L’Effort


Aujourd’hui, j’aurais dû écrire un article sur l’agilité, mais très franchement, je viens de passer mon week-end à peaufiner ma présentation de « Psychologie Agile » pour l’Agile Tour 2012 de Paris, et je n’ai plus envie de parler d’agilité pour quelques jours.

Je voulais me vanter en parlant de mon expérience de programmeur, et fort à propos, un article sur Slashdot vient juste de paraître:
http://developers.slashdot.org/story/12/11/18/142222/its-hard-for-techies-over-40-to-stay-relevant-says-sap-lab-director

Nostalgie

Mon premier travail salarié a débuté chez Titus le 16 juin 1986, en tant que programmeur de jeux vidéos.

Je pourrais verser une larme émue en idéalisant ces années, en disant « ah, c’était mieux avant ! », mais très franchement, c’était l’enfer à cette époque: je bossais 12 heures par jour, 6 jours par semaine, et je ne prenais pas de vacances. L’esclave parfait quoi !

J’ai vraiment morflé à cette époque, et au bout de 3 ans, je me suis demandé: pourquoi tant de souffrances ?

J’ai quitté Titus, et dans chaque boîte de jeux par la suite, c’était le même délire: tout le monde travaillait 10 heures par jour, pour un résultat qui ne valait pas l’effort investi.

Au bout de 10 ans, après avoir suivi une psychanalyse parce que j’allais vraiment très mal, je me suis astreint à travailler seulement 8 heures par jour, et bizarrement je suis devenu beaucoup plus efficace.
Bien évidemment, j’étais déjà devenu un expert, comme l’explique Peter Norvig, mais il y avait aussi autre chose: j’avais commencé à apprendre de mes erreurs !

Guerriers et Sages

A cette époque là, une amie m’a dit que les hommes se divisaient en 3 catégories:

  1. les guerriers
  2. les sages
  3. les loups-garous

Elle m’a dit qu’elle n’avait jamais croisé de loup-garou, que les sages étaient rares, et que je faisais partie des sages. J’étais content d’apprendre cela à l’époque, mais je n’en voyais pas trop l’intérêt et je ne voyais pas en quoi j’étais sage, je me trouvais super con à l’époque.

Très récemment, j’ai lu les textes d’un sage indien, qui disait:

Aussi longtemps qu’il y a effort, il n’y a pas sagesse.

Et brusquement, j’ai compris la différence entre les guerriers et les sages:

les guerriers pensent que l’effort est nécessaire pour réussir, alors que les sages savent que la réussite ne dépend pas de l’effort

Malheureusement, la grande majorité des hommes est composée de guerriers (particulièrement dans les entreprises), et bien qu’ils soient fascinés par les sages (par exemple par Tim Ferriss, qui a fait un carton avec son livre sur la semaine de 4 heures), ils ont la croyance irrationnelle que:

plus je fournis des efforts, plus j’ai des chances de réussir

La réussite est liée à la prise de risques et à la chance. L’échec aussi.

Les guerriers sont tellement focalisés sur la réussite qu’ils ne parlent que de leur réussite, et jamais de leurs échecs, et c’est à cela qu’on les reconnaît.

Apprendre de ses erreurs

Ce n’est pas tant le fait de diminuer l’effort qui dérange, c’est le fait de constater ses propres erreurs qui fait mal.
Je le vois tous les jours: tout le monde a honte de faire des erreurs, à cause de la croyance que si je fais une erreur c’est que je suis nul.
Cette peur pousse certains à utiliser toute leur énergie à cacher leurs erreurs, au lieu d’avancer.
Enfin, personne ne parle jamais de ses propres erreurs, aucune leçon n’est retenue, et les mêmes erreurs sont reproduites encore et encore.

Mais nous apprenons plus de nos échecs que de nos réussites.

