Zen et sexe, la solution


Il y a eu peu de réponses à ma devinette précédente.
Je dois avouer que c’était assez compliqué, puisqu’il ne s’agissait pas réellement d’une devinette sur le zen, mais bien d’une leçon de vie.
En quoi une devinette sur le zen et le sexe peut être une leçon de vie ?
Je vais vous expliquer…

La réponse

Il y avait 2 points communs entre les 2 devinettes:

  1. l’obsession au sexe
  2. la compassion, c’est à dire aimer et aider l’autre

Quand quelqu’un pratique le zen, à un certain niveau, les choses n’arrivent plus par hasard (surtout quand on est seul).
Tout a une signification, et elle nous échappe.
Du point de vue du moine, une femme arrive et cherche à le séduire.

Il a 2 possibilités: s’occuper de lui ou s’occuper de l’autre.

Ici, il ne pense qu’à lui, qui est donc la solution que j’attendais.
Il aurait dû s’occuper de l’autre, pas forcément sexuellement.
Par exemple, demander pourquoi elle veut du sexe, ou qu’est-ce qu’elle attend, ou lui dire qu’il ne peut pas lui faire l’amour mais qu’il peut l’aider autrement.
Dans la devinette originale, la vieille dame dit quelque chose comme « ah le salaud, il n’a même pas demandé quels étaient tes besoins !« .

En réalité, plusieurs réponses étaient correctes, je vais les détailler, dans l’ordre décroissant des votes.

Il s’interdit le sexe (3 votes)

En effet, le sexe est une possibilité qu’il s’interdit, donc c’est une bonne réponse, bien que ce ne soit pas ma réponse préférée.
Dans le zen, c’est l’obsession du sexe qui est dangereuse, pas le sexe lui-même.

Il s’identifie trop à son corps (2 votes)

Ceci est une bonne réponse, mais seulement à un niveau très avancé.
En effet, le moine est trop obnubilé par son corps, et l’idée même de l’utiliser pour avoir du sexe le dérange.
Il n’y a pas de honte à avoir du sexe, si cela peut satisfaire les corps (le sien et celui du partenaire).
Bon, dans son cas, ça fait au moins 10 ans qu’il n’a pas eu de rapport sexuel, donc il ne devrait plus vraiment en avoir besoin.

La vieille dame espérait coucher avec le moine (1 vote)

Ce n’est pas une bonne réponse.
Je pense qu’elle aurait pu payer un homme bien moins cher que de lui offrir une cabane et le nourrir pendant 10 ans.

Son poème est foireux (1 vote)

Ce n’est pas une bonne réponse.
C’est vrai que son poème est foireux, mais tout le monde n’est pas doué pour être poète.

Il aurait dû faire l’amour avec la prostituée

Ce n’est pas une bonne réponse.
Il aurait dû l’aider, le sexe étant une possibilité, mais pas la seule.

Il n’a pensé qu’à sa gueule (1 vote)

C’est la réponse que j’attendais !
En effet, il ne s’est pas dû tout occupé de la personne qui est venue le solliciter.
En gros: je me fiche de savoir quel est ton problème, je ne veux même pas l’écouter, je refuse d’avoir du sexe avec mon corps.

Il a probablement des troubles de l’érection (0 vote)

Ce n’est pas une bonne réponse.
Mais il est probable qu’après 10 ans de méditation, il lui faudrait quelques heures avant que son sexe redevienne opérationnel.

Il aurait dû lui enseigner le zen (0 vote)

Ce n’est pas une bonne réponse.
Mais c’est une alternative au sexe.
Je tiens à signaler que le zen, tel qu’il est décrit dans la tradition, n’est pas seulement transmis en méditant, mais aussi en agissant.

Il a eu peur (0 vote)

C’est une bonne réponse.
Il pense que le sexe est mal.

Conclusion

J’espère avoir expliqué la leçon de vie de cette devinette: quand quelqu’un vient vers moi, comment puis-je l’aider ?
Comment agir afin d’apporter non pas ce que cette personne semble demander en apparence, mais à un niveau plus profond ?

