Comment changer sa façon de penser


Je suis surpris de voir que les livres sur la pensée positive n’expliquent pas comment arriver à changer sa façon de penser.
Soit la méthode est « je me force à penser positivement, et au bout d’un moment, je vais penser positivement », soit seulement l’état final est décrit (par exemple: assumer sa responsabilité, accepter la réalité telle qu’elle est, adopter un regard sain sur soi-même, etc…).

Comment penser positivement ?
Malheureusement, tant que je me force à être autre chose que moi-même (mais en suis-je conscient ?), je ne peux pas y arriver.
Bien évidemment, si je ne fournis pas d’efforts, je n’y arriverai pas.
Mais si je m’acharne dans l’effort, je ne peux pas y arriver non plus.
Alors, comment faire ?

Avant d’expliquer la méthode que j’utilise, je vais décrire comment l’esprit fonctionne pour comprendre la technique.

Les deux formes de pensées

Les pensées se présentent sous diverses formes, et je peux facilement les trier dans de nombreuses catégories, comme positif/négatif, constructif/destructif, eros/thanatos, etc…
En réalité, il n’y a vraiment que deux catégories: extériorisée et intériorisée.

La pensée extériorisée

La pensée est « extériorisée » quand elle s’appuie sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je vais penser à mon travail ou à ma famille.
Cela s’applique aussi à moi-même, quand je me demande comment je dois agir, ou ce que les autres pensent de moi.
Dès que je pense au monde qui m’entoure, ma pensée s’extériorise.
L’extériorisation me permet d’aller à la découverte du monde extérieur, et mène au plaisir et à la souffrance.

La pensée intériorisée

La pensée est « intériorisée » quand elle ne s’appuie pas sur un objet extérieur à moi.
Par exemple, quand je me sens bien devant un paysage ou après avoir fait l’amour.
Quand j’arrive à avoir l’esprit calme et que je m’accepte tel que je suis, ma pensée s’intériorise, mais ça ne dure jamais longtemps.
L’intériorisation me permet d’aller à la découverte de mon monde intérieur, et mène à l’état de paix intérieure.

Une simple constatation

En regardant attentivement, je peux constater que mes pensées ne sont jamais intériorisées.
Je me préoccupe de mon travail, de mes amis, de ma famille, de ma réussite sociale, de mes prochaines vacances, de ce qui se passe dans le monde, de ce que pensent les autres, etc..
Est-ce que j’ai des « pensées intériorisées » ?

Comment travailler sur l’intériorisation ?

Autant l’extériorisation permet de s’amuser, autant l’intériorisation n’apporte rien d’excitant, sauf que je me sens bien (ce qui n’a pas l’air d’être la préoccupation principale de la majorité des individus !).
La difficulté de l’intériorisation, c’est que je ne peux pas me forcer directement à intérioriser mes pensées.

En plus, la méditation ne suffit pas.
Bien sûr, la méditation peut aider, mais pour qu’elle soit efficace, il faudrait méditer plusieurs heures par jour, et cela n’est pas possible dans notre société actuelle.

Alors comment faire ?

La technique

La technique est très simple à appliquer, mais requiert de la patience.
Le principe est le suivant:

dès que je ressens une souffrance intérieure, je me recentre en cherchant la source de la pensée, le « Je ».

Personnellement, dès que j’ai un souvenir désagréable qui remonte, je prononce intérieurement « Je, Je, Je, … » jusqu’à ce que je sois centré, c’est à dire que je perçois la pensée désagréable sous un autre angle.
D’autres variantes sont « Je suis », « Qui suis-je ? », « D’où vient la pensée ? », « Qui pense ? », etc…
Le principe est de se focaliser sur le « Je », ou plus exactement sur la source du « Je », quel que soit ce que cela signifie.
Bien entendu, si tout va bien, je n’ai pas besoin de me recentrer puisque je suis déjà centré.

Conclusion

La prochaine fois que vous sentez que vous allez mal intérieurement (stress, difficultés personnelles), au lieu d’essayer de lutter contre ce qui vous arrive, je vous propose de vous concentrer sur le « Je ».
L’exercice est plus facile si vous fermez les yeux, mais fonctionne aussi les yeux ouverts.
Répétez plusieurs fois « Je » ou « Je suis » afin de vous recentrer, cherchez la source de votre « Je ».
Au début cela paraîtra abstrait mais avec la pratique vous sentirez ce que cela signifie.

Le simple fait de vous recentrer vous permettra de réduire votre stress et de voir la situation sous un nouvel angle.
En plus, vous pouvez pratiquer à chaque instant de votre vie, même si vous croulez de boulot.

N’espérez pas des résultats immédiats !
Cette technique ne deviendra efficace que si vous la pratiquez régulièrement, patiemment et sans vous dégoûter.
10 minutes tous les soirs avant de se coucher suffisent.
Personnellement, au bout de 4 ans, je pratique sans effort environ 10% de mon temps de veille.

Contrairement à la pensée positive, il est inutile de rechercher des pensées positives ou de rejeter les pensées négatives, puisque le travail consiste à accepter les pensées qui surgissent et à observer ce qui se passe.

Avec de la pratique, vous commencerez à percevoir le processus d’extériorisation de votre pensée.
Vous commencerez à ressentir une grande liberté intérieure et un sentiment de paix intérieure grandira en vous.

Enfin, ceci est la théorie. La pratique repose sur vous maintenant.

L’obsession du travail


Il y a 50 ans, les futurologues prédisaient que l’an 2000 verrait apparaître une société de loisirs, où la majeure partie de notre temps serait occupée à nos loisirs.

Nous sommes en 2015, et je constate que la société de loisirs est bien là, mais que nous passons tout notre temps à travailler pour nous payer de maigres loisirs.
Je vois aussi de plus en plus de jeunes gens complètement obsédés par leur travail, comme si leur travail était leur loisir principal.

Je vais décrire les différentes obsessions vis à vis du travail, ainsi que leurs excès, ou comment un comportement à l’origine bénin peut devenir autodestructeur.

Je veux montrer que je suis compétent

Personnellement, pendant longtemps, je voulais devenir le meilleur programmeur du monde.
A l’époque, cette motivation m’avait permis de me dépasser et d’acquérir un excellent niveau sans l’aide de personne, parce que je me remettais en cause systématiquement.