En fait, il est probable que nous ne saurons jamais pourquoi nous avons réussi, alors que nous serons capables de comprendre pourquoi nous avons échoué.
Dans le livre « Everything is Obvious », l’auteur demande pourquoi Facebook a réussi, et sa réponse est:

ça a réussi parce que beaucoup de personnes l’utilisent

Le stress

Comme tout doit être toujours parfait, chaque action est source de stress: et si moi, qui suis parfait, je faisais une erreur ?
Quand je commence à penser à l’erreur (qui est inévitable), je me mets à imaginer le pire, et je vais fournir un effort énorme simplement pour réduire le risque d’erreur.
Quel est le juste effort pour réduire le risque sans sombrer dans la paranoïa ?

Conclusion

Personnellement, je suis fier de mes erreurs, parce qu’elles m’ont fait grandir intérieurement, elles ont fait de moi quelqu’un de meilleur.
Toutefois, j’apprends encore à ne pas me juger par rapport à mes erreurs, c’est un long travail sur moi.

Pour une équipe, la rétrospective est le meilleur outil pour apprendre de ses erreurs.

Et vous, êtes-vous plutôt guerrier ou plutôt sage ? Mettez-vous en avant vos réussites ou bien vos échecs ?

Rétrospectives: les Mauvaises Pratiques


Aujourd’hui, je vais vous parler des mauvaises pratiques en rétrospective.

Je ne vais pas revenir sur ce qu’est une rétrospective et comment en tenir une, mais je vais vous expliquer ce qu’il faut éviter et pourquoi.

Je me suis surtout inspiré des conseils d’Esther Derby http://www.estherderby.com/2010/06/seven-ways-to-revitalize-your-sprint-retrospectives.html pour vous montrer ce qu’il ne faut pas faire (oui, je ne suis pas d’accord avec elle !).

Introduction

J’ai travaillé longtemps dans le jeu vidéo, et dans les années 90, le magazine Gamasutra proposait une rubrique très intéressante appelée « Post-Mortem« : http://www.gamasutra.com/features/postmortem/
Un Post-Mortem, c’est l’analyse à froid des leçons chèrement apprises lors d’un projet informatique.
La rétrospective, c’est une analyse à chaud, c’est à dire en cours de projet.
Il faut bien comprendre le but premier d’une rétrospective:

apprendre les leçons en cours de projet

Il est impossible de ne jamais faire d’erreur.
L’anecdote la plus marquante que je connaisse est à propos de Hubble (la NASA a des tas d’histoires passionnantes de management):
http://www.techworld.com.au/article/420036/what_went_wrong_hubble_space_telescope_what_managers_can_learn_from_it_/
Lors du déploiement de Hubble, les ingénieurs se sont aperçus que l’optique ne fonctionnait pas:

« A good friend of Pellerin who worked on the telescope fell ill in the wake of the launch and died. »

en français:

« un bon ami de Pellerin qui travaillait sur le téléscope est tombé malade à la suite du lancement et est mort ».

La NASA a bien compris qu’un process est fragile si on essaye de planifier toutes les possibilités.
Un process robuste suppose que quelque chose d’imprévu va arriver, et va chercher à s’assurer que des ressources adéquates sont disponibles pour résoudre le problème.
La rétrospective est là pour apprendre à l’équipe à réagir en cas de problème.

Catégoriser ce qui est arrivé

Beaucoup de personnes recommandent de faire plusieurs listes et de mettre ce qui a bien fonctionné, ce qui n’a pas bien fonctionné, ce qui pose des questions et ce qui requiert notre attention.
Je vous recommande de ne pas faire cela, pour plusieurs raisons:

  1. personne ne doit juger ce qui a été positif ou négatif lors d’une itération: on n’est pas là pour juger ! Il faut bien comprendre que tout peut servir de leçon. Rien n’est jamais noir ou blanc, en fait tout serait plutôt en différentes teintes de gris: gris foncé à gris clair. Juger que quelque chose est négatif va culpabiliser ceux qui ont travaillé dessus.
    Si je veux une équipe efficace, je veux qu’elle puisse résoudre ses problèmes sans qu’il y ait une chasse aux sorcières.
  2. quand on fait plusieurs listes, on se sent obligé de les aborder, même si elles n’ont pas d’importance pour l’équipe.
    En général, lors d’une rétrospective, on a le temps de n’aborder que les problèmes immédiats, soit un ou deux sujets seulement.

