L’obsession du travail


Il y a 50 ans, les futurologues prédisaient que l’an 2000 verrait apparaître une société de loisirs, où la majeure partie de notre temps serait occupée à nos loisirs.

Nous sommes en 2015, et je constate que la société de loisirs est bien là, mais que nous passons tout notre temps à travailler pour nous payer de maigres loisirs.
Je vois aussi de plus en plus de jeunes gens complètement obsédés par leur travail, comme si leur travail était leur loisir principal.

Je vais décrire les différentes obsessions vis à vis du travail, ainsi que leurs excès, ou comment un comportement à l’origine bénin peut devenir autodestructeur.

Je veux montrer que je suis compétent

Personnellement, pendant longtemps, je voulais devenir le meilleur programmeur du monde.
A l’époque, cette motivation m’avait permis de me dépasser et d’acquérir un excellent niveau sans l’aide de personne, parce que je me remettais en cause systématiquement.

Je veux montrer que:

  • je sais faire
  • je n’ai besoin de l’aide de personne, je vais y arriver seul
  • je suis très productif
  • je peux me comparer favorablement aux autres
  • j’ai de la valeur

Ceci est ce que j’appelle « l’identification à faire », c’est à dire que je peux déterminer ma valeur par rapport à ce que je produis.
Avec le recul, je trouve cela terriblement réducteur, mais à l’époque, cela avait beaucoup d’importance pour moi.

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • si je n’y arrive pas, je me sens comme une merde, je me dévalorise puisque « ma valeur » correspond à « ce que je fais »
  • je n’ose demander de l’aide à personne, je dois maintenir l’image idéalisée de moi-même
  • je veux être parfait, je n’admets pas de ne pas faire de choses imparfaites, et au bout du compte, je ne fais plus rien
  • si quelqu’un critique ce que j’ai fait, je le prends comme une attaque personnelle
  • pour prouver que je suis productif, je travaille plus de 9 heures par jour et je n’écoute pas mon corps
  • je suis complètement focalisé sur le résultat, ce qui fait que je suis constamment stressé
  • je me sens supérieur aux autres si je sais faire quelque chose mieux qu’eux. De toute façon, mes collègues sont nuls
  • je m’identifie totalement à mon travail, et j’ai du mal à percevoir ma richesse en dehors de mon travail
  • je ne m’imagine pas à la retraite, je veux travailler le plus longtemps possible
  • je ne supporte pas l’idée de ne pas travailler
  • je m’ennuie quand je n’ai rien à faire
  • quand je suis malade, ce qui me gêne le plus est de ne pouvoir rien faire

Le stress vient toujours de l’obsession du résultat.

Je veux montrer que je suis sociable

Personnellement, cela m’est arrivé rarement parce que je privilégie l’intellect aux relations humaines.

Voici les symptômes:

  • je privilégie les relations humaines à la compétence
  • j’aime être apprécié dans mon travail
  • je recherche toujours des alliés parmi mes collègues
  • je me range très souvent du côté de la majorité
  • je fais tout pour que mes collègues soient d’accord avec moi
  • quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi est un ennemi
  • je voudrais devenir un leader charismatique
  • j’utilise beaucoup la séduction dans le cadre professionnel

Je m’identifie à ma capacité relationnelle.

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • je n’ai de valeur que lorsque je suis en relation avec les autres, je ne supporte pas la solitude
  • quand quelqu’un me rejette, je le prends très mal
  • je m’effondre complètement si je suis harcelé ou pas apprécié notamment par mes managers
  • construire mon réseau est plus important que tout

D’après mon expérience, les personnes harcelées sont très sensibles à cette identification.
Un psychanalyste suggérerait de faire le parallèle entre la situation au travail et les relations avec les parents.

Je m’identifie à ma société

Personnellement, cela ne m’est arrivé que quand j’ai tenté de monter ma propre boîte.
Cette identification est fréquente chez les patrons, certains managers et certains employés qui sont là depuis longtemps.

Voici les symptômes:

  • quand ma boîte va bien, je vais bien
  • quand ma boîte va mal, je vais mal
  • quand je parle, je m’imagine à la place de ma société, j’essaye de défendre ses intérêts
  • j’ai tendance à considérer ma société comme une famille

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • si ma boîte me vire, je m’effondre
  • j’ai tendance à être aveuglé par ma société, à ne pas avoir de recul

Je rappelle qu’une société n’est pas un être humain ni une famille.

Mon travail est ma raison de vivre

Personnellement, j’ai cru cela longtemps: j’acceptais la compagnie de personnes toxiques, parce qu’après tout, ce travail était toute ma vie.

Voici les symptômes:

  • mon travail donne du sens à ma vie
  • mon travail est ce qu’il y a de plus important dans ma vie
  • je suis heureux parce que j’ai l’impression de réussir dans mon travail

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • je suis malheureux parce que je ne réussis pas dans mon travail. Je fournis toujours plus d’efforts, parce que si je ne réussis pas, c’est que je ne fais pas assez d’efforts.
  • je suis en burn-out. A force de fournir des efforts, je n’ai plus d’énergie et je réalise que mon travail n’a aucun sens. Mon travail n’ayant plus de sens, ma vie perd tout son sens.

D’après mon expérience, le burn-out n’arrive que quand mon travail est ma principale raison de vivre.
Que faire quand le travail perd tout sens ?

Conclusion

Etant donnée l’importance que le travail a pris dans notre vie, et étant donné qu’il faut toujours être plus productif, je constate que les souffrances individuelles ne font qu’augmenter.

Il est inutile de chercher à juger telle ou telle identification, puisque nous les avons toutes à des degrés divers.

Je ne suis pas mon travail, ma valeur ne dépend pas de l’argent que je gagne.
Je continue d’avoir de la valeur même si je ne fais rien, même si je ne peux pas mesurer concrètement ma valeur.

Je n’ai pas besoin d’être dans un environnement aimant pour travailler et être moi-même.

Je ne suis pas ma société, parce qu’elle continuera d’exister même sans moi.

Enfin, mon travail n’est qu’un des éléments qui donnent du sens à ma vie. Et avec le temps, je constate que ce n’est pas le plus important.

Et maintenant à vous.
Est-ce que vous êtes dupe de vos identifications au travail ?

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Les Leçons du jeu vidéo (6ème partie)


Suite de l’épisode précédent:
https://psychologieagile.wordpress.com/2014/02/14/les-lecons-du-jeu-video-5eme-partie/

Résumé: je viens de quitter PAM pour rejoindre le Comptoir des Planètes.

Leçon numéro 1: un jeu vidéo, c’est avant tout une aventure humaine

Pour travailler au Comptoir des Planètes, j’avais accepté une baisse de salaire.
En fait, j’avais rejoint le Comptoir des Planètes avant tout pour l’équipe:

Didier Bouchon

C’est l’auteur de l’Arche du Capitaine Blood.
C’est un vrai créatif très timide, et qui manifeste sa créativité en programmant.
A vrai dire, je crois qu’il est d’origine extra-terrestre.