Je veux montrer que:

  • je sais faire
  • je n’ai besoin de l’aide de personne, je vais y arriver seul
  • je suis très productif
  • je peux me comparer favorablement aux autres
  • j’ai de la valeur

Ceci est ce que j’appelle « l’identification à faire », c’est à dire que je peux déterminer ma valeur par rapport à ce que je produis.
Avec le recul, je trouve cela terriblement réducteur, mais à l’époque, cela avait beaucoup d’importance pour moi.

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • si je n’y arrive pas, je me sens comme une merde, je me dévalorise puisque « ma valeur » correspond à « ce que je fais »
  • je n’ose demander de l’aide à personne, je dois maintenir l’image idéalisée de moi-même
  • je veux être parfait, je n’admets pas de ne pas faire de choses imparfaites, et au bout du compte, je ne fais plus rien
  • si quelqu’un critique ce que j’ai fait, je le prends comme une attaque personnelle
  • pour prouver que je suis productif, je travaille plus de 9 heures par jour et je n’écoute pas mon corps
  • je suis complètement focalisé sur le résultat, ce qui fait que je suis constamment stressé
  • je me sens supérieur aux autres si je sais faire quelque chose mieux qu’eux. De toute façon, mes collègues sont nuls
  • je m’identifie totalement à mon travail, et j’ai du mal à percevoir ma richesse en dehors de mon travail
  • je ne m’imagine pas à la retraite, je veux travailler le plus longtemps possible
  • je ne supporte pas l’idée de ne pas travailler
  • je m’ennuie quand je n’ai rien à faire
  • quand je suis malade, ce qui me gêne le plus est de ne pouvoir rien faire

Le stress vient toujours de l’obsession du résultat.

Je veux montrer que je suis sociable

Personnellement, cela m’est arrivé rarement parce que je privilégie l’intellect aux relations humaines.

Voici les symptômes:

  • je privilégie les relations humaines à la compétence
  • j’aime être apprécié dans mon travail
  • je recherche toujours des alliés parmi mes collègues
  • je me range très souvent du côté de la majorité
  • je fais tout pour que mes collègues soient d’accord avec moi
  • quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi est un ennemi
  • je voudrais devenir un leader charismatique
  • j’utilise beaucoup la séduction dans le cadre professionnel

Je m’identifie à ma capacité relationnelle.

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • je n’ai de valeur que lorsque je suis en relation avec les autres, je ne supporte pas la solitude
  • quand quelqu’un me rejette, je le prends très mal
  • je m’effondre complètement si je suis harcelé ou pas apprécié notamment par mes managers
  • construire mon réseau est plus important que tout

D’après mon expérience, les personnes harcelées sont très sensibles à cette identification.
Un psychanalyste suggérerait de faire le parallèle entre la situation au travail et les relations avec les parents.

Je m’identifie à ma société

Personnellement, cela ne m’est arrivé que quand j’ai tenté de monter ma propre boîte.
Cette identification est fréquente chez les patrons, certains managers et certains employés qui sont là depuis longtemps.

Voici les symptômes:

  • quand ma boîte va bien, je vais bien
  • quand ma boîte va mal, je vais mal
  • quand je parle, je m’imagine à la place de ma société, j’essaye de défendre ses intérêts
  • j’ai tendance à considérer ma société comme une famille

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • si ma boîte me vire, je m’effondre
  • j’ai tendance à être aveuglé par ma société, à ne pas avoir de recul

Je rappelle qu’une société n’est pas un être humain ni une famille.

Mon travail est ma raison de vivre

Personnellement, j’ai cru cela longtemps: j’acceptais la compagnie de personnes toxiques, parce qu’après tout, ce travail était toute ma vie.

Voici les symptômes:

  • mon travail donne du sens à ma vie
  • mon travail est ce qu’il y a de plus important dans ma vie
  • je suis heureux parce que j’ai l’impression de réussir dans mon travail

Poussée à l’excès, cette identification mène à:

  • je suis malheureux parce que je ne réussis pas dans mon travail. Je fournis toujours plus d’efforts, parce que si je ne réussis pas, c’est que je ne fais pas assez d’efforts.
  • je suis en burn-out. A force de fournir des efforts, je n’ai plus d’énergie et je réalise que mon travail n’a aucun sens. Mon travail n’ayant plus de sens, ma vie perd tout son sens.

D’après mon expérience, le burn-out n’arrive que quand mon travail est ma principale raison de vivre.
Que faire quand le travail perd tout sens ?

Conclusion

Etant donnée l’importance que le travail a pris dans notre vie, et étant donné qu’il faut toujours être plus productif, je constate que les souffrances individuelles ne font qu’augmenter.

Il est inutile de chercher à juger telle ou telle identification, puisque nous les avons toutes à des degrés divers.

Je ne suis pas mon travail, ma valeur ne dépend pas de l’argent que je gagne.
Je continue d’avoir de la valeur même si je ne fais rien, même si je ne peux pas mesurer concrètement ma valeur.

Je n’ai pas besoin d’être dans un environnement aimant pour travailler et être moi-même.

Je ne suis pas ma société, parce qu’elle continuera d’exister même sans moi.

Enfin, mon travail n’est qu’un des éléments qui donnent du sens à ma vie. Et avec le temps, je constate que ce n’est pas le plus important.

Et maintenant à vous.
Est-ce que vous êtes dupe de vos identifications au travail ?

La vie sans gluten


Aujourd’hui, un article très personnel: je vais vous parler de régime sans gluten, ce qui me permettra d’aborder le changement intérieur.

Le régime sans gluten est connu comme le « régime des stars » parce que plusieurs célébrités le pratiquent, notamment les champions de tennis Novak Djokovic et Andy Murray.

Contexte

Il y a 3 ans, ma femme m’a conseillé de regarder un documentaire à la télé sur le gluten.
Le documentaire était intéressant, et comme j’étais dans un état de fatigue permanent, nous avons décidé d’éviter le gluten pendant quelque temps, afin de voir ce qui allait se passer.

La corvée des courses

La première difficulté est apparue lorsque je suis allé faire les courses: il fallait lire toutes les étiquettes, ce qui prenait un temps fou: il faut éviter farine, dextrose, etc…

Triste constat: la majorité des produits industriels contient du gluten !
Il y en a dans le pain, les gâteaux, les pâtes, les pizzas, la farine, mais aussi la sauce soja (qui est faite avec du blé), la bière (orge), tous les plats préparés, tout ce qui est pané, les bonbons gélifiés (farine), etc…

Une semaine plus tard

Au bout d’une semaine de régime sans gluten, je me suis mis à péter pendant toute une nuit sans discontinuer.