Changer le format de la rétrospective à chaque fois

Si vous sentez que l’équipe perd l’intérêt des rétrospectives, ne cherchez pas à changer le format !
Changer le format correspond à changer le contenant, alors que le problème se situe probablement au niveau du contenu.
La rétrospective est un rituel du groupe, et il faut que les participants se sentent bien dans l’exercice, qu’ils sentent que la rétrospective est le seul moment où ils peuvent aborder les vrais problèmes du groupe.
En tant qu’animateur, changer le format fréquemment vous fait probablement plaisir, mais cela montre au groupe que vous cherchez plus à vous amuser qu’à aborder leurs problèmes.

Si vous sentez que le groupe ne s’intéresse plus aux rétrospectives, voici quelques hypothèses:

  1. les participants sentent que ça ne sert à rien, parce que les problèmes réels ne sont pas abordés. Il y a probablement un problème de manque de confiance dans le groupe. Il peut venir du facilitateur, ou d’une personne qui a trop de poids dans le groupe.
  2. il n’y a peut-être pas de problème important. Ralentissez le rythme des rétrospectives, mais maintenez-les régulièrement (les bonnes habitudes prennent du temps à se mettre en place, les mauvaises s’installent rapidement).

Décider quoi faire

Je recommande de ne pas forcer les décisions lors d’une rétrospective, pour plusieurs raisons:

  1. pour éviter le syndrome des solutions foireuses instantanées: quand j’ai un problème et que je dois fournir la solution en temps limité, je suis certain que ma solution sera pourrie. Après une bonne nuit de sommeil, la solution est en général bien plus élégante.
  2. pour éviter que les participants ne défendent leur solution foireuse: tout le monde est toujours fier de proposer une solution, et va chercher à la défendre même si elle n’est pas bonne. Une bonne solution est souvent la combinaison de plusieurs solutions incomplètes.
  3. pour se focaliser sur le problème plutôt que la solution. Moins je creuse le problème, et moins la solution sera correcte. Si je me focalise sur la solution, les participants sentent que je me fous de leur problème, et que j’essaye de passer à la suite le plus rapidement possible: au suivant !

Attention: lors des premières rétrospectives, je conseille quand même de forcer le groupe à prendre des décisions, afin que chacun comprenne bien pourquoi on est là. Mais après un certain nombre de rétrospectives (en général quand on commence à ne plus avoir de problème de processus), je recommande de ne pas forcer de décision.

Faire tourner les rôles

L’idée semble intéressante mais elle se heurte à plusieurs problèmes:

  1. certains animateurs n’arrivent pas à rester neutres: ils se focalisent sur leurs centres d’intérêt ou participent à la rétrospective. Le rôle d’un facilitateur est de n’intervenir que si le groupe en a besoin, pas de décider à la place du groupe.
  2. le rôle du facilitateur est banalisé: le groupe sent intuitivement que le facilitateur représente une certaine autorité morale. Si cette autorité morale est distribuée dans le groupe, elle perd de sa valeur, et le facilitateur aura plus de difficulté pour « tenir » le groupe.

Utiliser les Core Protocols

Les Core Protocols ont été inventés pour éviter les conflits humains, mais le conflit est quelque chose de sain dans un groupe (dans un couple, le conflit indique qu’il y a toujours de l’amour, il n’y a plus d’amour quand l’indifférence s’est installée).
Un groupe qui fonctionne bien n’implique pas que tout le monde est d’accord, mais que la voix de chacun est écoutée.
Halte à la pensée unique !
Vouloir éviter à tout prix le conflit fait en sorte que la confiance ne monte pas dans le groupe, et la frustration s’installe.