Marcello Morra

Marcello est l’exact opposé de Didier au niveau du caractère.
Autant Didier rêve, autant Marcello a les pieds sur terre.
Je crois que c’est la personne la plus généreuse que j’ai jamais croisée dans ma vie.

Philippe Arbogast

Encore un extra-terrestre, qui est un animateur hors pair. Coucou Pilou !

Sébastien Guilbert

Un graphiste 3D qui a une vraie personnalité.

Avec le recul, je pense que tout projet informatique est avant tout une aventure humaine.
Je suis toujours surpris de voir qu’il y ait une telle obsession sur l’organisation plutôt que sur l’humain.

Leçon numéro 2: je deviens efficace quand je trouve du sens à mon travail

Le jeu que nous faisions s’appellait Trucks, et c’était une course de trucks dans un univers déjanté.
Très honnêtement, je me foutais pas mal du jeu.
Voici une petite vidéo du jeu:

N’étant pas particulièrement intéressé par la 3D, j’étais là pour travailler sur tout le reste.
J’ai donc programmé les outils de debugging, toute la partie sonore, l’intelligence artificielle du jeu et le gestionnaire de mémoire.

Mais le gros de mon travail était de centraliser le travail de chacun.
En effet, tout le monde programmait dans son coin (nous n’utilisions pas de gestionnaire de versions en 1995), et je rassemblais le code pour que tout fonctionne ensemble.
Pas si facile quand tout change tout le temps et quand de nouveaux bugs se révélaient après regroupement.

Le pire souvenir que j’ai de cette époque était un bug mystérieux quand on jouait en réseau: les positions des véhicules se décalaient légèrement lors des collisions, ce qui désynchronisait le jeu.
J’ai analysé le problème et découvert que nous utilisions des Pentium qui faisaient des erreurs de division en virgule flottante.
Cela m’a demandé une semaine d’efforts !

Leçon numéro 3: je fais des jeux pour moi avant tout

Ce que j’avais à faire peut sembler peu excitant, mais le rôle que j’avais pris me satisfaisait.
J’avais 3 axes de satisfaction:

  1. j’étais utile: mon travail permettait à des individus de collaborer
  2. j’étais apprécié: j’aimais les gens avec qui je travaillais
  3. je voulais évoluer: mon travail de psychanalyse commençait à porter ses fruits, et je pratiquais la sophrologie assidûment

Leçon numéro 4: un jeu vidéo doit être jouable

Le problème majeur de Trucks est qu’il était construit sur un univers décalé, ce qui avait fait le succès de l’Arche du Capitaine Blood, mais il n’y avait pas grand chose d’autre.
C’était un jeu d’action, mais il n’y avait pas de réflexion sur la jouabilité.
La jouabilité, c’est l’ingrédient mystérieux qui fait qu’on prend plaisir à jouer.
Chacun de nous mettait en place des éléments de jouabilité, mais cela ne rendait pas le jeu amusant pour autant.

Après toutes ces années, je ne suis pas certain qu’il y ait une formule magique qui rendrait un jeu amusant, à part peut-être jouer au jeu encore et encore, en essayant de l’améliorer progressivement.

Leçon numéro 5: le facteur de réussite le plus important est la chance

Pourquoi Trucks n’est-il pas devenu un jeu culte ?

En réalité, nous avons raté le coche à plusieurs moments.

  1. si Trucks n’avait pas été un jeu d’action, il aurait probablement trouvé son public grâce à son univers particulier.
  2. l’éditeur Microfolies qui nous finançait n’était qu’un petit acteur en France.
    Trucks était probablement leur meilleur jeu, mais je pense que cet éditeur n’avait pas les moyens de ses ambitions.
  3. Microsoft cherchait à cette époque des jeux pour promouvoir Windows 95 et DirectX 3 qui venaient juste de sortir.
    Je pense que Didier et Marcello ont eu peur de vendre leur âme à Microsoft, donc nous sommes restés sous DOS en VESA.

Leçon numéro 6: j’ai enfin une vie en dehors de mon travail

C’est à cette époque que j’ai croisé ma future femme, sur Minitel !
J’étais complètement coincé sexuellement.
Grâce à la remise en cause de toute ma façon de penser, j’ai pu enfin libérer ma sexualité.
Du coup, j’ai arrêté la psychanalyse, parce que ça ne faisait qu’encourager mes tendances à trop penser.

Leçon numéro 7: je découvre Internet

En 1996, j’ai découvert l’Internet grâce aux mathématiques.
A l’époque, j’étais passionné par les mathématiques, et notamment les équations diophantiennes.
Je calculais depuis de nombreuses années avec mes propres algorithmes, et j’étais stupéfait d’apprendre que certains individus avaient trouvé quelques résultats meilleurs que les miens !
J’étais surtout content de trouver des individus qui partageaient mes intérêts uniques.

Leçon numéro 8: je m’améliore en anglais

C’est à ce moment que j’ai commencé à échanger avec des correspondants en anglais, pratiquement tous les jours.
Mon anglais était assez minable au début, mais après quelques années, je suis devenu assez bon.
Maintenant, mon anglais écrit est excellent, mais mon anglais parlé est tout pourri par manque de pratique.

Conclusion

Malgré mon investissement personnel, comme il n’y avait plus d’argent pour aller jusqu’au bout du projet, j’ai été licencié.
J’imagine que Marcello et Didier s’imaginaient que je trouverais facilement du travail ailleurs.
En fait, j’ai continué à travailler avec eux jusqu’à la sortie du jeu.
Mais ma situation financière était devenue catastrophique, et j’ai dû emménager chez ma copine.

Le Comptoir a été pour moi la première expérience de libération de ma personnalité dans le cadre professionnel.
Je reparlerai plus longuement de ce thème dans mes prochains articles.

15 ans plus tard, j’ai croisé Pierre Dumas, qui avait été le producteur de Trucks, et il a été stupéfait de voir à quel point j’avais changé en profondeur.

Les Leçons du jeu vidéo (4ème partie)


Voici le quatrième épisode de mes aventures dans le jeu vidéo, et comme d’habitude les leçons que j’en ai tirées.
L’épisode précédent est ici: https://psychologieagile.wordpress.com/2013/08/25/les-lecons-du-jeu-video-3eme-partie/

Récapitulatif

Après avoir fait quelques jeux à Ocean Software France, cette société a fermé, et je me suis retrouvé au chômage.
Le chômage était commun entre 2 emplois dans le jeu vidéo.