Et le matin, miracle: j’avais perdu 2 tours de taille !
Je flottais dans mes chemises habituelles, et malheureusement, je venais récemment de jeter les anciennes chemises qui ne m’allaient plus.

Le confort de vie

A partir de là, tout s’enchaîne: plus de sentiment de fatigue et d’oppression constante, meilleur contrôle de mes émotions et surtout disparition des symptômes de la colopathie fonctionnelle.

Voici les symptômes qui apparaissent quand j’ingère du gluten par mégarde:

  1. au bout de 20 minutes, des ballonnements
  2. ensuite des diarrhées fréquentes
  3. dermatite herpétiforme sur la poitrine
  4. inconfort corporel, un sentiment diffus de ne pas être bien dans son corps
  5. nervosité entraînant du stress, avec le sentiment que tout le monde veut m’agresser

Ces symptômes mettent 5 jours à disparaître après un régime strict sans gluten.
La dernière fois que ça m’est arrivé, c’est parce que j’avais goûté 2 bonbons gélifiés pour Halloween, donc la leçon est retenue.

Mon corps réagit mal au lait de vache: j’ai les mêmes symptômes qu’avec le gluten mais pendant seulement 30 minutes.

Le business du sans-gluten

D’un côté, les industriels du blé disent que c’est bon pour la santé, et de l’autre les industriels du sans-gluten vendent leurs produits excessivement chers.

En fait, ce qui coûte vraiment cher, c’est d’acheter des produits sans gluten qui copient les produits avec gluten, comme le pain et les gâteaux, qui sont 4 à 5 fois plus chers.

Mes astuces

Personnellement, j’ai remplacé le pain par les galettes de riz et les chips (natures, les chips aromatisées contiennent du gluten !).
Les pâtes sans gluten ne sont pas trop chères mais leur texture est assez différente.

Au niveau restaurant, les fast-foods, les pizzerias, les japonais et les chinois sont bannis.
Pour la nourriture rapide, il me reste les grecs/turcs avec leurs assiettes sans blé (viande/salade/frites), et je recommande personnellement Thaï in Box.

Pas mal de restaurants proposent des plats sans gluten, il suffit de demander la composition des plats.

Le changement intérieur

Malheureusement, dès qu’il y a régime, il y a privation et donc frustration.

Avant, je mangeais beaucoup de pain, de pâtes et de pizzas.
Du jour au lendemain, j’ai dû arrêter.

En fait, j’ai réalisé que j’avais le choix entre 2 situations:

  1. soit je continuais à manger les mêmes choses qu’avant, et dans ce cas, ça me coûterait très cher (allez voir un peu les prix dans un resto sans gluten !) et je serai frustré
  2. soit je devais modifier mon comportement pour m’adapter à ma situation actuelle

Donc j’ai totalement renoncé à l’idée de manger des sandwiches, des pâtisseries, des pizzas ou tous les « plaisirs » nocifs pour moi.
Ce renoncement s’est fait naturellement et sans effort.
Par exemple, passer dans une boulangerie ne me donne pas envie de manger de gâteaux.

Conclusion

Le changement intérieur, c’est simplement accepter la situation et s’adapter, sans chercher à lutter contre ce qui arrive.

Dans mon cas particulier, je dois éviter le gluten, alors il est inutile de continuer à désirer des aliments qui en contiennent.

Pour conclure, je vais partager quelques conseils si l’aventure du sans-gluten vous tente:

  1. le régime sans gluten n’est pas fait pour perdre du poids
  2. si vous ne notez pas de bénéfice au bout d’une semaine, c’est que ce régime est probablement inutile pour vous
  3. si vous avez des difficultés à contrôler vos émotions ou si vous êtes très stressé, essayez ce régime
  4. si vous avez le colon irritable, essayez ce régime, voici un article scientifique
  5. si ce régime fonctionne pour vous, cherchez d’autres allergies alimentaires, notamment le lait, les œufs et le café. Plus le produit est « amélioré » par l’industrie, plus il y a des risques d’allergie

Enfin, si vous suivez ce régime, vous serez obligé d’être à l’écoute de votre corps, ce qui va automatiquement améliorer votre concentration.

Comment éliminer mes identifications ?


Je vais aborder maintenant un thème qui m’est cher: comment éliminer mes identifications ?
Relisez mes articles précédents pour savoir ce que sont les identifications.

Je vais décrire quelques techniques et vous proposer une approche originale.

La méditation

La méditation permet de canaliser le flux des pensées mais ne permet pas de me débarrasser des identifications dans ma vie de tous les jours.
Personnellement, je pratique la méditation depuis longtemps et j’atteins des états très profonds, mais lorsque je retourne à la réalité, mes identifications reviennent.

La pensée

Dans une certaine mesure, la pensée positive peut me permettre de soulager un peu ma souffrance, mais l’origine de ma souffrance est justement mon système de pensée. La pensée positive reste trop superficielle pour me changer profondément.
Je tiens à signaler qu’analyser mon système de pensée ne sert à rien non plus, parce que cela montre que je veux contrôler mes pensées, ce qui est absolument impossible !

La parole

Lorsque j’ai suivi ma psychanalyse, j’ai cru que je pouvais travailler sur mes identifications en parlant de mes problèmes.
C’est vrai que ça soulage, parce que les identifications les plus douloureuses sont assez faciles à exprimer, et les dire à haute voix me permet de prendre du recul.
Mais ce processus requiert que quelqu’un d’expérimenté m’écoute (donc c’est payant), et quand je parle je crée de nouvelles identifications, c’est un cercle sans fin.

L’action

En fait, une méthode bien connue existe depuis longtemps: l’action désintéressée.

Le principe de l’action désintéressée est très simple:

j’agis sans m’attacher aux fruits de mes actions

L’action désintéressée est la base même du Karma Yoga.
Je ne vais pas aborder ici les aspects métaphysiques du Karma Yoga mais expliquer comment pratiquer l’action désintéressée.

Qu’est-ce que l’action désintéressée ?

Tout d’abord, j’insiste sur le fait qu’agir de manière désintéressée ne signifie pas travailler gratuitement !
Toute peine mérite salaire, donc je demande à être payé de mes efforts, et je n’attends pas que mon travail soit fini pour demander.

Ensuite, je ne dois pas me forcer pour agir de manière désintéressée.
Si je me force, c’est que je m’imagine que je dois agir de la « bonne » façon.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon, il faut « simplement » agir en pleine conscience.

