne fonctionne pas.
Le danger est de viser un résultat trop précis, de créer une attente.
Je recommande d’imaginer un état intérieur « positif » (par exemple: « je vais essayer d’être plus calme »), et de ne pas s’en vouloir si on ne l’atteint pas. Même si ça ne sert à rien, ça ne peut pas faire de mal !

Les bonnes résolutions

Le principe est: « j’ai décidé de changer ».

Par exemple: « cette année, j’ai décidé de maigrir et de faire du sport ».
Donc je prends un abonnement d’un an au club de sport, et je vais suivre le dernier régime à la mode.

Si je dois me forcer, je ne tiendrai pas longtemps, parce que mon énergie disparaît rapidement quand je perds l’intérêt pour quelque chose.
La meilleure approche est de ne pas prendre de résolution.

Conclusion

En fait, derrière la pensée magique, il y a plusieurs mécanismes importants.

Le premier est que je refuse la réalité telle qu’elle est.
Je fuis l’instant présent en pensant au passé ou au futur.
Le présent est toujours très éloigné de ce que je voudrais.
Comment arriver à l’accepter tel qu’il est ?

Le second est que je refuse d’envisager l’échec.
Pourtant, ce sont les échecs qui ont construit ma personnalité actuelle.
Et c’est le fait de tirer les leçons de mes échecs qui font que je ne reproduis pas les mêmes erreurs encore et encore.
Comment viser de petits échecs ?

Le troisième est que j’accorde trop d’importance à mes pensées.
Penser n’est ni « bien » ni « mal » (ça ne veut pas dire que je dois réaliser tous mes fantasmes !) et je dois chercher à équilibrer pensée, parole et action. Si je pensais moins, je ferais plus.
Comment ne pas être dupe de mes pensées ?

Les Leçons du jeu vidéo (5ème partie)


Résumé des chapitres précédents: en 1995, je travaille dans le jeu vidéo depuis 9 ans.
J’ai fait des jeux pour Titus, Silmarils, Ocean Software France et Cryo.
Je venais de commencer ma psychanalyse suite à un burn-out complet.

Dans cet article, je vais décrire les leçons retenues de mon passage chez PAM Development, de février 1995 à avril 1996.

Leçon numéro 1: je veux que mon travail ait du sens

Chez Cryo, j’avais beaucoup programmé, mais peu de mes programmes avaient été publiés, ce qui avait créé une énorme frustration chez moi.
J’en ai eu marre, alors je me suis mis à chercher du travail ailleurs.
J’ai croisé Pierre Adane que j’avais cotoyé chez Ocean et avec qui j’avais bien sympathisé.

Pendant que je travaillais à Cryo, Pierre Adane (programmeur) avait créé le jeu Mister Nutz avec Michel Dessoly (graphiste/animateur), et ce jeu avait eu un joli succès.
Pierre s’était allié à Marc Djan (ancien patron d’Ocean) et ils avaient créé la société PAM Développement (« Power And Magic » ou « Pierre And Marc » ?).
Pierre cherchait quelqu’un comme moi, alors j’ai décidé de tenter l’aventure PAM.

Leçon numéro 2: j’étais devenu un expert technique

Après 13 ans de programmation non-stop, comme je ne vivais que pour la technique, j’étais devenu un expert technique monstrueux !
J’essayais de tirer techniquement tous les programmeurs vers le haut, et ceux qui avaient l’esprit de compétition aimaient travailler avec moi, c’était très motivant pour eux.
Mais pour ceux qui n’avaient pas l’esprit de compétition ou qui n’étaient pas intéressés par la technique, c’était au contraire très démotivant, parce que j’étais vraiment insupportable humainement.

Chez PAM, je me souviens surtout de Didier Malenfant, qui avait un niveau très impressionnant parce qu’il avait beaucoup plus de bases théoriques que moi, pur autodidacte.

Je programmais en assembleur sur Playstation (j’adore le MIPS), et je crois que j’avais impressionné Didier en convertissant un jeu de foot de la Playstation vers le PC en quelques jours.

Leçon numéro 3: la technique c’est bien, mais ça soûle

Un jour, Pierre m’a forcé à lire la documentation du Turbo-C.
J’ai passé une semaine à lire les 5 volumes, et j’ai vraiment détesté. C’est vraiment super chiant à lire !
J’ai réalisé à ce moment que la technique que je chérissais par dessus tout était juste vide de sens.
Moi qui savait réaliser les idées des autres techniquement, j’étais bien incapable d’avoir des idées autres que techniques. Ma créativité était complètement bridée.
Mon obsession de la technique a disparu à ce moment-là.
Note: le fait de lire cette doc m’a donné toutes les bases pour programmer sur PC, ce qui m’est encore utile 20 ans plus tard !