Les relations

A cette époque, un de mes seuls amis était Pascal de France.
C’était un démomaker perfectionniste, c’est à dire qu’il ne sortait rien parce que ce n’était jamais assez parfait.
Il connaissait pas mal de monde, et il m’a dirigé vers Nicolas Choukroun qui cherchait un développeur sur Super Nintendo.
La Super Nintendo, c’est un processeur 65C816, qui ressemble beaucoup au 6502, processeur sur lequel je suis un expert.

Nicolas Choukroun travaillait avec Laurent Cluzel (avec qui j’avais travaillé à Titus) sur la maquette du jeu Trashman, et avait signé avec Electronic Arts pour sortir Trashman avec Cryo.

Cryo

En 1992, Cryo venait d’être récemment créée, avec tous les membres d’Exxos (Rémi Herbulot, Philippe Ulrich, Didier Bouchon, parmi d’autres).
Au moment où je suis entré, cette société se développait à un rythme incroyable.
Il devait y avoir moins de 50 personnes quand je suis entré, et plus de 200 quand je suis parti.

Trashman

Techniquement, j’avais mis en place un moteur de jeu assez impressionnant pour ce jeu.
Il y avait des scènes cinématiques pendant le jeu, mais à fortiori, je pense que ça cassait trop le rythme du jeu.
Le gros problème est qu’il n’y avait pas de gameplay, parce que je passais mon temps à résoudre les problèmes techniques que ce jeu proposait.
Electronic Arts insistait beaucoup sur les milestones.
Je me souviens que les managers d’EA étaient venus en France pour valider une milestone, et j’avais démontré que techniquement tout était prêt, mais cela ne les a pas empêché d’arrêter le jeu.

Il n’y a rien de plus démoralisant que d’arrêter un jeu

Quel gâchis !

Et là, tout s’est effondré intérieurement pour moi.
J’allais mal depuis quelque temps déjà, suite aux efforts que j’avais fournis chez Titus et Ocean, au manque de vacances depuis des années et aussi parce que j’étais seul (je n’avais aucune relation intime à cette époque).
J’étais hyper-stressé et je ne m’en rendais pas compte.
Je m’identifiais totalement à mon rôle de finisseur de jeux: je menais mes projets à leur finition, et j’en étais fier.
Quand le jeu a été arrêté, j’ai fait un burn-out complet.
Je ne pouvais plus rien programmer sans des efforts incroyables.

Quand tout va mal, je ne dois pas hésiter à demander de l’aide

Je me suis retrouvé tout seul au fond de mon trou.
A ce moment-là, j’ai compris très clairement que je ne pourrais pas m’en sortir seul.
Comme je ne voulais pas me suicider, je suis allé voir un psychanalyste (ma mère disait: c’est pour les fous), je crois en juillet 1993.
Le psy m’a dit qu’il ne pouvait pas me prendre avant septembre, et je ne sais pas comment j’ai pu tenir 2 mois.

J’apprends à découvrir mon fonctionnement intérieur

Dès mes premières séances, la barre au niveau de mon diaphragme (indicateur de stress) a complètement disparu, et j’ai commencé à me sentir léger.
J’ai aussi compris que si je voulais m’en sortir, je devais changer complètement et que parler ne servirait à rien si je n’agissais pas dans ma vie.
A ce moment-là, j’avais tellement de problèmes que je devais déjà commencer à résoudre les plus simples, c’est à dire mes interactions avec les gens.

La psychanalyse m’a apporté 2 choses essentielles:

  1. j’ai appris à exprimer mes états intérieurs: je suis capable de décrire toutes mes émotions avec des mots
  2. j’ai commencé à découvrir mon fonctionnement intérieur: je croyais que je me connaissais bien, et j’ai réalisé que mon image intérieure et mon image extérieure étaient complètement différentes

Avec le recul, je suis sorti du burn-out quand j’ai accepté de faire le deuil de ma vision du travail.
Je pensais que ma seule valeur était celle de mon travail, et donc que je devais programmer beaucoup pour montrer ma valeur.
J’ai dû réapprendre à travailler avec plaisir, et ce n’est que tout récemment que j’ai accepté d’être enfin bienveillant envers moi-même.

Je ne vais pas trop m’étendre sur ma psychanalyse, parce qu’elle ne concerne pas le jeu vidéo, mais j’y reviendrai peut-être dans de futurs articles.

Je programme beaucoup mais…

Chez Cryo, j’ai bossé sur pas mal de jeux, exclusivement sur consoles Super Nintendo et Mega-CD.

Le jeu que je préfère de cette période est Super Dany (de Danone), que j’ai coprogrammé avec Pierre-Eric Loriaux (ex d’Ocean Sotfware, Michel Janicki avait aussi rejoint Cryo).
Pierre-Eric avait fait le jeu principal, et j’avais fait tout le reste (présentation, intermèdes -c’étaient des démos- et même un jeu en intermède).
Nous avons eu l’occasion de présenter le jeu à des enfants de journalistes, avec Cyrille Drevet, et ce fut globalement une belle expérience, même si le jeu n’est pas terrible.

J’ai aussi bossé sur Timecop, l’adaptation d’un film avec Jean-Claude Van Damme, et nous avons eu l’occasion d’aller voir le film en avant-première.
Pour Timecop, j’ai travaillé sur la version Super Nintendo avec Fabien Fessard, qui m’admirait parce qu’il m’avait croisé à la Transbeauce.
Je me souviens des nuits passées à convertir la musique faite par David de Gruttola (David Cage) sur le SPC700. Le SPC700 avait seulement 64 kilooctets de RAM, et je devais convertir des samples de plusieurs mégaoctets. A la fin, tous les instruments ressemblaient à des cymbales !

Pour Timecop sur Mega-CD, j’étais le lead-coder, et un jeune stagiaire du nom de Bruno Galet était le manager. Il est maintenant producer chez Ubisoft.
Timecop n’est jamais sorti sur Mega-CD non plus, alors qu’il était fini.

Je ne supporte plus que mes jeux ne sortent pas

Chez Cryo, la moitié de mes projets n’étaient pas sortis, alors j’ai décidé qu’il était temps de changer d’air.

Conclusion

Cryo a été pour moi une renaissance.
Cela faisait déjà 10 ans que je programmais des jeux, j’étais devenu un expert.
Suite à l’effondrement complet de mon modèle intérieur de travail, j’ai décidé de me focaliser sur autre chose que le travail et la technique: j’ai commencé à essayer de comprendre ce que je suis et pourquoi j’agis ainsi.

J’ai croisé à Cryo de très nombreux talents, et comme je me reconstruisais, je considère tous ces gens comme des membres de ma famille.

Merci Cryo !

Comment pardonner ?


Dans mon précédent article, j’avais parlé du pardon envers un harceleur, et un lecteur n’était pas d’accord.
Comme ma réponse me semblait insuffisamment claire, j’ai décidé d’écrire cet article.
Petite précision: je ne suis pas croyant, et ceci n’est pas un prêche !