L’action désintéressée est d’abord une attitude.

Personnellement, quand j’ai commencé à pratiquer cette attitude, je me suis rendu compte que toutes mes actions étaient intéressées et je me suis senti super mal à l’aise.
Ce malaise est tout à fait normal parce qu’il y a une différence entre ce que je crois être et ce que je suis vraiment.
Une fois que j’ai accepté cette différence, ce malaise a disparu.

Dans mon cas personnel, je faisais beaucoup de choses pour faire plaisir aux autres, même si ça ne me faisait pas plaisir: je voulais être accepté.
J’étais aussi obsédé par le résultat, alors je vivais très mal l’échec.

Maintenant, je vais expliquer comment pratiquer cette attitude.

Je me débarrasse de l’idée de réussir

Je vois bien que je veux réussir, et pas échouer.
Je peux d’ailleurs parler longuement de mes réussites.

En réalité, mon moteur principal est la peur d’échouer.
Tant que je suis obsédé par la réussite, je suis aussi obsédé par l’échec.
A cause de ces obsessions, je peux avoir peur à la fois de réussir et d’échouer en même temps.

Pour atténuer cette obsession de la réussite, la meilleure technique est simplement d’accepter l’échec, les anglais diraient « embrace failure ».

Ca a l’air facile à dire, mais le refus de l’échec est profondément ancré en moi, et l’acceptation ne passe pas par une réflexion intellectuelle.
Si je commence à réfléchir sur mes actions, je ne suis plus dans l’acceptation, je suis dans la rationalisation, dans la justification et dans le contrôle.

J’accepte l’échec autant que la réussite.
Je ne rejette ni la réussite ni l’échec, parce que je vois que cela ne dépend pas de moi: tout un tas de facteurs peuvent m’amener à la réussite ou à l’échec, et je ne contrôle que très peu de ces facteurs (même si je me plais à croire le contraire).
De plus, il y a sûrement de bonnes leçons à retenir de l’échec si j’y survis, ce qui est rarement le cas avec la réussite.
Quand j’accepte l’échec, je ne le prends plus personnellement et je ne dépense pas mon énergie à chercher des coupables.

Je me débarrasse de l’idée que ma valeur dépend de mon travail

Je vois bien que je me sens supérieur à certaines personnes grâce à mon travail, tout particulièrement si je déteste ce que je fais.

Ma valeur dépend directement de la valeur de mon travail.
Si je fais un travail que je pense valorisant, alors je suis quelqu’un de valeur.
Je veux devenir riche ou célèbre, ainsi ma valeur sera bien visible à tous.
Mais si j’étais ruiné ou oublié, je me sentirais comme la dernière des merdes.

J’accepte que ma valeur personnelle ne soit pas mesurable.

Même si je ne fais rien, j’ai de la valeur, bien que je ne perçoive pas celle-ci.
J’aimerais bien gagner 1 million d’euros par an, mais ça ne changerait pas ma valeur personnelle, même si ça me simplifierait énormément la vie !

Je ne cherche pas la reconnaissance ni l’acceptation des autres

Quand j’agis, j’espère l’attention d’autrui, par exemple: « tu as bien fait » ou « qu’est-ce que tu es beau/fort/intelligent ! » ou « tu es mon meilleur ami ».

Quand je demande directement cette attention et qu’on me la donne, je sens bien que ça sonne faux.
L’attention devrait venir spontanément, mais elle n’arrive que très rarement.

En réalité, je m’accepte tellement peu que je cherche cette acceptation à l’extérieur de moi.
Je construis beaucoup d’identifications avec, et c’est pour cela que c’est fragile: tout peut s’effondrer dès que quelqu’un critique mes identifications.

Quelque part, j’espère trouver quelqu’un qui m’accepte, même si ce que je fais est difficile à accepter.

J’accepte le fait que je n’aurai pas de retour sur mes actions.
Quand je commence à abandonner l’acceptation extérieure, je commence à me libérer de l’emprise des autres.
Je développe ma curiosité et ma motivation intrinsèque, et surtout j’arrête d’être dépendant affectivement de mes actions.
Je ne suis plus touché par les critiques des autres ou leur rejet.

Je me débarrasse de la fierté de faire

Quand j’agis, je veux me sentir fort parce que je sais faire.

Dès que c’est possible, je vais m’en vanter à tort et à travers, même si ça soule les autres, je suis fier de mon savoir.
Ou alors je feins l’humilité, en espérant que quelqu’un s’aperçoive de mes compétences. Si quelqu’un s’en rend compte, j’en suis tout fier mais je le cache.
En réalité, je tiens à projeter une image de compétence.

J’accepte mon incompétence autant que ma compétence.
Je m’autorise à savoir mais aussi à ne pas savoir.
Tant que je suis fier de savoir, j’aurai honte de ne pas savoir.

Comment pratiquer l’action désintéressée

Quand je pratique correctement l’action désintéressée, j’agis sans ressentir ni fierté ni honte, c’est à dire sans me juger.
D’ailleurs la fierté ou la honte sont de bons indicateurs que quelque chose cloche.

A chacune de mes actions, j’essaye de percevoir quel en est le but: est-ce que je veux réussir, est-ce que je veux me donner de la valeur, est-ce que je cherche l’acceptation des autres ou alors est-ce que je veux prouver ma compétence ?

Je regarde très honnêtement la raison de mes actions sans me mentir, sans me justifier et sans vouloir changer d’attitude.
Plus ça fait mal, plus je suis en train de tomber juste et plus je dois me contenter de regarder ce qui se passe parce que je suis en train de me juger.
L’acceptation est difficile, mais quand elle est complète, le changement apparaît spontanément et sans effort.

Conclusion

L’action désintéressée me permet de changer d’attitude, en m’aidant:

  • à arrêter de m’identifier à mes actions
  • à devenir moins exigeant autant envers les autres qu’envers moi-même
  • à arrêter de me poser des questions inutilement douloureuses, comme « qu’est-ce que je fous là ? » ou « quel est le but de ma vie ? »

Mais je dois être vigilant parce que je peux:

  • me sentir supérieur aux autres parce que je pratique l’action désintéressée
  • me détacher de mon travail, alors que ce travail me permet de gagner ma vie
  • fuir mes responsabilités, sous prétexte de me détacher

L’action désintéressée est l’attitude la plus efficace pour réduire le stress.
Je vous expliquerai comment aller encore plus loin dans un prochain article.