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Zen et sexe


Pour changer un peu de thème, je vais parler de zen et de sexualité, en vous proposant un koan, autrement dit une devinette zen.

Mais pour commencer, voici une courte histoire zen, tirée du « Zen en chair et en os » afin que vous puissiez comprendre l’esprit zen.

Sur une route boueuse

Tanzan et Eikeido, deux moines zen, voyageaient ensemble. Ils se trouvaient sur une route boueuse et il pleuvait des cordes.
Soudain, à un tournant, apparut une belle jeune fille vêtue d’un kimono et d’une ceinture de soie, qui n’arrivait pas à traverser.
– Attendez, je vais vous aider, dit Tanzan à celle-ci. Et, soulevant la jeune fille, il la porta au-dessus de la boue.
Eikeido ne dit plus un mot jusqu’au soir. Mais lorsqu’ils s’arrêtèrent pour la nuit dans un temple, il éclata:
– Nous, les moines, nous n’approchons pas les femmes, et surtout celles qui sont jeunes et belles. C’est dangereux. Pourquoi as-tu fait cela ?
– J’ai laissé la jeune fille là-bas, répondit Tanzan, mais toi, serais-tu encore en train de la porter ?

Explication

Selon la tradition zen, être obsédé par le sexe bloque la progression intérieure, mais comment s’empêcher d’y penser ?
Et maintenant la devinette.
Essayez de trouver sans chercher la solution sur Internet !

La vieille dame et le moine

Une vieille dame avait pris soin d’un moine pendant 10 ans.
Elle lui avait construit une petit cabane et s’occupait de lui pendant qu’il passait ses journées à méditer.

Un jour, curieuse de connaître les progrès que celui-ci avait fait en 10 ans, elle demanda à une prostituée de séduire le moine.

La fille alla dans la petite cabane et se jeta sur le moine pour l’exciter, en le caressant furieusement.
Mais celui-ci répondit:
« Les vieux arbres, l’hiver, poussent sur des terres dures et froides. Il n’est de chaleur nulle part ».

Quand la fille rapporta cela à la vieille dame, celle-ci se mit dans une colère noire.
« Dire que j’ai nourri cet individu pendant 10 ans ! »
Elle le chassa et mit le feu à sa cabane.

Pourquoi ?

Maintenant, votez pour ce que vous pensez être la réponse la plus juste.
Plusieurs sont correctes, mais une d’elles est plus correcte que les autres.

Réponse et explications dans le prochain article.

La vie continue


Je suis surpris du nombre de personnes qui m’ont manifesté leur soutien, et je tenais à les remercier ici.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne suis ni effondré, ni inconsolable, ni dépressif, ni joyeux d’ailleurs.
J’ai simplement accepté les morts de ma femme et de ma mère.
Bien sûr, je pleure parfois quand je pense à ma femme, mais ça ne me rend pas malheureux.
Quant à ma mère, j’avais déjà fait la paix avec elle depuis quelques années.

J’ai vécu 18 ans avec ma femme, dont 8 en fauteuil roulant, et elle m’a fait découvrir au début le vrai amour et à la fin la vraie tristesse, mais ma vie continue.
J’ignore quelle direction elle va prendre, mais j’aimerais bien revivre une autre relation amoureuse.
En tout cas, j’ai déjà commencé à me débarrasser de tous les objets de ma femme: vêtements, bijoux, photos, etc…

Paradoxalement, ces dernières semaines, j’ai passé beaucoup de temps à réconforter les gens autour de moi.

Ces personnes viennent vers moi, parce que les mécanismes de deuil que j’ai décrits existent aussi dans leur situation:

  • une rupture amoureuse ou un divorce
  • la déchéance physique ou Alzheimer
  • le chômage
  • et dans une moindre mesure, une réorganisation du travail qui semble moins favorable

Tous ces mécanismes sont les mêmes qu’en cas de deuil, simplement moins violents.
C’est facile d’accepter le changement quand il est positif, mais dès que le changement ne semble pas positif, l’acceptation devient subitement insurmontable.