Définition du pardon

Je ne vais pas m’étendre sur la définition, parce que Wikipedia le fait très bien (bien que je trouve leur définition trop « catholique »):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pardon

A quoi ça sert de pardonner ?

Avant de commencer à mon travail sur moi, je me fichais pas mal du pardon.
En fait, je considérais même que le pardon était un acte de faiblesse.
J’aimais bien catégoriser les individus.
Je voulais me venger des individus qui m’avaient abusé.

Progressivement, j’ai compris que toute cette rancœur ne faisait que pourrir mes relations actuelles avec les autres.
Je passais mon temps à mapper mes relations actuelles avec des patterns du passé (désolé, mais c’est difficile à exprimer autrement qu’avec des termes informatiques), au lieu de regarder chaque relation avec un œil neuf.
Le but essentiel du pardon est de se débarrasser des démons du passé.
Je peux aborder mes relations soit avec confiance soit avec méfiance.
Trop de confiance est de la naïveté, et trop de méfiance est l’accumulation de rancœur.

Mise en situation

Je vais commencer par donner une situation typique qui va me servir à illustrer mes propos.

Imaginons que quelqu’un me cause un tort énorme.
Voici quelques exemples concrets:

  • il me traite comme une merde
  • il abuse de moi (de ma gentillesse ou de mon argent)
  • il me vole (directement ou indirectement)
  • pire: il tue quelqu’un qui m’est cher

Comment appliquer le pardon dans ces cas-là ?

Qui dois-je pardonner ?

Avant de faire quoi que ce soit, je dois apprendre à me pardonner !
Hé oui, je dois accepter le fait de m’être fait abusé, volé ou pire. Et ça, c’est vraiment le plus difficile !

Pour vous donner une petite idée de la difficulté:
Un de mes amis est décédé il y a 20 ans, et nous avions un ami commun.
Cet ami s’en veut toujours de l’avoir quitté en de mauvais termes avant qu’il ne meure.
20 ans après, il ne se pardonne toujours pas, et je pense que dans 20 ans, il sentira toujours cette culpabilité !

Me pardonner à moi-même a été un processus extrêmement difficile, parce que je me disais toujours: et si j’avais agi autrement ? Et si j’avais été moins con, moins naïf, plus à l’écoute, plus prévenant ?
Et si, et si ?
Très franchement, je n’ai aucun moyen de revenir en arrière, et aussi dur soit-il, je ne peux qu’accepter ce qui est arrivé.

Pour arriver à accepter, j’ai dû abandonner l’illusion que j’aurais pu faire mieux.
Les événements se sont passés, alors je dois accepter mes propres erreurs, ma propre impuissance, et c’est ça qui fait vraiment très mal.
Cela paraît évident quand je l’écris, mais dans la réalité, ça fait mal pour plusieurs raisons:

  1. parce que si j’ai une bonne image de moi-même, je ne veux pas accepter ma propre nullité
  2. parce que si j’ai une mauvaise image de moi-même, cela confirme que je suis nul et je m’auto-punis encore plus
  3. parce que j’ai l’illusion de croire que je peux agir de manière parfaite grâce à ma pensée

Après tout mon travail de méditation, j’ai compris que je ne contrôlerai jamais mes pensées (essayez un peu de ne penser à rien, vous verrez que c’est impossible !), alors comment pourrais-je agir de manière parfaite grâce à elles ?

Je me mets à la place du bourreau

Une technique efficace pour arriver à me pardonner est d’essayer de m’imaginer à la place du bourreau.
Curieusement, il m’est très difficile de prendre cette place, et c’est à cause de mes propres limitations intérieures.
Je veux garder une bonne image de moi-même, et je refuse d’être un salaud même si dans les faits j’agis comme tel.
J’ai toujours l’illusion que je suis quelqu’un de bien, même si je suis le pire des salopards.
Puis-je avoir de la compassion pour mon bourreau ?

Curieusement, certains individus arrivent facilement à se mettre à la place du bourreau, mais pas du tout à la place de la victime. D’après mon expérience, ils sont trop focalisés sur leur cerveau et pas assez sur leur cœur.
La compassion demande un équilibre entre le cœur et le cerveau.

Pardonner à l’autre

Très franchement, pardonner à celui qui m’a fait mal n’est pas très important pour moi-même.

Je n’accorde mon pardon à l’autre que si je constate qu’il est sincère dans ses excuses.

Mais en aucun cas mon pardon n’efface ce qu’il m’a fait, il devra assumer sa responsabilité.
Par exemple, s’il m’a volé, il doit rembourser, et s’il a tué, il doit aller en prison.
Le pardon ne doit jamais faire disparaître nos propres responsabilités.

La prière aux morts

Dans un registre plus loufoque, j’ai expérimenté une technique qui fonctionne quand la personne qui nous a fait du mal est morte: la prière aux morts.
Et ça marche encore mieux si on utilise de l’encens 😉
La fois où je l’ai pratiquée, j’avais fait une liste de tous les morts que je connaissais (y compris les animaux !) et je leur ai pardonné même si je n’avais rien à leur pardonner.
En dehors des symboliques pseudo-mystiques, cette technique est efficace pour faire la paix avec soi-même.

L’excuse

L’excuse est la façon la plus directe de demander pardon.
Il y a 3 conditions pour qu’une excuse soit sincère:

  1. je reconnais la souffrance de l’autre
  2. j’assume la responsabilité de mes actes: « j’ai pas fait exprès » ou « c’est pas ma faute » sont des mécanismes utilisés pour fuir sa propre responsabilité
  3. je vais essayer de ne pas refaire: j’ai retenu la leçon

Je vois tous les jours des individus passer leur temps à s’excuser.
Ont-ils honte d’exister ?

Conclusion

Le pardon est un acte de courage.
Il permet d’accepter ce qui s’est passé et de faire le deuil de la situation afin de passer à autre chose.

Est-ce que vous êtes capable de vous pardonner ?

Est-ce que vous êtes capable de vous mettre aussi bien à la place du bourreau qu’à la place de la victime ?

Le pardon peut vous aider à dépasser les limitations de votre perception de vous-même, c’est à dire votre ego.