Leçon numéro 4: mon travail n’est pas ma vie

Dans tous mes postes précédents, je n’avais que mon travail dans ma vie.
J’étais bien incapable d’avoir des relations avec les gens, alors je faisais ce pour quoi j’étais doué: programmer.

Comme je suivais une psychanalyse, je me forçais à ne faire que 8 heures de travail par jour chez PAM (vous pouvez rire, mais c’était mal vu à l’époque).
Avec le recul, je pense que c’est le moment où j’ai commencé à être vraiment efficace en économisant mes efforts, et surtout en dégageant du temps libre pour faire autre chose que travailler.

Leçon numéro 5: j’essaye d’apprécier les gens avec qui je travaille

Je considérais Pierre Adane comme un ami, mais c’était vraiment un tyran au travail (et je pense qu’il n’en est toujours pas conscient !).

Didier, Pierre et moi-même étions tous trois des « obsédés techniques ».
Comme nous étions tous trois dans le même bureau, je me demandais comment j’allais pouvoir survivre dans cet environnement hostile.
J’ai donc décidé d’apprivoiser Didier.
Ca m’a pris plusieurs mois, mais je crois qu’en fin de compte nous sommes devenus amis.

Le second ami que je me suis fait à PAM est Christophe Gayraud.
C’était un ex-Titus, et nous mangions ensemble à midi, en parlant beaucoup de spiritualité. Avec le recul, je me rends compte que tout ce qu’il lisait était écrit par des charlatans, cela me permet maintenant de les repérer instantanément.
Note: je viens d’apprendre que Christophe est mort en 2012.

Leçon numéro 6: j’ai commencé à être résilient

Un jour, Pierre m’a annoncé que j’allais changer de bureau.
Mon calvaire se terminait enfin !
A cet instant là, j’ai compris que je n’avais plus rien à faire chez PAM, parce que je ne supportais plus ce rôle technique si réducteur.

J’avais passé avec succès l’épreuve du tyran, et j’avais réussi à trouver un allié dans des circonstances difficiles.
J’avais réussi ma première expérience de résilience, qui est la capacité à surmonter les situations difficiles.

Un jour, je croise des anciens de Cryo, qui me disent qu’ils comptent démarrer un projet, et je leur fais part de mon intérêt de travailler avec eux quel que soit leur projet.
Quelques semaines plus tard, ils me confirment qu’ils ont signé leur jeu avec Microfolie’s, alors je donne ma démission pour rejoindre le Comptoir des Planètes.

Conclusion

J’ai eu deux retours indirects et tardifs de mon passage chez PAM.

Le premier est quand j’ai croisé Didier quelques mois plus tard.
Il m’a expliqué qu’il avait réalisé qu’il pouvait partir le jour où j’ai donné ma démission (je pense qu’il s’emmerdait autant que moi).
Avec sa femme, il m’a dit qu’il allait partir pour les USA.
Depuis, il y a fondé avec succès plusieurs boîtes de jeux vidéo !

Le second est quand j’ai croisé Sylvain Grosdemouge, 8 ans plus tard.
J’avais écrit un outil pour caser le maximum de petites images dans des images 256×256 (les « Texture-Pages » sur PSX).
Il avait hérité de mon bébé, mais comme il n’avait rien compris à l’algorithme, il avait dû tout réécrire et il me détestait déjà avant de me connaître !

L’Acceptation


Pendant toute ma vie, j’ai cru que je pouvais décider de ma vie, que ce qui m’arrivait était de mon fait, et que ma volonté pouvait changer les choses.
Comme je voulais maîtriser ma vie, je voulais trier ce qui m’arrivait: virer tout ce qui est pourri pour ne garder que le meilleur.

Un jour, ma femme s’est retrouvée en fauteuil roulant.
Au début, je refusais cette situation, parce qu’elle était trop dérangeante.
Je n’osais en parler à personne et, comme cela me préoccupait, je n’avais plus la tête à mon travail.
Après des longs mois de silence, j’ai décidé d’en parler ouvertement à mes collègues, afin de relâcher un peu la pression qui m’étouffait.
Tout de suite, j’ai commencé à aller un peu mieux, mais je souffrais encore parce que, comme Caliméro, je trouvais la vie vraiment trop injuste.

Un jour, j’ai décidé d’accepter la situation telle qu’elle est, en acceptant que je ne pouvais rien faire maintenant et que réfléchir sur cette situation ne servait à rien.
Et là, tout a commencé à aller vraiment mieux, je me suis mis à évoluer intérieurement à un rythme incroyable.