Malheureusement, il n’y a pas de méthode simple pour accepter les changements de situation.
Tout dépend de la résistance que chacun oppose à la réalité perçue.

Faire tomber cette résistance est le travail que j’ai pratiqué ces 20 dernières années, mais ça ne commence à fonctionner que depuis 4 ans, avec ma découverte de l’Advaïta Vedanta.

Ce travail, c’est simplement d’apprendre à dissocier les pensées du mental.

Les pensées, ce sont ces idées qui apparaissent spontanément dans la tête.
Le mental, c’est l’outil qui s’empare de ces pensées et qui les tourne dans tous les sens, tout particulièrement quand il n’y a pas de réponse simple.

La méditation permet de réaliser que les pensées sont incontrôlables mais que le mental peut être calmé, ce que je vis continuellement depuis 4 ans.

Chercher à contrôler ses pensées ou tenter de calmer le mental en réfléchissant est absolument impossible !

Je rappelle les techniques fondamentales:

  • apprenez à observer vos pensées. Cela s’acquiert par la méditation, c’est à dire en tournant toute son attention sur le processus des pensées. Les pensées apparaissent spontanément sans logique apparente, et on ne peut rien y faire, c’est normal !
  • apprenez à observer votre mental. Le mental a tendance à se jeter comme un affamé sur toutes les pensées qui apparaissent, en essayant de trouver une logique, même quand il n’y en a pas.
  • apprenez à observer votre comportement. Je croise beaucoup d’individus qui disent souffrir de leur attitude (« je ne sais pas dire non », « j’ai peur de certaines situations »), et qui veulent changer. Mais avant de changer un comportement autodestructeur, il faut d’abord l’accepter ! Pour accepter, il suffit de regarder le comportement sans chercher à le justifier ni à l’embellir ni à le juger. Une fois que le comportement est bien connu, le changement devient facile.

Un mental faible, c’est un mental qui réfléchit tout le temps et qui se jette sur toutes les pensées.
Un mental fort, c’est un mental qui est disponible et qui peut travailler à 100% sur une seule pensée.
En renforçant le mental, la résilience apparaît.
Tiens, pour une fois, l’article de Wikipédia sur la résilience est vraiment nul.

Le processus de deuil


Ma femme est morte la semaine dernière et son corps sera incinéré demain.
Nous avions vécu ensemble 18 ans, et elle perdait son autonomie de plus en plus depuis 8 ans.

Dans cet article, je vais décrire les processus internes du deuil.

Préambule

Avant de décrire ces processus, je dois rappeler que je suis un pratiquant de l’Advaïta Védanta, donc:

  • je ne crois ni au Paradis ni à l’Enfer. Selon moi, le Paradis et l’Enfer se trouvent dans notre perception de la réalité.
  • je ne crois pas en la réincarnation, puisque selon moi, le corps n’existant pas réellement, il n’y a pas d’incarnation.

Ma femme a donc disparu à tout jamais.

Le choc

Comme j’ai assisté à sa mort, j’ai eu un choc, parce que ça m’a montré que moi aussi, je vais mourir.
Juste après ce choc, un sentiment de manque est apparu, ce qui m’a rendu triste.

Mon corps

Mon corps est très triste. Il n’arrête pas de pleurer, dès que mon esprit pense à ma femme.

J’ai remarqué qu’il vaut mieux laisser le corps pleurer, il arrête tout seul au bout d’un moment.
Je pense que le deuil se termine quand le corps a fini de pleurer, aussi ça va me prendre du temps.

Lors du deuil de mon père, je n’avais pas pleuré, ce qui fait que j’ai fini mon deuil 10 ans plus tard, en pleurant pendant ma psychanalyse, à 400 francs de l’heure.

Mon esprit

Personnellement, je ne me sens pas du tout malheureux, parce que mes processus mentaux autodestructeurs ont disparu.
Mais bien qu’ils aient disparu, je continue de percevoir des pensées autodestructrices.