Un peu de SEO (2ème saison, 2ème partie)


Dans la seconde partie de mon article, je vais aborder les requêtes sérieuses.

transurfing secte

Cette requête est de très loin celle qui m’a amené le plus de visiteurs (488 !).
J’avais écrit un article critique sur le transurfing:
https://psychologieagile.wordpress.com/2012/12/02/le-transurfing/

J’ai écrit que le transurfing puait la secte, et je vais vous donner quelques critères pour détecter les sectes:

  1. pas de remise en cause: les adeptes ne supportent pas la critique de leur système, ils s’identifient à leur système
  2. l’objectif est l’argent: une participation financière est obligatoire, même si elle est souvent indirecte
  3. je dois suivre une méthode: si je veux enfin accéder à la vérité, il me suffit de suivre ce que dit la méthode, et si je n’y arrive pas, c’est que je ne fais pas assez d’efforts
  4. je dois utiliser mon intellect: pour y arriver, je dois penser comme ceci ou comme cela, et malheur à moi si je doute

Très honnêtement, je constate que certains défendent Scrum comme des adeptes d’une secte, alors je ne suis guère étonné que les adeptes du Transurfing agissent de la même façon.

a la motivation pour montrer à cette societe de merde que je vais m’en sortir

Houla, je constate une vue complètement déformée de la réalité.
Ce genre de choses est facile à détecter: ni le bien ni le mal n’existent.
Ce sont juste des concepts utilisés pour aider les enfants à différencier ce qu’il faut faire de ce qu’il ne faut pas faire.
Et quand les parents voient que ça fonctionne bien, ils commencent à en mettre un peu partout.
Je le sais bien, mes parents ont utilisé la culpabilité comme moyen de me dresser.
Il m’a fallu un temps considérable pour m’en débarrasser.

je me complais dans ma nullité et fait tout pour être nulle

Culpabilité !

je refuse de m’allonger sur le divan

Encore de la culpabilité.

comment deceler l’interet dans l’amitie

On ne peut pas: il y a toujours de l’intérêt dans une amitié.
Cet intérêt est toujours de 2 ordres: intérieur ou extérieur.
Je fréquente une personne parce qu’elle me donne ce dont j’ai besoin intérieurement (par exemple, elle me donne une bonne image de moi-même) ou extérieurement.
Le problème est plutôt votre attitude dans la relation.
Est-ce que je donne parce que je cherche à acheter l’affection des autres ?
Est-ce que j’ai peur de la solitude ?
Essayez d’agir de manière désintéressée (c’est super difficile) et tout devrait aller mieux.

il promet des choses mais ne les faits pas

Une promesse n’engage que celui qui y croit.
Si quelqu’un me fait une promesse alors qu’il n’y croit pas, et que je crois dans sa promesse, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

15 ans de psychanalyse et toujours mal

Regardez en face votre souffrance, et constatez qu’elle est purement mentale et auto-infligée.

technique de développement personnel

Le développement personnel, c’est 2 choses:

  1. faire: je veux montrer que je suis compétent
  2. être: je veux montrer que j’existe

Pour faire, il suffit d’apprendre de nouvelles choses.
Pour être, il suffit juste d’être soi-même, sans chercher à devenir quoi que ce soit d’autre.
Il n’existe aucune technique pour être soi-même.

comment etre plus agile

Etre agile, c’est un état d’esprit: il n’y a pas de quantité d’agilité.
Peut-être cherchez-vous à être « plus Scrum » ?

comment se debarrasser de me visions

C’est très simple: n’y accordez plus d’importance.
Tant que vous lutterez contre ce qui vous arrive, vous allez en souffrir.
Acceptez ce qui arrive, et la souffrance disparaîtra.

accepter pour ne pas décevoir

C’est dur de dire NON, hein ? Eh bien, cela s’apprend !
En attendant, continuez à souffrir, vu que vous avez l’air d’aimer ça.
Et contactez-moi parce que j’ai besoin d’argent.
Vous n’allez pas me décevoir, hein ?

blessé pour être considéré comme harceleur

Il n’y a que la vérité qui blesse.
Peut-être ne voyez-vous pas comment vous vous comportez avec les autres ?
Les tyrans sont souvent persuadés qu’ils agissent pour le bien de leurs victimes.

comment arreter des penses obssessionelle par des exercices

Faites de la méditation.

j’ai raté mes études a cause de ma fainéantise

Pourquoi culpabilisez-vous ?

remuer la merde en psychanalyse

C’est de la merde tant que vous aurez honte de vous-même.
Avec le temps, cela devient juste des expériences du passé.

au secours je travaille sur un projet qui n’est pas agile !!!

Et alors ? Il n’y a pas de problème si votre équipe est intelligente et soudée.
L’agilité permet notamment de souder une équipe si elle ne l’est pas déjà.

sentiment de devoir toujours prouver

Qu’est-ce que vous attendez comme réponse ?
Que je vienne vous dire: bravo, mon petit, tu as fait tes preuves, tu peux arrêter maintenant !
Qu’est-ce que vous croyez ? Que quelqu’un d’autre que vous-même va vous sauver ?

process agile arnaque

Tout dépend de la personne qui vous guide.
Si votre guide agile est un charlot, vous êtes mal barré.

comment piéger un harceleur

Surtout ne faites pas cela: cela va se retourner contre vous !
Travaillez plutôt sur votre souffrance: pourquoi souffrez-vous, et surtout pourquoi continuez-vous à souffrir ?

zazen en fauteuil roulant

Zazen est une technique pour aider les méditants à se concentrer sur la méditation, parce que si vous avez une mauvaise position, vous morflerez.
Oubliez zazen !
La méditation peut être pratiquée dans n’importe quelle position.
Il existe 2 techniques fondamentales de méditation:

  1. soit je me concentre sur ma respiration
  2. soit je cherche la source de mes pensées

je lis un livre et l’oubli au bout d’une semaine

C’est hyper pratique ! Vous pourrez le relire avec plaisir plusieurs fois, ça doit vous faire pas mal d’économies.

nous sommes tous malheureux certains jours

Vous dépendez trop de l’extérieur: lisez mon article sur le bonheur.

peux t on pardonner a son harceleur

Oui, et c’est même obligatoire pour passer à autre chose !

comment se débarrasser de ses défauts

C’est impossible, on ne peut pas forcer le changement.
Accepter ses qualités est facile.
Accepter ses défauts est difficile.
Considérez vos défauts comme des qualités poussées à l’extrême.

psychologie peut-on vivre sans but ?

Oui, mais je n’ai encore pas rencontré quelqu’un capable de le faire.

bilan de mon enfance

Facile: ce bilan est merdique, et en plus c’est la faute à vos parents.
Comment allez-vous vous en sortir ?

modifier ma réalité d’argent

Je veux bien répondre, mais ça va vous coûter cher.

j’aimerais trouver un travail qui donne un sens à ma vie

Vivez comme un clochard, et vous verrez que tout aura du sens.

toutes des putes sauf maman psychologie

Si vous utilisez votre argent pour séduire, vous n’allez trouver que des putes.

une vie triste jé pa atteint mes objectives

Pauvre petit chéri !
Oubliez un peu vos ambitions, et regardez objectivement ce que vous avez accompli !

comment se debarasser de la naiveté

Pourquoi s’en débarrasser ?
C’est une super qualité !
Trop de gens sont horriblement calculateurs.
Arrêtez d’en souffrir !

ma psy me demande si j’aime faire plaisir aux autres

Et vous cherchez la réponse sur Internet ?
Alors la réponse est OUI !

analyse transactionnelle fais plaisir : j’ai besoin de faire plaisir aux autres pour être aimé.