Conclusion

Un projet informatique est toujours une aventure humaine.
La rétrospective est le meilleur moment pour créer le lien entre les membres de l’équipe, sans notion de hiérarchie.
Le but d’une rétrospective est de faire en sorte que chaque participant devienne plus mature, plus responsable.

J’espère avoir remis en cause quelques-unes de vos pratiques.
Je referai un article sur les rétrospectives pour expliquer les bonnes pratiques dans quelques semaines.

La Psychanalyse


Aujourd’hui, je vais vous parler de psychanalyse, ou plus exactement, je vais vous décrire mon expérience personnelle de la psychanalyse.

Je vais essayer de vous décrire les processus intérieurs lors d’une psychanalyse, et dans un prochain article, je vous expliquerai comment j’applique ces techniques lors de mes rétrospectives.

Comme il fait très chaud et que j’ai dû oublier pas mal de choses, je ferai un second article si j’ai assez de contenu. N’hésitez pas à me poser des questions !

Le contexte

Avant de commencer ma psychanalyse, il y a 15 ans, j’étais très mal. Bien qu’entouré de personnes, j’avais perdu tout contact avec eux, et je m’enfonçais dans mon travail, j’étais en burn-out. En gros, je commençais à sombrer dans la dépression et dans la folie.
Ne trouvant aucune solution, je me suis décidé à consulter un psy.
Je suis allé voir le psy le plus proche de mon domicile, et il m’a dit que nous commencerions dans un mois.

La première séance

Après un mois d’attente (c’est une éternité quand on est vraiment mal), j’avais préparé tout un tas de choses à dire.
A ma grande surprise, le psy m’a demandé de m’allonger dans le divan, et là, je me suis retrouvé fixant le plafond du regard.
Je ne savais plus du tout quoi dire, et un long silence s’est installé: par où commencer et surtout à qui dois-je m’adresser ?
En effet, quand on fait une psychanalyse, on ne parle pas à quelqu’un mais à soi-même, ce qui explique pourquoi le psy n’intervient que rarement et est hors du champ de vision.
Ensuite, je peux dire ce que je veux, je peux mentir ou me vanter, mais en fin de compte, je suis seul face à moi-même et en plus, ça me coûte de l’argent.

Au bout d’un très long moment, j’ai décidé de me lancer, de dire ce que je n’avais jamais osé dire à personne.
J’ai libéré ma parole, et la parole m’a libéré.

Les premières séances

Dès les premières séances, mon diaphragme s’est détendu (je ne m’étais pas rendu compte à quel point j’étais stressé), et je me suis senti beaucoup plus léger dans ma vie de tous les jours.

Le second sentiment dont je me souviens est d’avoir réalisé à quel point je me limitais mentalement.
Je croyais que je ne pouvais être qu’un programmeur de jeux vidéo toute ma vie, mais cette limitation a volé en éclats très rapidement: en fait, je peux devenir ce que je veux. Mais qu’est-ce que je veux ?

Les techniques

Voici quelques unes des techniques personnelles que j’ai découvertes lors de mon analyse: remise en cause, reformulation personnelle, association d’idées, analyse des rêves, mécanisme pensée/parole/action, prise de conscience.

Par exemple, à un moment donné de ma vie, j’ai été confronté à une situation très embarrassante pour moi (non, je n’en parlerai pas ici), et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et surtout pourquoi je me laissais faire.
C’est une des rares fois où mon psy est intervenu et a parlé de « chantage émotionnel ».

La remise en cause est permanente lors d’une analyse. En effet, la seule façon de me connaître est de regarder comment j’agis, et ensuite de me demander pourquoi j’ai tel comportement dans une situation donnée, en particulier si mon comportement est inadapté. Par exemple, je veux me faire des amis, mais mon comportement fait fuir les gens. Curieusement, il est très difficile d’avoir du recul par rapport à mes propres actions, mais parfois je me voyais me mettre en situation d’échec en temps réel et je me disais « ça y est, ça recommence, pourquoi j’agis comme ça ? ».