Les pensées autodestructrices sont de 3 sortes:

  1. les doutes
  2. les remords
  3. les regrets

Les doutes

Quelques exemples:

  • pourquoi m’a-t-elle laissé seul ?
  • que vais-je faire sans elle ?

Cela indique que je suis dans le refus de la réalité.

Les remords

Quelques exemples:

  • à certains moments, j’ai souhaité sa mort, parce que je n’en pouvais plus
  • sa santé s’est détériorée depuis qu’elle s’est installée dans notre maison. J’ai eu tort de la faire venir ici.

Cela indique que j’ai du mal à me pardonner.

Les regrets

Quelques exemples:

  • avant de mourir, ma femme m’a dit que j’étais la personne la plus importante de sa vie. J’étais crevé, je ne lui ai pas répondu.
  • j’aurais dû la forcer à aller à l’hôpital plus tôt, elle s’y opposait

Cela indique que je refuse le passé.

Comment arrêter de souffrir

Ces pensées sont tout à fait normales, elles indiquent simplement que l’esprit essaye de trouver des réponses.
Malheureusement, il n’y a pas de solution aux doutes, remords et regrets.

Lors de mon premier deuil, je remuais ces phrases dans ma tête, et ça tournait, ça tournait.
Ça n’était jamais exprimé, ça ne sortait donc pas, et je me rendais malheureux.
Parler m’aurait aidé à extérioriser les émotions.

Maintenant, comme j’ai arrêté de souffrir, je perçois le processus dont je vais décrire les différentes phases.

La pensée apparaît

Ce processus est spontané.
Je ne suis d’ailleurs pas certain d’être à l’origine de cette pensée.

L’émotion apparaît

Mon corps se met à pleurer.

L’esprit s’empare de la pensée

L’esprit va se mettre à réfléchir, afin de trouver une solution.

Quand mon esprit est clair, je réalise que ce processus est inutile, et j’accepte la pensée.
Je pardonne à l’autre et à moi-même, cette pensée est « normale », c’est juste une pensée.

Quand mon esprit n’est pas clair, je refuse cette pensée.
Je la trouve trop monstrueuse, ou alors je refuse de pardonner à moi ou à l’autre.
Si cette pensée me semble insupportable, je vais la refouler.

L’émotion disparaît

Mon corps arrête de pleurer.

Le cycle

En fait, quand une pensée culpabilisante apparaît, elle réapparaît jusqu’à ce que j’arrive à l’accepter.
Dans mon cas, elle apparaît en général trois fois.
La première fois, je me mets à pleurer très fort, mais j’accepte ma pensée, aussi dure soit-elle.
La deuxième fois, les pleurs sont moins forts.
La troisième fois, ça ne me fait plus rien.

Conclusion

Depuis une semaine, j’ai croisé beaucoup de gens qui ont connu le deuil, et certains ne s’en toujours pas remis.

J’ai essayé ici de vous décrire le cycle des souffrances, parce qu’il est complètement évident lors d’un deuil.
Il n’y a pas de solution intellectuelle à cette souffrance.
La solution est de se pardonner, de pardonner à l’autre et d’accepter, mais cela ne se fait pas intellectuellement.
Le lâcher-prise apparaîtra quand tout sera en paix.
Le corps est triste, mais l’esprit reste serein.

Et vous, avez-vous connu un deuil ?
L’avez-vous accepté ou refusé ?
Comprenez-vous que le bonheur est simplement un état intérieur, possible à chaque instant ?

L’Advaïta Védanta (2ème partie)


Voici mon deuxième et dernier article sur l’Advaïta.
Je vais décrire comment pratiquer l’Advaïta.

Cet article peut sembler philosophique, mais il ne l’est pas du tout.
Tout est au premier degré, il n’y a pas de sens caché.

Après 3 ans de pratique, je peux confirmer environ 60% de ce que je vais décrire, mais tous les lecteurs vont probablement me prendre pour un fou.

Dans l’Advaïta, il n’y a pas de notion d’éveil, ou de chakras, ou d’énergie, ou de réincarnation, ou de vie antérieure, ou d’âme, ou alors de karma, en fait c’est au-delà de tout concept.