Le Stress (nouvelle approche)


J’avais déjà écrit deux articles sur le stress (ici et ).

Ces deux articles proposaient notamment une méthode pour résoudre les problèmes de stress.

Ma compréhension des processus du stress a changé, aussi je vais essayer de vous décrire ce que j’ai compris.

Le stress, qu’est-ce que c’est ?

Maintenant, je considère que le stress résulte de la façon incorrecte dont nous traitons nos pensées.
Nous apprenons à acquérir des connaissances, un savoir-faire, mais personne ne nous explique comment traiter notre processus de pensée.

Les mythes qui encouragent le stress

Le premier mythe, c’est de croire que le stress vient de l’extérieur de soi

Personnellement, je croyais que le monde entier était la cause de mon stress et donc que la solution était à l’extérieur de moi.
En réalité, c’était moi qui créait mon stress: je suis le problème et sa solution.
Le stress est toujours auto-infligé.

Le second mythe, c’est de croire que c’est normal d’être stressé

Personnellement, j’utilisais le stress comme une mesure de valeur: plus je stressais, plus j’avais l’impression d’être actif.
J’étais même persuadé qu’il était important d’être stressé: comme j’avais été stressé à certains moments importants de ma vie, je croyais que stresser me rappellait mon importance.
En réalité, le stress détruit une grande partie de mes capacités intellectuelles.
Quand le stress devient chronique, mes amies « dépression » et « burn-out » s’installent.

Le troisième mythe, c’est de croire qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau

Personnellement, je croyais qu’il fallait que j’utilise mon cerveau à 100% tout le temps.
En réalité, le cerveau est un outil tout pourri. Il ne peut traiter que peu d’informations et leur stockage est complètement aléatoire.
Si je veux développer certaines facultés de mon cerveau, je dois en sacrifier d’autres.

Quelques situations stressantes

J’ai beaucoup de choses à faire en même temps

Comme je veux montrer que je suis compétent, j’essaye de tout faire à la fois, et surtout de ne rien oublier.
A partir de 3 tâches complexes, mon cerveau est utilisé à 100%, donc une tâche de plus ralentit tout le reste ou fait perdre des informations (oubli).
Pourquoi est-ce que je me sens obligé d’en faire toujours plus ?
Et si je ne sais jamais dire « stop ! », est-ce que je me respecte ?

Je dois y arriver

Je veux montrer que je suis le meilleur, que je dois gagner ou que je dois absolument réussir.

Le stress apparaît lorsque l’objectif que je me suis fixé va occuper une partie de mes pensées.
Le stress disparaît lorsque l’objectif a disparu.
La meilleure solution est donc d’oublier l’objectif, mais comment faire quand l’objectif est ancré depuis longtemps ?

J’attends une chose sur laquelle je n’ai aucun contrôle

Comme je n’ai aucun moyen d’action, mon mental prend le pas et commence à imaginer ce qui pourrait foirer: et si, et si ?
Le nombre de combinaisons possibles augmente très rapidement.
Se préparer aux différentes possibilités n’est pas inutile, mais que ferais-je en cas de situation imprévue ?
Le fait d’avoir trop préparé peut m’empêcher d’agir de façon créative ou rationnelle.

Pourquoi est-ce que je tiens autant à maîtriser une situation incontrôlable ?

Je me pose des questions, je doute

Le fait de se poser des questions ou de douter prend beaucoup de bande passante continuellement dans le cerveau.

Penser est une activité normale et spontanée, mais comme elle s’auto-alimente, elle devient rapidement obsessionnelle.
Tant que je pense, je ne produis rien extérieurement. Quand je ne fais plus rien, c’est que ma pensée a pris trop d’importance.

Douter, c’est focaliser la pensée sur le passé (et si j’avais fait autrement ?) ou sur le futur (comment faire ?).
Le fait de douter est très addictif: je doute parce que j’envisage des situations.
Mais qui peut prédire l’avenir ?

J’essaye d’être parfait, je joue un rôle

Je ne suis pas satisfait de ce que je suis, alors j’essaye de paraître meilleur que je ne suis.
Comment pourrais-je être meilleur que moi-même ?
Si je me bats contre moi-même, qui gagne, qui perd ?
Est-ce que je pourrais être autre chose que moi-même ? Qui suis-je ?

Les solutions anti-stress qui ne fonctionnent pas

Je prends des vacances

Beaucoup de gens pensent que partir en vacances fait disparaître le stress, mais le stress est un mécanisme intérieur !
Prendre des vacances permet de penser à autre chose, mais ça ne dure que le temps des vacances.
Et comme un drogué, dès que la drogue redevient disponible, je récidive de plus belle à mon retour.
Utilisez vos vacances pour penser autrement, mais ne comptez pas sur elles pour résoudre votre stress.

Je bois de l’alcool ou je me drogue

L’intérêt de l’alcool et de la drogue est de ralentir la pensée.
Cet état n’est que temporaire et le retour à la réalité douloureux.
Comme mes pensées s’adaptent à cet état, je suis amené à me défoncer de plus en plus.

Je fais du sport ou de la relaxation

Il est vrai que le sport et la relaxation permettent d’accéder à un état de calme temporaire.
Mais si l’exercice n’est pratiqué que 2 ou 3 heures par semaine, l’état ne peut pas devenir durable.
D’après mon expérience, pour que ça fonctionne, il faut en faire au moins 30 minutes chaque jour et se reposer régulièrement tout au long de la journée.
Se fixer un objectif de résultat annule tous les bénéfices de l’exercice.

J’arrête passivement de penser

Par exemple j’écoute de la musique ou je regarde la télé.
Personnellement, j’appelais ça « se vider la tête ».
Mais en fait, je ne fais que remplir mon cerveau (qui est facile à saturer) par d’autres choses.
Quand le gavage disparaît, les pensées habituelles reviennent, coucou le stress !

Les méthodes qui marchent

Je réduis la quantité de choses à penser

La méthode la plus simple est de réduire le stockage, de garder de la place disponible dans le cerveau.

Je ne fais qu’une seule chose à la fois.
Je stocke tout ce que j’ai à faire dans une liste écrite.
Et surtout j’élimine dès que possible ce que je ne pourrais pas faire.