Contactez-moi tout de suite, ça me fera plaisir !
Et ça me fera encore plus plaisir si vous me donnez beaucoup d’argent.

je suis fatiguer d’apprendre comment me comporter

Alors soyez vous-même !
C’est une bonne résolution, mais combien de temps allez-vous tenir avant de revenir à votre comportement habituel ?

comment trouver le sens de la vie

La vie n’a pas de sens.
Le seul sens est celui que vous lui donnerez: en faisant des choses que vous aimez.
Si vous voulez avoir une vie minable, ne faites que des choses que vous détestez !

comment eviter les malheurs

Facile: arrêtez de juger ce qui vous arrive.
Tout ce qui arrive est une expérience, c’est vous qui décidez si elle est positive ou négative.
Elle est négative dans 95% des cas, mais ce sont les cas les plus intéressants !

la psychanalyse m’a aide + sexualité

Vous vous posiez trop de questions avant, pendant et après l’amour.

j’ai plein de motivations

Intrinsèque ou extrinsèque ?

je ne me sors pas de ma psychanalyse

C’est pourtant simple, il suffit de dire: j’arrête.

Conclusion

La plupart de ces requêtes expriment une vraie souffrance, qui m’est bien familière.
Il y a plusieurs approches pour aider les individus:

  1. soit je montre que je compatis, et la personne continuera à se complaire dans son malheur
  2. soit j’explique qu’il faut dédramatiser, et la personne va penser: quoi, il ose rire de mon malheur ?
  3. soit je montre que je m’en fous, et la personne va considérer que je suis sans cœur
  4. soit j’explique que la souffrance est d’abord auto-infligée, et la personne va refuser cette vérité

Dans tous les cas, la souffrance sera renforcée, alors que faire ?

Les Leçons du jeu vidéo (2ème partie)


Voici enfin le second chapitre des Leçons du jeu vidéo.
La première partie est disponible ici:
https://psychologieagile.wordpress.com/2013/06/23/les-lecons-du-jeu-video-1ere-partie/

Il m’a fallu pas mal de temps pour commencer cet article, parce que j’ai beaucoup de mal à trouver de l’intérêt dans mon passé, mais j’espère que cet article vous sera quand même utile.

Mon obsession technique

En fait, programmer des jeux n’était pas ma motivation principale.
Personnellement, je me foutais des jeux que je faisais, du moment que je me faisais plaisir techniquement.
Et ce qui me faisait vraiment plaisir, c’était de résoudre les problèmes dus aux contraintes des machines de l’époque.
Imaginez un ordinateur tournant à 1 mégahertz, avec 64 kilooctets de mémoire (n’importe quel ordinateur actuel est 3000 fois plus performant !).
Comment faire tenir un jeu tournant à 50 images par seconde avec aussi peu de mémoire ?

Curieusement, j’étais probablement le seul programmeur obsédé par cela.
Tous les autres programmeurs que je croisais faisaient des jeux vidéo parce qu’ils rêvaient d’en faire.
En général, leur niveau en programmation n’était pas terrible (il fallait juste que ça tourne), mais j’ai croisé quelques exceptions.
J’ai quand même transmis le virus de l’obsession technique à pas mal de mes collègues.

J’ai rencontré des gens admirables

Chez Titus, dans des conditions aussi dures de travail, ceux qui arrivaient à faire un bon jeu étaient vraiment des héros.
Deux individus m’ont particulièrement marqué chez Titus: Philippe Pamart et Jean-Michel Masson.
Il y en avait d’autres (par exemple Eric Zmiro), mais je ne suis pas resté assez longtemps pour les voir devenir bons.

Le monde du jeu vidéo est extrêmement petit, tout particulièrement en France.
Je vous recommande tout particulièrement de soigner vos relations, parce qu’on retombe fréquemment sur les mêmes personnes quand on change de compagnie.

Je quitte Titus

Je suis resté presque 3 ans chez Titus, dont une année à faire mon service militaire.

Il y a plusieurs raisons à mon départ de chez Titus.
La plus évidente était que j’en avais marre de cet environnement destructif (j’étais considéré comme une machine à pisser du code), et je commençais à aller très mal intérieurement.

Ensuite, les projets étaient particulièrement inintéressants, parce qu’il n’y avait pas grand chose à apprendre, surtout par manque de temps: il fallait finir à tout prix, quelle que soit la qualité.

Enfin, ma principale raison est ma rencontre avec Philippe Pamart, l’auteur de Titan.
Il avait indépendamment atteint un excellent niveau en optimisation en Z80, et a été très surpris par mon niveau.

Ce fut la première grande amitié de ma vie.
Nous avons quitté Titus ensemble, afin de faire des jeux.
Je l’ai hébergé chez ma mère, et nous avons travaillé en freelance pour Silmarils.
Je dois avouer que je l’ai aidé graphiquement à cette époque, à ma grande honte, je suis le graphiste de Windsurf Willy sur Amstrad.
Nous avions commencé à développer nos propres outils sur Z80, y compris notre propre OS: Theos.
Malheureusement, le PC s’est démocratisé et les consoles sont apparues, ce qui a tué l’intérêt de nos efforts.
Ma mère faisait pression pour que je trouve du travail, et j’ai dû lâchement abandonner Philippe.
Je regrette de ne pas avoir créé notre propre boîte de jeux.

S’en est suivi une période de doutes profonds: que devais-je faire ?
Devais-je continuer le jeu, alors que j’avais eu une expérience traumatisante ?
Devais-je faire autre chose, en sachant que je ne savais faire que du jeu et que je n’avais pas de diplôme ?

Je me remotive en me faisant plaisir

Suite à toutes ces expériences, j’étais complètement dégoûté de programmer.
Je ne voyais plus l’intérêt de faire des jeux, parce que techniquement, je n’avais plus rien d’intéressant à apprendre.

En fait, quand je programme, je n’ai pas le temps d’apprendre.
Quand je dois finir un jeu, je n’ai pas le temps de progresser en programmation, parce que je me focalise sur le résultat.

Pour progresser en informatique, je connais 2 façons de faire:

  • lire des livres techniques
  • programmer des choses nouvelles

Personnellement, je suis plutôt pratique que théorique, donc je préfère programmer plutôt que lire.
Mais je m’étais acheté « The Art of Computer Programming » de Donald Knuth, afin d’acquérir de solides bases.

Ensuite, j’ai cherché de nouveaux domaines de programmation, afin de sortir un peu du cadre du jeu vidéo.