Les bases

Advaïta signifie non-dualité, donc tout n’est qu’une seule chose, que certains appellent Dieu, Conscience, Allah ou Parabrahman.

Le monde que je perçois est à la fois réel et illusoire.
Le monde est réel tant que j’utilise mes sens et ma pensée.
Mais il devient illusoire quand je n’utilise plus ni mes sens ni ma pensée.

Il est impossible de comprendre facilement l’illusion du monde, mais il existe deux approches: la dévotion ou la connaissance de Soi.
Ces deux approches semblent différentes, mais elles mènent au même but: découvrir ce que je suis.

La dévotion ou « bhakti »

Cette méthode est très simple à formuler: « tout est Dieu ».
Bien évidemment, Dieu n’est pas un individu, Dieu est la totalité de ce qui est perçu et non perçu.
Tout ce qui est manifesté est Dieu, autant le « bien » que le « mal ».
Les autres et moi-même sommes une partie de Dieu.
Dieu est à l’origine de mes pensées et de mes actions.
En prenant ce chemin, je m’en remets à Dieu, donc j’accepte de lâcher prise et de me laisser porter par la vie.
C’est le chemin du cœur, de l’humilité et de la non-violence.

Personnellement, je ne crois pas en Dieu, je ne suis pas du tout humble et j’avais du mal à lâcher prise, alors je préfère la deuxième approche.

La connaissance de Soi ou « jnana »

La connaissance de Soi est l’approche par le cerveau, et elle est l’exact opposé de la première approche: « rien n’existe ».
Le but est de découvrir ce que je suis, et cela s’obtient en éliminant les fausses identifications.

Mais avant de décrire cette approche, je vais expliquer ce qu’est la méditation.

La méditation

La méditation, ce n’est pas s’asseoir avec de la musique douce ou avec des odeurs parfumées.
La méditation, c’est la focalisation sur la source de ce que je suis, sans m’attacher à mes pensées.
Cette source a deux formes: la pensée ou la respiration.
Quand je focalise mon attention sur la source de ma pensée, je médite.
Quand je focalise mon attention sur la source de ma respiration, je médite.

En théorie, je pourrais méditer toute la journée dans ma vie quotidienne.
En pratique, la méditation s’arrête dès que je commence à m’attacher à mes pensées.

La pratique de base

Je pratique la méditation trois fois vingt minutes par jour, toujours en position assise.
Quand je médite, je commence par éliminer intellectuellement mes identifications:

  1. je ne suis pas ce corps
  2. je ne suis pas cet esprit
  3. je ne suis pas cette individualité

Et je me concentre sur la source du « Je ».
Qui suis-Je ?
D’où vient la pensée ?

Le principe est de prendre de la distance par rapport à mes pensées.
Oui, il y a des pensées, mais d’où viennent-elles ?
Non, je ne peux pas arrêter mes pensées, mais je peux voir qu’elles apparaissent spontanément, et à vrai dire, de manière anarchique et incontrôlable.
Je ne cherche pas à arrêter le flux, juste à en être le témoin neutre.

La pratique avancée

Bon, c’est bien gentil de méditer une heure par jour, mais il y en a 23 autres chaque jour.

La pratique avancée, c’est d’appliquer la méditation lors des actions quotidiennes.
Il y a 3 axes de travail: le corps, l’esprit et l’individualité.

Le corps

Bien évidemment, j’ai un corps.
Ce corps a besoin de manger et de dormir, et il aime se faire plaisir.

Tournons la problème autrement: je vois mon corps bouger, mais quel est le processus qui fait que ce corps bouge ?
Quelle est l’origine de mes mouvements ?
Plus j’essaye de contrôler mon corps, plus je constate que mes mouvements deviennent saccadés et non naturels.
Mon corps peut pourtant bouger de manière naturelle quand je n’interviens pas intellectuellement.
Il me suffit « simplement » de regarder ce corps bouger, et de constater que les mouvements de ce corps ne sont pas dépendants de mes pensées, et ceci est évident quand je perçois le processus de mes pensées.
En réalité, les pensées sont très lentes et ne peuvent pas gérer assez vite mon corps.