Un peu de psychologie

L’acceptation est très importante en psychologie.
Il s’agit d’une étape du deuil, qui est le processus interne qui se produit quand une situation change.

La psychiatre suisse-allemande Elisabeth Kübler-Ross a observé 7 phases du deuil:

  1. le choc
  2. le déni
  3. la colère
  4. la tristesse
  5. la résignation
  6. l’acceptation
  7. la reconstruction

En réalité, chacune de ces étapes n’est qu’une conséquence des mécanismes de défense de mon ego.
Mon ego n’est pas ma personnalité, mais l’ensemble de mes identifications ou les croyances que j’ai à mon sujet, autrement dit l’image que j’ai de moi.

Qu’elles soient justes ou fausses, les identifications me limitent, parce qu’elles ne laissent place qu’à ce que je crois connaître de moi-même, et cette connaissance est très superficielle !

Une de mes identifications typiques est: « je suis quelqu’un de gentil »
Mais quand je commence à gratter un peu, je commence à percevoir les vraies intentions derrière mes actes, et je commence à réaliser que je ne suis pas aussi gentil que je le croyais.

En fait, j’étais peut-être le seul à croire que j’étais gentil.
Plus je m’accrochais à mon image de gentil, moins je supportais qu’on me démontre le contraire, et plus je me laissais manipuler par les individus qui jouaient sur mon désir de paraître gentil !
En réalité, je jouais le gentil, mais parfois j’agissais méchamment, de préférence sur les personnes proches de moi.
Plus je m’attache à un côté de ma personnalité, plus mon ego se renforce.

Maintenant, je ne suis ni gentil ni méchant, je suis juste moi-même.

Comment accélérer le processus de deuil ?

Le processus de deuil prend du temps.
Par exemple, le deuil de mon père m’a demandé plusieurs années.
Mais existe-t-il un moyen d’accélérer ce processus, afin qu’il devienne pratiquement instantané ?

Très honnêtement, il y a quelques années, j’aurais dit: non, chaque deuil prend un certain temps, et ça dépend de la difficulté du deuil. Un décès prend plus de temps qu’un licenciement, un licenciement plus qu’une coupe de cheveux, etc…

Maintenant, je suis persuadé que ce processus peut être instantané.

Comme je l’ai écrit au-dessus, le deuil dépend directement de l’ego.
Moins je m’identifie à ce que je pense être, et plus l’acceptation est facile.

Comment faire sauter les identifications ?

Faire sauter ses identifications est un travail extrêmement difficile.
Si je demande l’avis d’autres personnes, ils vont projeter un peu de leurs identifications sur moi, et je ne pourrais pas saisir les miennes (ou alors seulement les plus évidentes).

Je peux consulter quelqu’un qui a déjà fait ce travail

C’est la solution la plus facile quand j’ai de l’argent et peu de temps.
Je tiens à préciser qu’il est difficile de trouver quelqu’un de compétent pour vous aider.
D’après mon expérience personnelle, la psychanalyse, la sophrologie et la méditation fonctionnent assez bien.

Le danger est de tomber sur un charlatan.

Je peux le faire tout seul

Je peux faire de l’introspection.
Cela prend plus de temps, mais c’est gratuit et c’est ce que j’ai fait (j’ai quand même appris les bases en suivant une psychanalyse).

La technique la plus efficace que je connaisse est de regarder les défauts des autres.
Les défauts sont des qualités poussées à l’extrême, jusqu’à en devenir caricaturales.
Je regarde les défauts des autres, et là, j’ai 2 catégories de défauts:

  1. ceux qui ne me gênent pas
  2. ceux qui me gênent

Je perçois les autres à travers le miroir déformant de ce que je crois être.
Si j’étais parfait, je ne percevrais aucun défaut chez les autres.
Si je perçois quelque chose, ce sont mes propres identifications.
Certaines sont supportables (ce sont les défauts qui ne me gênent pas), et d’autres beaucoup moins !

Donc je prends un défaut qui me gêne, et je me focalise dessus, le temps qu’il faut.
Au début, je vois assez mal en quoi tel défaut me gêne.
Mais au bout de quelques jours, la compréhension devient de plus en plus claire.

Par exemple, si je me considère gentil, je peux être gêné par les « méchants », parce que je suis persuadé qu’il « faut » être gentil. C’est mal de ne pas l’être !
Je peux aussi être gêné par les « calculateurs », ceux qui agissent pour avoir quelque chose en échange. Cette attitude me confronte à ma propre malhonnêteté.
Enfin, je peux être gêné par les autres gentils, et plus particulièrement par ceux qui le sont plus que moi. Je suis jaloux, parce qu’ils me montrent que je suis loin d’être aussi idéal que je le pensais.