A l’époque, il y avait un domaine qui semblait passionnant: les démos.
Une démo, c’est un spectacle sous forme de programme.
Si vous ne connaissez pas, je vous conseille ce site: http://pouet.net/
Un exemple de démo en 64K: http://pouet.net/prod.php?which=5

Comme je programmais sur Atari ST, j’étais fasciné par les démos Amiga.
Alors, j’ai commencé à regarder comment elles étaient programmées.
Leur code était plutôt pourri, mais l’Amiga avait un excellent hardware, ce qui compensait largement le niveau software.
Je me suis dit: si un type moyen peut faire ça sur Amiga, alors moi qui suis excellent, je peux faire la même chose sur ST.
J’avais un énorme complexe d’infériorité à l’époque !

Donc, sous le pseudo MCoder (Machine Coder), j’ai sorti plusieurs démos: le premier fullscreen en France, le package des Transbeauce Demos, la première démo en 3D pleine en 50 images par seconde, une compilation avec toutes les musiques de Madmax, entre autres.
J’ai connu une petite minute de gloire à l’époque.

Pour la démo en 3D, j’avais réuni les meilleurs programmeurs sur ST que je connaissais à l’époque: Ziggy Stardust (Vincent Penné), Algernon (Claude Levastre) et Zarathoustra (Pascal de France).
Nous avons travaillé sur la démo pendant plus d’un an (probablement presque 2 ans).
Le but ultime était d’écrire un moteur pour faire des jeux en 3D sur ST, mais il ne s’est pas réalisé.

Le monde de la démo m’a apporté pas mal de choses:

  • rencontrer des individus: étant très solitaire, j’avais besoin de contacts humains, j’ai croisé des individus dont je me sentais très proche
  • montrer ce dont j’étais capable: j’avais une obsession de ma valeur extérieure, de vouloir montrer mon niveau technique
  • progresser en informatique: apprendre et expérimenter de nouveaux domaines, sans chercher à produire à tout prix
  • satisfaire mon obsession du « beau » code: je pouvais passer un temps infini sur quelques lignes de programme, juste pour gagner une ou 2 instructions, je n’hésitais jamais à remettre en cause tout ce que je faisais

Conclusion

Quand je relis ce que j’ai écrit, je constate à quel point j’étais obsédé par la technique.
Je mesurais ma valeur personnelle en fonction de ma maîtrise technique, ce qui fait que j’ai toujours cherché à aller plus loin, à devenir meilleur.

Avec le recul, je vois bien que c’était très immature, mais en même temps, je n’avais rien d’autre dans ma vie.

Dans le prochain article, j’aborderai la période Ocean Software.

Les Leçons du jeu vidéo (1ère partie)


Voici mon premier article d’une série sur le jeu vidéo.

Je ne vais pas du tout parler de technique !
Je vais essayer de vous faire une description de mes 18 ans de programmation dans le jeu vidéo (1985-2003), en vous décrivant ce qui s’est passé intérieurement et extérieurement.

Si vous êtes intéressé par l’aspect technique des jeux vidéo, je vous recommande ce blog:
http://www.codeofhonor.com/blog/tough-times-on-the-road-to-starcraft
qui décrit bien l’état d’esprit dans le milieu des années 90, mais comme j’ai commencé 10 ans plus tôt, cela ne reflète q’une partie de mon expérience personnelle.

Si vous êtes intéressé par l’organisation de projets de jeux vidéo, je vous recommande les post-mortem de Gamasutra:
http://www.gamasutra.com/features/postmortem/
qui sont riches en expériences vécues.

Avant le jeu vidéo

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été intéressé par les challenges intellectuels.
J’ai découvert les mots croisés à 8 ans, et pendant longtemps mes seuls loisirs étaient les mots croisés, les échecs, les dames et le dictionnaire.
En 1981, à 16 ans, j’ai découvert les récréations mathématiques avec les articles de Martin Gardner et ceux de Pierre Berloquin.
Un nouveau monde s’est ouvert à moi: les mathématiques.
J’avais enfin trouvé un but dans ma vie: devenir mathématicien !

Mes tous débuts en informatique

Afin de résoudre ces challenges mathématiques, je me suis acheté une calculatrice programmable.
En ce temps là, je n’avais pas du tout d’argent, et les ordinateurs étaient très chers.
Le seul objet qu’on pouvait programmer pour pas cher était une calculatrice TI58C (500 francs).
Le magazine l’Ordinateur de Poche contenait des tas de petites astuces, mais ne permettait pas vraiment de franchir le seuil de compréhension de la programmation.
Mais comme il s’agissait d’un challenge intellectuel, je me suis investi à fond, et j’ai compris tout seul comment faire.

En 1983, après plusieurs années d’économies, je suis passé à la vitesse supérieure: j’ai pu m’acheter un ordinateur Oric 1 (2400 francs !).
J’ai appris le Basic puis l’assembleur 6502 avec la documentation de base, qui tenait en quelques pages.
A ce moment-là, j’ai décidé de devenir informaticien.

Avec des machines tournant à moins d’1 mégahertz, j’étais obligé d’optimiser mes programmes, et ça a été la première grande leçon de ma vie:

programmer, c’est d’abord chercher la meilleure solution à un problème.

Les non-programmeurs pensent que n’importe quelle solution conviendra, mais les programmeurs savent bien que ce n’est pas le cas et ils savent aussi qu’il n’y a pas de solution idéale, il faut toujours chercher le meilleur compromis.

J’ai commencé à écrire mes premiers jeux en assembleur, et ensuite mes propres outils (assembleur/désassembleur) parce que taper de l’hexadécimal, c’est vraiment trop chiant. 30 ans plus tard, je me souviens encore de tous les opcodes !

En 1984, après avoir redoublé ma classe de terminale, j’ai programmé le jeu « Lunar Mission » pour une société appelée Epsilon Software.
J’ai fini le jeu mais il n’est jamais sorti parce que je souffrais de perfectionnisme à l’époque, je voulais écrire le meilleur programme possible. Le jour où nous sommes allés chez le dupliqueur de cassettes, j’ai vu le jeu Cobra Pinball qui me semblait 1000 fois mieux que le mien, ce qui fait que je n’ai pas osé publier le mien: j’avais trop honte.

A l’époque, mon seul centre d’intérêt était l’informatique, ce qui fait que je passais tout mon temps libre sur mon ordinateur à programmer et je délaissais complètement mes études.

Cette année-là, mon père est mort écrasé par un camion, ce qui fait que ma seule raison de réussir mon Bac avait disparu: mon père avait dû arrêter ses études pour s’occuper de ses 6 frères et soeurs, ce qui fait qu’il tenait absolument à ce que je réussisse les miennes.
Alors je me suis encore plus enfoncé dans l’informatique, je ne faisais vraiment plus que ça, et je n’avais plus de contacts humains depuis quelques années déjà (l’école est avant tout un ciment social).