L’esprit

Bien évidemment, j’ai un cerveau et des pensées.
Mes émotions sont de la même nature que mes pensées.
En fonction de mes pensées, je peux me sentir plus ou moins heureux.

Tournons le problème autrement: je perçois mes pensées, mais quelle est l’origine de ces pensées ?
Je ne peux pas arrêter mes pensées mais je peux en devenir témoin avec un peu d’habitude.
Au début, je n’ose pas regarder mes pensées, parce que c’est surtout de la merde qui remonte, c’est à dire tout ce que j’ai refoulé depuis longtemps et que je n’assume pas.
Au fur et à mesure que j’accepte mes pensées, je commence à percevoir leur processus plus nettement.
Les pensées sont là, prononcées par une voix intérieure dans mon cas personnel.

Quelle est la source de cette pensée ?
Il me suffit « simplement » de me fixer sur l’origine du « Je ».
Qui pense ? Qui suis-je ?
La source du « Je » est la source des pensées.
En réalité, mon cerveau est comme une antenne radio: il capte les pensées qui apparaissent en fonction du réglage, et cela devient évident quand je médite.

L’individualité

Bien évidemment, je suis un individu.
Je perçois un « Je » en opposition avec les « autres ».

Tournons le problème autrement: je perçois mon individualité, notamment dans la façon dont je veux avoir raison.
Mais d’où vient la perception de cette individualité ?
Personnellement, je ne peux pas vous aider à ce niveau-là.

Conclusion

Dans le chemin de la dévotion, tout est Dieu et ma volonté s’efface devant la volonté de Dieu.

Dans le chemin de la connaissance, j’accepte ce que je suis et j’essaye de découvrir la source du « Je ».
Qu’est-ce qui décide ? Qu’est-ce qui agit ? Qu’est-ce qui pense ?

Cherchez la source de votre « Je », en vous focalisant sur l’origine de votre respiration ou l’origine de vos pensées.

Quel que soit le chemin, vous découvrirez que le monde est absolument parfait tel qu’il est, et que vous vous trouvez exactement à la meilleure situation possible en ce moment-même, aussi misérable ou agréable qu’elle puisse paraître.
Ceci est l’acceptation.

L’Advaïta Védanta (1ère partie)


Je ne peux pas aborder le développement personnel sans décrire l’Advaïta Védanta que je pratique depuis 3 ans.

Dans la première partie, je vais faire une introduction à l’Advaïta, et dans la seconde je décrirai ma pratique.
Dans ces deux articles, je vais aller bien au delà de la psychologie.

Mon vécu

Mon père était très croyant, alors il nous a forcés, mon frère et moi, à suivre des cours de catéchisme tous les mercredi.
Il a juste réussi à me dégoûter de la religion et à me rendre complètement athée.
Je ne crois pas en Dieu.

Quand j’ai commencé à faire mon travail sur moi suite à un burn-out massif, j’ai dû apprendre à m’ouvrir aux autres.
J’ai fait pas mal d’expériences plus ou moins loufoques: fumette, bouddhisme, yoga, chakras, magnétisme, conchyliothérapie, sophrologie, gestalt, focusing, remontée dans les vies antérieures, etc…

Mais je me sentais toujours très seul. Ce sentiment était encore plus exacerbé quand je me trouvais en groupe: j’avais l’impression de ne pas être à ma place.

Les expériences irrationnelles

J’aime la logique et, jusqu’à récemment, je croyais que tout était rationnel.
Certaines expériences m’ont fait comprendre a posteriori les limites du modèle rationnel.

A 14 ans, je me suis fait opérer de l’appendicite.
J’ai eu la sensation de regarder mon corps d’une certaine hauteur.
Le lendemain, l’infirmière m’a dit qu’elle avait eu très peur parce que je ne me réveillais pas de mon anesthésie générale. Elle avait passé un quart d’heure à me pincer pour me faire revenir.