Une variante de cette technique est de regarder les événements qui me gênent dans ma vie.
L’identification tient ici au fait que je veux rester dans un environnement familier, donc je m’accroche à cet environnement et je refuse le changement.

Tant qu’il y a fierté, honte ou culpabilité, il y a identification.
Quand la fierté, la honte et la culpabilité disparaissent, les identifications disparaissent.

Les dangers de l’introspection sont de perdre toute spontanéité à force de rationaliser, de se perdre dans les méandres du moi en analysant chaque détail et enfin de renforcer l’ego à force de se focaliser dessus.

J’accepte sans condition

Il existe une technique encore plus efficace que l’introspection: l’acceptation sans condition, appelée aussi lâcher-prise.

Je tiens à prévenir que malgré sa grande simplicité, cette technique est extrêmement difficile.

Le principe est d’accepter sans juger ce qui m’arrive et sur lequel je n’ai pas de contrôle.

En reprenant l’exemple de ma femme, j’ai accepté le fait que je ne pouvais rien faire, et qu’il fallait que je patiente jusqu’à ce qu’une solution apparaisse.

Depuis, j’applique cette technique systématiquement dès que je constate que je n’ai aucun moyen d’action: j’accepte le fait de ne pouvoir rien faire, au lieu de m’agiter inutilement.
Je n’ai plus aucun problème puisque les problèmes viennent de mes identifications.

Les dangers de l’acceptation sont d’accepter par paresse des choses sur lesquelles je pourrais agir, et de négliger mon corps et mes ressentis.

Conclusion

L’acceptation, c’est d’abord l’acceptation de moi tel que je suis, sans vouloir changer quoi que ce soit.
Ensuite, c’est l’acceptation des autres tels qu’ils sont, sans vouloir les changer.
Enfin, c’est l’acceptation de ce qui m’arrive et sur lequel je ne peux rien faire maintenant.

Les Leçons du jeu vidéo (4ème partie)


Voici le quatrième épisode de mes aventures dans le jeu vidéo, et comme d’habitude les leçons que j’en ai tirées.
L’épisode précédent est ici: https://psychologieagile.wordpress.com/2013/08/25/les-lecons-du-jeu-video-3eme-partie/

Récapitulatif

Après avoir fait quelques jeux à Ocean Software France, cette société a fermé, et je me suis retrouvé au chômage.
Le chômage était commun entre 2 emplois dans le jeu vidéo.

Les relations

A cette époque, un de mes seuls amis était Pascal de France.
C’était un démomaker perfectionniste, c’est à dire qu’il ne sortait rien parce que ce n’était jamais assez parfait.
Il connaissait pas mal de monde, et il m’a dirigé vers Nicolas Choukroun qui cherchait un développeur sur Super Nintendo.
La Super Nintendo, c’est un processeur 65C816, qui ressemble beaucoup au 6502, processeur sur lequel je suis un expert.

Nicolas Choukroun travaillait avec Laurent Cluzel (avec qui j’avais travaillé à Titus) sur la maquette du jeu Trashman, et avait signé avec Electronic Arts pour sortir Trashman avec Cryo.

Cryo

En 1992, Cryo venait d’être récemment créée, avec tous les membres d’Exxos (Rémi Herbulot, Philippe Ulrich, Didier Bouchon, parmi d’autres).
Au moment où je suis entré, cette société se développait à un rythme incroyable.
Il devait y avoir moins de 50 personnes quand je suis entré, et plus de 200 quand je suis parti.

Trashman

Techniquement, j’avais mis en place un moteur de jeu assez impressionnant pour ce jeu.
Il y avait des scènes cinématiques pendant le jeu, mais à fortiori, je pense que ça cassait trop le rythme du jeu.
Le gros problème est qu’il n’y avait pas de gameplay, parce que je passais mon temps à résoudre les problèmes techniques que ce jeu proposait.
Electronic Arts insistait beaucoup sur les milestones.
Je me souviens que les managers d’EA étaient venus en France pour valider une milestone, et j’avais démontré que techniquement tout était prêt, mais cela ne les a pas empêché d’arrêter le jeu.

Il n’y a rien de plus démoralisant que d’arrêter un jeu

Quel gâchis !

Et là, tout s’est effondré intérieurement pour moi.
J’allais mal depuis quelque temps déjà, suite aux efforts que j’avais fournis chez Titus et Ocean, au manque de vacances depuis des années et aussi parce que j’étais seul (je n’avais aucune relation intime à cette époque).
J’étais hyper-stressé et je ne m’en rendais pas compte.
Je m’identifiais totalement à mon rôle de finisseur de jeux: je menais mes projets à leur finition, et j’en étais fier.
Quand le jeu a été arrêté, j’ai fait un burn-out complet.
Je ne pouvais plus rien programmer sans des efforts incroyables.