En toute logique, j’ai raté mon Bac pour la deuxième fois, ce qui fait que j’avais fini mes études, et un autre événement important s’est produit: ma mère m’a insulté en me traitant de nul et elle voulait que je trouve rapidement un travail manuel.
Cet événement a renforcé mon obstination à devenir programmeur.
Je me suis dit: je vais lui prouver que je ne suis pas nul, je vais devenir le meilleur programmeur du monde !
Je ne m’aimais vraiment pas à l’époque et personne ne s’intéressait à moi, donc à partir de ce moment-là, j’ai tout sacrifié pour l’informatique.

Pour devenir le meilleur, je passais mon temps à remettre en cause tout ce que je faisais: comment faire toujours mieux ?
Je n’avais personne autour de moi qui s’intéressait à l’informatique, et il n’y avait pas de livre technique.
J’imaginais que les informaticiens qui publiaient des programmes étaient super forts, alors je regardais leur code pour apprendre comment ils faisaient.

J’ai très vite découvert que 99,9% des programmes que je désassemblais était vraiment très mal programmés.
En tout et pour tout, je crois que je n’ai trouvé que 2 programmes dignes d’intérêt.
Ma seconde leçon a été:

Pour s’améliorer, il faut sans cesse se remettre en cause et essayer de faire mieux que les meilleurs.

L’embauche chez Titus

Devenir informaticien, c’était mon rêve, mais comment le devenir ?

Fin 1984, je suis tombé par hasard sur la petite annonce d’une société qui cherchait des programmeurs pour convertir des logiciels éducatifs (pour le « Plan Informatique pour Tous »).
Cette société s’appelait EH Services (E pour Eric Caen et H pour Hervé Caen).
J’ai converti une dizaine d’éducatifs du Thomson TO7 vers l’Exelvision.
Toujours dans l’obsession de prouver que j’étais le meilleur programmeur du monde, j’avais demandé à faire les conversions les plus difficiles.
Comme les frères Caen ont vu que je m’en sortais bien, ils m’ont proposé de convertir le jeu qu’ils produisaient de l’Amstrad CPC vers l’Oric.
J’ai donc travaillé sur « One » sur Oric, et bien que fini, le jeu n’est jamais sorti parce que l’Oric est mort au moment où le jeu était prêt.
J’ai reçu en paiement un des tous premiers Atari 520 ST (7200 francs !), et ils m’ont embauché dans leur nouvelle société « Titus Software ».
J’étais un des tous premiers salariés avec Gil Espèche et Alain Fernandes.

A l’époque, programmer des jeux vidéo était très mal payé (un peu plus que le SMIC) et j’étais très motivé, parce que je travaillais 10 heures par jour, 6 jours sur 7, et je passais des nuits blanches pour finir un jeu, comme tous les autres programmeurs de Titus.
Ces conditions m’ont permis de comprendre en profondeur les motivations intérieures des programmeurs, bien plus que tout ce que j’ai vécu par la suite.

Les leçons chez Titus

Titus était très proche de ce qu’on peut imaginer de l’enfer: des conditions de travail terribles et du harcèlement perpétuel.

Je vais essayer de vous décrire les leçons apprises de cette expérience.

L’important, c’est que le jeu sorte

Un jeu qui ne sort pas ne sert à rien.
Comme je l’ai dit avant, j’étais perfectionniste à l’époque, je voulais écrire des programmes parfaits.
Alors il a fallu que je me fasse violence pour finir.
Et pour la violence, Titus savait s’y prendre: il fallait sortir le jeu à une date donnée, et ils prévenaient royalement une semaine à l’avance quand le jeu devait sortir.
Dans ces conditions, je travaillais toutes les nuits avant la sortie et le jeu sortait tel quel.
J’espérais toujours qu’il n’y ait pas de bug, parce que personne ne testait.

A ce propos, je me souviens d’une anecdote amusante.
J’avais dû finir à l’arraché « Crazy Cars » sur C64 en moins d’un mois (projet sur lequel Eric Caen avait passé plus de 6 mois), et ils m’avaient demandé de filmer le jeu pour un salon américain.
Donc je joue en étant filmé, et juste avant d’atteindre la ligne d’arrivée, je suis percuté par une voiture.
Malheureusement, j’avais programmé un ralentissement progressif pour que la voiture finisse pile sur la ligne d’arrivée.
Ce ralentissement était supérieur à la vitesse de démarrage, ce qui fait que ma voiture s’est retrouvée bloquée à 2 mètres de l’arrivée, alors que j’étais filmé !
Je n’étais pas trop fier de moi à ce moment-là.
Eric a dit: « on s’en fout, c’est bon », et j’imagine que la vidéo a été diffusée telle quelle dans les salons américains.

Finir un jeu m’a été utile pendant de nombreuses années, parce que j’étais celui qui arrivait pour finir les projets.

Il faut 18 mois pour maîtriser une nouvelle technologie

Chez Titus, je n’ai pas arrêté de changer de support informatique.
J’ai fait des jeux en 6502 sur Oric et C64, en 6809 sur Thomson TO7 et MO6, en Z80 sur Amstrad et en 68000/C sur Atari.
Mais maîtriser un ordinateur demande du temps, ce qui fait que mes premiers jeux sur un nouveau support sont plutôt merdiques.
D’après mon expérience, il faut travailler 18 mois sur une machine avant de la maîtriser à 90%.
Le choc le plus difficile pour moi a été de passer des ordinateurs 8 bits programmés en assembleur aux ordinateurs 32 bits programmés en C et assembleur.

Il faut plusieurs années pour se remettre d’un harcèlement au travail

Un des slogans des dirigeants était: « je donne un coup de pied dans une poubelle, 10 graphistes en sortent, je donne un coup de pied dans un réverbère, 10 codeurs en tombent ».
Personnellement, j’en ai pris plein la gueule à Titus, et encore j’étais plutôt respecté, parce que je sortais un jeu par mois.
Les dégâts chez les autres étaient considérables, au niveau de la confiance en soi et du respect des autres.
Certains des harcelés devenaient des harceleurs.
Seuls quelques rares individus arrivaient à rester eux-mêmes.

Il m’a fallu plusieurs années de travail sur moi pour me remettre de mon passage chez Titus.
Leur travail de sape m’a amené au burn-out au bout de 4 ans, mais cela m’a aussi aidé à me reconstruire parce que j’ai dû remettre en cause tout ce que j’étais, alors que précédemment, je ne remettais en cause que ce que je faisais.

La grande leçon à retenir:

En tant qu’individu, je mérite le respect, et les autres aussi méritent le respect.

Et bien que cela semble évident, c’est très difficile de se respecter et de respecter les autres.

Conclusion

Je n’ai abordé que les années 1985-1987, et je n’ai pas encore fini l’épisode Titus.
La suite dans mon prochain article…