A 30 ans, je fumais pas mal de pétards avec mes amis de Cryo.
J’ai expérimenté divers états de transe, mais aussi quelques bad trips.
Je me souviens notamment d’un week-end passé à Amsterdam avec des amis, et à notre retour, le monde semblait tellement agressif.

A 32 ans, pendant une séance de sophrologie, j’ai expérimenté un état de présence sans aucune pensée pendant 30 minutes.
J’ai compris à ce moment-là que la psychanalyse ne m’aiderait pas à résoudre mes problèmes parce que je pensais déjà beaucoup trop et que la cause de mes problèmes était justement mes pensées.

Peu de temps après, je me suis mis à pleurer toute une nuit de tout mon corps sans aucune raison.
J’ignore ce qui s’est passé, mais j’ai probablement éliminé beaucoup de choses cette nuit-là.

En 50 ans d’existence, ce sont mes seules expériences irrationnelles intéressantes.

Les lectures

J’ai lu beaucoup de livres sur la spiritualité.
Les lectures qui m’ont le plus parlé sont les Upanishads et la Bhagavad Gita.

Très honnêtement, 99% des auteurs en spiritualité que j’ai lus sont des charlatans (pour citer quelques noms: Osho et T. Lobsang Rampa).

Un an après avoir commencé ce blog, j’ai découvert « Qui suis-je ? » de Ramana Maharshi, qui est un manuel pratique d’advaïta.

Advaïta signifie « non-dualité », c’est à dire: tout n’est qu’une seule chose.

Ramana Maharshi explique que la réalité est illusoire, et qu’il existe deux façons de le vérifier:

  1. la dévotion: il suffit de considérer que tout est Dieu. C’est le principe du jaïnisme, qui a inspiré Gandhi. Tout se remplit progressivement de Dieu. C’est l’approche extérieure.
  2. la recherche du Soi: qui suis-je ? Tout ce qui est faux disparaît progressivement. C’est l’approche intérieure.

Le « Qui suis-je ? » m’a profondément interpellé, alors je me suis dit qu’il fallait que j’essaie.
Etant athée, le chemin de Dieu me paraissait impossible.
Donc il me restait la pratique de l’enquête, que je vous décrirai dans le prochain article.

Les bienfaits de l’Advaïta

Je n’ai pas encore décrit la pratique, mais elle a profondément changé ma façon d’être:

  • la paix intérieure est apparue. La culpabilité intérieure et la violence extérieure ont disparu.
  • un sentiment de bonheur constant est apparu. Il se manifeste notamment par une joie constante, sans motif.
  • une très grande spontanéité s’est installée. Il n’y a plus de calcul dans la majorité des actions et des pensées.
  • l’ennui a disparu. Je peux attendre plusieurs heures sans rien faire ni m’ennuyer.
  • je suis en mode « acceptation », c’est à dire que je m’adapte aux situations sans en souffrir. C’est de l’agilité pure !

Les maîtres de l’Advaïta

Je ne connais que 3 « vrais » maîtres de l’advaïta, et ils sont tous morts:

  1. Ramana Maharshi, dont je pratique l’enseignement
  2. Nisargadatta Maharaj, dont l’enseignement ressemble beaucoup à celui du zen
  3. Ramesh Balsekar, qui fut directeur de Bank of India, dont l’enseignement est plutôt jaïn, mais il parle beaucoup de programmation

Et non, je ne suis pas un maître.

Il existe un courant de néo-advaïta, issu des Etats-Unis, représenté notamment par Gangaji, Adyashanti et Eckhart Tolle.
Je vous déconseille ce mouvement qui est beaucoup trop commercial à mon goût.

Le chemin vers le Soi se pratique seul, n’espérez pas que quelqu’un vienne faire le travail à votre place.

Conclusion

L’Advaïta est une philosophie non-dualiste.

Dans le prochain article, je décrirai la pratique qui consiste en l’élimination des fausses identifications.