J’arrête activement de penser

La méditation est la seule technique vraiment efficace.
J’ai déjà expliqué les techniques de base: laissez aller vos pensées en vous concentrant sur la source de vos pensées ou sur la source de votre respiration.
Faites-en au moins 15 minutes par jour avant de vous coucher, et vous verrez les effets positifs en moins de 2 semaines.
L’effet devient réellement durable au delà de 30 minutes par jour.
Personnellement, je médite seul entre une et deux heures par jour, tous les jours depuis 2 ans. Un état stable s’est installé après 6 mois de pratique.

Je me concentre sur mon intérieur

Méditer est impossible pendant la journée.
La méthode la plus simple est de focaliser mon attention sur mon intérieur pendant la journée, de me rappeler à moi-même.
Au bout de quelques semaines, l’extérieur devient moins obsédant.

Conclusion

Le stress peut sembler venir de l’extérieur mais c’est un processus intérieur.
Plus mon cerveau est tourné vers l’extérieur ou sur mes interactions avec l’extérieur, plus je stresse.
Plus j’essaye d’être multitâche, plus je stresse.
Plus j’utilise mon cerveau, plus je stresse.

Comment réduire l’activité de mon cerveau alors que tout m’encourage à l’augmenter ?

Les Leçons du jeu vidéo (4ème partie)


Voici le quatrième épisode de mes aventures dans le jeu vidéo, et comme d’habitude les leçons que j’en ai tirées.
L’épisode précédent est ici: https://psychologieagile.wordpress.com/2013/08/25/les-lecons-du-jeu-video-3eme-partie/

Récapitulatif

Après avoir fait quelques jeux à Ocean Software France, cette société a fermé, et je me suis retrouvé au chômage.
Le chômage était commun entre 2 emplois dans le jeu vidéo.

Les relations

A cette époque, un de mes seuls amis était Pascal de France.
C’était un démomaker perfectionniste, c’est à dire qu’il ne sortait rien parce que ce n’était jamais assez parfait.
Il connaissait pas mal de monde, et il m’a dirigé vers Nicolas Choukroun qui cherchait un développeur sur Super Nintendo.
La Super Nintendo, c’est un processeur 65C816, qui ressemble beaucoup au 6502, processeur sur lequel je suis un expert.

Nicolas Choukroun travaillait avec Laurent Cluzel (avec qui j’avais travaillé à Titus) sur la maquette du jeu Trashman, et avait signé avec Electronic Arts pour sortir Trashman avec Cryo.

Cryo

En 1992, Cryo venait d’être récemment créée, avec tous les membres d’Exxos (Rémi Herbulot, Philippe Ulrich, Didier Bouchon, parmi d’autres).
Au moment où je suis entré, cette société se développait à un rythme incroyable.
Il devait y avoir moins de 50 personnes quand je suis entré, et plus de 200 quand je suis parti.

Trashman

Techniquement, j’avais mis en place un moteur de jeu assez impressionnant pour ce jeu.
Il y avait des scènes cinématiques pendant le jeu, mais à fortiori, je pense que ça cassait trop le rythme du jeu.
Le gros problème est qu’il n’y avait pas de gameplay, parce que je passais mon temps à résoudre les problèmes techniques que ce jeu proposait.
Electronic Arts insistait beaucoup sur les milestones.
Je me souviens que les managers d’EA étaient venus en France pour valider une milestone, et j’avais démontré que techniquement tout était prêt, mais cela ne les a pas empêché d’arrêter le jeu.

Il n’y a rien de plus démoralisant que d’arrêter un jeu

Quel gâchis !

Et là, tout s’est effondré intérieurement pour moi.
J’allais mal depuis quelque temps déjà, suite aux efforts que j’avais fournis chez Titus et Ocean, au manque de vacances depuis des années et aussi parce que j’étais seul (je n’avais aucune relation intime à cette époque).
J’étais hyper-stressé et je ne m’en rendais pas compte.
Je m’identifiais totalement à mon rôle de finisseur de jeux: je menais mes projets à leur finition, et j’en étais fier.
Quand le jeu a été arrêté, j’ai fait un burn-out complet.
Je ne pouvais plus rien programmer sans des efforts incroyables.

Quand tout va mal, je ne dois pas hésiter à demander de l’aide

Je me suis retrouvé tout seul au fond de mon trou.
A ce moment-là, j’ai compris très clairement que je ne pourrais pas m’en sortir seul.
Comme je ne voulais pas me suicider, je suis allé voir un psychanalyste (ma mère disait: c’est pour les fous), je crois en juillet 1993.
Le psy m’a dit qu’il ne pouvait pas me prendre avant septembre, et je ne sais pas comment j’ai pu tenir 2 mois.

J’apprends à découvrir mon fonctionnement intérieur

Dès mes premières séances, la barre au niveau de mon diaphragme (indicateur de stress) a complètement disparu, et j’ai commencé à me sentir léger.
J’ai aussi compris que si je voulais m’en sortir, je devais changer complètement et que parler ne servirait à rien si je n’agissais pas dans ma vie.
A ce moment-là, j’avais tellement de problèmes que je devais déjà commencer à résoudre les plus simples, c’est à dire mes interactions avec les gens.

La psychanalyse m’a apporté 2 choses essentielles:

  1. j’ai appris à exprimer mes états intérieurs: je suis capable de décrire toutes mes émotions avec des mots
  2. j’ai commencé à découvrir mon fonctionnement intérieur: je croyais que je me connaissais bien, et j’ai réalisé que mon image intérieure et mon image extérieure étaient complètement différentes

Avec le recul, je suis sorti du burn-out quand j’ai accepté de faire le deuil de ma vision du travail.
Je pensais que ma seule valeur était celle de mon travail, et donc que je devais programmer beaucoup pour montrer ma valeur.
J’ai dû réapprendre à travailler avec plaisir, et ce n’est que tout récemment que j’ai accepté d’être enfin bienveillant envers moi-même.

Je ne vais pas trop m’étendre sur ma psychanalyse, parce qu’elle ne concerne pas le jeu vidéo, mais j’y reviendrai peut-être dans de futurs articles.

Je programme beaucoup mais…

Chez Cryo, j’ai bossé sur pas mal de jeux, exclusivement sur consoles Super Nintendo et Mega-CD.

Le jeu que je préfère de cette période est Super Dany (de Danone), que j’ai coprogrammé avec Pierre-Eric Loriaux (ex d’Ocean Sotfware, Michel Janicki avait aussi rejoint Cryo).
Pierre-Eric avait fait le jeu principal, et j’avais fait tout le reste (présentation, intermèdes -c’étaient des démos- et même un jeu en intermède).
Nous avons eu l’occasion de présenter le jeu à des enfants de journalistes, avec Cyrille Drevet, et ce fut globalement une belle expérience, même si le jeu n’est pas terrible.