Quand tout va mal, je ne dois pas hésiter à demander de l’aide

Je me suis retrouvé tout seul au fond de mon trou.
A ce moment-là, j’ai compris très clairement que je ne pourrais pas m’en sortir seul.
Comme je ne voulais pas me suicider, je suis allé voir un psychanalyste (ma mère disait: c’est pour les fous), je crois en juillet 1993.
Le psy m’a dit qu’il ne pouvait pas me prendre avant septembre, et je ne sais pas comment j’ai pu tenir 2 mois.

J’apprends à découvrir mon fonctionnement intérieur

Dès mes premières séances, la barre au niveau de mon diaphragme (indicateur de stress) a complètement disparu, et j’ai commencé à me sentir léger.
J’ai aussi compris que si je voulais m’en sortir, je devais changer complètement et que parler ne servirait à rien si je n’agissais pas dans ma vie.
A ce moment-là, j’avais tellement de problèmes que je devais déjà commencer à résoudre les plus simples, c’est à dire mes interactions avec les gens.

La psychanalyse m’a apporté 2 choses essentielles:

  1. j’ai appris à exprimer mes états intérieurs: je suis capable de décrire toutes mes émotions avec des mots
  2. j’ai commencé à découvrir mon fonctionnement intérieur: je croyais que je me connaissais bien, et j’ai réalisé que mon image intérieure et mon image extérieure étaient complètement différentes

Avec le recul, je suis sorti du burn-out quand j’ai accepté de faire le deuil de ma vision du travail.
Je pensais que ma seule valeur était celle de mon travail, et donc que je devais programmer beaucoup pour montrer ma valeur.
J’ai dû réapprendre à travailler avec plaisir, et ce n’est que tout récemment que j’ai accepté d’être enfin bienveillant envers moi-même.

Je ne vais pas trop m’étendre sur ma psychanalyse, parce qu’elle ne concerne pas le jeu vidéo, mais j’y reviendrai peut-être dans de futurs articles.

Je programme beaucoup mais…

Chez Cryo, j’ai bossé sur pas mal de jeux, exclusivement sur consoles Super Nintendo et Mega-CD.

Le jeu que je préfère de cette période est Super Dany (de Danone), que j’ai coprogrammé avec Pierre-Eric Loriaux (ex d’Ocean Sotfware, Michel Janicki avait aussi rejoint Cryo).
Pierre-Eric avait fait le jeu principal, et j’avais fait tout le reste (présentation, intermèdes -c’étaient des démos- et même un jeu en intermède).
Nous avons eu l’occasion de présenter le jeu à des enfants de journalistes, avec Cyrille Drevet, et ce fut globalement une belle expérience, même si le jeu n’est pas terrible.

J’ai aussi bossé sur Timecop, l’adaptation d’un film avec Jean-Claude Van Damme, et nous avons eu l’occasion d’aller voir le film en avant-première.
Pour Timecop, j’ai travaillé sur la version Super Nintendo avec Fabien Fessard, qui m’admirait parce qu’il m’avait croisé à la Transbeauce.
Je me souviens des nuits passées à convertir la musique faite par David de Gruttola (David Cage) sur le SPC700. Le SPC700 avait seulement 64 kilooctets de RAM, et je devais convertir des samples de plusieurs mégaoctets. A la fin, tous les instruments ressemblaient à des cymbales !

Pour Timecop sur Mega-CD, j’étais le lead-coder, et un jeune stagiaire du nom de Bruno Galet était le manager. Il est maintenant producer chez Ubisoft.
Timecop n’est jamais sorti sur Mega-CD non plus, alors qu’il était fini.

Je ne supporte plus que mes jeux ne sortent pas

Chez Cryo, la moitié de mes projets n’étaient pas sortis, alors j’ai décidé qu’il était temps de changer d’air.

Conclusion

Cryo a été pour moi une renaissance.
Cela faisait déjà 10 ans que je programmais des jeux, j’étais devenu un expert.
Suite à l’effondrement complet de mon modèle intérieur de travail, j’ai décidé de me focaliser sur autre chose que le travail et la technique: j’ai commencé à essayer de comprendre ce que je suis et pourquoi j’agis ainsi.

J’ai croisé à Cryo de très nombreux talents, et comme je me reconstruisais, je considère tous ces gens comme des membres de ma famille.

Merci Cryo !