La reformulation personnelle, c’est de reprendre les mots et de se les approprier.
Au lieu de rejeter le concept, je répète le terme (ici « chantage émotionnel »), et je commence à expliquer en quoi il correspond à ma situation, même si je ne suis pas d’accord. Mon cerveau a tendance à ne pas voir certaines évidences, et la reformulation permet de vérifier si je ne souffre pas d’aveuglement.

L’association d’idées, c’est utiliser des évènements de ma vie qui me font réagir, et exprimer les ressentis qu’ils font surgir en moi. Par exemple, tel documentaire vu à la télévision m’a fait pleurer ou mis en colère, tel comportement de ma part à mon travail me paraît inexplicable. Quels souvenirs cela me rappelle-t-il ? Qu’est-ce que cela éveille en moi ?

L’analyse des rêves est le fait d’essayer de se rappeler d’un rêve et de réfléchir en quoi ce rêve s’applique à ma situation actuelle. Quelle est la symbolique de ce rêve ?

Le mécanisme pensée/parole/action est la façon dont nous sommes le plus efficace pour résoudre un problème:

  1. Pensée: il faut d’abord comprendre que quelque chose ne va pas, puis identifier le problème intellectuellement. Dans mon cas, ce fut difficile, parce que j’avais limité mon cerveau aux activités intellectuelles et que je découvrais les interactions humaines, mais le processus intellectuel est le même.
  2. Parole: la seconde étape est d’exprimer le problème. Tant que mon discours est confus, ma pensée n’est pas claire et le problème n’est pas correctement identifié.
  3. Action: la troisième étape est d’agir, une fois qu’on a fini de parler du problème. Tant que je parle de mon problème, je ne suis pas en état d’agir, je dois continuer de l’exprimer en l’abordant sous de nouveaux angles. Quand l’expression du problème est simple et claire, la solution ne demande pas d’effort. Tant qu’agir me demande des efforts, c’est que ma solution est inadéquate ou que je résiste au changement.

La prise de conscience est un processus difficile à décrire, parce qu’il n’est ni verbal ni mental.
La prise de conscience est un déclic intérieur qui se produit quand on est prêt.
Voici comment j’aime la définir, lorsque je présente le processus de créativité:

  1. Je cherche une solution de toutes mes forces
  2. J’oublie complètement mon problème
  3. La solution apparaît

Le déclic est entre l’étape 2 et l’étape 3.
Il ne s’agit pas d’un processus intellectuel ou logique, bien que la solution soit évidente à la fin.
En psychanalyse, le déclic apparaît souvent après l’expression des émotions, une fois que le mental s’est calmé, et surtout quand j’ai arrêté de me focaliser sur la recherche d’une solution.
Dans mon cas de « chantage émotionnel », je suis rentré chez moi et j’ai résolu spontanément le problème en 2 minutes !

Ce que m’a apporté la psychanalyse

Ce que la psychanalyse m’a apporté avant tout est de pouvoir exprimer clairement mes états intérieurs.
Cela peut paraître assez anodin, mais je n’ai rencontré personne qui puisse exprimer son état intérieur de manière détachée. Tout le monde a le réflexe de se dire: « c’est beaucoup trop intime » ou « ça fait trop mal » !
Alors qu’en fait, ce qui me définit n’est pas tant mon état intérieur, mais plutôt tout ce que j’ai mal vécu et que j’ai essayé d’oublier (de refouler): toutes mes peurs, mes hontes, mes lâchetés, tout ce qui peut nuire à mon image idéalisée de moi-même.
La liberté intérieure, c’est le fait de pouvoir aborder tous les sujets même si je n’en sors pas grandi, c’est de commencer à être honnête avec moi-même et cela réclame du courage.
Devenir honnête avec moi-même m’a aussi aidé à arrêter de juger les autres selon mes propres critères.