J’ai aussi bossé sur Timecop, l’adaptation d’un film avec Jean-Claude Van Damme, et nous avons eu l’occasion d’aller voir le film en avant-première.
Pour Timecop, j’ai travaillé sur la version Super Nintendo avec Fabien Fessard, qui m’admirait parce qu’il m’avait croisé à la Transbeauce.
Je me souviens des nuits passées à convertir la musique faite par David de Gruttola (David Cage) sur le SPC700. Le SPC700 avait seulement 64 kilooctets de RAM, et je devais convertir des samples de plusieurs mégaoctets. A la fin, tous les instruments ressemblaient à des cymbales !

Pour Timecop sur Mega-CD, j’étais le lead-coder, et un jeune stagiaire du nom de Bruno Galet était le manager. Il est maintenant producer chez Ubisoft.
Timecop n’est jamais sorti sur Mega-CD non plus, alors qu’il était fini.

Je ne supporte plus que mes jeux ne sortent pas

Chez Cryo, la moitié de mes projets n’étaient pas sortis, alors j’ai décidé qu’il était temps de changer d’air.

Conclusion

Cryo a été pour moi une renaissance.
Cela faisait déjà 10 ans que je programmais des jeux, j’étais devenu un expert.
Suite à l’effondrement complet de mon modèle intérieur de travail, j’ai décidé de me focaliser sur autre chose que le travail et la technique: j’ai commencé à essayer de comprendre ce que je suis et pourquoi j’agis ainsi.

J’ai croisé à Cryo de très nombreux talents, et comme je me reconstruisais, je considère tous ces gens comme des membres de ma famille.

Merci Cryo !

Les Leçons du jeu vidéo (1ère partie)


Voici mon premier article d’une série sur le jeu vidéo.

Je ne vais pas du tout parler de technique !
Je vais essayer de vous faire une description de mes 18 ans de programmation dans le jeu vidéo (1985-2003), en vous décrivant ce qui s’est passé intérieurement et extérieurement.

Si vous êtes intéressé par l’aspect technique des jeux vidéo, je vous recommande ce blog:
http://www.codeofhonor.com/blog/tough-times-on-the-road-to-starcraft
qui décrit bien l’état d’esprit dans le milieu des années 90, mais comme j’ai commencé 10 ans plus tôt, cela ne reflète q’une partie de mon expérience personnelle.

Si vous êtes intéressé par l’organisation de projets de jeux vidéo, je vous recommande les post-mortem de Gamasutra:
http://www.gamasutra.com/features/postmortem/
qui sont riches en expériences vécues.

Avant le jeu vidéo

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été intéressé par les challenges intellectuels.
J’ai découvert les mots croisés à 8 ans, et pendant longtemps mes seuls loisirs étaient les mots croisés, les échecs, les dames et le dictionnaire.
En 1981, à 16 ans, j’ai découvert les récréations mathématiques avec les articles de Martin Gardner et ceux de Pierre Berloquin.
Un nouveau monde s’est ouvert à moi: les mathématiques.
J’avais enfin trouvé un but dans ma vie: devenir mathématicien !

Mes tous débuts en informatique

Afin de résoudre ces challenges mathématiques, je me suis acheté une calculatrice programmable.
En ce temps là, je n’avais pas du tout d’argent, et les ordinateurs étaient très chers.
Le seul objet qu’on pouvait programmer pour pas cher était une calculatrice TI58C (500 francs).
Le magazine l’Ordinateur de Poche contenait des tas de petites astuces, mais ne permettait pas vraiment de franchir le seuil de compréhension de la programmation.
Mais comme il s’agissait d’un challenge intellectuel, je me suis investi à fond, et j’ai compris tout seul comment faire.

En 1983, après plusieurs années d’économies, je suis passé à la vitesse supérieure: j’ai pu m’acheter un ordinateur Oric 1 (2400 francs !).
J’ai appris le Basic puis l’assembleur 6502 avec la documentation de base, qui tenait en quelques pages.
A ce moment-là, j’ai décidé de devenir informaticien.

Avec des machines tournant à moins d’1 mégahertz, j’étais obligé d’optimiser mes programmes, et ça a été la première grande leçon de ma vie:

programmer, c’est d’abord chercher la meilleure solution à un problème.

Les non-programmeurs pensent que n’importe quelle solution conviendra, mais les programmeurs savent bien que ce n’est pas le cas et ils savent aussi qu’il n’y a pas de solution idéale, il faut toujours chercher le meilleur compromis.

J’ai commencé à écrire mes premiers jeux en assembleur, et ensuite mes propres outils (assembleur/désassembleur) parce que taper de l’hexadécimal, c’est vraiment trop chiant. 30 ans plus tard, je me souviens encore de tous les opcodes !

En 1984, après avoir redoublé ma classe de terminale, j’ai programmé le jeu « Lunar Mission » pour une société appelée Epsilon Software.
J’ai fini le jeu mais il n’est jamais sorti parce que je souffrais de perfectionnisme à l’époque, je voulais écrire le meilleur programme possible. Le jour où nous sommes allés chez le dupliqueur de cassettes, j’ai vu le jeu Cobra Pinball qui me semblait 1000 fois mieux que le mien, ce qui fait que je n’ai pas osé publier le mien: j’avais trop honte.

A l’époque, mon seul centre d’intérêt était l’informatique, ce qui fait que je passais tout mon temps libre sur mon ordinateur à programmer et je délaissais complètement mes études.

Cette année-là, mon père est mort écrasé par un camion, ce qui fait que ma seule raison de réussir mon Bac avait disparu: mon père avait dû arrêter ses études pour s’occuper de ses 6 frères et soeurs, ce qui fait qu’il tenait absolument à ce que je réussisse les miennes.
Alors je me suis encore plus enfoncé dans l’informatique, je ne faisais vraiment plus que ça, et je n’avais plus de contacts humains depuis quelques années déjà (l’école est avant tout un ciment social).

En toute logique, j’ai raté mon Bac pour la deuxième fois, ce qui fait que j’avais fini mes études, et un autre événement important s’est produit: ma mère m’a insulté en me traitant de nul et elle voulait que je trouve rapidement un travail manuel.
Cet événement a renforcé mon obstination à devenir programmeur.
Je me suis dit: je vais lui prouver que je ne suis pas nul, je vais devenir le meilleur programmeur du monde !
Je ne m’aimais vraiment pas à l’époque et personne ne s’intéressait à moi, donc à partir de ce moment-là, j’ai tout sacrifié pour l’informatique.