Les identifications de base


Depuis quelques mois, je perçois les identifications chez les autres presque instantanément.
Ca me paraît très simple, mais c’est un peu compliqué à décrire, donc je vais plutôt expliquer comment elles se sont mises en place et ce qu’elles sont.
En fait, ça vient de très loin.

A l’origine

A la naissance, je suis vierge de toute identification.

La première identification est « je suis ce corps ».
Quand mon corps bouge, je ressens des sensations.

La deuxième identification est « je suis ma pensée ».
Je peux bouger mon corps en fonction de mes pensées.

La troisième identification vient peu après: « je suis un individu », je suis distinct des autres.

Il n’y a pas d’autre identification, tout ce qui arrive ensuite est une variation de ces 3 identifications de base.

Les 3 identifications

A l’âge adulte, chacun de nous a construit son propre système à partir de ces 3 briques, avec un dosage unique entre ces identifications.
Personnellement, mon système actuel est environ 0% « je suis mon corps », 30% « je suis ma pensée » et 70% « je suis un individu ».

« Je suis ce corps »

Cette identification est décelable dans l’apparence extérieure.
En fait, la majorité des individus que je croise sont obnubilés par leur identification au corps.

Je peux adorer mon corps ou bien le détester, mais cela signifie simplement que j’y accorde beaucoup d’importance.
Ceux qui n’ont pas cette identification n’accordent aucune importance particulière à leur corps.
Si j’aime trop mon corps, je vais avoir peur de vieillir ou de tomber malade.
Si je le déteste, je vais chercher à l’abîmer ou alors à faire de la chirurgie esthétique.

J’ai remarqué que ceux qui sont obsédés par leur corps ont du mal à résister à la frustration.

« Je suis ma pensée »

Cette identification est décelable dans la discussion.
Personnellement, j’ai toujours considéré que j’étais plus un penseur qu’un corps.

Je peux adorer ma pensée ou alors la détester, ce qui signifie que j’y accorde beaucoup d’importance.
Ceux qui n’ont pas cette identification n’accordent aucune importance particulière à leur pensée.
Si j’aime trop ma pensée, je vais vouloir essayer de tout comprendre intellectuellement autour de moi et je vais analyser tout le temps.
Si je déteste ma pensée, je peux refouler toutes les pensées que je considère comme interdites.

J’ai remarqué que ceux qui sont obsédés par leur pensée ont des tendances psychopathes, c’est à dire qu’ils n’ont pas d’empathie pour l’autre, juste une compréhension intellectuelle de l’autre.

« Je suis un individu »

Cette identification est décelable dans l’attitude.
En fait, elle est très liée aux 2 précédentes.

Si je suis obsédé par cette identification, je vais attacher beaucoup d’importance à mon individualité et à ma personnalité.
Ceux qui n’ont pas cette identification n’accordent aucune importance particulière à leur individualité ni à leur personnalité, mais je dois avouer que je n’en ai jamais croisé !
Si j’aime trop mon individualité, je vais chercher à m’entourer de beaucoup de personnes et à briller auprès d’eux.
Si je déteste mon individualité, je vais vivre en groupe en rejetant la société ou je vais devenir ermite.

J’ai remarqué que ceux qui sont obsédés par leur individualité veulent montrer à quel point ils sont brillants.

Conclusion

Chacun de nous a construit sa propre formule fragile incluant ces 3 identifications: corps/pensée/individualité.

Le processus d’identification est un processus tout à fait normal.
Ces identifications ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais il ne s’agit « que » d’identifications, elles varient tout le temps en fonction de ce qui nous arrive et la vie se charge de nous rappeler leur caractère éphémère.

Je sais que c’est difficile à croire, mais toutes les identifications qui apparaissent par la suite sont une combinaison plus ou moins subtile de ces 3 éléments de base, donc si vous travaillez directement sur ces 3 là, vous résoudrez automatiquement les autres.

Pour vous amuser, je vous propose de regarder la télévision et d’essayer de deviner les identifications des participants. C’est particulièrement évident à la télé mais plus subtil dans la vie.

Et vous, savez-vous reconnaître vos propres identifications ?
Et surtout, en êtes-vous dupe ?