Ce qui m’a le plus surpris est que j’ai découvert que j’étais bourré de névroses, moi qui me semblait parfait: je ne vivais pas vraiment dans la réalité, mais dans mon monde intérieur.
J’avais consacré ma vie à développer mon cerveau et ses capacités à résoudre les problèmes, au détriment de mon corps et des interactions humaines.
On pourrait dire que je vivais comme un « pur esprit », sans corps réel, et j’en tirais une certaine fierté à l’époque (j’avais un gros QI).

J’ai découvert l’improvisation: plusieurs fois, j’avais essayé de préparer ce que je voulais dire allongé sur le divan, mais au bout de 5 minutes, je partais dans des directions inattendues.
J’ai compris qu’il était inutile de préparer sa séance, mais qu’il fallait plutôt venir avec un thème et oser en parler.

Enfin, j’ai compris que parler de soi et de ses problèmes ne servait à rien si je n’agissais pas dans ma vie.
Parler de moi crûment m’a donné le courage de changer.

Les limites de la psychanalyse

J’ai arrêté la psychanalyse au bout de 3 ans, parce que j’avais d’autres activités qui étaient plus efficaces que la psychanalyse, j’en parlerai prochainement. Si j’avais tenu 7 ans, j’aurais pu devenir psychanalyste moi-même.

Le principal écueil de la psychanalyse est qu’il s’agit d’un travail long et solitaire.
Long, parce que les phases de plateau sont nombreuses, et que les progrès sont peu visibles.
Solitaire, parce que la psychanalyse est plutôt un outil de compréhension intellectuelle de soi, hors de toute interaction avec les individus, et que le psy n’est là que pour dépanner en cas de blocage.
De nouvelles thérapies sont apparues récemment afin de résoudre plus rapidement les problèmes: les thérapies comportementales cognitives (en anglais « Cognitive Behavioral Therapy« ).
Elles permettent de corriger nos névroses en quelques séances, sans aborder les détails innombrables de notre vie (c’est à dire sans remuer toute la merde).
Enfin, je crois beaucoup dans la dynamique du groupe, qui force l’individu à changer et qui est complémentaire au travail sur soi.

Le plus gros reproche que j’ai envers la psychanalyse est l’idée de vouloir aborder l’inconscient avec le conscient.
Personnellement, j’ai vu que cela fonctionnait un peu, mais que c’était très long, limité et superficiel.
Je peux passer toute ma vie en analyse, je n’aurai jamais fini de décortiquer l’inconscient.
Je me souviens d’une séance d’art-thérapie qui m’a vidé émotionnellement pendant 4 jours, sans que mon mental ne soit sollicité. Aucune séance d’analyse ne m’a jamais apporté cela.

Une des conséquences de l’analyse intellectuelle est que cela ancrait la mauvaise habitude de réfléchir à tout instant, ce qui fait que je perdais ma spontanéité. Le fait d’avoir les outils pour comprendre l’humain me donnait une impression de pouvoir tout comprendre intellectuellement, et de pouvoir manipuler les gens autour de moi (et, entre nous, c’est très facile !).

L’analyse des rêves me semble tout aussi inutile, parce qu’elle ne cherche qu’à analyser des artéfacts au lieu d’essayer de réaliser ce que je suis dans ma globalité: la compréhension de ce que je suis n’est pas un processus intellectuel !

Enfin, ce qui me gêne beaucoup chez Freud est sa fixation sur la sexualité.
Il vivait dans une époque où la sexualité était taboue, mais je pense qu’il y accordait une trop grande importance, et qu’il cherchait en fait à justifier le fait qu’il soit un obsédé sexuel (il ne se privait pas de coucher avec ses patientes !).

Conclusion

La psychanalyse est un outil intéressant pour essayer de se comprendre intellectuellement, et surtout pour améliorer son expression orale, parce qu’elle se focalise sur la parole.

La psychanalyse est très adaptée aux névroses et aux problèmes, mais complètement inadaptée à la recherche du sens de la vie, au développement de l’intuition et surtout à la découverte de nos potentialités.

Aussi, je conseille de la combiner avec une activité non intellectuelle, comme l’art, la sophrologie ou le yoga.