Pour devenir le meilleur, je passais mon temps à remettre en cause tout ce que je faisais: comment faire toujours mieux ?
Je n’avais personne autour de moi qui s’intéressait à l’informatique, et il n’y avait pas de livre technique.
J’imaginais que les informaticiens qui publiaient des programmes étaient super forts, alors je regardais leur code pour apprendre comment ils faisaient.

J’ai très vite découvert que 99,9% des programmes que je désassemblais était vraiment très mal programmés.
En tout et pour tout, je crois que je n’ai trouvé que 2 programmes dignes d’intérêt.
Ma seconde leçon a été:

Pour s’améliorer, il faut sans cesse se remettre en cause et essayer de faire mieux que les meilleurs.

L’embauche chez Titus

Devenir informaticien, c’était mon rêve, mais comment le devenir ?

Fin 1984, je suis tombé par hasard sur la petite annonce d’une société qui cherchait des programmeurs pour convertir des logiciels éducatifs (pour le « Plan Informatique pour Tous »).
Cette société s’appelait EH Services (E pour Eric Caen et H pour Hervé Caen).
J’ai converti une dizaine d’éducatifs du Thomson TO7 vers l’Exelvision.
Toujours dans l’obsession de prouver que j’étais le meilleur programmeur du monde, j’avais demandé à faire les conversions les plus difficiles.
Comme les frères Caen ont vu que je m’en sortais bien, ils m’ont proposé de convertir le jeu qu’ils produisaient de l’Amstrad CPC vers l’Oric.
J’ai donc travaillé sur « One » sur Oric, et bien que fini, le jeu n’est jamais sorti parce que l’Oric est mort au moment où le jeu était prêt.
J’ai reçu en paiement un des tous premiers Atari 520 ST (7200 francs !), et ils m’ont embauché dans leur nouvelle société « Titus Software ».
J’étais un des tous premiers salariés avec Gil Espèche et Alain Fernandes.

A l’époque, programmer des jeux vidéo était très mal payé (un peu plus que le SMIC) et j’étais très motivé, parce que je travaillais 10 heures par jour, 6 jours sur 7, et je passais des nuits blanches pour finir un jeu, comme tous les autres programmeurs de Titus.
Ces conditions m’ont permis de comprendre en profondeur les motivations intérieures des programmeurs, bien plus que tout ce que j’ai vécu par la suite.

Les leçons chez Titus

Titus était très proche de ce qu’on peut imaginer de l’enfer: des conditions de travail terribles et du harcèlement perpétuel.

Je vais essayer de vous décrire les leçons apprises de cette expérience.

L’important, c’est que le jeu sorte

Un jeu qui ne sort pas ne sert à rien.
Comme je l’ai dit avant, j’étais perfectionniste à l’époque, je voulais écrire des programmes parfaits.
Alors il a fallu que je me fasse violence pour finir.
Et pour la violence, Titus savait s’y prendre: il fallait sortir le jeu à une date donnée, et ils prévenaient royalement une semaine à l’avance quand le jeu devait sortir.
Dans ces conditions, je travaillais toutes les nuits avant la sortie et le jeu sortait tel quel.
J’espérais toujours qu’il n’y ait pas de bug, parce que personne ne testait.

A ce propos, je me souviens d’une anecdote amusante.
J’avais dû finir à l’arraché « Crazy Cars » sur C64 en moins d’un mois (projet sur lequel Eric Caen avait passé plus de 6 mois), et ils m’avaient demandé de filmer le jeu pour un salon américain.
Donc je joue en étant filmé, et juste avant d’atteindre la ligne d’arrivée, je suis percuté par une voiture.
Malheureusement, j’avais programmé un ralentissement progressif pour que la voiture finisse pile sur la ligne d’arrivée.
Ce ralentissement était supérieur à la vitesse de démarrage, ce qui fait que ma voiture s’est retrouvée bloquée à 2 mètres de l’arrivée, alors que j’étais filmé !
Je n’étais pas trop fier de moi à ce moment-là.
Eric a dit: « on s’en fout, c’est bon », et j’imagine que la vidéo a été diffusée telle quelle dans les salons américains.

Finir un jeu m’a été utile pendant de nombreuses années, parce que j’étais celui qui arrivait pour finir les projets.

Il faut 18 mois pour maîtriser une nouvelle technologie

Chez Titus, je n’ai pas arrêté de changer de support informatique.
J’ai fait des jeux en 6502 sur Oric et C64, en 6809 sur Thomson TO7 et MO6, en Z80 sur Amstrad et en 68000/C sur Atari.
Mais maîtriser un ordinateur demande du temps, ce qui fait que mes premiers jeux sur un nouveau support sont plutôt merdiques.
D’après mon expérience, il faut travailler 18 mois sur une machine avant de la maîtriser à 90%.
Le choc le plus difficile pour moi a été de passer des ordinateurs 8 bits programmés en assembleur aux ordinateurs 32 bits programmés en C et assembleur.

Il faut plusieurs années pour se remettre d’un harcèlement au travail

Un des slogans des dirigeants était: « je donne un coup de pied dans une poubelle, 10 graphistes en sortent, je donne un coup de pied dans un réverbère, 10 codeurs en tombent ».
Personnellement, j’en ai pris plein la gueule à Titus, et encore j’étais plutôt respecté, parce que je sortais un jeu par mois.
Les dégâts chez les autres étaient considérables, au niveau de la confiance en soi et du respect des autres.
Certains des harcelés devenaient des harceleurs.
Seuls quelques rares individus arrivaient à rester eux-mêmes.

Il m’a fallu plusieurs années de travail sur moi pour me remettre de mon passage chez Titus.
Leur travail de sape m’a amené au burn-out au bout de 4 ans, mais cela m’a aussi aidé à me reconstruire parce que j’ai dû remettre en cause tout ce que j’étais, alors que précédemment, je ne remettais en cause que ce que je faisais.

La grande leçon à retenir:

En tant qu’individu, je mérite le respect, et les autres aussi méritent le respect.

Et bien que cela semble évident, c’est très difficile de se respecter et de respecter les autres.

Conclusion

Je n’ai abordé que les années 1985-1987, et je n’ai pas encore fini l’épisode Titus.
La suite dans mon prochain article…